GAËL

« Comment tu gères avec les mecs ? » me demande un jour Estelle. Je ne lui en veux pas car elle n’est pas du genre à tout le temps me poser des questions sur mon cas. Mais quand elle s’en pose je sais que c’est par bienveillance, qu’elle a envie de me comprendre, et que dans sa façon de penser, quand il y a des choses qui bloquent elle n’avance plus. Alors je lui réponds que ça se gère pas. Il n’y a pas de méthode en fait. Ça se fait au coup par coup. Et je repense à ce soir là.

Ce soir là, quand Gaël me ramène après avoir attendu la fin de mon service et m’avoir offert un verre en me faisant un gentil rentre dedans, ça fait plusieurs semaines qu’il promène sa belle gueule de trentenaire dans nos soirées d’étudiantes, et deux fois qu’il se pointe un vendredi où je fais des extras. Mon look pas très soigné (robe grise en laine, collants gris perle, bonnet et bottines mais bon hé je bosse !) ne le rebute pas alors je ne vais pas cracher dans la soupe. Il est mignon, il a l’air safe, à l’aise dans ce bar. Le Sémaphore n’est pas un bar gay mais compte parmi ses habitués quelques couples homos et le vendeur de la boutique de fringues pour dames du bas de la rue, plus folle et exubérante que tout le personnel de chez Michou ! Pendant un moment je je me suis même dit que Gaël était au courant de mon identité sexuelle. Il me parle de la ville, que je ne connais pas encore bien, de son quartier et de sa douceur de vie le week-end – genre si on baise tu peux toujours rester demain, je te ferai visiter. Moi, après deux années de lutte au quotidien pour vivre parmi les gens « normaux » (les cis principalement hétéros si tu suis) plutôt que me réfugier dans des endroits réputés safe comme dans une bulle, je vois une occasion comme ça je la prends. Let’s go !

Le trajet en métro se passe mieux que bien. Sans doute sous l’effet de l’excitation, de l’alcool et de l’inconnu, je sors des vannes à tour de bras, et il est sur la même longueur d’ondes. Bref on arrive chez lui en mode morts de rire genre potes depuis cinq piges. Il met de la zique (du rock des 90’ pas dégueu du tout), retire ses pompes et m’invite à faire de même : la moquette du salon est plus épaisse que mon matelas ! On continue de tchatcher, très très détendus avec des échanges de regards plus complices que langoureux. On se trouve des points communs dans l’ironie, le cynisme et le second degré permanents. Du coup je réponds à son offre de verre de vin blanc par un « Ah ouais, faire picoler les étudiantes à peine majeures pour pouvoir les baiser, ce truc de vieux ! » qui le plie en deux et auquel il répond : « Je suppose que ça veut dire oui. » Il nous sert, on se pose aux tabourets de bar du comptoir qui sépare son salon du coin cuisine, on trinque et on savoure (franchement sympa mais j’y connaissais rien en vins à l’époque). Après un court silence, toujours sur le ton de la vanne, je laisse tomber : « En même temps, c’est con de gaspiller une bonne bouteille vu que tu sais déjà que tu vas me baiser. » ponctué du même genre de sourire « mouarf ! qu’est-ce qu’on rigole entre copains » qu’on s’échange depuis le début de la soirée. Mais en vrai j’entends mon cœur qui tabasse dans mes oreilles parce que tout ce dont j’ai envie ce sont ses mains sur mes hanches, et que j’ai aussi un petit peu la trouille de ce qui va suivre. Et pour ce qui est du désir, je vois bien qu’à ce moment-là on en est au même point. Du coup sans que je le veuille, mon sourire tombe doucement, ma respiration s’accélère un peu et je sens la tension naître entre mes cuisses. Son sourire aussi, a changé.

Forcément, sa main se pose sur mon genou. Forcément je finis mon verre d’une traite. Forcément il descend du tabouret, se place devant moi et me tend ses lèvres. Forcément j’avance les miennes. Forcément…

Ses mains crissent sur la maille de mes collants quand sa bouche happe la mienne dans un patin fiévreux et trempé. Mon sexe est déjà comprimé à en avoir mal sur la selle du tabouret. Ses mains abandonnent mes bas pour remonter dans mon dos. Il me serre contre lui pour affirmer son baiser qui se la joue carrousel : ça tourne interminablement dans un refrain vieux comme le monde mais punaise qu’est-ce que c’est bon, une première pelle !

Ma langue crie d’indignation quand la sienne la quitte. Il fait un pas en arrière et me tend la main. Je descends du tabouret et le rejoins. Ses yeux dans les miens, il devient caresses, une main dans mes cheveux, l’autre sur ma hanche, puis sur mes reins, les miennes sur son torse. Puis sa bouche dans le creux de mon épaule, la caresse de sa barbe douce et claire sur mon cou, son bassin se collant au mien. Je recule, mes fesses se trouvent contre le dossier du canapé et je m’y hisse. J’écarte les cuisses pour l’accueillir et ma robe remonte un peu plus haut sur elles. Il se plaque à moi, nos pubis se frottent au travers des vêtements. Il ne se doute pas de la présence de mon sexe, replié et gonflé dans mes collants. Se reculant un peu, il caresse à nouveau mes jambes, mes genoux, l’intérieur de mes cuisses, remonte… Son regard, toujours rivé au mien, est brillant, et pas seulement de désir. Il baise mes pommettes, mes joues, la commissure de mes lèvres, avec une tendresse bouleversante. Il y a une joie enfantine dans ce regard, une innocence qu’ont les gens pour lesquels chaque première fois est magique comme LA première fois. Mais voilà, sa main est maintenant près de mon pubis. Bon ! Quand faut y aller…

Je bascule un peu le bassin si bien que seules mes fesses sont désormais posées sur le dossier du canapé. Il remonte la main sous ma robe, la glisse dans mes collants, la descend. Ses doigts s’aventurent dans ma toison, puis continuent leur chemin jusqu’à…

Là, c’est l’arrêt sur image. L’arrêt sur image mais pas Hiroshima ! Pas de bond en arrière, pas de « Casse-toi sale pédale ! », pas même une moue dégoûtée. Juste un air de surprise. Sa main reste posée en coque sur mon sexe arrondi.

« Tu… » Je hausse les sourcils, esquisse un sourire, incline la tête sur le côté et hoche positivement un oui muet. Il reste sans voix, les yeux dans les miens. Là, je prends conscience que tout se joue sur l’épaisseur d’une lame de rasoir : si je le brusque, il s’envole, et si je me replie, il me laissera partir sans me retenir. Je le sens.

Je dégage sa main, lentement, lui rend sa liberté sans lâcher son regard. A l’oreille, je lui chuchote, plus tendre que coquine :

« J’aime ta douceur, tes gestes, tes mains. Tu me plais. »

« Toi aussi tu me plais… »

C’est sorti immédiatement, spontanément.

« Et il ne se passera rien dont on n’aura pas envie tous les deux. Tu le sais ça !? » (Oh mec, j’ai 19 balais et toi 30, je pèse 50 kilos et toi 80, et même si c’était pas le cas : JE. NE. VAIS. PAS. TE. VIOLER !).

« Oui ! C’est juste que… je ne sais pas si j’ai envie de… de ton sexe. »

Ben oui gros nigaud, j’avais bien compris. Le tout pour le tout, je prends une moue exagérément dégoûtée et je passe en mode vanne comme au début de la soirée :

« Moi non plus : si ça se trouve le tien est tout moche et plissé comme celui d’un vieux ! » Éclats de rire. (Eh ouais, l’humour ça marche aussi avec les mecs. Note-le !).

Je retire la pince de mes cheveux, les laisse tomber sur mes épaules, avance vers lui et incline la tête en lui faisant mon sourire modèle 418 : pauvre orpheline à la rue, et d’une voix à peine audible : « Tu voudrais bien… juste m’embrasser, comme tu le faisais tout à l’heure ? Gentiment ? »

C’est du bout des lèvres d’abord, délicat et un peu timoré, mais c’est mignon. Je me régale de mes mains dans ses cheveux, tandis que lui explore à nouveau mes reins, mes fesses. Mon baiser se fait intrusif et ma langue, happeuse, chasseuse, aventurière, prend les rênes de notre échange de salives. Je mordille ses lèvres, colle ma poitrine à la sienne. Ma cuisse vient se frotter à son entrejambe, puis le délaisse, puis reprend… Ces pauses attisent son envie, son souffle devient plus court. Je me glisse dans la brèche, lâche à son oreille : « J’ai très, très envie de te goûter ! » tout en nous guidant vers le canapé, je descends avec mes lèvres dans son cou, dégrafe sa chemise, pose baisers et suçons sur son torse, son sein, son ventre. Sous son nombril, je découvre avec plaisir la frange de poils doux et clairs qui plongent vers son pubis et disparaissent dans son jean. Tout en m’agenouillant je leur donne quelques baisers mouillés puis, relevant la tête pour croiser son regard, je le déboutonne. Je le sens captif. Je descends son jean lentement, tandis qu’il se défait de sa chemise. Puis je le pousse doucement. Il se laisse tomber dans le canapé. Je le débarrasse complètement de son futal. Je remonte en baisers à l’intérieur de ses cuisses. Il soulève le bassin quand je glisse deux doigts sous l’élastique de son calbut et le lui enlève enfin ! Oh ma doué… La toison qui cascade de son nombril se transforme en un buisson presque aussi blond qui contourne la base de son sexe et enveloppe dans un écrin douillet deux noix oblongues que j’ai déjà envie de happer. Et de ma position, j’ai sur sa queue une vue en contre-plongée parfaitement imprenable : d’une base confortablement large, d’une peau hâlée qui contraste avec celle, claire, de son ventre, elle se dresse, ornée de sillons fins, de veines tendres, et s’évase en un gland rebondi, haut, épaissement ourlé, tendu comme un ballon qui continue de se gonfler au rythme de ses battements de cœur, et se dresse désormais plus haut que son nombril. Ma fille, c’est Noël avant l’heure ! me dis-je (oui : primo je m’appelle « ma fille » dans l’intimité, deuzio j’ai une série de petites phrases pour me motiver, et troisio je fais ce que je veux !).

Je m’attarde un peu sur ses bourses que j’embrasse, capture du bout des lèvres, puis happe, suce lentement, et libère, passant de l’une à l’autre, plusieurs fois… J’entends sa respiration devenir plus profonde, et je m’assure à chaque instant de l’état de son érection : tous les paramètres de vol sont nominaux ! Je ne vous parle pas de la mienne, qui commence à devenir douloureuse, captive de mes collants (ah ben si je vous en ai parlé !). Mais je préfère éviter d’effaroucher le matou en lui rappelant l’objet de son hésitation. Il y viendra de lui même (ou pas). Il est temps de remonter un peu. Je lèche de bas en haut la veine de son sexe depuis sa base, en plusieurs coups enveloppants de ma langue trempe, tout en me redressant un peu, et me retrouve face à son gland dressé. Il ne fait toujours rien, me regarde, le souffle court. J’ôte ma robe et mon sous-tif. Je vois à son regard que la vue de mes seins, menus mais plutôt mignons, le rassure, lui donne comme qui dirait un gage de féminité bienvenu à ces temps d’hésitation. Je pose mes mains sur ses cuisses et m’avance face à son amande oblongue, large, si gorgée de sang qu’on la jurerait prête à éclater. J’avance millimètre par millimètre, tout en le regardant dans les yeux. Je fais mine de lécher son gland, mais le manque de quelques millimètres. Sourire coquin et clin d’œil en mode je t’ai eu ! Je reproduis cela une fois encore. A la troisième fois, juste de la pointe, je viens taquiner son méat, joue avec lui quelques secondes, puis descends sous son frein et parcours, toujours de la pointe, l’ourlet de son prépuce. Enfin, les lèvres trempées et arrondies en cœur, j’embouche tout-tout-tout doucement son gland. Et je le garde à l’entrée de ma bouche, tandis que ma langue le taquine, l’enveloppe, le caresse, l’entoure… Je le lâche enfin, lui souris, prends ses mains et l’attire vers moi sur le sol. Je m’allonge et il se colle à moi. Je sens son membre contre mon pubis et pendant que nous échangeons une nouvelle pelle, il ne débande pas d’un degré.

Je me libère, m’agenouille, et recommence à le baiser du cou au torse, au ventre, puis m’allonge à nouveau pour retourner vers sa queue, mais en gardant un angle entre nos corps pour ne pas lui fourrer mon entrecuisses sous le nez. Ma jambe relevée permet à mon sexe de se dégager un peu, et je le sens tendu contre l’intérieur chaud de ma cuisse, sous le nylon. Je reprends Gaël en bouche, répète la même approche en douceur puis, l’invite plus profond et accélère un peu le rythme. Le plaisir de le sucer commence à me tirer de tout petits gémissements. Au bout d’un moment, je sens une tension dans son corps, un mouvement. Je n’ouvre pas les yeux, et je continue comme si de rien n’était.

Je le sens toucher, du bout de ses doigts, mes chevilles au travers de la maille – ma langue continue de s’enrouler dans un flot de salive ininterrompu qui trempe son pubis – ses doigts remontent mes mollets, effleurent mes genoux, la caresse est timide – je prends un rythme un soupçon plus rapide – je sens sa caresse remonter sur ma cuisse – je masse son paquet, joue avec sa bourse en continuant de le pomper…

Et cela se produit enfin ! Je le sens toucher d’un doigt timide mon gland au travers du tissu, et ça libère une décharge qui remonte le long de ma queue jusque dans mes reins. Tant d’attente en érection m’a rendue hypersensible. Il parcourt d’un doigt ou deux mon sexe, remonte le long de la veine, redescend, en de lents aller et retours. Je vais mourir d’envie ! Je libère ma bouche le temps de lui chuchoter : « Tu peux les déchirer ! » puis plus fort, sans attendre, n’y tenant plus : « Déchire-les ! » Quand il s’empare du tissu, la tension me comprime tout le paquet et me fait presque mal puis, dans un petit bruit mi-chuchotis mi-craquement de voile, mes collants s’éventrent. Ma queue se libère, reprend sa place sous l’effet de l’érection qui, contrainte jusqu’ici à cause de la pression, prend toute sa mesure au rythme des saccades de mon sang. Je suis retournée à mes variations (très personnelles) de “La flûte enchantée” sur son membre inondé lorsqu’il me prend en bouche à son tour, avec bonne volonté mais maladresse, sans doute trop pressé. (Je corrige tout de suite le poncif qui consiste à dire rien de tel qu’un mec pour sucer une queue. OK pour ce qui est de savoir ce dont l’autre a envie. Et encore, faut voir. Mais la pratique ça ne s’invente pas. Alors la première fois, mec ou fille, vous repasserez !). Je laisse échapper un petit gémissement de douleur qui l’arrête net. Zut ! Immédiatement, je m’interrompt et le regarde, pose ma main dans ses cheveux et sans un mot, avec un sourire bienveillant, l’invite à nouveau vers mon sexe. Il me reprend et pour la première fois je le regarde faire. Les yeux fermés, attentif, passionné, ça se voit bien qu’il savoure ! Rassurée, je reprends mon ouvrage.

Nous trouvons spontanément un rythme commun, une écoute et des gestes qui nous permettent de contrôler pendant un temps la montée de la vague, la crue du plaisir, de nous amener au bord du gouffre sans y tomber. Tout n’est plus que soupirs, bruits tendres et mouillés, petits gémissements. Qui croissent, s’affirment, et puis…

Et puis il y a le premier trait qui me surprend au moment où j’avais repris mon souffle, et vient se poser sur ma joue tandis qu’il grogne sans pour autant lâcher ma queue. Et puis il y a mes lèvres juste à l’issue de son dard qui recueillent le second jet, plus puissant, plus long, que j’aspire et garde précieusement. Et puis il y a trois autres saccades pendant lesquelles l’excitation de le sentir jouir en moi agite mon bassin, et je pousse mon sexe d’un rythme plus rapide dans sa bouche, sans me soucier de savoir comment il le prend car je n’en peux plus. Et puis il y a, en même temps que son geyser se tarit, ma propre explosion. Soudaine. Mon cri. Très fort, très aigu. Et la série de séismes et de répliques incontrôlées au son de sa bouche qui me tète sans ménagement. Sans pudeur. Derniers spasmes communs, derniers râles. Je retombe et me mets en position fœtale. Lui rampe immédiatement vers moi. S’allonge contre mon dos et épouse ma forme. Après un instant, retrouvant un peu d’énergie dans mes muscles, je me retourne face à lui. Pose ma main sur son flanc chaud. Lui tends ma bouche. En même temps que nos langues se prennent, nos cuisses se mêlent et nos sexes se pressent à nouveau l’un contre l’autre, mais avec un élan différent, celui de deux animaux comblés, repus, apaisés qui cherchent une chaleur jumelle. Je frissonne. Il tend la main, saisit ma robe qui traîne par terre et la met sur mes épaules. C’est douillet. Il sent bon. Bon et fort à la fois. Je suis contre lui. Je suis bien. A cet instant comme rarement dans ma vie je suis exactement là où j’ai envie d’être. Je bascule dans le sommeil.

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  1. Camille Sorel le à
    Camille Sorel

    Ah ! j’ai chaud ! Quel duo, quels orgasmes !
    La prochaine fois, je peux venir dans ta fiction ? (Steuplé steuplé steuplé)

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