GALETS

Tous les matins, mes cinquante compagnons et moi arrivons sur la plage à cinq heures trente. De juin à septembre, il faut qu’on soit aussi nombreux pour nettoyer. Chaque jour on ramasse, je ne sais pas si vous pouvez imaginer, trois tonnes de déchets. Il faut dire qu’il y a évidemment foule en cette période estivale, et que le littoral est très long, plus de six kilomètres. On se répartit sur la plage, chacun sa zone, et on commence par vider les poubelles. Ensuite, vient le moment de collecter, sur et entre les galets, tous les déchets qui n’auront pas été posés dans les poubelles, et au vu de l’incivilité, ils sont nombreux. On a bien évidemment des gants, épais, pour éviter d’être coupé et surtout contaminé. Une fois que c’est fait, un bateau passe le long de la plage et projette de l’eau, à forte puissance, pour lessiver les galets. Et il y a une troisième équipe, elle chargée de s’occuper des escaliers et des douches. On tourne, et moi cette année, je me charge des escaliers.

C’est une expérience édifiante, que de nettoyer ainsi les plages. On se rend compte que la nature humaine n’est pas très belle, et surtout pas éducable. On a beau mettre plus de poubelles, faire des campagnes… Il y a de plus en plus de déchets sur et entre les galets… C’est vrai que cela demande un tel effort que de mettre une boite vide dans une poubelle située à dix centimètres de soi…

J’arrive, ce matin comme tous les matins avec mes collègues. On démarre tout de suite. Pas la peine d’attendre. Aujourd’hui comme hier, ou comme ce sera le cas demain, la plage est jonchée de déchets.

On est trois pour faire les escaliers et les douches. Je me dirige vers ma partie. Sur les escaliers aussi il y a des détritus. Je les ramasse, je les fourre dans un grand sac  dont je transférerai le contenu dans une benne, et ensuite, je passe un jet d’eau à haute pression.

Je fais un premier escalier, un deuxième… C’est quand je m’approche du troisième que je remarque une tache beige, assez large, sur les galets. Je me demande ce dont il s’agit, avant de comprendre que c’est quelqu’un. Très inquiet, je me précipite. Je me dis que c’est un cadavre. Mais le ronflement me rassure, c’est juste une personne qui dort. Et sans doute, à en juger par l’épaisse et longue crinière blond foncé qui descend jusqu’aux reins, c’est une fille.

Une odeur épouvantable se dégage de la fille, encore plus quand, peut-être parce qu’elle sent une présence, elle se retourne sur elle-même et me présente un joli minois, ou plutôt qui le serait s’il était débarbouillé. Elle s’est vomi dessus, et le mélange alcool plus vomi qui imprègne son T-shirt et son short est tout bonnement insoutenable, à tel point qu’un instant, je me dis que moi aussi je vais vomir.

Elle ouvre les yeux très difficilement.

Ooohhh, elle gémit.

Je me demande ce qu’il faut que je fasse… Appeler le 15…. J’attrape mon portable, mais elle m’interrompt.

Nooonnn… Je vais bien… Juste la gueule de bois…

Elle fait un effort sur elle-même, parvient à se redresser.

Hier soir, j’étais avec des copains… On a fêté notre réussite aux examens… On était bourrés…

Elle pointe du doigt un tas de bouteilles en verre.

Je crois qu’on a trop bu…

C’est à ce moment-là que la catastrophe se produit. Son organisme n’a pas fini de se débarrasser de tout l’alcool qui l’encombre et l’empoisonne, et elle expulse, la première surprise de cela, un jet de liquide, qui atterrit un peu plus loin. Elle crache deux ou trois jets, et semble aller mieux.

Écoutez, voilà ce que je vous propose, je lui dis. J’ai des vêtements de rechange dans le camion. Ils seront trop grands pour vous, mais ce sera mieux que rien. Je vais vous accompagner jusqu’aux douches, vous pourrez vous nettoyer…Vous ne pouvez pas rester comme ça…

Elle me regarde, avant de répondre :

D’accord.

Je vous laisse un instant.

Je remonte vers le camion. Je croise Christophe, qui s’apprête à partir sur la vedette, pour passer un coup de canon sur les galets.

Alors, tu t’es trouvé une poulette ?

Si pour moi, c’est une première que de trouver une fille, seule, sur la plage, ce n’est effectivement pas la première fois qu’on trouve sur les galets en arrivant, des gens qui ont passé la nuit là. A un moment, on faisait même des paris sur le nombre de personnes qu’on allait trouver, et les catégories d’âge. L’été, c’est majoritairement des jeunes qui viennent faire la fête et qui s’endorment bourrés, abandonnés par leurs camarades. Le problème c’est que, si le jour il fait chaud, la nuit il fait froid, et on en découvre certains en état d’hypothermie. Elle ne s’en est pas trop mal sorti.

On rigole souvent sur une Belle Au Bois Dormant qu’on trouverait, et qui s’éprendrait de nous. Un rêve impossible. Nous savons très bien ce que nous sommes, ce qu’aux USA, on appelle des underdogs, en dessous du chien. Petits salaires, petites vies, petits espoirs. Les belles filles, c’est pas pour nous.

Pourtant Chris me jette :

Ben tu l’as trouvée ta Belle Au Bois Dormant !

Si tu crois que c’est le moment de penser à ça… Enfin, apparemment, elle ne finira pas aux urgences…

Je redescends avec la combinaison.  Elle m’attend près des douches… C’est un bâtiment oblong, essentiellement fait de métal, il y a sa réplique à trois endroits sur la plage. On y pénètre par une sorte de grand sas, et de là, on accède aux douches proprement dites. Les gens viennent s’y rincer après être sortis de l’eau, en gardant leur maillot sur eux.

Il n’y aucune gêne entre nous, alors qu’elle se déshabille. Son T-shirt, son short, et dessous un slip et un soutien-gorge rouge vif.

Je dois puer, c’est terrible…

Elle doit avoir vingt, vingt-et-un ans… Elle n’est pas très grande, un mètre soixante-cinq, soixante-six et elle a des formes. Une poitrine lourde, avec des aréoles larges. La fraîcheur du matin fait pointer ses tétons. Elle a des hanches bien marquées, des fesses pleines et hautes que j’aperçois tandis qu’elle avance jusqu’aux douches. J’ai aussi eu le temps d’apercevoir une toison blonde, taillée, en haut d’un sexe clos.

Elle va jusqu’aux douches, tourne le robinet. Je m’approche.

J’avais un reste de gel douche dans le camion, je crois que ça le fera, en attendant mieux.

Elle me sourit, un vrai sourire, de gratitude, en attrapant le flacon. Nos doigts se touchent l’espace d’un instant, je me demande si c’est volontaire. Ce qui n’est pas volontaire, en tout cas, mais plutôt un réflexe, c’est cette érection qui se déclenche, et tend ma combinaison. Je bats en retrait, de peur qu’elle ne l’ait remarquée. Ce qui m’a troublé, ça n’a pas été tant de la voir nue face à moi, que d’être si proche, et de sentir la chaleur de son corps, tout près de moi, me pénétrant.

Je dis :

Je vous laisse, je vous attends dehors…

Je sors, troublé. J’entends l’eau couler, qu’elle coupe finalement. J’ai également trouvé dans le camion un torchon, propre, qui lui permettra de s’essuyer, sans que ce soit parfait. Je la sens derrière moi, qui s’habille. Elle sort, les cheveux tout mouillés, avec dans la main droite ses vêtements souillés, la culotte et le soutien-gorge tâches rouges au milieu des tissus, et dans la gauche le torchon qu’elle me tend. Toute fraîche, débarbouillée, nettoyée, elle est resplendissante, dans tout l’éclat de sa jeunesse.

Je vous remercie de tout ce que vous avez fait pour moi. Heureusement qu’on croise, parfois, des gens comme vous. Je vous ramène la combinaison dès que possible.

Je la regarde s’éloigner. Les combinaisons, j’en ai un bon paquet, et je me dis que, même si elle ne la ramène pas, ça n’a aucune importance. A vrai dire, j’aimerais plus la revoir elle que la combinaison.

Elle monte les escaliers, et disparaît sur l’avenue. La dernière image que j’ai, quand elle est tout en haut, c’est sa crinière blonde.

Je me remets au travail. Je suis en retard maintenant, et on doit absolument finir pour 8 heures 30, heures à laquelle les premiers vacanciers arrivent. Ils s’attendent à trouver une plage propre, qu’ils vont salir…

Les jours passent, on arrive à la fin de la semaine. On fonctionne par rotation, On travaille cinq jours, on a deux jours de repos, pendant laquelle une autre équipe prend le relais, on recommence cinq jours, deux jours, et ainsi de suite.

Le lendemain, le surlendemain, je repense à elle. Je ne la reverrai jamais, ça c’est certain, ou alors je la croiserai dans les rues de la ville, si grande, et je ne la reconnaîtrai même pas… Elle non plus, d’ailleurs. Elle doit déjà m’avoir oublié. Moi je songe à ce qu’on ce disait toujours… Qu’un jour, on croiserait une Belle Au Bois Dormant…

C’est sans doute le temps qui passe, les jours qui s’écoulent, qui font que je l’enjolive… Je repense à son visage, bien dessiné, ses cheveux blonds, d’une teinte de blond sympathique, ce corps qui a été tout près du mien quelques instants… Mais je sais que mon Destin, c’est de vivre seul, dans un grand appartement que j’ai hérité de ma mère, qui est décédée il y a trois ans… J’avais 25 ans… Et je me suis occupé d’elle jusqu’au bout…

Les collègues me charrient…

Alors, tu l’as trouvée, mais t’as pas su la garder…

Vous faites pas mieux que moi, les gars…

Oui, on partage une étrange communauté de Destin… Les damnés des galets…

Il se passe une semaine et demi, et puis, un jeudi soir, on vient frapper à ma porte. Il est aux alentours de 20 heures. J’ouvre. Devant moi se tient une fille blonde, pas très grande, même si elle est grandie par des talons. Elle porte une robe de soirée rouge vif, qui tient à ses épaules par deux fines lanières, même si on voit les bretelles de son soutien-gorge dessous. C’est ironique, parce que je ne fais que penser à elle depuis une semaine et demi, mais je ne la reconnais même pas sur le moment. Sans doute parce qu’elle est différente, apprêtée, vêtue d’une jolie robe, coiffée, maquillée, parfumée…Et puis tout d’un coup, je me dis…C’est ELLE !

Elle me sourit.

Tu te souviens de moi ?

Spontanément, je lui dis :

Je ne pensais pas jamais te revoir !

La vie est parfois surprenante… Moi je voulais te revoir… J’ai été touchée par ce que tu as fait pour moi… Je crois que tu n’as pas vraiment idée de ce que ça peut représenter pour moi…Tu vois, les gens qui étaient avec moi… Je pensais qu’ils étaient mes amis… Pourtant, ils m’ont laissée là, sans se soucier de moi, alors même que j’aurais pu être dans un coma éthylique…

Je n’ai pas fait grand-chose…Tout le monde aurait agi pareil… En tout cas les gars et moi… Mais comment tu as fait pour me retrouver ? Tu n’as pas mes coordonnées…

Oh, la,la… Ça a été très compliqué, elle soupire. J’aurais pu aller te retrouver sur la plage le matin, mais ça n’était pas associé à de très bons souvenirs pour moi, et puis j’ai bien compris que tu n’avais pas de temps à perdre… Alors je me suis rendue à la mairie, j’ai dit que tu m’avais sauvée du pire, et j’ai demandé si on pouvait me donner ton adresse…Ils ont refusé, mais j’ai dit que je ne partirais pas si je n’avais pas ce que je voulais…Ils ont fini par céder…Et me voila…

Elle a un grand sac accroché à son côté. Mais vraiment un sac immense. Elle commence par en sortir, enveloppée dans une poche plastique, ma combinaison.

Lavée et repassée. Merci.

Ensuite, elle en tire un sac isotherme de taille moyenne.

Dedans il y a un dîner pour deux.

Et elle extrait également une bouteille de champagne.

Et pour arroser le tout.

Je m’écarte pour la laisser rentrer. Elle pose l’ensemble sur la grande table du living.

Ah, et puis il y a autre chose… Les sous-vêtements que je portais ce jour-là…Je crois que je m’étais pissé dessus.… Je les ai lavés, et je viens de les remettre…Tu as envie de les voir sur moi ?

Elle n’attend même pas la réponse, et elle soulève sa robe. C’est-à-dire qu’elle attrape l’ourlet et qu’elle remonte jusqu’aux épaules. Je retrouve la vision de ce corps rond et plein, pas très grand, charnu là où il le faut, avec ses seins lourds retenus par le soutien-gorge qui en laisse  une bonne partie à nu, et les tétons qui pointent sous le tissu. Le mini-slip vint prendre son sexe en bas de son pubis, et colle, d’une manière obscène, à son sexe, en dessinant à la fois le gonflement, et la fente au milieu.

Elle n’est pas aussi proche de moi qu’elle l’était autre jour, mais suffisamment pour que la dimension de corps, ainsi que sa chaleur, viennent à moi. D’un moment à l’autre, d’une seconde à l’autre, le désir me submerge, dont la manifestation la plus évidente est ma queue en pleine érection. Elle tend la main vers mon pantalon et me caresse doucement à travers le tissu.

Je te plais ?

Je repense à cette sorte de légende concernant La Belle… qui a été notre sujet de plaisanterie pendant des semaines, et je lui dis.

Tu crois que je serais ta Belle ?

Je crois que nos routes se sont croisées et que ce serait déjà bien si on passait une soirée ensemble.

Elle n’a toujours pas baissé sa robe. Je viens m’accroupir devant elle, et je caresse doucement sa chair, celle de ses cuisses pleines, puis je monte deux doigts jusqu’au mini slip, et, accrochant mes deux index dans le rebord du tissu, je le descends pour redécouvrir ce sexe que j’ai déjà vu, mais dans un autre contexte. Sexe qui est d’ailleurs différent, qui sous mes yeux s’ouvre, laissant sortir ses lèvres, qui éclosent sous mes yeux. Quand je pose ma langue sur elle, elle gémit, et je sens ses sécrétions couler dans ma bouche.

C’est ce que tu rêvais de me faire l’autre jour ?, elle me demande, pendant  que ma langue s’active sur elle.

L’autre jour, je me souciais surtout de savoir si tu allais, bien, et si tu ne risquais pas d’aller plus mal…

Mais j’ai vu que tu étais troublé à un moment, quand j’étais sous la douche…

Ça a été de sentir ton corps si proche…

Je te le donne et tu peux en faire ce que tu veux…

Je la travaille de la langue, venant sur son clitoris qui sort de sous sa chair protectrice… Elle gémit, sensible de cette partie comme toutes les filles.

Viens, elle me dit, m’entraînant au sol, sur le tapis qui s’étend devant le canapé.

On se retrouve tête-bêche. Je continue de lécher son sexe, de le caresser de la langue et des doigts pendant qu’elle met mon membre à nu, et fait aller et venir sa bouche dessus. On reste comme ça pendant un moment, donnant du plaisir à l’autre, avant qu’elle n’enlève son slip, et ne fasse passer sa robe par-dessus ses épaules. Elle m’offre sa nudité, et la chaleur de son corps, juste parée d’un soutien-gorge qui comprime sa poitrine. Elle va chercher entre ses seins un préservatif, dont elle déchire l’emballage pour en sortir du latex tout luisant, qu’elle ajuste sur ma queue.

Dis donc, tu as vraiment envie de moi… Moi aussi j’ai envie de toi… Mon sauveur… Avec un grand S…

Pour moi, tu es la Belle au Bois Dormant…

Oui, mais dans le conte, on ne sait pas si le prince met sa queue dans la chatte de la belle…

Il le fait forcément, puisqu’ils ont des enfants…

En tout cas, toi, tu vas la mettre dans la mienne, elle dit en me faisant basculer sur le dos, et en venant se positionner au dessus de moi. Elle pose la tête de mon sexe contre ses lèvres et elle se laisse tomber dessus, ses muqueuses glissant autour de moi jusqu’à ce qu’elle soit assise sur moi.

Pfff…C’est vraiment bon, elle dit. Heureusement que mes camarades m’ont laissée quand j’étais déchirée sur la plage. On ne se serait pas connus sinon.

Heureusement surtout qu’il n’est rien arrivé de grave, je lui réponds, en la prenant par les fesses pour la faire aller et venir sur moi.

On jouit tous les deux très rapidement, quasiment de concert, mais on  continue parce qu’on a en nous de l’énergie, de l’excitation, et qu’on a encore envie de l’autre. J’ai rempli la capote de sperme, mais je crache encore de la semence dans le réservoir quand le deuxième orgasme me traverse. Elle, elle jouit en crachant une grande quantité de liquide dont elle m’arrose.

On ne se détache pas immédiatement de l’autre. D’ailleurs, je suis encore dur.

Si on mangeait ? Ça ne va pas rester éternellement chaud.

Plus tard dans la soirée, après qu’on ait mangé, et refait l’amour, elle me dit :

Tu sais ce que je vais faire tous les matins, maintenant ? Je vais me coucher sur la plage et faire semblant d’avoir un malaise.

Si on veut se voir, il y a des moyens plus simples, tu ne crois pas ?

Hmm, elle dit. Je peux rester pour la nuit ? Et demain soir, on pourrait inverser ? Ça te dirait de venir chez moi ?

Je crois que, finalement, je l’ai trouvée ma Belle Au Bois Dormant. C’est mes collègues qui vont être jaloux.

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