Hôtesse du tour partie 1

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Frederic Gabriel


lesbienromance



PARTIE 1

C’est le moment de vérité, je le sais bien. J’ai fait un bon paquet de kilomètres pour rencontrer le personnel de cette agence, qui recrute les hôtesses du Tour de France. J’ai écrit en novembre. On est deux mois plus tard.

Je me trouve dans un grand bureau baigné par la froide lumière de janvier grâce à des baies vitrées. Face à moi il y a trois personnes, un type dans la quarantaine, très élégant, barbe taillée court, une femme dans la cinquantaine, magnifique et qu’on sent autoritaire, et une autre femme, elle plus jeune. Difficile de savoir ce qu’ils pensent. Je me dis que je fais de mon mieux, et si je n’y arrive pas… Tant pis… Éventuellement, je reposerai ma candidature l’an prochain.

Je suis impressionnée, commente la cinquantenaire, qui est au centre du jury. Vous avez un CV très riche pour une jeune femme de 22 ans. Vous avez été plusieurs fois miss, vous avez fait du mannequinat. Certes, c’est resté régional, mais on a le sentiment que vous êtes courageuse et que vous vous démenez.

J’ai toujours cherché à progresser, je réponds. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai posé ma candidature pour être hôtesse sur le tour de France. Je pense que c’est une expérience extraordinaire. Et ensuite, ça m’ouvrira d’autres possibilités.

C’est du pipeau, mais je sais être convaincante quand il le faut. S’ils connaissaient ma réelle motivation… Je souris intérieurement.

C’est vrai, admet l’homme. Beaucoup de nos hôtesses poursuivent ensuite dans du mannequinat ou des événements internationaux.

Vous estimez avoir un bon contact ? demande la plus jeune.

Si vous saviez le nombre de maisons de retraite que j’ai pu faire… Et tous les enfants qui se sont collés à moi, les mains poisseuses et la bouche baveuse.

Les mains poisseuses et les bouches baveuses, vous allez encore y avoir droit, croyez-moi. Il faut savoir faire preuve de beaucoup de sang-froid et se maîtriser. Nos hôtesses, quand elles sont dans la foule, se prennent souvent des mains au cul. Elles se font peloter. Il faudra faire avec. Et lorsque vous serez sur la caravane, que vous jetterez les objets aux gens, vous pouvez vous attendre au pire. Pas seulement en vous faisant insulter, ou en ayant droit aux vannes lourdingues. Il y a quelques années un spectateur a jeté sur une hôtesse un litre de pisse.

Je suis prête à tout…

Pour approcher d’elle, j’ai pensé.

Un deuxième point… Si vous voulez venir sur le tour pour baiser des cyclistes, autant renoncer tout de suite. Le soir, une fois le spectacle fini, vous partirez avec  toutes les hôtesses dans un hôtel et les coureurs dans l’autre. On les choisit pour qu’ils soient distants l’un de l’autre. Si par hasard on vous trouve dans l’hôtel des coureurs, vous serez immédiatement virée. Vous ne reprendrez pas le trajet le lendemain. De plus, vous seriez déçue, la plupart des coureurs ne baisent pas le soir, car ils préfèrent garder toute leur énergie pour la course. Et Dieu sait s’ils en ont besoin.

Vous n’avez pas idée à quel point cet éventuel désir est loin de moi, je réponds.

Très bien, conclut la femme au centre. Nous vous rappellerons.

Je n’y pense plus du tout trois semaines plus tard, convaincue que j’ai totalement échoué, quand on m’appelle. Je reconnais sa voix.

J’ai une bonne nouvelle. Vous serez des nôtres pour le tour.

Ma réelle motivation… Elle est brune, avec un corps parfait, elle doit mesurer un mètre quatre-vingt-dix, avec un regard et un sourire éclatants, et elle est hôtesse sur le tour. Je me suis déjà masturbée trois mille fois en la matant en vidéo, ou sur photo. Je me suis fait un montage des moments où on la voit. Jetant des sacs promos ou embrassant le vainqueur.

Je suis amoureuse d’elle. C’est stupide. Je n’ai jamais eu une âme de groupie. Mais elle incarne pour moi une sorte de perfection que j’aimerais côtoyer. Si elle me déçoit, ou me rejette, ou les deux… Hé bien… Au moins j’aurais essayé. Le pire, ce serait de ne rien faire.

Entre le mois de février et le début du tour, on a droit à de nombreuses réunions de mise au point et de préparation. Et moi, je regarde en boucle vidéos et photos en me tripotant. Elle sera bientôt à moi…

On se retrouve le jour du départ dans une immense salle. Je suppose que toutes les hôtesses sont là, mais il y en a tellement. On doit être au moins 300… On nous dispatche. Je suis censée représenter une marque de pommes de terre surgelées sous différentes formes. Je dois changer de costume avant d’aller rejoindre ma partenaire. Je passe dans la salle voisine, ou sans complexe, des filles se changent. Quelqu’un surgit de nulle part, qui m’a repéré, et me tend mon costume, original s’il en est. Il s’agit d’un ensemble de frites géantes, qui tiennent entre elles par une sorte de résille. Un rien paniquée, j’enlève ma jupe et mon T-shirt, et je passe mon accoutrement. Je jette après un coup d’œil dans l’un des miroirs mis à notre disposition. Contrairement à ce que je redoutais, on ne voit absolument rien, le costume couvre tout, comme les frites sont habilement disposées en quinconce, et certaines de travers.

Je vais rejoindre ma voiture. Facile, elle porte le logo de la marque M… mais il n’y a tellement de voiture, je sais que le cortège publicitaire fait au total 7 kilomètres, que je me perds… Jusqu’à ce que quelqu’un me fasse un signe du bras. Du moins je pense qu’il est pour moi, ce signe. Je me précipite, et je comprends la nature volatile du désir, puisque j’oublie aussitôt la fille sur laquelle je fantasme depuis un an pour me fixer sur une nouvelle cible.

Et pourtant, la fille qui se tient devant moi, appuyée au véhicule, avec un grand sourire, ressemble beaucoup à mon précédent coup de foudre. Elle est immense, brune, avec un corps aux formes pleines, et un visage bien dessiné. Je sens mon sexe se dilater. Elle me fait terriblement envie. Mais à défaut de lui coller la main au cul en guise d’introduction, je me contente de dire :

Pardon, je n’ai pas pu faire plus vite. Je m’appelle Élodie.

Moi, c’est Ghislaine. Allez, embarque vite, je serai ton pilote pendant toute la durée du tour. Tu sais comment il faut faire ?

J’ai tellement regardé le tour à la télévision que je sais effectivement où je dois me disposer. Je monte à l’arrière, me glissant par le toit ouvrant. Il y a autour de moi des dizaines de sacs contenant ce qu’il y a 50 ans on n’appelait pas des goodies.

Et on démarre. Je suis très vite prise dans le rythme. Je balance régulièrement des sacs à des familles avec enfants surtout. Je me fais insulter par ceux qui n’ont rien, ou qui ont simplement envie d’insulter quelqu’un.

On arrive, on se gare. C’est bientôt aux coureurs d’arriver. Dans la cohue, la foule se mêle à nous. Je sens des mains sur moi, sur mes épaules, mes hanches, mes fesses, même si l’accès n’est pas facile avec les frites. Une femme vient nous chercher, Ghislaine et moi.

Les filles, venez vous changer. Il nous faut deux hôtesses pour embrasser les vainqueurs.

Elle nous emmène dans un van, nous tend deux tenues vertes, et nous laisse. Je me déshabille sans complexe, matant sans me gêner Ghislaine. Elle a un corps comme j’aime, bien plein, avec des seins, des fesses, des hanches et des cuisses. Je ne sais pas comment je parviens à me maîtriser et à ne pas poser mes mains sur elle. Elle s’en rend compte, tend la main vers moi au moment où je suis juste en slip et soutien-gorge. Elle me surprend en glissant ma main dans mon slip et venant me caresser, me faisant gémir. Sans doute est— elle, elle, surprise de me trouver ouverte et liquide.

Après, on aura toute la soirée pour nous, dit-elle en enlevant sa main trop vite et en léchant ses doigts, dont une partie est couverte de mon écume.

On passe deux robes vertes, près du corps, décolletées, et qui s’arrêtent à mi-cuisse. On descend, rejoint la femme, qui nous guide vers le podium. Je regarde la croupe pleine de Ghislaine onduler devant moi, qui tend le tissu de la robe. Des images crues se dessinent dans mon esprit, comme autant de possibilités.

On est près du podium. Les trois vainqueurs du jour sont là, qui attendent d’y monter. Il y a des officiels. Ghislaine s’approche des coureurs. Quelques chuchotements. Elle me rejoint.

Qu’est- ce que tu leur as demandé ?

Le nombre de baisers qu’ils veulent. Il s’agit de ne pas faire d’impair devant les caméras.

Tout se passe très bien. Ce n’est qu’en redescendant du podium que je me dis que mes parents me verront à la télévision ce soir. Mon quart d’heure de gloire.

Allez, c’est fini pour nous on part à l’hôtel.

Je ne me doute pas de ce qui m’attend.

 

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