LA DÉBUTANTE

DEUXIÈME ÉPISODE

Margaux avait déposé ses enfants chez une amie, ce jour d’août, et garée à quelques minutes de l’hôtel en bordure de ville, retiré son soutien-gorge, rougit sa bouche et changé la culotte de coton déjà toute mouillée. Si elle acceptait de le suivre, la séance durerait quatre heures exactement, elle devrait compter cinq heures de présence à l’hôtel, avec la conversation de départ, et à la fin, la douche. La rigidité de cet homme la portait à sourire, et aussi, la rassurait. Il ne laissait rien au hasard.

Si elle avait eu connaissance d’une pilule modérant l’anxiété, elle en aurait pris deux. Son ventre était noué et elle ne pouvait empêcher le tremblement de ses mains. Jetant un coup d’œil dans son rétroviseur, elle se vit livide.

Arrivée à l’adresse indiquée, elle engagea sa petite voiture bleue dans une trop longue allée, et aperçut en même temps Pierre qui l’attendait près de beaux véhicules. Croyait-il voir une longue femme élégante sortir en ondulant ? Elle se sentait si gauche, en sandales de cuir, et la robe fleurie ! Il fallait pourtant y aller, et Dieu qu’il était beau ! Elle avançait vers lui, les joues rouges, malgré tout souriante. Lui, la cinquantaine altière, était vêtu de beige, l’œil bleu, le cheveu blanc. Dès qu’elle fut près de lui, il lui ouvrit ses bras et elle s’y écroula. Elle balbutia :

Je ne suis pas élégante, je n’ai pas de talons, comme vous sentez bon, vous n’êtes pas déçu ?

Il la trouvait jolie, qu’elle cesse ses bavardages. Diablement émouvante, aussi, il le garda pour lui. La prenant par la taille, il l’invita à faire quelques pas avec lui à l’ombre des arbres.

Tu es parfaite, et tu me plais beaucoup. Ton obéissance me satisfait, et j’ai envie de m’occuper de toi. Réfléchis tant que tu veux, rien ne presse, nous avons tout le temps. Veux-tu de cette séance ?

Elle n’hésita pas, elle avait tant besoin de se laisser glisser sur un lit, dans ses bras, et de fermer les yeux. Erreur de débutante : ce n’est pas ainsi que débute une séance.

Cet hôtel était fait de plusieurs chalets dispersés dans le parc. Impossible de déranger les voisins, pensa-t elle. Lorsqu’ils arrivèrent à celui qu’il avait réservé, il ouvrit la porte et s’effaça pour la laisser entrer. Il la suivit et referma la porte à clé. Elle sentit son cœur se serrer au bruit de la serrure l’enfermant avec lui, et jeta un regard autour d’elle. Il avait retiré les draps du lit, aux quatre pieds duquel des cordes étaient attachées. Sur la table de nuit de gauche, des plugs de diverses tailles, et plusieurs flacons. Sur un gros pot elle put lire « Super Fist » écrit en lettres criardes. Sur le chevet de droite, un stimulateur clitoridien était déjà branché, avec une rallonge. Il y avait d’autres objets, peut-être des godemichets. Et sur la table, du cuir. Elle ne put détailler car il lui ordonna de se placer devant la porte.

Pierre dut expliquer plusieurs fois la consigne pourtant simple, car elle était confuse. Il fallait simplement se tenir debout à l’entrée de la chambre, devant la porte. Non, pas « contre » la porte. Il lui fit faire un pas en avant. Il exigea qu’elle place ses mains derrière le dos, regard droit devant elle. Il était interdit de croiser les yeux du Maître, elle ne devait voir que le mur face à elle, et être immobile.

Margaux avait peur et soif. Cogitait à vive allure. Assurément il aurait fallu partir, cet homme pouvait la tuer. Mais elle voulait rester.

Il la contourna, écarta ses cheveux pour embrasser son cou.

Regard droit devant, ordonna-t-il. Je ne le répéterai pas.

Il plongea sa main dans le décolleté et saisit les seins nus en la félicitant. Elle était belle, et accessible. Il écarta la robe et déforma les seins pour les exposer hors du tissu tendu. Il en pinça les tétons pour les contracter, et appréciant son travail, partit tranquillement à l’autre bout de la chambre. Revenant près d’elle un Reflex à la main, il fit plusieurs clichés. Lorsqu’il avait tourné le dos, elle avait regardé sur ta table aux cuirs, et avait vu des entraves, des cordes, et même un martinet. Elle était terrifiée, avait envie de vomir, mais ne voulait pas abandonner.

Pierre posa l’appareil photo et passa derrière elle. Il releva sa robe, enroulant le tissu fluide à hauteur de sa taille, et dévoilant le cul de la soumise à la culotte blanche. A travers le tissu, il massa fermement son pubis, puis força l’ouverture de ses lèvres mouillées, elle gémissait, sans cesser de regarder devant elle, la tête lui tournait, elle s’agrippa à son épaule. Il fut sec, repoussa sa main et laconiquement ordonna :

Ne me touche pas, et tiens-toi bien.

Alors elle replaça ses bras comme indiqué, croisés au creux des reins, chaque main tenant le coude opposé.

Maintenant il caressait son cul, ouvrait ses fesses, et visitait l’anus à travers le coton, vérifiant sa souplesse. Elle ne pouvait plus déglutir, ni savoir ce qui l’emportait, mais ne voyait plus, avait très soif, et perdait l’équilibre. Et lorsqu’il s’accroupit pour baisser sa culotte, et ne se retint pas à lui, puisque c’étaient interdit, chercha en vain le soutien de la porte trop en arrière, et perdit l’équilibre.

Elle retrouva la vue allongée sur le sol, le visage inquiet de Pierre au-dessus du sien. Elle sourit pour le rassurer et s’excusa tout de suite de s’être mal tenue. Elle osa à peine demander à boire et fut confuse de le voir accourir un verre à la main.

Margaux, comment vas-tu ? Veux-tu arrêter ?

Non. S’il-vous plaît. Je veux continuer.

Prenons quelques instants.

Non. Je vais boire ce verre d’eau et je vais réussir.

Elle but, et s’allongea sur le lit, regard fixé au ciel, signifiant « j’obéis ».

Pierre retira les sandales des pieds de la femme offerte, releva ses genoux et entreprit de lécher le sexe qu’il avait demandé lisse. Elle sentit, cette fois, sans nul doute le plaisir, et aussi, la détente. Il léchait lentement, en tenant les mains de cette femme apeurée. Elle, d’abord agrippée à lui, relâchait son étreinte, et son souffle s’allongeait. Comme un homme qu’elle aimait, elle caressa les cheveux et le front moite de Pierre qui se laissa toucher.

Ensuite, il vint près d’elle et la serra dans ses bras. Il voulu cacher son visage, mais elle vit ses yeux. Le Maître pleurait.

Ils restèrent enlacés très longtemps. Se serraient fort. Des semaines d’émotion qui se dénouaient là. Leurs poitrines collées se disaient « je joue, mais tu me bouleverses, tu le sais ? », « j’ai cru que tu ne m’aimais pas, ainsi tu m’aimes un peu, je ferai tout pour toi », « ne me laisse pas te faire du mal, je ne veux pas t’abîmer », « je suis forte, je cherche quelque chose, aide-moi, je t’en prie ».

Puis il s’écarta d’elle et la déshabilla. « N’aies pas peur. Reste ainsi, couchée sur le dos, et écarte tes bras. »

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