Gaspard, Balthazar, Moktar, Boubakar

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Carlo Vivari


à plusieursprostitutionvieux et jeune



Hé, Moktar, ça te dirait de faire un extra le soir de Noël ? C’est un truc spécial, je te préviens… y aura mille euros pour ta pomme !

Attends, Boubakar ! Qui je dois tuer pour ça ?

Du calme, toi ! T’auras qu’une chose à faire : te servir de ta queue. Mais attention, faut fournir ! Y aura du monde… du beau monde même…

Banco, tu penses ! J’ai rien niqué depuis trois mois. Je crois bien que la dernière fois, c’était en banlieue nord…

Écoute, Moktar, tes histoires de cul, je m’en bats les couilles ! Je te veux le 24 au soir, à 19 heures pile, au métro Jasmin, dans le XVIe. Bien réveillé, bien clair – et propre de la tête aux pieds. J’insiste : aux pieds, hein ?

O.K. ! O.K… y a pas de souci ! Dis, je pourrai venir avec ma mob ?

Viens avec ta bite – propre, surtout ! Le reste, je m’en branle !

C’était un samedi soir, à la pizzeria de la place de la Bataille-de-Stalingrad, dans le XIXe. Boubakar, le chef pizzaïolo, un Noir massif, ruisselant de sueur devant ses fours, faisait des propositions à Moktar, le fluet livreur à mobylette maghrébin. Boubakar approchait de la cinquantaine, Moktar de la vingtaine, et l’un faisait le double de l’autre en volume et en poids.

Et le 24 décembre au soir, alors qu’un aigre vent du nord faisait tourbillonner des flocons autour des réverbères modern style, Boubakar retrouvait Moktar à l’heure dite, à la sortie du métro indiqué.

T’as pas pris ta mob, finalement ?

Non, j’ai eu peur qu’on me la vole. Elle sort juste de révision, tu comprends…

Le grand Noir partit d’un gros rire :

Ici, les vélomoteurs risquent rien. Y a que des limousines !

Le regard de Moktar enfila l’avenue Mozart, dont la plupart des fenêtres décorées de guirlandes étaient allumées : les habitants des beaux quartiers faisaient la fête les uns chez les autres – du moins ceux qui ne passaient pas Noël dans les stations de ski. Le long des trottoirs, les BMW alternaient avec les Audi et les Mercedes, voire les Rolls avec chauffeur en casquette figé au volant. Les carrosseries briquées à la peau de chamois luisaient dans la pénombre. Le Maghrébin n’en revenait pas :

La vache, t’as raison… pas un troquet, pas une mobylette… c’est la zone, ici !

Les mains grelottant au fond des poches, le col de la parka relevé sous l’écharpe nouée, ils remontaient à pas pressés l’avenue Mozart en direction de la rue de l’Assomption. Moktar tomba en arrêt devant une Porsche Panamera à la tôlerie tout chrome. Le cabriolet étincelait sous les lumières de l’avenue.

Ma parole, un bijou ! La bagnole de mes rêves ! Si on partait avec ? J’ai ma lime à ongles pour forcer la serrure… après y a plus qu’à brancher deux fils dénudés sous le capot.

Laisse tomber, on n’est pas venus pour ça.

En s’éloignant, le livreur de pizzas se répétait sa publicité télé préférée :

« Doïtch Teknologui… »

On approchait du but, et Boubakar délivrait ses derniers conseils à son associé :

Tu n’auras qu’à me regarder faire, et faire comme moi. Moins t’en diras, mieux ça vaudra. Garde ton souffle pour tirer… y aura du boulot. Et le fric, on ne le touche qu’à la fin.

C’est quel genre de nana, ces meufs ?

Le genre… qui ne met jamais les pieds à la pizzeria de la place Stalingrad ! Et à propos de pieds, tu as pensé à ce que je t’ai dit ?

Un peu, ouais ! J’ai passé une heure sous la douche de ma sœur !

Qu’est-ce t’appelles la douche de ta sœur, toi ?

Arrête tes conneries, Boubakar ! Kadidja, c’est sacré !

Ils s’étaient arrêtés au pied d’un arrogant immeuble haussmannien à la façade surchargée de balcons, corniches, moulures, cariatides…

Bon, on est arrivés. Maintenant, c’est sérieux. L’organisatrice de la soirée va nous réceptionner dans son appart avant l’arrivée des invitées. C’est une veuve de grand dentiste ou psychiatre, je sais plus. En tout cas, elle s’appelle Ambre.

Ambre ? Comme les colliers qui coûtent la peau des fesses à Monoprix ?

C’est ça.

Et quel âge qu’elle a, ton Ambre ?

Alors là, j’en sais rien ! Entre trente et cinquante, à vue de nez. Elle s’est tellement fait tirer comme une peau de tambour que… ma parole, quand elle hausse les sourcils… ses nichons refaits se soulèvent…

De son gros doigt boucané par la cuisson des margaritas, le pizzaïolo pressa le bouton d’interphone de sa commanditaire. La porte s’ouvrit sans un mot. L’un suivant l’autre, sur la pointe des pieds, comme des voleurs, Boubakar et Moktar pénétrèrent dans le hall d’immeuble vaste comme celui d’une gare. Un mur de miroirs reflétait des lambris dorés et des caoutchoutiers à feuilles vernies – le tout frotté à la peau de chamois comme la carrosserie les berlines garées le long des trottoirs. Les deux complices s’examinaient dans la glace.

Qu’est-ce qu’on a l’air basanés ! constata le Maghrébin d’un ton désolé.

T’inquiète ! C’est ce qu’elles veulent, ces grandes bourges… ça les change ! répliqua le grand Noir en entraînant son copain.

L’atmosphère de la cage d’ascenseur tendue de velours violet était saturée de Chanel N°5.

Ça sent la chatte de luxe ! ricana Boubakar.

La vache, je bande déjà, moi !

Garde tes forces, t’en auras besoin.

Quand l’ascenseur s’immobilisa au septième et dernier étage, la porte s’ouvrit sur une grande rousse à bouclettes étudiées, au sourire enchanté, qui pouvait avoir trente-cinq ans aussi bien que cinquante-cinq. Ambre arborait une silhouette longue et mince, que couronnait un visage poupin semé de taches de rousseur. Ses yeux qui riaient en permanence présentaient des fentes si étroites qu’il était impossible de distinguer la couleur de ses iris. Elle se haussa sur ses vertigineuses Prada rouge garance pour faire la bise à Boubakar, avant de se pencher sur Moktar pour le gratifier de la même marque d’amitié. Le garçon respira la dame à fond, comme une grosse fleur au sommet d’une belle plante. Elle embaumait Chanel 5, et tout le palier aussi, lequel ne desservait qu’un seul appartement : le sien.

Vous avez fait bon voyage ? demanda-t-elle, consciente qu’on changeait de planète en allant de Pantin à Auteuil.

Moktar respectant les consignes de discrétion, Boubakar se chargea de répondre :

Pas de problème… que du bonheur ! J’ai changé à Chaussée d’Antin comme d’hab.

Bravo, mon grand ! Bon, c’est pas le tout, comme on dit… suivez-moi, mes chéris, je vais vous préparer.

Boubakar adressa un regard à son acolyte : « Fais tout bien comme moi, et tout ira bien comme tout. » La salle de bains était grande comme une salle à manger, sauf que tout y était blanc. Certains appareils alambiqués étaient inconnus de Moktar, qui se retenait de demander des explications à la maîtresse des lieux, dont les yeux fendus comme des lames n’avaient pas cessé de sourire depuis qu’elle leur avait ouvert la porte de l’ascenseur. Chose curieuse, ses lèvres trop charnues ne souriaient pas, elles. Effet des liftings à répétition ? Ou bien la belle dame ménageait ses muscles zygomatiques pour éviter de creuser ses rides ? Face à une armoire à pharmacie massive comme un combi frigo-congélo, Ambre passa une blouse blanche sur sa longue robe du soir de soie noire, puis enfila des gants d’examen en latex.

Bon, ben… c’est le moment de procéder. Au premier de ces messieurs !

Le pizzaïolo s’avança vers elle en se défaisant de sa parka fourrée. Il ôta son gros pull, son T-shirt, laissa tomber son jean sur ses bottes, qu’il retira en se servant de ses doigts de pied fourchus. Il était nu devant la maîtresse de maison en tenue d’infirmière, assise sur un tabouret de métal blanc. Le pénis circoncis du Noir reposait lourdement sur des testicules plus lourds encore – et tout le paquet pendait entre ses cuisses épaisses comme des troncs.

Les yeux de la belle rousse souriaient toujours, mais toujours pas sa bouche. Fixant l’œil unique du gland – ce qui la fit loucher, et Moktar eut alors la certitude qu’elle avait les yeux verts  , elle lança d’un ton aimable à Boubakar :

Elle m’a toujours fait penser à une aubergine, ta chopotte, mon grand !

Elle ajouta en minaudant d’un ton contrit :

Bon, si je comprends bien, ça va être à moi de la mettre en forme, hein, gros flemm…

Le son « ard » resta dans sa gorge : elle avait embouché le gland avant d’avoir fini sa phrase. Et elle tétait déjà, les yeux clos, la bouche pleine, en se servant de ses mains, l’une en coupe sous les bourses, l’autre à plat sur le vit. En habitué, Boubakar se laissait faire avec calme. Sous l’effet des succions prolongées d’Ambre, agrémentées de coups de langue pointée en plein méat et d’attouchements aussi inventifs que pervers, son outil était en cours de levage. Une oreille exercée aurait perçu de menus craquements boisés : un sang généreux dilatait les fibres des corps caverneux. Enfin, l’hôtesse recracha le gland avec un bruit de tétine arrachée de la bouche d’un nourrisson. Pjuit !

Je préfère arrêter là… il ne faut pas que tu jutes comme la dernière fois. Après, ç’avait été la croix et la bannière pour la faire repartir. Tu te souviens ?

Ils pouffèrent ensemble à cette évocation. Le rire du Noir faisait vibrer son membre comme un concombre sur sa tige par gros temps. Ambre reprit en s’essuyant le bord des lèvres avec une compresse stérile :

C’était quand, déjà ?

Au pont du 11 Novembre, non ?

Exact !

Là, tout alla très vite. Avec des gestes d’une dextérité inouïe (en tout cas, Moktar n’avait jamais vu ça), la grande dame déroula un préservatif transparent le long du manche d’ébène de Boubakar, à la base duquel elle noua serré un cordon de cuir.

Prête à l’emploi, la poupée ! Au suivant de ces messieurs !

Le Maghrébin s’avança nu, avec une érection à casser une pile d’assiettes. Ambre fit une moue déçue :

Pas besoin de la sucer, celle-là ! Elle risquerait de partir comme une fusée.

Elle ajouta en examinant la marque de la circoncision :

Tu es musulman aussi, toi ?

Ça dépend pour quoi ! répondit du tac au tac le livreur de pizzas.

Je pensais au champagne… précisa-t-elle.

Pour moi, le champagne, toute façon, ça a jamais été de l’alcool, surtout quand c’est hyper glacé ! Ça descend comme de l’eau, quoi !

Fixant sur lui son sempiternel sourire d’yeux, Ambre gaina la longue et mince verge d’une capote transparente également, et elle en étrangla la base d’un lacet identique.

C’est un vrai chibre de chien des rues que tu trimballes là, petit gars… il est comme un piment allongé, avec un gland pointu apte à se faufiler dans les orifices les plus étroits… avec ton arbalète, tu vas avoir du succès, ce soir, auprès de ma bande de vicelardes !

Ne restait plus aux deux compères qu’à enfiler une pelisse de Père Noël, avec des bottes et un bonnet fourrés, un large pantalon à braguette sans boutons, et à se coller une barbe blanche sur la figure. Le temps de siffler quelques coupes d’une Veuve Clicquot frappée à souhait, dans le grand salon où un sapin surchargé montait jusqu’au plafond… les premiers coups de sonnette retentissaient.

La marraine de la soirée, perchée les talons démesurés de ses Prada, courait du salon à la porte d’entrée et retour. Ses amies lui apportaient des cadeaux de tous ordres – les uns publics, les autres privés, voire intimes, ou carrément inavouables… Pendant que l’hôtesse défaisait le paquet, l’invitée, le plus souvent en robe de cocktail ultra courte, à peu près translucide, jetait des coups d’œil de biais aux deux Pères Noël assis côte à côte, qui s’efforçaient de prendre un air digne – à l’image les rois mages de la crèche dressée dans la monumentale cheminée, qui ne servait plus depuis longtemps.

Moktar se pencha à l’oreille de son collègue :

Elles sont toutes tellement lisses de gueule que j’arrive pas à leur donner un âge…

N’essaie pas. Moi, j’y suis jamais arrivé. Mais dis-toi bien une chose : si elles avaient vraiment trente ans, elles n’essaieraient pas d’en paraître trente, surtout au prix que c’est. C’est donc qu’elles en ont au moins cinquante. Pigé ?

Et de cul, elles sont lisses aussi ?

Des vraies patinoires – mais chaudes… chaudes-bouillantes, même…

Les distinguées fêtardes se pressaient sur le palier. La maîtresse de maison les faisait entrer, les plaçait en demi-cercle autour de l’arbre de Noël et du duo d’hommes. Des magnums de champagne millésimé de marques diverses se déversaient dans des coupes de cristal. Les Pères Noël, qui crevaient de chaud, se servaient dès qu’un plateau passait à leur portée. Moktar se pencha de nouveau vers Boubakar :

Je bande comme un âne, moi, à force de les voir me zyeuter – surtout qu’elles sont presque à poil, la plupart. Du coup, le lacet qui me serre la queue me fait mal…

Dis-toi bien que c’est pour ça que tu vas toucher une liasse de vingt billets de cinquante à la fin. On bosse, qu’est-ce tu crois…

Le champagne lui déliant la langue, il poursuivit :

Ouais, c’est sûr que c’est plus hard d’usiner ici que de foncer en mobylette sur les trottoirs au milieu des gens qui s’écartent… euh… bon, c’est vrai que les nanas bobos qui sont là, elles s’écartent aussi… la fourche… mais c’est pas parce qu’elles ont peur de se faire renverser… elles se renversent toutes seules…

Il se tut : un cri montait du groupe de femmes :

La photo ! La photo !

Boubakar avertit son acolyte :

Prépare ta queue… ça commence toujours comme ça… après, ça dégénère très vite.

Ambre s’avançait vers eux en armant un appareil photo haut de gamme. Elle était suivie de deux jolies dames vêtues comme des collégiennes japonaises : chemisier blanc, jupette plissée bleu marine, chaussettes tirées jusqu’au genou, souliers vernis. Des tresses enrubannées de rose mettaient la touche finale à leur accoutrement juvénile. Moktar grinça dans sa barbe blanche :

Elles me donnent une de ces triques avec leurs cuisses à l’air, ces deux-là !

L’hôtesse continuait à assurer avec brio l’animation de la soirée :

Allons, mesdemoiselles… courez vous placer sur les genoux de vos Pères Noël respectifs !

La plus grande, qui était aussi la plus lourde des deux, se dirigea droit vers le jeune livreur, qui eut une réaction de panique. Il murmura en direction de son complice :

Pourquoi c’est celle-là et pas l’autre qui vient sur moi ? Elle va m’écraser, je pèse à peine cinquante kilos, moi !

L’autre répondit le plus bas possible :

Parce qu’elle veut une sodomie, et que tu es là pour ça.

Moktar n’avait pas bien entendu :

Elle veut quoi, tu dis ?

Que tu l’encules !

Ah bon, si c’est ça !

Parvenue tout près de Moktar, la grande-grosse dame prit une voix de fillette pour se présenter :

Je m’appelle Jade.

Le Père Noël débutant récita son rôle à la perfection :

Bonsoir, ma petite Jade… Tu es bien mignonne… mais as-tu été sage ?

En faisant la révérence, la petite vicieuse se débrouilla pour montrer qu’elle n’avait ni slip ni soutien-gorge. Elle aussi débita :

Oui, j’ai été sage : j’ai fait mes devoirs, j’ai appris mes leçons, j’ai pas mangé de bonbons, j’ai récité mes prières, j’ai pas tripoté ma zézette…

Bravo, mon petit ange… tu as gagné le droit de venir sur les genoux de Papa Noël pour la photo.

Un plateau chargé de coupes de champagne passait par là. Jade en prit deux, en tendit une à Moktar. Ils se sourirent, trinquèrent, firent cul sec, puis la fausse Japonaise, dont les formes opulentes faisaient craquer l’uniforme, s’installa le plus commodément possible sur les genoux flageolants du garçon. Ambre photographiait en rafale, entourée d’une demi-douzaine d’invitées qui filmaient le couple sous tous les angles en prenant aussi le son. Jade et Moktar, l’air sérieux, se concentraient sur la tâche qu’ils avaient à accomplir : faire se rencontrer, malgré le rempart de la houppelande rouge bordée d’hermine et du pantalon assorti, un anus et un gland – et réussir à l’aveuglette leur jonction-pénétration. Le livreur de pizzas parvint à faire sortir sa verge de sa braguette fourrée au moment précis où la collégienne, cuisses grandes ouvertes, se plaçait trop en arrière sur lui. Le pénis, dressé dans son enveloppe plastique graissée, s’enfonça jusqu’à la racine dans le vagin en nage. Il y eut un grondement de satisfaction et de déception mêlées, et la fillette bien en chair se pencha en arrière pour murmurer à l’oreille de son Père Noël :

C’est pas le bon trou !

Il est bien bon quand même… rétorqua l’autre, galant.

En adressant un sourire gêné aux caméras braquées sur elle, Jade parvint à libérer sa chatte de l’intrus, puis, passant ses mains sous elle, s’écartela les fesses en s’asseyant au bon endroit, cette fois. Moktar, de son côté, serrait à trois doigts la base de son asperge pour la maintenir à la verticale. Quand Jade se laissa descendre d’une bonne quinzaine de centimètres avec un rictus d’extase douloureuse, l’assistance sut que l’attente de la sodomite avait été comblée à ras bord. Moktar, qui jusque-là maudissait le lacet serré à la base de son sexe, se félicita de sa présence : sans le garrot, il aurait tout lâché tout de suite.

Abaissant un instant son appareil photo, Ambre glissa à Jade :

Ça va, tout se passe bien pour toi, ma douce ?

La fausse teenager, renversée en arrière, dont le chemisier avait éclaté, réussit à articuler d’une voix de gorge :

Tu peux pas savoir jusqu’où il me sonde… c’est divin, ma chère… positivement divin… le petit Jésus… en culotte de velu… euh… de velours…

Réussissant à faire passer ses jambes par-dessus celles de son Père Noël, elle les écarta à fond pour, profitant de son poids, s’empaler jusqu’à l’os. Les mains en appui sur les genoux de Moktar, désormais bien arrimée, elle ferma les yeux, laissa pendre sa lèvre inférieure qui tremblait, et ne cessa plus de jouir sans plus bouger. Du coup, caméras et appareils photo se tournèrent vers l’autre Père Noël : Boubakar, sur les cuisses duquel s’emmanchait l’autre dame : Rosalba. Celle-ci levait les yeux au ciel en pinçant les lèvres pour faire comprendre aux copines de l’assistance que la pénétration s’avérait laborieuse en raison de la dimension du véhicule qu’elle s’efforçait de loger au garage.

Elle murmura dans un pâle sourire :

C’est comme un accouchement – mais à l’envers… je n’avais encore jamais ressenti tout ça… ça va le défoncement… euh… ça vaut le déplacement…

Tout autour, celles qui ne filmaient pas, ne photographiaient pas, ne commentaient pas les événements avec leurs voisines, ne vidaient pas de coupes de champagne à la file, attendaient leur tour en s’astiquant à qui mieux mieux pour se faire patienter – les unes à main nue, les autres à l’aide d’un gode qui en ivoire, qui en bois de santal, ou encore d’un sex-toy dernier cri. Le bourdonnement des vibromasseurs se mêlait au ronronnement des caméras et aux onomatopées de plus en plus véhémentes des deux bienheureuses enfilées. Boubakar, qui connaissait la musique, s’appliquait à respirer bien à fond tout en veillant au bon déroulement de la jouissance de sa cliente du moment. Il faisait son travail, en se soutenant désormais à coups de Mumm cuvée Privilège… sans pour autant perdre de vue le comportement de son jeune collègue – lequel s’en sortait plutôt bien au vu de l’état de sa partenaire en pleine lévitation amoureuse…

« C’est un métier, finalement… comme à la pizzeria.. il faut toujours avoir deux fers au feu », raisonnait-il en commandant des contractions à son phallus. Rosalba réagissait par un saut de cabri accompagné d’un cri de souris à chaque à-coup du braquemart :

Ouh, y me tue… ouh, y me tue… Houlà, y me tuera ! Houlàlà, y me rutera !

En quelle langue parle-t-elle ? se demandaient ses amies proches, pressées de prendre sa place – qui paraissait bonne, et plus confortable que l’autre…

Vers minuit, quatre heures environ après le début des opérations, toutes ces dames « y » étaient passées d’une façon ou d’une autre. Moktar n’y voyait plus clair, n’était plus capable d’articuler une syllabe. Mais sa bite de clebs, toujours étranglée par le lacet, se tenait au garde-à-vous dans sa gaine plastique comme une sentinelle violacée de froid dans sa capote militaire. Les invitées prenaient congé l’une après l’autre. L’hôtesse, dont les yeux souriaient plus que jamais, faisait des grâces :

Revenez bientôt, ma chère, – pour tirer les Rois… à moins que ce ne soit eux qui nous tirent !

Et Ambre de glousser en renversant la tête en arrière, ce qui – on le lui avait certifié – mettait en valeur ses admirables dents de devant…

La dernière visiteuse partie, l’animatrice de la soirée, avec un grand ouf ! de soulagement, dézippa le dos de sa robe du soir, laquelle s’affaissa au sol dans un long froufrou de cataracte de soie. Dessous, elle n’avait rien. Moktar, hypnotisé, laissait son regard se perdre dans le buisson ardent de la maîtresse des lieux ; l’esprit embrouillé, le garçon bafouillait pour lui-même :

Carrossée comme la Carrera 911… c’est trop… on devrait t’interdire d’être belle comme ça…

Ambre ne l’écoutait pas, pressée qu’elle était de passer à la suite des opérations :

Amenez-moi vite vos zigounettes, mes chéris ! Ça fait des heures que je bous comme une cocotte-minute !

Boubakar, débarrassé de sa pelure de Père Noël, s’approcha le premier. Se servant de ses ongles, Ambre défit le nœud de cuir, jeta le lacet, retira la capote en la roulant, puis elle souffla à plusieurs reprises sur la petite bouche lippue entrouverte au bout du gland pour redonner de l’air à l’organe. Elle claqua une bise sur le méat.

Elle a bien travaillé, celle-ci !

Elle délivra la pine de Moktar de la même façon.

Et celle-là aussi. Vous allez pouvoir vous vider les couilles dans les ouvertures de votre chère Ambre, les gars ! Alors, contents ?

Ils battirent des paupières en signe d’assentiment ; pour eux aussi, ça sentait l’écurie : les commissures de leurs sourires atteignaient les lobes de leurs oreilles. Boubakar s’allongea par terre sur le dos en maintenant son engin tout droit. Ambre se jeta dessus à califourchon et à quatre pattes. Pendant que l’entrée de son vagin tutoyait le gland pareil à un casque de cuir, Moktar se positionnait dans son dos. Et là… encore une divine surprise pour le néophyte :

Je rêve… elle a des taches de rousseur jusqu’entre les fesses… jusqu’au trognon… Elle a vraiment… le feu au cul, celle-là !

La voix placide de son copain lui répondait :

Je sais… je sais…

Bientôt, Ambre ahana sous la double pénétration.

J’ai la sensation enivrante que… vos bites de voyous se croisent comme… des épées entre mes reins de… salope !

Et quand enfin, ils lâchèrent à gros plombs leurs giclées trop longtemps contenues, la noble dame tressauta comme une grenouille électrocutée, avant de perdre connaissance. Boubakar dévagina avec un soupir de soulagement. Il s’adressa à son complice :

Allez, viens, c’est fini pour ce soir. On a eu tout bon sur toute la ligne… On recommencera à la Saint-Sylvestre… et puis encore à l’Épiphanie… là, celle qui trouvera la fève aura droit à la totale…

Dans la salle de bains, après qu’ils se furent rhabillés, Boubakar sortit deux enveloppes kraft bourrées de billets de banque du panier de linge sale.

Mille euros par tête, et y a même un pourboire. Allez, on se casse !

Ils coururent à la station Jasmin pour attraper le dernier métro. Ils s’installèrent tout au fond, allumèrent une cigarette, allongèrent leurs jambes écartées en donnant de l’espace dans leur braguette à leur instrument endolori.

Qu’est-ce tu vas faire de tout ce fric ? questionna Boubakar.

Je vais me payer une moto à la place de ma mob. Ils en ont d’occase sur Paru/Vendu ! J’hésite entre une Marley et une Caoua. C’que t’en penses ?

Le chef ne répondit pas, il s’autorisait un petit somme… comptant sur son second pour le réveiller au moment du changement, à Chaussée d’Antin, comme d’hab.

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