LA DÉBUTANTE (1)

C’était jour de canicule, et dans sa voiture, Margaux était moite. Pierre avait été très précis : « Tu porteras une robe sage et ample, avec une culotte de coton blanc. Pas de soutien-gorge, ni de maquillage, ni de parfum. Juste tes lèvres rouges, outrageusement rouges. Je t’attendrai dans le jardin de l’hôtel. Arrive à l’heure exacte. Nous nous promènerons, et tu pourras renoncer. »

Elle avait répondu à son annonce un mois auparavant, tremblante de faire une telle folie. « Maître expérimenté cherche soumise à distance, pour éducation virtuelle. Obéissance et disponibilité exigées. »

Il avait voulu d’abord une photo d’elle prouvant sa majorité : dans sa main droite, elle devait tenir un objet imposé, et se prendre en photo nue, de face dans sa salle de bain. Elle était majeure depuis plus de quinze ans et mère de deux enfants, son corps ne mentait pas.

Ensuite, par échange de courriels, elle avait répondu à ses questions. La naissance de sa sexualité, ses premières masturbations et ses premiers désirs. Le premier sexe d’homme qu’elle avait découvert, la perte de sa virginité, et l’ouverture de son cul. L’usage de sa bouche, et son dernier amant.

Elle lui dit qu’elle s’était masturbée pour la première fois en écoutant Gainsbourg, et qu’adolescente, elle était amoureuse d’un ami de son père, quarante ans son aîné. Elle rêvait qu’il l’amène, elle voulait être sa femme.

A 16 ans, elle avait laissé son amoureux glisser une main dans son jean et avait joui de ses caresses sur son sexe aux poils drus. Il l’avait invitée à faire de même, et elle fut émerveillée de sa douceur. Une soie glissant sur un jeune sexe en bois ! Elle adora tout de suite le phallus masculin.

Pourtant quelques semaines après, quand elle ne fut plus vierge, le cadeau ne fut pas pour le garçon au sexe de soie, car elle fut violée. Naïve, elle avait suivi un jeune homme dans un coin, et quand il sortit un préservatif, sidérée, elle se tut. Elle fit ce qu’il voulait, comme jouant un porno. Elle se confia à sa mère, et reçut une gifle, car faut-il être sotte pour suivre un presque adulte. Elle resta une amante sidérée, s’offrant à qui voulait, sans plaisir, espérant de l’amour. Cela ne venait pas. Et quand elle eut vingt ans, son amant préféré, qu’elle aimait plus que tous l’allongea sur le sol et força son anus. De la sensation, elle n’avait aucun souvenir. En revanche, la rage était intacte, car après la sodomie, il s’était rhabillé, et l’avait laissée là.

Pas dégoûtée du sexe, elle voulut tout apprendre. Maîtriser les plaisirs, donner satisfaction. Elle adora sucer. Leur sexe dans la bouche, elle n’avait plus peur d’eux. Ils perdaient leur superbe, et devenaient sincères, soupirant de bonheur en caressant ses cheveux. Elle aimait prendre soin d’eux, et les voir s’abandonner, sans contrôle, au fond de sa gorge chaude. Et quand ils en giclaient, son plaisir était grand : c’est elle qui dominait.

Quant au dernier amant, voilà le responsable ! Un jour, il la fessa. Vraiment fort, en riant. Elle se tourna vers lui, à demi horrifiée : « Voyons, tu m’as fait mal ! ». Et lui, sans cesser de sourire, la regardant bien fort : « Je sais ». Voilà le jour où elle ressenti le plus puissant frisson. Là, elle sut qu’elle était à sa place. C’était ce qu’elle voulait : se mesurer à ça.

Plus Margaux répondait, plus elle se sentait appartenir à Pierre qui savait beaucoup d’elle, et dont elle ne savait rien. Juste qu’il vivait assez près de chez elle, dans une belle maison, au parc éblouissant, et que nu, il était désirable.

Il voulu encore des photos, Margaux trouva ses limites, et les dépassa toutes.

« Montre-moi ta chatte » Entendre son sexe ainsi qualifié était à la fois grossier et excitant.

« Cuisses écartées. Ouvre-toi. Écarte avec tes doigts. » Non, elle avait honte ! Jamais elle n’avait fait une chose pareille ! C’était infâme, et puis tellement laid.

Il menaçait de ne plus lui parler, et elle avait déjà besoin de lui. Elle s’exécutait et se découvrait très excitée d’obéir à cet homme qui lui faisait faire des choses honteuses.

Elle commença à penser à lui tout le temps, le sexe humide, et l’envie de jouir au gosier. Mais elle n’avait pas le droit de se toucher sans son autorisation, et aimait lui obéir.

« Prend une photo de ta bouche grande ouverte. Comme pour réclamer ma queue. »

Non, pas le visage. C’était l’ultime pudeur. Et cette bouche ouverte qui la défigurait.

« Fais-le, envoie la photo, et si je suis satisfait, alors tu pourras jouir. »

Elle lui mangeait dans la main, il accepta qu’elle devienne sa soumise. Il allait l’éduquer.

Elle n’avait jamais pratiqué de jeux de domination et découvrait ce qu’était une soumise. Mais Margaux n’était pas sans hardiesse. Elle aimait profiter de ce que la vie mettait sur son chemin, que ce soit dangereux ou étrange, peu importe, c’était nouveau, et donc désirable.

Ainsi, lorsqu’il évoqua une séance réelle, elle en eu très envie, bien qu’elle trouva le mot ridicule, tout comme le Maître qu’elle devait employer avec lui. Mais Pierre n’était pas homme que l’on taquine, et elle ne craignait rien de plus que le perdre.

La perspective de la séance excitait Margaux, et lui faisait très peur. Elle posait beaucoup de questions à son Maître, et il éludait. Il pensait important qu’elle découvre le vaste monde du « Bondage-Domination-Soumission-Sadisme-Masochisme » avec lui, et de façon progressive. Il refusait ainsi de lui montrer son matériel de Maître, jusqu’à ce qu’elle le provoque : « Et si vous n’étiez qu’un homme qui fantasme ? Peut-être ne me montrez-vous rien parce que vous ne possédez rien, car vous n’avez jamais dominé de femme. »

Alors il lui avait envoyé quatre photos, de l’immense collection de martinets, cravaches, paddles, entraves, cordes, plugs, colliers et godemichés de toutes tailles formes et couleurs qu’il possédait, en lui signifiant qu’ils en resteraient là pour deux raisons : d’abord le ton qu’elle employait était intolérable, et ensuite, sans confiance, il ne la voulait pas.

Elle avait mis longtemps à répondre. Elle était en colère, le traitait de vieux pervers. Comment peut-on avoir tous ces objets chez soi ? Elle regardait les quatre photos, s’interrogeant tout de même sur l’usage de certains objets, manifestement artisanaux. Ainsi ce martinet, au manche en phallus. Et cette petite ceinture, portant une boule rouge ? Plusieurs fouets, mon Dieu, qui accepte d’être fouetté ? Et tous ces plugs, dont certains semblaient gonflables : non, jamais un anus ne peut accueillir ça. Regarder les objets, disposés sur une table, comme un trésor de guerre la confortait dans son silence. Qu’allait-elle voir cet homme ?

Mais il lui manquait. Leurs longs échanges, ces courriers échangés plusieurs fois par jour, elle s’ouvrant à lui, et lui la détaillant.

Elle observa les colliers. Ainsi, d’autres femmes les avaient eus au cou ? Comment pouvaient-elles à ce point manquer de fierté ? Elle, si elle se soumettait, voudrait son propre cuir.

Ceindre son cou d’un collier de chienne, d’ailleurs, l’idée l’obséda. Elle ignorait les boutiques sado-masochistes, et se rendit dans une animalerie. Pour ne pas avoir honte, au rayon canin, elle choisit des croquettes et le collier de cuir noir qu’elle convoitait. Solide, simple, épais. Un anneau sur la gorge et une boucle à l’arrière.

De retour chez elle, elle jeta les croquettes, essaya le collier et se contempla au miroir de sa chambre. Oui, il la rendait belle, et pas vraiment indigne. Elle le rangea sous son oreiller, et pris l’habitude de dormir en le portant. Quand elle le serrait autour de sa gorge, elle se sentait plus simple, animale, rassurée. Elle sut ce qu’elle voulait : oublier ces photos, ces objets ridicules, et lui appartenir. Être à lui, simplement. Qu’il fasse ce qu’il veut, mais qu’il s’occupe d’elle !

Dix jours étaient passés quand il reçu d’elle une photo, collier autour du cou, et seins nus. En légende, simplement : « S’il vous plaît ».

Pour toute réponse, et juste une heure après, il avait signifié le rendez-vous et les consignes strictes.

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