La débutante (3)

La débutante (3)

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Camille Sorel




LA DÉBUTANTE (TROISIÈME ÉPISODE)

Margaux était allongée nue, comme une écartelée, dans une chambre d’hôtel, avec Pierre vêtu qui se tenait près d’elle.

Il était laconique, donnant des ordres brefs, en dégageant les cordes fixées aux pieds du lit. Elle devait être calme, détendre ses bras ouverts, et offrir son sexe au regard du Maître, qui ne s’y attardait pas.

Lorsque les quatre liens libres furent déposés aux coins du lit, il expliqua qu’il pourrait l’attacher mais ne le ferait pas. Il voulait qu’elle sente la possibilité de l’entrave. Il déposa deux liens dans les mains de Margaux, qui crispa ses doigts sur le chanvre. Il vint vers les pieds de la gisante apeurée, en renouvelant son ordre : « Ne me regarde pas ».

Les yeux fixés au plafond, elle sentit les liens s’enrouler sans serrer, une seule fois autour de chacune de ses chevilles. D’un battement de jambe, elle serait libérée. Mais uniquement centrée sur la voix de Pierre, et chacun de ses gestes, elle ne songeait pas à la liberté. C’était tout le contraire. Elle était là, si nue, si vulnérable, qu’elle désirait qu’il la guide, la prenne, que ce soit par douleur ou par humiliation, peu importait : tout, mais pas cette solitude.

Elle entendit tinter le verre d’un flacon. Un poison ? Évidemment qu’il pourrait la tuer. Les bungalow du parc qui les abritait étaient loin les uns des autres. Elle aurait pu crier sans alerter personne. Fixant toujours la peinture pisseuse, Margaux discerna le son de l’ouverture d’un bouchon, et un petit glouglou.

Pierre frottait maintenant ses mains l’une contre l’autre, comme pour les réchauffer, et les posa sur les jambes de la jeune immobile. Dans un mouvement lent, et parfaitement symétrique, il remonta ses paumes vers les cuisses ouvertes, étalant une huile de massage au parfum délicat. Margaux inspira longuement, expira fort, et ferma les yeux en souriant, appréciant le massage.

Jambes, cuisses, hanches, flancs et bras… il découvrait les contours du corps de la soumise.

Épaules, nuque, cou… il prenait possession, disait : « tu es à moi ».

Contours de la poitrine, et seins à pleines mains. Tétons pincés entre les ongles « tu jouiras ».

Margaux gémissait de plaisir sous les caresses huilées et voulait serrer les cuisses sur sa chatte palpitante pour contenir sa mouille.

Cercles de mains à plat sur le ventre assoupli, et taille enserrée, « je te tiens, tu ne tomberas plus ».

Sexe pris fermement, et doigts qui le pénètrent, « je décide ton plaisir ».

Elle s’ouvrait, elle l’accueillait en elle, et il prenait tout. Deux doigts ne suffisaient pas, trois, et puis ensuite quatre écartèrent Margaux comme aucune main, jamais. Allées-venues précises, vrilles et poussées s’alternaient, et plus elle avalait la main, plus elle voulait la prendre. Devenant animale, elle s’enfonçait elle-même, avec des gémissements rauques.

« Doucement. Laisse-moi faire. »

Elle détendit son corps, et il ouvrit le pot à l’inscription criarde. Et c’est la main enduite d’une crème blanchâtre qu’il revint vers le sexe béant de l’amante. Elle sentit au contact du baume une chaleur envahir ses entrailles avec les doigts, la paume repliée, et puis enfin le pouce introduits dans son ventre.

Une vibration de plaisir parcourut Margaux comme un tremblement de Terre, main d’homme dans l’épicentre. Sa gorge se serrait, ses yeux se révulsaient, un orgasme puissant la secoua entière, elle poussa un long cri, avant de s’écrouler.

Pierre retira sa main et partit se laver à la salle de bain. Ensuite, il retrouva Margaux, pliée en chien de fusil, tout au milieu du lit, visage caché dans les bras.

Il s’assit près d’elle, et caressa ses cheveux, ses bras, son dos.

Elle bougea juste un peu, pour poser son front sur la cuisse de Pierre.

Ils restèrent longtemps ainsi, en silence.

Le pacte était signé.

***

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