JUSQU’AUX YEUX

Partie 1

Quand on a frappé à la porte, j’ai su que c’était elle. Bénédicte. La force de l’habitude, ou plus simplement, une analyse de la situation. J’habite dans un vieil immeuble en partie rénové, douze appartements, et dix d’entre eux se vident le matin pour se reremplir le soir. Jeunes couples, célibataires, partent le matin pour revenir le soir. D’ailleurs quand je suis réveillé et que je les entends partir, c’est amusant. Je sais qui part, à quel moment, ce qu’il fait avant de partir, après… Elle et moi nous sommes les seuls à ne pas partir tôt. Moi, je suis comptable dans une PME, et je travaille l’après-midi jusqu’en début de soirée, un horaire décalé, mais le patron, qui veut créer un réel bien-être pour ses employés, nous a demandé de faire des vœux, et j’ai donc choisi ce rester à la maison le matin. Elle est responsable d’un rayon dans un grand magasin, et elle a le même type d’emploi du temps décalé, en ayant moins de régularité que moi. Certains jours c’est le matin, certains autres c’est l’après-midi, certains jours elle travaille toute la journée. Mais en ce moment, plus du tout, car elle est enceinte.

Ça fait un an qu’elle est arrivée dans l’immeuble. Je me souviens encore du jour de son arrivée. Un mardi matin, je crois, je venais de faire quelques courses, je suis rentré sur le coup de dix heures, il y avait un camion de location en bas de l’immeuble. J’ai compris qu’on avait un voisin ou une nouvelle voisine, et j’ai pensé que ce pouvait être sur le même palier que moi, puisque le dernier locataire était parti cinq mois plus tôt, sans être remplacé. Mais aussi au premier où je savais qu’un appartement était libre.

Les portes arrière du camion étaient ouvertes. Il restait encore du mobilier à descendre.

Je me suis engagé dans l’escalier en pensant que j’allais rencontrer sur le trajet mes futurs voisins. Pourtant, l’immeuble était rempli de silence comme d’habitude. Mais après tout, ils étaient peut-être dans l’appartement.

Par chance je n’ai fait pas de bruit et l’escalier, bien qu’en bois, était silencieux. C’est au deuxième (j’habitais au quatrième) que j’ai commencé à entendre les petits gémissements. J’ai inquiet, pensant d’abord que quelqu’un souffrait peut-être, s’était fait mal, c’est vite fait quand on déménage, avant de comprendre qu’il s’agissait de tout autre type de gémissements. J’ai ralenti.

Je n’ai pas été déçu par le spectacle qui m’a été offert lorsque je suis arrivé au milieu de l’escalier entre le troisième et le quatrième. Ils étaient de trois-quarts sur les dernières marches, elle pliée en deux, accrochée à la rampe, lui derrière. Ça a été la première image que j’ai eue de Bénédicte. Il devait y avoir bien d’autres. Une fille très grande, mais avec des courbes féminines très marquées, une chevelure châtain, épaisse et qui captait la lumière. Pour l’heure, elle avait un caleçon noir aux chevilles, et une culotte en coton blanche tout ce qu’il y avait de plus simple aux genoux, pour permettre au garçon qui était derrière elle, sur les dernières ou les premières marches, c’était selon comme on voyait les choses, d’accéder à son sexe et de le fouiller avec un membre long et dur, qui allait et venait en elle. Je ne voyais pas son visage, caché par ses cheveux, qui coulaient autour, mais par contre, et j’ai pensé que plus tard que, et c’était sans doute significatif, j’avais une vue quasi-totale de son intimité, sa croupe ainsi offerte, charnue et naturellement cambrée, et plus bas le gonflement naturel de sa vulve. Elle était ouverte, dilatée, lèvres sorties et gonflées, entre lesquelles se faufilait le membre gonflé, et en coulaient des filets de sécrétions.

Je n’aurais sans doute pas pu profiter du spectacle si je n’avais pas entendu ses brefs gémissements et je n’avais monté les marches en me repliant sur moi-même, et en me tapissant dans une large portion d’ombre.

Je les ai regardés mener à bout cette étreinte au goût rugueux. Comment cela avait-il démarré ? Je voyais bien l’homme montant derrière elle plusieurs fois de suite, troublé par la vision de sa croupe juste devant lui, posant ses mains sur elle, qui avait renchéri sur ce désir, se pliant en deux, baissant ses vêtements pour se donner à lui, et recevoir son sexe turgescent. Une chose était sûre, à en juger par leurs gémissements, et leur attitude, ils prenaient du plaisir tous les deux.

Les choses se sont précipitées. Une ultime fois, il n’est pas ressorti, et j’ai compris qu’il jouissait en elle. Sa queue était agitée par de légères saccades, à peine visibles, chacune d’entre elles correspondant à un jet de sperme. Ils ne se sont plus souciés de savoir si quelqu’un pouvait les entendre, elle a crié en se tendant, sa jouissance apparemment déclenchée par le jaillissement du sperme en elle, tandis qu’il l’accompagnait lui aussi en criant. Je me suis dit qu’ils devaient être intimes, son copain sans doute, pour qu’ils puissent faire l’amour ainsi, sans protection.

La suite a été curieuse. Il a sorti sa queue d’elle, s’est rajusté très rapidement, et est parti vers l’appartement, dont la porte était ouverte, tandis qu’elle plaquait une main contre son sexe, pour bloquer la sortie du sperme, même si déjà plusieurs filets en coulaient. Elles s’est laissée tomber au sol, s’est poussée contre le mur, relevant le bassin et ses jambes, et les croisant. J’ai bien compris qu’elle voulait garder le sperme en elle. Pour tomber enceinte ? C’était une hypothèse vraisemblable. Elle était jeune, mais le désir de maternité n’attendait pas le nombre des années.

J’avais eu le temps d’apercevoir son visage. Quelques secondes seulement, mais je l’avais trouvée remarquablement belle, visage allongé, yeux bleus immenses, bouche charnue. J’ai eu une autre vision d’elle, une fois qu’elle a eu basculé, deux jambes dressées vers le ciel, et entre, tout en bas, le gonflement d’une vulve humide de sperme.

J’ai soudain réalisé que, même dans l’obscurité, j’étais exposé, et qu’à un moment ou à l’autre, elle se rendrait compte de ma présence. J’ai choisi de redescendre et d’attendre dans le couloir du dessus quelques minutes.

C’est comme cela que nous nous sommes croisés quelques minutes plus tard. Ils redescendaient, je montais. Une rencontre plus normale. Je les ai salués, ai demandé :

— Nouveaux voisins ?

Le type m’a répondu.

— C’est elle qui s’installe. Je suis juste un ami qui l’aide à déménager.

Et à jouir aussi, j’ai songé. Mais je n’ai rien dit, bien entendu. Je la voyais habillée, caleçon remonté aussi belle nue qu’habillée, avec un visage aux traits purs.

— Si vous avez besoin de moi… Je suis sur le même palier.

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