CYBER EXPÉRIENCE

C’est, paraît-il, au moment de monter l’escalier que l’acte de séduction est le plus excitant. Encore faut-il parvenir à ce que votre conquête le fasse. Et, hélas, j’étais bien loin d’en être à ce point. J’avais déjà toutes les peines du monde à arracher celle que je désirais à son canapé et ses pizzas. Et elle ne semblait pas y être résolue. Elle avait, par exemple, la fâcheuse habitude de systématiquement répondre à mes propositions de déjeuner au restaurant par un refus poli mais agacé, prétendant qu’il était beaucoup plus simple de commander en ligne et de se faire livrer et qu’au moins elle ne perdrait rien de l’évolution de l’univers dans lequel elle s’immergeait au travers de son écran et son clavier. J’avais beau lui objecter qu’elle perdait ainsi tout contact avec la réalité de ses sens, elle avait un argumentaire imparable pour me répondre, basé sur les multiples capteurs dont elle avait équipé son PC. Elle m’assura ainsi avoir une vie sentimentale et sexuelle épanouie grâce à tous ces appareils dont les moindres n’étaient pas la collection de sex-toys connectés dont elle me fit l’étalage. Ainsi, me dit-elle,elle parvenait, même à distance, à allumer tous les étages de la fusée la menant à l’orgasme. J’en perdais mes mots. Pour charmante qu’elle fût, elle n’en était pas moins une indécrottable geek et je ne connaissais pas vraiment les codes servant à courtiser dans ce milieu. Il allait me falloir apprendre. Et être patient.

Vers l’infini et au delà !

J’avais fini par être récompensé de mes efforts. Et c’est par ces paroles qu’elle m’avait proposé de coucher avec elle quand elle avait fini par lâcher clavier et souris. Elle voulait enfin mettre en pratique IRL avec moi les sensations qu’elle avait pu éprouver via les diverses interfaces.qu’elle utilisait. Enfin, sous réserve qu’à mon tour je pénètre son univers de sexualité assistée par ordinateur. Ce n’était pas rien comme proposition et j’étais aux anges de pouvoir enfin faire l’amour avec elle. Un peu anxieux également. Comment allait-elle réagir à des stimuli non électriques ? Comment allait-elle passer la frontière entre virtuel et réel ? Il était de mon ressort que cela se passe le mieux possible.

J’étais donc venu chez elle car nous étions convenus que tout s’y passerait. Elle n’arrivait pas encore à envisager de quitter son environnement qui la sécurisait. Et puis nous devions commencer par mon initiation au cybersex. Son appartement était à son image, complètement barré. Aussi, je ne fus pas surpris outre mesure par la quantité de mobilier urbain dont elle se servait pour sa déco Nous bûmes un verre rapidement. Pas d’alcool, elle m’avait dit que c’était déconseillé pour ce que j’allais faire.

Puis il fut temps de passer aux choses sérieuses. Elle me fit me déshabiller et commença à me coller des capteurs un peu partout. J’enfilai ensuite une sorte d’étui pénien duquel partait une énorme masse de câbles. J’étais un peu inquiet, elle me rassura en me montrant l’équivalent féminin qu’elle utilisait pour elle. Une sorte de godemiché garni de picots et dont la base ressemblait à une énorme bouche, sans doute destinée à envelopper toute la zone pelvienne. Il n’était pas moins relié à un nombre incalculable de fils et autres gaines.

Il paraît que le plaisir féminin est plus complexe que le masculin. J’utilise ça depuis quelques temps et, comme tu peux le voir, cela ne m’a pas amenée dans un cercueil.

Puis ce fut le tour d’une paire de gants, également câblés. Enfin, elle me coiffa d’un casque qui occultait complètement les sens que je pouvais avoir eu niveau de la tête. Cette sensation de privation cessa rapidement quand elle me connecta. Tout d’abord ce fut une impression de plongée dans un cosmos de pixels désordonnés. C’était assez grisant quoi qu’un peu déstabilisant. Puis cela finit par se dissiper et tout se mit en place. J’avais fait le choix de rester dans un univers assez réaliste, plus rassurant pour ma première expérience. C’était tout de même assez fascinant d’évoluer dans un monde où les rencontres se faisaient si facilement. Je fus ainsi abordé par une accorte créature aux mensurations cartoonesques qui se jeta sur moi sans autre forme de procès. Elle me caressait. Je la touchais également Les sensations, sans être totalement réalistes n’en étaient pas moins extrêmement immersives. Alors quand mon immatérielle conquête entreprit de me prendre en bouche j’eus toute les peines du monde à ne pas jouir sur le champ. C’était comme si mon sexe était tout à la fois aspiré, léché, branlé. J’aurais voulu lui rendre la pareille mais, visiblement, le goût n’avait pas été implémenté dans la matrice sensorielle. C’était toutefois si bien fait que je ne résistai pas bien longtemps et je me sentis me vider à grandes saccades tandis que mes jambes se dérobaient sous moi. C’était vraiment très fort.

J’eus alors une invite me demandant si je voulais recommencer. Je déclinai. De nouveau la brume de pixels. Puis je sentis qu’on m’enlevait le casque. J’étais un peu perdu. Elle me rassura, me disant que ça allait vite passer et m’allongea. Il fallait que je reprenne mes esprits pour la deuxième partie de l’expérience.

Elle m’avait fait un thé à la menthe pour m’aider à revenir de mon voyage dans la matrice. Je le sirotai doucement. J’avais envie d’être en possession de tous mes moyens pour lui faire l’amour. Nous en profitâmes pour bavarder un peu. Elle m’apprit par exemple qu’une des cause de sa claustration volontaire était sa narcolepsie, beaucoup trop dangereuse à vivre en extérieur. Elle ajouta en souriant qu’il ne faudrait donc pas que je me formalise si elle venait à s’endormir pendant que je serais en train de l’éteindre. Je l’interrogeai sur les murs de sa chambre tapissés d’alvéoles. Elle me dit qu’un autre de ses troubles était d’être hantée par d’horribles cauchemars qui lui arrachaient des hurlements nocturnes. Par conséquent, suite à des plaintes de son voisinage, elle avait dû insonoriser son intérieur. Toutes ces confessions. J’étais troublé. Mais irrépressiblement attiré par elle. Son étrangeté me fascinait plus que jamais. Je ne voulais que plus la faire jouir pour lui procurer cette sensation de lâcher-prise qui semblait lui faire tant défaut.

J’avais récupéré. Il était temps de m’occuper d’elle. Je lui fis lever les bras et lui passai son t-shirt au dessus de la tête, découvrant une poitrine menue et ferme dont les tétons dardaient déjà fièrement. J’en pris un en bouche, l’autre entre mes doigts, le faisant rouler avec douceur. Puis j’alternai succions mordillements, pincements et caresses sur chacun d’entre eux. Elle renversa la tête et soupira.

C’est tellement différent de… oh… mais tellement bon… 

Je l’allongeai alors. Puis, soulevant son bassin, fis glisser pantalon et culotte le long de ses jambes. Son pubis était parfaitement glabre.

Tu épiles absolument tout ? C’est dommage. Si je m’en réfère à la couleur de tes cheveux, tu dois avoir une toison acajou des plus ravissante. Aurais-tu succombé aux diktats d’Internet ? 

Absolument pas. C’est juste que c’est plus pratique avec les jouets. Quand je couche avec une fille dans mes aventures virtuelles, j’aime bien l’option « hairy ».

Elle était nue maintenant, couchée sur son lit, les jambes légèrement pendantes. Je m’agenouillai entre elles et les écartai un peu pour placer ma bouche sur ses lèvres. Elle était déjà humide d’excitation. Je me mis à la lécher, lentement, lui laissant le temps d’apprécier ma caresse. En sus de ma langue, je prenais doucement ses lèvres entre les miennes, les agaçant légèrement de mes dents. Son nectar avait un goût légèrement sucré dont je me repaissais. Elle gémissait. Une sorte de psaume inarticulé mais dont je devinais le sens. Il était temps de m’emparer de son bouton. Je le découvris du bout des doigts. Elle se tendit. Je me mis à l’aspirer.

C’est doux… oh… pas comme mon…ah… mais c’est… continue…

Je ne me fis pas prier, variant mes attouchements sur son sexe autant que je le pouvais. Ses hanches, prises d’une houle sensuelle, ondulaient à présent. J’insistai, attentif à la moindre de ses réactions. Elle finit par me broyer les tempes dans un grand cri. Puis son corps se relâcha.

C’est tellement plus… humain. On continue ? Je vois que tu es en condition.

Et elle posa sa main sur mon jeans, massant mon entrejambe gonflé. Elle désirait passer à la suite. Moi aussi. Apprécierait-elle tout autant ? Je l’espérais.

Elle semblait réellement décidée à passer à l’étape supérieure.

Mets toi nu toi aussi, je veux te voir. Contempler un vrai corps d’homme.

Je m’exécutai. J’étais à présent nu devant elle, la queue dressée. Elle l’agaça distraitement du bout de ses ongles vernis.

J’ai envie de te goûter. Le puis-je ?

Elle n’attendit pas ma réponse et m’engloutit jusqu’à la garde. J’étais sidéré qu’elle pût ainsi me prodiguer une gorge profonde malgré son inexpérience. Elle me libéra avec une exaspérante lenteur, un filet de salive lui coulant du menton jusqu’aux seins.

J’ai vu ça dans mes explorations sur le cyberspace. Les hommes semblent adorer. C’est bien ?

Tout est bien dans la mesure où tout le monde y trouve son plaisir. Qu’as tu vu d’autre ?

Sans me répondre elle commença à faire glisser la pointe de sa langue le long de ma hampe, du gland jusqu’aux testicules. Puis prit le chemin inverse et me coiffa de ses lèvres. Les joues creusées elle m’aspirait avec une volonté non feinte en faisant aller sa bouche d’avant en arrière. Internet ne lui avait pas apporté toute la science fellatrice mais on sentait sa soif d’apprendre. C’était diablement excitant et, pour essayer de me distraire de mon envie de jouir, je me focalisai sur une sirène qu’on entendait par la fenêtre restée ouverte. Dehors le soleil avait fait place à la nuit et une odeur de pluie entrait délicatement dans la pièce. Je me dis que nous avions vraiment un printemps pourri dans une nouvelle tentative de songer à autre chose que ma reddition proche. Je la saisis par les tempes, plus pour la calmer que pour lui guider mon rythme.

Doucement ma belle, il ne faudrait pas que je vienne trop vite. Et peut être ne souhaites tu pas me boire.

Elle m’ôta de sa bouche. Sa main prit lentement le relais.

Non, pas ce soir. Par contre je veux te voir jouir, sentir la chaleur de ta semence sur moi.

Et elle accéléra son mouvement de va et vient tout en me massant délicatement le périnée. Elle s’allongea de nouveau sur le lit, m’entraînant avec elle. Elle me branlait maintenant avec frénésie, mon sexe pointé sur son ventre. Je ne résistai pas longtemps à ce traitement et éjaculai à grand jets sur elle. J’avais l’impression que jamais je n’allais m’arrêter et que j’allais la noyer sous un océan de foutre. Je finis enfin par cesser de me répandre et m’allongeai auprès d’elle.

Une sensation que la virtualité ne permet pas encore de vivre. Merci pour ta jouissance.

Elle se massait délicatement l’abdomen avec mon sperme, l’air heureux. Puis, saisissant le rouleau d’essuie-tout qui était sur la table de chevet, s’en essuya les mains.

Navrée mais je n’ai pas l’habitude d’être poisseuse ainsi. Je vais me faire couler un bain. Tu viens ?

J’étais un peu refroidi par cette réaction un peu froide, mécanique. Je n’arrivais toutefois pas à lui en vouloir. Je la suivis jusqu’à la salle de bain.

Une fois la baignoire remplie, nous nous glissâmes dans l’eau sans échanger le moindre regard. Aucun son ne sortit non plus de nos bouches. C’était un peu comme si la sensation de mon sperme séchant sur sa peau l’avait profondément choquée. Et moi, pourtant si prolixe, les mots me manquaient pour essayer de la rassurer sur ce qu’elle venait de vivre, sur cet aspect non aseptisé de la chose sexuelle. Une ombre de mélancolie me passa devant les yeux. S’il y avait des paris à prendre sur l’avenir de notre expérience, ils étaient pour le moins hasardeux et, même si j’avais envie d’y croire, je ne me voyais pas miser ma chemise.

C’était quand même dommage de passer à côté de choses si prometteuses au vu de ce que nous avions pu déjà faire. Aussi, sans faire de vagues, j’entrepris de me rapprocher d’elle et de la prendre dans mes bras. Je la cajolai ainsi un bon moment. Elle finit par se détendre et tourna la tête dans ma direction. Nos regards se croisèrent de nouveau et je vis une étincelle se rallumer dans ses pupilles. Un joli rose empourpra ses joues quand elle me demanda une coupette. C’est vrai, nous avions déposé une bouteille de champagne et deux flûtes à portée de main sur le large rebord. Au cas où. C’était l’occasion de repartir sur de bonnes bases. Je la servis. Nous trinquâmes. Le courant passait à nouveau. C’était bien.

Notre silencieuse escarmouche était donc bien finie et nous en étions donc à deviser légèrement, verres à la main, quand, subitement elle piqua du nez sans crier gare. Ainsi donc, ce n’était pas de la gnognotte. Elle s’était endormie en sursaut comme si elle avait avalé un tube de barbituriques. Je fis mon possible pour éviter qu’elle ne se noie et la sortis de la baignoire pour l’allonger sur son lit.

Qu’allais-je donc faire en attendant qu’elle n’émerge ? Bouquiner ? Pourquoi pas ? Je cherchais de quoi patienter dans sa bibliothèque. Un manuel de géométrie ? Non. J’avais passé l’âge de comparer les mérites des divers parallélépipèdes. Il y avait sur le même rayon un traité d’héliciculture. Et si je me cultivais sur les gastéropodes ? Je parcourus quelques pages et reposai le livre. L’auteur attigeait carrément avec des conclusions économiques aussi farfelues que péremptoires. Le taux de rentabilité des exploitations était le triple de celui de l’inflation à le lire. Ben v

oyons… J’aurais pu tenter “un apostolat” de JP Martinet. Je n’étais d‘ailleurs pas surpris de le trouver chez elle. Mais je ne connaissais que trop bien le profond pessimisme de cet auteur et je voulais garder la tête un peu légère pour la suite des événements.

Finalement ce fut l’installation informatique qui m’attira. Et si je me faisais une petite séance solo ? Ça ne devait pas être bien compliqué de faire tourner la machine. Et j’y trouverais certainement de l’inspiration pour quand ma belle reviendrait à elle. Je démarrai la machine et me vêtis des divers accessoires comme elle me l’avait fait. Puis je partis à la recherche de situations inédites. J’étudiai, parmi les invites et jetai mon dévolu sur espace. L’amour en apesanteur, même simulé, devait être diablement excitant. Je validai.

Encore cet instant de vertige. Puis je me retrouvai en apesanteur dans un immense vaisseau spatial. Tout y paraissait mort à l’exception d’une rangée lumineuse qui semblait me donner une direction. Tout en flottant je la suivis donc jusqu’à une salle, qu’un panneau m’annonça comme étant la réserve de reproductrices. Ça sonnait vraiment science-fiction des années 70. L’obsolescence du libellé me fit amèrement sourire. Le programmeur de cette séquence n’avait pas jugé bon de trouver quelque chose de plus poétique pour ce lieu. OK c’était assez laid comme endroit. Une succession de sarcophages dans lesquels gisait, en léthargie artificielle, un échantillon de la gent féminine qu’on avait tenté de faire le plus exhaustif possible. Au centre de la salle se trouvait un écran tactile sur lequel on pouvait faire défiler toutes les caractéristiques des occupantes. Cela allait de leurs caractéristiques physiques, à leur tempérament ou leur bio. Elles ne portaient hélas pas de nom mais des matricules. Un nouveau point négatif pour moi. Cela pouvait plaire à certains, je ne sais qui d’ailleurs, mais la cosmétique extrêmement déshumanisée de cette simulation commençait à me mettre mal à l’aise.

Je voulais toutefois tenter l’expérience jusqu’au bout et, particulièrement, le sexe en apesanteur. Alors je sélectionnai une de celles qui me paraissait le moins dopée aux hormones. La machine m’indiqua l’allée 3 et l’emplacement 285 pour aller la réceptionner, plan à l’appui. J’y voletai maladroitement. La cellule de vie artificielle était ouverte et ma future partenaire, encore passablement endormie, commençait à en sortir. Elle était parfaitement conforme à sa fiche, y compris le ticket de métro qui ornait son pubis. Comment était-il resté aussi bien dessiné au bout de tout ce temps m’intriguait. Et puis je me souvins que je n’étais pas dans la réalité. Décidément c’était vraiment immersif.

Je la pris tout doucement par la main et l’amenai à moi. Elle se laissa faire, docile. Elle avait un drôle de sourire, à la fois candide et carnassier, c’était troublant. Sa passivité cessa soudain et, comme si elle avait deviné mes attentes, elle m’enlaça. Puis, d’une poussée du pied, nous projeta. Nous mîmes à flotter. J’avais perdu la notion de haut, de bas de gauche, de droite. Je ne pouvais donc pas dire qu’elle m’avait chevauché quand, d’un habile mouvement de bassin, elle avait guidé ma verge en elle. Ses jambes nouées autour de ma taille, elle guidait à présent nos mouvements en experte des choses de l’amour, tout en prenant visiblement soin de maintenir cette sensation de vol au travers de la pièce. C’était assez désorientant comme sensation d’ailleurs, d’aller et venir dans son vagin sans avoir le moindre point d’appui pour se guider. Excitant ? Je n’aurais su le dire tant j’étais focalisé sur la recherche de repères. Mais les sensations physiques étaient là. Ma partenaire était humide, chaude et étroite et je sentis bientôt une onde de plaisir me traverser la colonne. Je me souvins alors que j’avais laissé quelqu’un dans la vraie vie. Je cherchai alors fiévreusement le bouton sortie, ne voulant pas jouir de cet ectoplasme mais plutôt de ma belle endormie, bien réelle, elle.

Tout devint noir autour de moi. Puis j’ôtai casque, gants et capteurs. Un sentiment mitigé. Le scénario aurait mérité un peu plus de travail. Mais j’avais quand même la queue hypertendue, prêt à honorer la suite des événements, rendons grâce à cette escapade virtuelle. Je me dirigeai vers la chambre. Serait-elle réveillée ? Dans de bonnes dispositions ? J’étais prêt en tout cas à répondre au moindre de ses caprices.

Hélas, quand je poussai la porte de la chambre, quelle ne fut pas ma surprise de la trouver dans le noir. Il me semblait pourtant que la lumière était allumée quand je l’avais laissée. Elle avait dû vaguement émerger et n’avoir le courage que de presser l’interrupteur avant de sombrer à nouveau. Je n’eus pas le cœur de la réveiller malgré mon désir. J’étais certes un peu déçu mais je préférais la laisser à la plénitude de son sommeil. Je refermai donc la porte et commençai à me rhabiller. Puis je sortis de l’appartement et descendis l’escalier.

Je lui avais laissé un mot pour lui dire à quel point son initiation aux choses réelles de l’amour resterait inoubliable pour moi. Pas un post-it, non. Un fichier Word plutôt, laissé ouvert sur le bureau de son PC. Je lui disais notamment que j’aimerais avoir d’autres bulles de temps avec elle, comme celle que nous venions de passer ensemble. Pour prolonger la féerie de ces moments de communion charnelle. Bref, une sorte de déclaration amoureuse. Que je ne  trouvais pas vraiment brillante. J’avais beau avoir essayé de ne pas être trop bateau dans la construction de mes phrases, je ne pouvais m’empêcher de penser que je n’avais toujours pas trouvé la formule pour la séduire. On verrait bien si elle allait me rappeler.

Une fois dans la rue, je jetai un dernier coup d’œil à ses fenêtres, toujours obscures et m’éloignai doucement, à la fois heureux et triste. Ça avait été de bons moments. C’était désormais derrière moi. Chemin faisant, je n’eus de cesse que de regarder l’écran de mon smartphone. En vain. Pas la moindre notification de sa part. Pour me rassurer je me dis qu’elle devait encore dormir.

Toujours pas de nouvelles au bout d’une semaine. J’en pris mon parti. J’avais été un aimable sujet d’expérimentation, point barre. Il me fallait passer à autre chose. La roue avait tourné, tant pis. J’essayai de l’oublier dans d’autres bras. Sans jamais vraiment y parvenir. Et puis, un soir, alors que j’étais en train de chatter, essayant d’attirer dans mon lit une énième conquête, l’écran devint noir. Puis une paire de fesses apparut tandis qu’une phrase flottait en lettres de feu : « same player shoot again ». Je les reconnus aussitôt. C’était les siennes. Puis : « press enter to continue, cancel to exit ». Je m’exécutai. L’image disparut et j’entendis sa voix me murmurer un « viens » langoureux. Puis tout s’éteignit. Je pris ma veste, un grand sourire aux lèvres. Ça recommençait.

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  1. Frédéric le à
    Frédéric

    Il faudrait qu’il essaye avec une cuisinière; ce serait avec des légumes, des fruits, des spaghettis,….
    Et la cuisinière lui ferait des signes au marché, au supermarché avec des légumes ou des fruits,…
    C’est romantique et utile aux commerces.

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