Interview de Gil Debrisac

Christophe Siébert : Bonjour cher Gil Debrisac, une première question si vous permettez : pourquoi avez-vous fait le choix d’écrire sous pseudonyme ?

Gil Debrisac : Quand on écrit de l’érotisme alors qu’on enseigne dans le primaire, et qu’en plus on vient d’un pays où il y a eu l’affaire Dutroux, il vaut mieux avoir un pseudonyme et surtout LA FERMER ! Ce pseudo a été choisi en fonction de son attrait fort commercial, avec un petit de d’abord, reliant le prénom à un village de l’Hérault où j’étais en vacances. Mais suite à une plainte en bonne et due forme d’une comtesse résidant à Paris, portant le doux prénom de Elvire, ce petit de a été transformé en première syllabe du nom d’auteur. (J’adore semer des petits cailloux comme le Petit Poucet). Quand certains de vos soi-disant amis apprennent ce que vous écrivez, on vous met en quarantaine prolongée indéfiniment.

Vous est-il arrivé d’écrire autre chose que de la pornographie ?

J’ai d’abord publié trois recueils de Perles d’élèves (aux éditions Horay, reprises par Flammarion) qui ont rencontré un gros succès commercial et m’ont permis de dédicacer un peu partout, ainsi qu’un conte pour enfants. Puis, tout en écrivant mes romans pornos, je me suis mis à l’écriture d’un gros ouvrage, une trilogie romanesque (avec crimes, tueur psychopathe, sexe, tromperies, etc., sur un millier de pages). Le problème ? Une fois que vous êtes catégorisé par les éditeurs de littérature comme étant un pornographe, ils ne veulent pas de vous ! Ah, elle est belle l’ouverture d’esprit, que ce soit en France ou en Belgique.

Depuis combien de temps écrivez-vous ?

Ça a commencé par une petite nouvelle d’une trentaine de pages, en 1994, monsieur Georges Pailler, alias Esparbec, alors directeur de la collection Sabine Fournier, m’a demandé de transformer en un bouquin de 250 pages en trois mois. (L’Esclave blanche). Comme j’ai réussi ce défi, tout s’est enchaîné très rapidement. Et l’écriture de bouquins de cul est devenue une addiction, j’écris autant pour mon plaisir que pour en procurer au lecteur ou à la lectrice. Comme je viens de rentrer le manuscrit de mon 23e roman (mais celui-ci sera le 20e publié, j’en ai trois en réserve), il faut compter que j’en ai écrit un par an. (Tout en écrivant aussi ma trilogie.)

Écrivez-vous beaucoup ? Écrivez-vous chaque jour ?

Depuis ma retraite (venue beaucoup trop tôt), j’ai pu écrire à n’importe quel moment de la journée, selon mes activités et mes envies.

Préférez-vous mettre en scène des personnages masculins ou féminin ?

Féminins. J’adore la femme dans tout ce qu’elle a de secret et de féminin.

Quels sont vos thèmes favoris ?

Domination-soumission, maître-esclave, et parfois zoophilie.

Vous arrive-t-il de vous censurer ?

Oui. Jamais de mineurs(es) dans mes romans, et toujours des adultes consentants. Pas de contrainte, car dans la contrainte il n’y a pas de plaisir.

D’où vous viennent toutes ces idées ?

De mes fantasmes, et j’observe toutes les femmes que je rencontre chaque jour.

Y a-t-il des auteurs que vous reconnaissez comme vos maîtres ?

Oui, bien sûr. Toujours Sade et Miller. (J’ai aussi beaucoup d’estime pour Jacques Serguine et Bernard Noël, sans oublier bien entendu Françoise Rey et Mélanie Muller).

Et des livres qui vous inspirent ?

Cruelle Zélande de Jacques Serguine et Le château de Cène, de Bernard Noël. Ce sont ces deux livres qui m’ont incité à poursuivre dans ce genre d’écriture.

Avez-vous des lectrices ou des lecteurs privilégiés ?

Comme j’ai une amie écrivaine porno, elle est ma première lectrice avant que j’envoie mon manuscrit. Mes scènes de cul seront réussies si elle se masturbe. Et mon roman sera réussi si elle le fait à chaque chapitre. J’ai aussi un ami intime, prof de philo, dont les conseils judicieux m’ont toujours aidé dans mon écriture, vu qu’il fut lui-même correcteur à La Musardine. C’est d’ailleurs ainsi qu’on s’est connu.

Que trouvez-vous le plus difficile à écrire ?

Les scènes servant à relier les scènes de cul sont généralement plus ennuyeuses à écrire pour l’auteur, mais elles ne doivent pas l’être pour le lecteur(trice) que j’adore faire voyager dans les régions ensoleillées du sud de la France.

Quels sont vos rapports avec votre lectorat ?

Étrange question que voilà ! Je ne connais pas mon public. Je n’ai encore jamais dédicacé de bouquin de cul, mais ça va se faire dès l’an prochain avec celui qui va sortir. Néanmoins, j’ai la chance d’avoir été interviewé par Brigitte Lahaye, dans les studios mêmes de RMC, en 2011, pour La Bourgeoise (sorti d’abord aux Éditions Blanche). D’autre part, personne dans les lecteurs ou lectrices ne reçoit, je pense l’adresse mail ni le numéro de téléphone d’un auteur, non ?

Dans toute votre bibliographie, quel est votre livre préféré ?

Celui qui va sortir prochainement !

Et lequel conseillerez-vous de lire en premier à un lecteur qui ne connaît pas votre œuvre ?

Celui que je viens de terminer, parce que je rends hommage aux femmes de plus de 50 ans, celles auxquelles au cinéma et au théâtre on n’attribue plus que des rôles de grand-mères en faisant fi de leur sexualité. Comme si celle-ci était carrément éteinte.

Merci beaucoup, Gil Debrisac !

Un lien, pour aller plus loin dans la découverte de cet auteur que je vous conseille : http://www.meshistoiresporno.com/auteur/debrisac-gil/

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