Hors saison

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Camille Sorel


adultèresoft



HORS-SAISON

Anders,

Je regarde autour de moi, plus rien n’est comme avant. Cette petite maison sur la plage, au carrelage ensablé, le vent siffle au bord de la fenêtre, j’entends les vagues s’écraser. Ces murs m’abritent des embruns depuis que je suis née, je les croyais immuables, et les voilà changés. Tu es venu. Et moi, je ne peux plus sortir.

Le vieux radiateur électrique fait ce qu’il peut, nous l’avons poussé au maximum. Tiens, tu n’as pas regardé la fissure dans la chambre, prétexte à ta visite. Je souris de nos messages, « Samedi, je serai à la plage, je crains de devoir appeler un maçon », « Je serai tout près, tu veux que je regarde ? ».

Oui, viens, mais cette fois, nous serons seuls, abrités par des murs.

J’étais sur le balcon, cheveux dressés au vent, quand tu es arrivé. J’ai levé le bras en riant, et dévalé le vieil escalier pour te rejoindre au bout du jardin, dans l’allée de lauriers. Tu as ouvert les bras, je m’y suis jetée, je t’ai respiré à m’en étourdir. Puis, à cause du Mistral, je t’ai dit d’entrer vite. J’ai fait chauffer de l’eau dans une casserole, au gaz, pour préparer du thé, que j’ai servi dans des bols. Je viens de verser nos thés froids dans l’évier.

Je me suis assise sur la chaise près de toi, et je t’ai regardé. Nous savions, tous les deux. C’était le moment. Celui que nous avions attendu et repoussé si longtemps. Tu as posé ta main sur la mienne, et cette fois, c’était autre chose. C’était une caresse, douce, enveloppante, le premier peau à peau. J’ai fermé les yeux, pour mieux sentir, chacune de tes cellules sur mon épiderme. Et j’ai décidé de faire ça pour nous deux, d’oser prendre ton corps. J’ai eu raison, n’est-ce pas ? Tu me respectes tant, tu me connais si bien, que tu ne voulais pas que je crois que tu venais me prendre ? Je t’ai pris.

Je t’ai juste dit « Viens » et je t’ai conduit vers l’unique chambre. As-tu remarqué la tapisserie à fleurs, et les dessins d’enfants ? Les cannes à pêche et le panier d’osier ? Je t’ai d’abord touché. Partout. Cou, épaules, bras, ventre. Poitrine, hanches. Et puis, me serrant contre toi, tes fesses. Ces fesses que j’ai toujours aimé regarder en douce. Tu m’as visitée à ton tour, et j’ai tremblé. Nous avons basculé quand tu as vu mes larmes, je n’oublierai jamais ton « Oh, merde, Hélène ! ». 

Là, on s’est agrippés, mêlés, souffles et langues, vêtements arrachés. Des années de désir, ton sexe, bois flotté, et le mien, vague salée. Je voulais tout faire, je n’avais plus le temps : te prendre dans ma bouche, t’enfoncer dans ma gorge, mettre mes mains partout, retrouver ton visage, m’écarteler pour toi, crier, te griffer et encore pleurer. Puis tu as décidé de passer capitaine et a posé mes bras sur le dessus de lit. Tu étais sur moi, tu me tenais, noyée dans tes yeux, souffle court.

*****

Le temps s’est arrêté, je respire à peine. Tes yeux se sont durcis. Pas l’ombre d’une colère, mais le désir d’un homme. Le désir qui dit « sois mienne, je veux te prendre ».

Ton corps sur moi, pesant de tout son poids, ton sexe entre mes cuisses, ta poitrine sur mes seins, et tes mains sur mes bras, au dessus de ma tête.

Nos visages se touchent presque, les goélands crient.

J’ai baissé mes paupières, doucement, pour dire oui. Toi, pour sceller le pacte, tu as baisé mes lèvres. Ce fut encore un premier baiser : celui des amants qui se savent.

J’ai écarté mes jambes sans te quitter des yeux. Viens… 

Tu as bougé à peine, ton sexe contre ma fente. Je m’écarte encore mais tu n’es pas pressé. Tu fais glisser ton gland sur mes lèvres, de bas en haut, et puis l’inverse. Tu m’ouvres doucement, tu fais couler mon suc. Je te désire tant que les larmes me viennent, oh Anders, mon amour, entre, unissons-nous, et restons ainsi toujours.

M’entends-tu supplier, âme ouverte ? Tu places ton mât dressé à l’entrée de ma grotte et tu pousses. Mes lèvres s’ouvrent sur ton passage, mon vagin s’écarte pour te faire place, tu m’écartes, tu m’ouvres, tu prends ta place. J’étais vide, tu me complètes. Tu es maintenant là, et tu pousses encore. Nos pubis sont collés, mes ongles dans ton dos, j’ouvre la bouche pour réclamer ta langue, possède-moi partout.

J’attrape tes fesses et te plaque sur moi, j’ondule du bassin, tu écrases mon clitoris, je te serre en moi. D’une main tu lâches mon bras et empoignes mon sein. J’ai tes fesses, tu as mon sein, nos mains sont pleines de nos chairs, nos bouches sont unies, nous respirons nos souffles, tu le sais, comme je t’aime ?

J’entends les vagues, tout près, il faut des va-et-vient. Tu recules à peine, je te rattrape en  moi, tu repars en arrière, je te fais revenir, et tu reviens plus fort. Je crie, ma jouissance vient, recommence, part et revient plus fort. J’essaye d’ouvrir les yeux et aperçois ton visage tordu par le plaisir. Nos sourires inhumains, nos râles confondus, tes vagues me fracassent, je m’envole en plein ciel.

Je veux que tu me mouilles, comme je coule sur toi, abats-toi, écrase-moi, érode-moi.

Tu perds la raison et impose ta force, je t’encourage, je veux davantage, plus fort et plus profond, viens jusqu’à ma gorge, ouvre moi comme un livre, habite en moi.

Puis je te sens durcir, et je sais que c’est là. Mon ventre se contracte, je pousse un cri bestial, je hulule, et tu râles. Dans tout ce fatras, j’arrive à souffler « oh mon amour », et en te répandant, tu me cries que tu m’aimes.

Et le silence.

Tu es tombé sur moi, à demi mort, le souffle court.

D’un sourire maternel, je te couvre de caresses.

J’embrasse tes épaules et t’effleure à peine, je sais que tu es loin, je te laisse voyager.

Ta main trouve la mienne, et la prend.

De ma vulve, tu coules, et ton pénis retombe. Qu’il est beau, ainsi, mouillé et alangui.

Nous restons longtemps sans parler, nous caressant comme pour s’apprendre par cœur. A chaque minute, nos visages deviennent plus triste. Les corps ayant exulté la folie de se prendre, il nous reste cette tristesse : « Quand nous reverrons-nous ? »

« Ne m’attends pas, Hélène. »

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