J’ai garé le véhicule électrique devant le magasin, à l’emplacement prévu à cet effet.

Je rentrais d’une tournée d’une heure à travers la ville. Marc et moi avions ouvert notre petit restaurant six mois auparavant, et ça marchait du feu de Dieu. La salle était pleine. On n’avait qu’un regret, ne pas avoir un local plus grand. On était contraints de refuser du monde. Mais on n’avait pas trop de moyens. On avait demandé et obtenu un micro-crédit, investi toutes nos économies, et la famille nous avait aidés. On avait tremblé au début. Ça avait commencé à vraiment marcher au bout du premier mois. Le bouche-à-oreille, comme on dit.

Notre objectif était à la fois modeste et ambitieux. Proposer une alternative aux fast-foods. Une cuisine simple, mais savoureuse et bon marché. On faisait à manger en salle le midi et le soir, proposant un patchwork de plats où se côtoyaient salades, cuisine traditionnelles, pizza faites maison, une belle carte de desserts et des bières artisanales. Au final nous couvrions une tranche de clientèle assez large.

Marc alla porter deux assiettes, revint au comptoir, et me rendit un listing d’adresses, avec une demi-douzaine de sacs isothermes.

Tiens, tes prochaines livraisons. Des habitués pour la plupart.

Heureusement, ma mère était là pour aider à servir en salle. On avait décidé dès le départ d’ajouter un service de livraison, qui marchait bien. On craignait que le restaurant ne soit pas suffisant, alors on avait prévu large. Il était hors de question pour nous d’échouer.

J’ai eu un frisson en laissant mon regard glisser sur la liste. Je me suis demandé si elle avait appelé ce soir. Oui, cette adresse, je la connaissais par cœur.

Elle commandait des plats en moyenne cinq fois par semaine. Pas forcément de manière régulière. Des fois un jour passait sans qu’elle appelle. Et j’étais horriblement déçu.

Comme je restais en zone urbaine, on avait investi dans une petite voiture électrique. Ça plaisait bien aux clients. Pas de CO2 dans l’atmosphère, et j’appréciais la conduite, silencieuse et souple. Le soir, je montais sur le parking, plus haut dans la rue, et je la mettais en charge sur la borne électrique.

Je suis revenu à la voiture, les bras chargés, positionnant les clients dans la carte mentale que je dessinais dans mon esprit. Elle serait la dernière servie. Il était vrai que je passais toujours un peu plus de temps chez elle que chez d’autres.

En roulant, j’ai repensé à la première fois où je lui avais rendu visite. Il y avait deux mois de cela, déjà. J’avais eu depuis largement le temps d’accumuler des souvenirs.

C’était la toute première fois. Son nom et son adresse étaient inscrits sur une feuille de papier semblable à celle qui était posée près de moi, sur le siège du passager. 122 rue Victor Hugo, troisième étage, appartement A, de toute façon l’autre n’est pas occupé, y était-il écrit.

Le 122 était l’adresse d’un immeuble de quatre étages, d’un certain âge, avec des balcons aux piliers de fer forgé soutenant des toits en avancée, comme les bâtisses de la Nouvelle Orléans. En bas, on se trouvait en face d’une épaisse porte en bois. J’ai tapé sur le digicode les chiffres qu’elle avait indiqués, gestes que je connais aujourd’hui par cœur, et la porte s’est débloquée. Pas d’ascenseur. Je suis parti à l’assaut des étages avec le sac isotherme battant sur mon flanc.

Au 3ème, il n’y avait effectivement que deux appartements, dont l’un avait la porte entrouverte. Je n’ai pas vraiment hésité. A vrai dire, je n’avais pas le temps. Je devais livrer toute la soirée et je ne pouvais pas prendre ce luxe. Je l’ai pourtant pris ce soir-là, pour la première fois, au détriment des autres clients.

J’ai pénétré à l’intérieur de l’appartement. Il avait été rénové, et sentait encore la peinture fraîche. Un long couloir, qui donnait sur trois portes, toutes les trois entrouvertes. J’ai aperçu une cuisine, une chambre à coucher, et au bout du couloir un living. J’ai avancé vers celui-ci. J’allais parler, mais je me suis tu. Je l’ai vue pour la première fois.

Les conventions sociales établissent une barrière entre le public et le privé, ce que l’on peut donner à voir et ce que l’on doit cacher, et être témoin de scènes intimes est certainement la source de troubles ineffables. C’est en tout cas ce que j’ai ressenti ce jour-là, quand j’ai surpris une scène personnelle.

Je suis resté là où j’étais, immobile, tapi dans l’ombre du couloir. Le living était lui éclairé par la baie vitrée, suffisamment pour me donner à voir plus que je n’avais le droit de voir, en tant que simple livreur.

Elle venait tout juste d’arriver, peut-être deux minutes avant moi. Elle a fait glisser sa veste, posé son sac à main, ainsi qu’un trousseau de clefs sur une table basse. Je me suis souvenu que c’était moi qui avais pris l’appel et qu’elle avait dit « Je vous appelle du bureau, il se peut que je sois une ou deux minutes en retard. Vous m’attendrez ? »

Ce ne serait pas nécessaire.

Elle était habillée dans des tons de mauve. Une fille élégante. Sous la veste, il y avait un chemisier, les premiers boutons déboutonnées, laissant voir un décolleté qui augurait deux seins ronds. Elle portait un jean coloré plus foncé que la chemise, et avait des bottes qui montaient haut, d’un mauve plus clair.

Mon regard a été capté par le flamboiement de sa chevelure rousse, pleine de vie, qui captait la lumière et coulait sur ses épaules, mais aussi par la délicatesse de ses traits. Elle avait un ravissant minois, au nez retroussé, des lèvres fines, et un regard qui m’a semblé malicieux, semblant se poser sur la vie pour en constater l’ironie et l’absurdité.

Elle a marché jusqu’à un bar bas, un magnifique globe ancien dont elle a soulevé le couvercle. Elle a attrapé un verre, s’y est versé un doigt de whisky, auquel elle a rajouté de l’eau gazeuse. Elle avait une croupe haute et pleine, que les talons des bottes cambraient.

Elle est revenue à la table, a avalé une gorgée du breuvage, avant de se mettre à se déshabiller. Je n’ai vraiment compris ce qu’elle faisait que quand elle s’est laissée tomber sur le divan et qu’elle a entrepris de descendre les deux fermetures éclair qui montaient haut sur le cuir. Elle a retiré une botte puis l’autre, avant que ses doigts ne viennent se poser sur sa ceinture.

Je me suis dit que la pudeur aurait voulu que je me retire, que je revienne à l’entrée, que je la laisse dans son intimité, que je sonne, pour lui laisser le temps soit de se rhabiller, soit de se changer. Mais j’en étais bien incapable. Je voulais la voir, et rien n’aurait pu m’en empêcher.

L’espace d’un instant, je me suis dit : « Elle ne va pas… » mais si… Elle a débouclé la ceinture, défait le bouton qui tenait son jean, tiré le zip vers le bas, et elle a entrepris de faire glisser le pantalon le long de ses jambes. Elle avait des jambes fines et bien dessinées, avec des cuisses pleines. Dessous, une culotte noire. Elle a récupéré le jean à ses chevilles, puis elle s’est redressée, attrapant le verre pour s’enfiler encore une gorgée.

Je pensais qu’elle allait défaire sa chemise, au lieu de cela, elle a enlevé directement son slip. Elle l’a tiré jusqu’à ses genoux, puis elle a dégagé une jambe. Ça a fait une boule d’étoffe à sa cheville, qu’elle attrapé en se pliant. Elle a étiré le slip devant elle, y jetant un œil avant de plonger le nez dedans, reniflant ses odeurs intimes. Une odeur de pipi ? Elle s’y est attardé avant de rouler de nouveau la culotte en boule et de la jeter sur la table basse qui lui faisait face.

Elle s’est encore envoyé deux ou trois gorgées du breuvage, et j’ai eu le temps de contempler ce que laissait voir la chemise, qui s’arrêtait en haut du pubis. La courbe si particulière du mons veneris, orné d’une toison rousse taillée en triangle, descendant jusqu’à une fente, close, dessinée dans sa chair.

J’étais tétanisé, incapable de bouger, partagé entre stupeur et désir. Elle était là, à quelques mètres de moi, et pourtant lointaine et inaccessible. Mille rêves fugaces me traversaient. Je me voyais bien m’asseoir sur le canapé, caresser ses jambes, et porter ma langue sur ce sexe encore clos pour le faire s’ouvrir. Mais de tout cela, il n’était pas question. Je n’étais qu’un livreur surprenant une scène intime.

Elle s’est tournée pour poser son verre, projetant vers moi la masse de sa croupe et me donnant à voir autrement le renflement de son sexe entre ses cuisses. Puis elle s’est redressée, et a défait sa chemise. Dessous, un soutien-gorge noir assorti gainait une poitrine, qui, une fois mise à nu, s’est révélée pleine, bien galbée et orgueilleusement dressée, dans tout l’éclat de sa jeunesse.

J’en avais assez vu, j’ai reculé jusqu’à la porte, je suis ressorti et j’ai sonné. Deux minutes plus tard, elle est venue ouvrir. Elle avait passé une djellaba qui la couvrait entièrement. Penser à sa nudité dessous ne calma pas mon désir, loin de là. Elle me sourit. J’ai sorti les plats du sac isotherme.

C’est la première fois que je commande chez vous. Si c’est bon, on se reverra… Le soir, je suis trop fatiguée pour me faire à manger.

Elle est partie déposer les plats dans la cuisine, est passée dans la salle à manger, revenue avec l’argent. Elle m’a tendu un billet, alors que, sur le ticket, ne compte n’était pas rond.

Gardez tout, et merci de vous être déplacé.

C’est en remontant dans la voiture que je me suis rendu compte que je m’étais joui dessus en la regardant. Je suis repassé chez moi rapidement pour me changer.

C’était il y a deux mois.

J’ai compris la fois suivante que ce n’était pas un accident, mais un jeu entre nous. A chaque fois que j’arrivais la porte était entrouverte, je me glissais à l’intérieur, et je surprenais une scène différente. C’est aussi plus tard que je me suis souvenu, souvenir occulté mais qui est remonté, qu’elle était venue plusieurs fois à midi, et que j’avais senti son regard sur moi. Je devais lui plaire sans doute, et elle avait envie de me séduire… À sa façon… Je ne me plaignais pas. Tous les soirs j’avais une pièce de théâtre rien que pour moi. Elle était magnifique. Si cela lui convenait, à moi aussi. Et puis non, ça ne me plaisait qu’en partie. J’aurais voulu pouvoir poser mes mains sur elle. Mais j’acceptais d’avoir ce que j’avais. C’était déjà ça, et bien mieux que rien.

Ce soir-là, je me suis glissé comme les autres soirs dans l’appartement, silencieusement. Elle était dans le living, sur le canapé. Elle s’était déjà changée, vêtue d’une simple veste de pyjama, ouverte, qui laissait voir ses seins, son ventre. Elle avait le regard ailleurs, dans une rêverie. Ses doigts tournaient sur son sexe, qui s’ouvrait au contact de sa caresse, les lèvres sortant, se gonflant et s’étirant, du liquide suintant. Ce qui n’était qu’un jeu a pris un tour plus sérieux, elle s’est appliquée à se caresser, avec un geste plus régulier, plus appuyé. Elle est venue appuyer à l’endroit où ses chairs masquaient son clitoris, et celui-ci est sorti à l’air libre. Elle l’a frotté longuement, la tête en arrière, en poussant de petits gémissements. Comme pas mal de filles, c’était là son point sensible. En dessous, je la voyais s’ouvrir. J’ai aperçu un intérieur tout rose.

Je me suis dit qu’elle allait jouir comme ça, mais je me trompais. Elle a glissé sa main derrière un coussin, et elle en a ramené un épais gode rose pétant. Elle a mis en marche le moteur, qui a produit un petit bruit lancinant. Elle a baissé les yeux et a regardé avec beaucoup d’intérêt l’objet en contact avec elle-même. Elle l’a baladé sur ses lèvres, puis sur son clitoris. Son regard est devenu plus lointain. Son sexe s’est mis à suppurer plus, rendant ses aines luisantes.

Pourquoi le nier ? J’avais attendu toute la journée ce spectacle. Je ne vivais que pour cela, et les soirs où il n’y avait pas de commande, j’étais déçu.

Je ne pensais pas qu’elle irait jusque là, mais elle a enfoncé enfin le gode en elle. Très lentement, centimètre après centimètre, avec un plaisir qui allait croissant. Son corps s’est tendu, sa tête est partie en arrière, elle a gémit, s’est mise à baver. Elle était totalement chavirée. Elle a planté le gode dans son ventre jusqu’à la garde, puis elle l’a fait ressortir. Il était luisant de sécrétions. Elle l’a fait rentrer et sortit avec une lenteur qui était apparemment source d’efficacité.

Son corps s’est tendu, sa tête est partie en arrière, elle s’est mise à gémir. Un filet de bave a coulé à la commissure de ses lèvres. Elle était totalement chavirée. Elle a planté le gode dans son ventre jusqu’à la garde, puis l’a fait ressortir. Il était luisant de sécrétions. Elle l’a fait rentrer et sortir avec une lenteur qui était source d’efficacité, apparemment. Dans sa jouissance, elle a totalement perdu le contrôle. Elle s’est finie, même si elle avait déjà joui plusieurs fois, en sortant totalement le gode et en le posant sur son clitoris, qui, je m’en suis rendu compte, avait encore gonflé. Elle a appuyé la tête du gode sur son clitoris, et son corps a été agité de spasmes alors qu’elle jouissait. Elle a craché des jets de sécrétions aussi blancs que du sperme qui sont venus souiller l’intérieur de ses cuisses et le divan.

Sa main est retombée à ses côtés, et elle est restée immobile, yeux clos, sans doute privée de ses forces.

Je suis revenu en arrière, et j’ai sonné. Jeu auquel nous jouions depuis déjà deux mois. Elle a surgi deux minutes après. La jouissance était encore visible sur son visage, dans son regard brillant. Elle s’était enveloppée d’un peignoir, mais celui-ci s’entrouvrait. Je me suis rendu compte, l’espace d’un instant, avant qu’elle ne le referme, qu’elle avait laissé le gode fiché en elle. Il sortait de son sexe. Elle avait certainement l’intention de s’en resservir. Je l’imaginais bien se donnant du plaisir toute la soirée, jusqu’à épuisement total.

Elle m’a tendu un billet, moi le dîner. On s’est séparés quasiment sans un mot. On ne vivait plus l’un comme l’autre que pour ce moment hypocrite, elle comme actrice, moi comme spectateur. J’y trouvais mon compte au début, aujourd’hui de moins en moins.

Le lendemain, pas de commande. Je n’ai pas été surpris. Il n’y en a pas eu le surlendemain non plus.

On arrivait au week-end. On fonctionnait aussi le dimanche. Toujours rien. Je me suis rendu compte que ma scène quotidienne me manquait. On avait noué un lien très spécial elle et moi. Rien ne normal entre nous, mais il existait finalement quelque chose d’intense, que je n’avais pas vraiment compris avant maintenant. On ne sait que quelqu’un vous manque que quand on ne l’a plu. Je ne voyais qu’une relation superficielle et peu satisfaisante, je n’avais

Il se passa une bonne semaine avant que, en fin d’après-midi, avant de commencer les livraisons, j’aille devant chez elle. Elle me manquait trop.

Ses volets étaient clos. Était-elle partie ?

Un taxi s’est garé. Elle en est descendue, mise en valeur par un tailleur noir, sobre, avec une jupe courte. Elle a attrapé une valise dans la malle, et a fait un petit signe au chauffeur.

C’est à ce moment qu’elle s’est rendue compte que j’étais là. Elle m’a dit :

Oh, je suis désolée, je suis partie à l’étranger pour une semaine.

On s’est regardés et on s’est souri.

Tu montes un moment ? Cette fois tu n’auras plus besoin de rester dans l’ombre…Et tu pourras venir sur moi après avec tout ce que tu veux. Tes mains, ta langue, et ta queue. Je voulais t’allumer. Quand je t’ai vue au restaurant, je n’ai pas su comment t’aborder. Je suis plutôt timide ; Je pensais qu’en te séduisant… Tu ferais le premier pas. Mais tu n’as rien fait. Je ne voulais pas lâcher l’affaire.

Je lui livre toujours à dîner, mais cette fois je la mate sans me cacher, et après elle est à moi. Et quand j’ai fini mon travail, je la rejoins. On est ensemble maintenant.

Pourtant, maintenant que notre relation s’est banalisée, je pense avec nostalgie à la manière dont tout a commencé.

Nous les hommes, on n’est finalement jamais contents !

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