conseils d'écriture (5/5)

Salut à tous et à toutes !

Peut-être que vous vous demandez s’il existe des « trucs » pour écrire une bonne histoire de cul ?

Si vous envisagez de poster des textes sur MesHistoiresPorno, ou de proposer un manuscrit à La Mauvaise Herbe, sachez que non : il n’existe aucune tactique qui marcherait à tous les coups pour rendre une histoire passionnante ou une scène érotique excitante. En revanche, si vous observez quelques règles simples mais indispensables, vous augmenterez nettement vos chances de captiver votre auditoire et de le faire bander ou mouiller !

Voici pour vous aider une série de cinq articles. (Pour lire les quatre précédents, cliquez ici, ici, ici et ici).

Pour conclure cette série, voici quelques conseils pour écrire une bonne scène de cul – et vous allez voir qu’ils débordent un peu sur l’écriture en général.

Alors pour commencer, attention : tous ce qui va suivre est subjectif. Il s’agit de mes attentes en tant que lecteur, de mes ambitions en tant qu’écrivain et de mes critères en tant que directeur de collection. Mais la littérature n’est pas une science exacte et d’autres manières de voir existent.

Pour moi, une scène de cul est bandante si elle est écrite dans une langue simple, fluide et précise, si elle privilégie les détails parlants aux descriptions trop détaillées, si elle fait la part belle aux sensations et si le point de vue est clair et cohérent.

LA LANGUE

Je tiens ça d’un de mes premiers éditeurs, Esparbec, LE maître de la littérature porno.

Sa vision est simple : allez-y mollo sur les termes qui fleurent bon le chapeau haut-de-forme, la canne-épée et le string de grand-maman. Pourquoi parler de con, de vit, de chagatte, de cramouille et compagnie quand bite, chatte, sexe, vagin, suffisent ?

Un copain écrivain m’expliquait qu’un bon livre, selon lui, devait donner envie d’aller boire un coup avec l’auteur (qu’il soit contemporain ou pas, mort ou vivant, c’est pareil, hein, on parle d’apéro métaphorique, pas d’empoigner son téléphone et réveiller Dostoïevski). Eh bien, partant de là, je ne suis pas sûr de vouloir baiser avec quelqu’un qui me parle de berlingot, de mont de Vénus, de poireau ou de je ne sais quoi d’autre !

Pour moi, la règle est simple : employez soit un vocabulaire cohérent avec le personnage (après tout, si vous avez décidé de raconter les aventures sexuelles de Bébert le fort des Halles, l’Apache à longue bite, le chéri de ces dames, je ne vais pas vous dénoncer à la police du bon goût pour usage excessif de termes ringards), soit un vocabulaire qui correspond à peu près à celui que vous utiliseriez en décrivant la scène à un ami – remarque d’ailleurs valable pour tout votre bouquin, pas seulement pour les scènes de cul.

La préciosité, les mots rares, trop littéraires, poétiques, etc. : c’est kitsch. Dans le meilleur des cas, ça fait « regardez comme j’ai du vocabulaire ». Et dans le pire, c’est mignon comme un calendrier des postes thématique petits chats.

LES DÉTAILS QUI TUENT ET LES SENSATIONS

En matière de description, il y a deux écoles : la statique et précise (façon Balzac, disons) et la dynamique et minimaliste (façon Hemingway, disons). La première s’attarde longuement sur l’objet décrit : c’est le siècle de la peinture, des débuts de la photo, et le roman considère que le réalisme doit donner tous les détails. La seconde préfère l’action. Les objets sont davantage nommés que décrits et composent une toile de fond laissant place à l’imagination : c’est le siècle du cinéma, et le roman considère alors que le réalisme consiste à traduire le mouvement et l’action, la fluidité, et que figer le monde sur un regard est une faute.

Une bonne description porno doit être les deux !

Détaillée ET fluide. Pleine de détails ET dominée par l’action. Équilibre délicat : dans chaque phrase on doit visualiser aussi bien le mouvement, le tableau d’ensemble et les détails. Et il ne faut pas se cantonner à la vue : les autres sens – odorat, ouïe, goût, toucher – sont essentiels ! La masse d’informations à communiquer est énorme et simultanée.

Pour savoir choisir les éléments pertinents, c’est-à-dire ceux qui rendront la scène excitante, compréhensible et intéressante à lire, et laisser de côtés ceux qui sont insignifiants ou alourdissent, il n’y a pas de miracle : beaucoup relire, beaucoup réécrire, beaucoup retravailler !

Et il ne faut pas, surtout pas – sous peine d’offrir au lecteur un compte-rendu aussi érogène qu’un rapport de police ou un bilan médical –, oublier de parler des sensations éprouvées par les protagonistes. Sensations physiques mais aussi émotions, pensées et même sentiments ! La montée du désir, son acmé, l’imminence de l’orgasme, le moment où on le retient, où on le laisse aller, et les émotions qui nous traversent ensuite ! Ce que le corps de l’autre transmets, son odeur qui se modifie, les mots, borborygmes, halètements, souffles, cris qu’on échange !

Et tout ce qui donne une atmosphère unique ! La colère devenant tendresse entre deux personnes qui baisent après s’être engueulées ; la timidité qui s’efface ; la peur de se faire griller qui décuple l’excitation ; la jalousie ; les pensées parasites, etc. ! Une scène de cul est une machine à fabriquer de la narration. Tout ce qui constitue la richesse de la condition humain y a sa place ! Se limiter à décrire des trucs qui pénètrent des machins serait une terrible erreur.

En bref, réussir une bonne scène porno est l’une des choses les plus difficiles qui soient en littérature.

LE POINT DE VUE

Règle très importante à mes yeux : que vous écriviez à la première ou à la troisième personne, il faut choisir à travers quel personnage on vit la scène. C’est-à-dire du point de vue de qui les informations nous sont transmises.

Prenons pour exemple un chapitre dans lequel une MILF initie aux joies du sexe un jeune puceau. Écrit du point de vue de la MILF, nous aurons ses sentiments à elle, ses sensations à elle, racontés directement, comme si nous nous trouvions dans sa tête. Et il faudrait trouver des astuces pour faire connaître au lecteur ce que ressent et éprouve le puceau : il pourrait parler, son corps pourrait exprimer des choses (regards, gestes, frissons, etc.), la MILF pourrait supposer ou imaginer ce qu’il éprouve. Mais, sauter de ce qui se passe dans la tête d’un des personnages à ce qui se passe dans celle d’un autre, et revenir au premier, etc., c’est incohérent et mou. Il faut faire un choix et s’y tenir.

D’ailleurs, à la scène suivante, rien ne vous empêche d’inverser ! Par exemple, la rencontre et la drague pourraient être racontées du point de vue du puceau, la baise du point de vue de la MILF, et ce qui se passe après la baise du point de vue du puceau – qui ne l’est plus – à nouveau. L’important, c’est de bien découper son récit en séquences (numérotées, par exemple) et de se rappeler qu’on ne change de point de vue qu’en changeant de séquence. Chaque séquence – porno ou pas porno, d’ailleurs, peu importe – doit avoir une direction, une focale.

L’auteur n’est pas là pour tout raconter en laissant le lecteur se démerder pour faire son petit montage. Non. L’auteur doit organiser, choisir, imposer une direction, un angle, un sens et un hors-champs. Ce qui rend un récit intéressant, au bout du compte, c’est ce que l’auteur choisit de ne pas raconter. C’est pour cette raison que le choix du point de vue, pour chaque séquence – et particulièrement une séquence de cul – est essentiel : la même scène de dépucelage, selon qu’elle est racontée du point de vue du personnage vierge ou de celui du personnage initiateur, ne dit pas du tout la même chose au lecteur. Et dire les deux à la fois ne produit rien d’autre que du pâté sans couleur et sans goût.

Écrire, c’est savoir quoi ne pas écrire.

Voilà ! Vous avez tous les outils en mains. Alors, à vos claviers !

Christophe Siébert

PS : si vous voulez vérifier cette vieille histoire de cordonnier et de chaussures et de conseilleurs et de payeurs, mes romans parus chez Media 1000 et à La Musardine sont disponibles ici : http://www.meshistoiresporno.com/auteur/siebert-christophe/

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