Le canapé partie 1

Le canapé partie 1

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Frederic Gabriel




 

Partie 1

Il arriva aux premières lueurs de l’aube à l’embranchement qui permettait de quitter la départementale pour s’engager sur le long chemin qui amenait au camping et à la plage, qu’ils avaient empierré eux-mêmes. Il ralentit. Il y avait là une sorte de passage qu’il fallait négocier, un basculement d’un univers à l’autre, et c’était vrai au propre comme au figuré.

Il fallait ensuite longer des arbres hauts et épais, qui mangeaient la lumière, et les gens qui passaient par là étaient toujours surpris de déboucher sur le vaste espace, clair et lumineux, de la plage.

C’était leur domaine. Il avait fait partie des premiers à s’installer là, il y avait vingt ans de cela. Certains étaient arrivés depuis, d’autres partis, mais la communauté était restée stable, une quarantaine de personnes. Des cabossés de la vie qui s’étaient installés là de manière illégale, et n’avaient pas encore été chassés, même si une épée de Damoclès pesait constamment sur eux. Ce qui ne voulait pas dire qu’ils n’avaient connu aucun conflit. Il se souvenait encore d’une bataille rangée menée contre des habitants d’un quartier proche qui avaient voulu les déloger. Un moment d’une rare violence, mais ceux qui les avaient attaqués avaient été surpris de trouver face à eux force et détermination, la force et la détermination de ceux qui n’ont rien et s’accrochent à un pas grand-chose auquel ils tiennent. Ils avaient payé tellement cher cette attaque, d’hématomes en membres brisés que plus personne n’avait plus jamais osé s’en prendre à eux. Ils tenaient à ce bout de terrain où ils s’étaient enracinés.

Au fil des années, ils avaient construit cabane après cabane, en utilisant des matériaux de récupération, et y mettant toute leur ingéniosité, leur courage, sans compter les heures. Excellent bricoleur, il avait beaucoup participé. Ils avaient aujourd’hui un village qui en valait bien d’autres, avec des demeures individuelles et des parties communes. Ils avaient même plus de confort que des demeures classiques. Il avait en particulier investi l’argent de divers trafics dans des pompes à chaleur qui lui avaient permis de chauffer toutes les cabanes.

Sa dernière trouvaille avait été d’aménager dans la pinède qui longeait l’océan un vaste espace qui permettait de s’isoler, de se couper du monde tout en admirant la beauté et la force du rivage. Alors que le campement n’était qu’à quelques mètres, on était ici dans un autre univers, avec une ouverture sur l’immensité apaisante de l’océan. Un lieu et un moment privilégiés.

Il ralentit et se gara à la lisière du goudron, là où il s’arrêtait en bavant plus ou moins, pour laisser la place au sable. Aller plus loin, ce serait s’enliser.

Il n’aurait sans doute pas fait ce qu’il s’apprêtait à faire s’il n’y avait pas eu Éléonore.

Éléonore. Un beau prénom pour une belle personne.

Elle était arrivée au camping il y avait cinq ans de cela, fuyant un mari qui la battait. Elle avait immédiatement trouvé ici un refuge. Il régnait dans ce camping une étrange solidarité, plus solide que tout. Le mari n’avait jamais son apparition. Si ç’avait été le cas, il aurait eu à faire à une communauté soudée, prête à tout pour défendre la jeune femme.

Il était tombé amoureux d’elle très rapidement. Conscient de ce qui les séparait, elle avait trente ans, il en avait cinquante, il n’avait jamais vraiment cherché à la séduire, d’autant qu’il avait vite compris qu’elle le considérait simplement comme un ami. Sans voir qu’il la désirait intensément. Autant de détails qui tournaient dans sa tête, ses yeux bleus, sa crinière brune, son corps grand et plein aux formes généreuses. 

Mais bientôt, les choses allaient changer.

S’il en était où il en était aujourd’hui, c’était à cause de cette phrase, entendue quelques semaines plus tôt :

Mon rêve, ce serait un canapé face à la mer. La perfection même.

Dès lors il s’était convaincu que réaliser son rêve serait la meilleure manière de la séduire.

Il aurait pu penser à quelqu’un d’autre. Beaucoup de femmes seules s’étaient installées au camping, souvent après avoir fui des violences conjugales, et il se savait suffisamment attirant pour avoir toutes les femmes qu’il voulait, dans toutes les tranches d’âge.

Mais c’était elle qui le hantait. Il avait accumulé les images d’elle qui tournaient en boucle dans son esprit. A son arrivée au camping, elle avait descendu le chemin y conduisant, vêtue d’une simple robe rouge, que le soleil perçait de toute part, dessinant ses courbes de femme. Elle semblait perdue et farouchement déterminée à la fois. C’était à ce moment là qu’il avait su qu’il la voulait.

Il ouvrit les portes de la camionnette. Le canapé était là, noir avec dessus des lignes rouges. Il était quasiment neuf, sinon totalement neuf.

Cela faisait plusieurs années maintenant qu’il passait, deux ou trois fois par semaine, à la déchetterie à cinq kilomètres de là, excentrée par rapport à la ville. Il s’y rendait tôt le matin, grâce à la complicité de Mouloud, un employé à qui il avait déjà vendu à prix très réduit des vêtements tombés du camion, pour habiller une famille bien trop nombreuse. En échange, Mouloud lui avait proposé qu’il vienne se servir, avant que les autres employés ne soient là, dans une grande pièce où les agents accumulaient les objets qui méritaient une seconde vie, jetés par les gens par lassitude ou caprice, alors même qu’ils étaient quasiment neufs.

C’était incroyable, et même lui ne l’aurait pas soupçonné, le nombre d’objets de toute beauté, et en parfait état que les gens pouvaient abandonner.

Et ce matin, il avait eu un coup de chance. Il était tombé sur ce superbe divan. Plusieurs d’entre eux avaient été amenés à la déchetterie par leurs propriétaires, alors même qu’ils étaient en parfait état.

Il avait flashé sur celui-là même qu’il ramenait. Sa forme, la texture de son tissu, ses couleurs.

Il le fit glisser hors de la camionnette. Il était étonnamment léger. Aussi, il put le faire tomber sur son épaule avec facilité. Il n’eut aucun mal à escalader la dune dont la face Sud était nue, puis à redescendre sur sa partie Nord, elle boisée, se glissant entre les arbres, suivant un chemin naturel, ou tracé par la main de l’homme, il n’aurait su le dire.

Il déboucha enfin sur la découpe qui s’ouvrait dans la forêt. Il posa le divan en plein milieu de l’arc de cercle pour en admirer l’effet. C’était peu, et pourtant, ça changeait tout.

Une fois le canapé installé, il se laissa tomber dessus, éprouvant une immense joie, mêlée de soulagement. Pour atteindre un résultat qui pouvait sembler si banal, il avait fallu beaucoup de temps, de tâtonnement et d’hésitation.

Le canapé était désormais là. Pour elle.

Il ne voyait pas bien comment, à partir de maintenant, les choses pourraient s’enchaîner, mais il était plein d’espoir. C’était l’essentiel.

Dès lors, il revint régulièrement, à tout moment de la journée mais aussi en soirée, espérant voir sa belle.

Il se sut très vite qu’un canapé avait été déposé là, et et il fut très vite squatté par les occupants du camping. Des enfants vinrent s’y installer. Des adultes s’y caler pour fumer, lire, boire, discuter.

Installé un peu plus haut dans la dune, il les regardait, masqué par les arbres, voyant parfaitement sans lui être vu. Il notait le moindre détail, et espérait qu’elle viendrait.

Ce fut une fin d’après-midi qu’il vit le premier couple faire l’amour. Premier couple qui fut suivi par de nombreux autres.

Il les connaissait, bien sûr. Il s’agissait de Marjorie et de Frank, un jeune couple qui s’était formé ici, comme bien d’autres. Frank était mécanicien dans un garage, et, faute d’un appartement, il s’était installé ici, s’intégrant d’autant plus rapidement qu’il bricolait les moteurs défaillants des habitants du camping. Marjorie, elle, était une grande blonde, fine, qui avait une petite boutique de couture dans le village proche.

Il n’avait pas eu l’intention de jouer les voyeurs, il ne faisait que l’attendre, elle, mais une fois qu’il avait commencé à voir, il n’avait pas pu détourner le regard, certes fasciné par le spectacle, mais aussi troublé en pensant à ce qu’il aurait pu faire avec celle dont il était amoureux.

Frank fut le premier sur le lieu. Ce fut quand Marjorie fut là à son tour qu’il sut qu’en fait, il l’attendait, en sirotant une bière.

Quand elle fut là, Frank se figea. Il fallait dire qu’elle était vraiment ravissante. Elle portait une simple robe noire, toute simple, et pourtant qui la magnifiait, insistant sur ses formes. Elle était très grande, fine, et cependant elle avait des courbes pleines.

Il sentit sa queue se gorger de sang, en se disant que le garçon était certainement dans le même état.

Elle se pencha sur Frank, et leurs bouches se joignirent pour un baiser qui dura.

Elle s’assit à ses côtés, et ils se mirent à discuter, et à flirter en même temps, leurs mains sur le corps et les vêtements de l’autre.

Le tournant ce fut quand elle se redressa, et, venant se planter devant lui, elle entreprit de se dévêtir. Elle attrapa l’ourlet de sa robe, en se penchant légèrement, et entreprit de remonter celle-ci en se dévoilant.

Elle prit tout son temps. Les promesses de sa robe collante étaient largement tenues par sa nudité. Cuisses fuselées, hanches pleines, ventre plat, seins hauts et gonflés, elle était vraiment magnifique.

Dessous, elle portait un simple slip noir. Ses seins n’avaient besoin de nul soutien-gorge pour l’instant, peut-être la raison pour laquelle elle s’en dispensait pour le moment.

Il l’entendit dire :

Enlève-moi ma culotte !

Et elle s’avança pour lui donner cette opportunité.

Frank passa deux doigts dans l’élastique du slip et  tira celui-ci vers le bas, dévoilant un pubis lisse, coupé en deux par une fente dont émergeaient des petits bouts de chair.

Il ne voyait pas tous les détails, pourtant son imagination et ses expériences passées comblaient aisément les manques. La ravissante blonde tira sur le pantalon de survêtement du garçon, dévoilant un sexe en pleine érection, ce qui n’était pas surprenant, redressé contre son ventre. Elle l’attrapa délicatement, le prit dans sa main et le caressa avec douceur.

Nue comme au jour de sa naissance, elle vint se positionner au-dessus de lui, puis se laissa descendre, tout en tenant le sexe masculin au creux de sa main, le guidant vers ses lèvres. Il y eut un premier moment où leurs chairs firent contact, puis un deuxième où le membre fut absorbé par la cavité vaginale de la fille, jusqu’à disparaître. Elle s’assit enfin sur lui. Il se dit que c’était ce qu’il aurait aimé faire, ou autre chose, avec celle qu’il aimait.

Ils restèrent un moment immobiles, puis il attrapa ses hanches, et il se mit à la faire monter et descendre sur sa queue roide. Elle l’aidait, accompagnant son mouvement en s’appuyant sur le dossier du canapé. Il put apercevoir à plusieurs reprises un morceau de chair emballé dans du plastique, la queue, épaisse, dilatée. C’était comme cela qu’il aurait voulu être, gainé par la vulve de la femme qu’il convoitait.

Tout cela lui sembla bien trop court, jusqu’à ce moment où la fille jouit enfin, agitée de spasmes, se cambrant et criant. Le garçon lui ne jouit pas en même temps qu’elle. Elle s’arracha à lui, quand elle se fut remise de sa jouissance, le délivra du préservatif, et le masturba, le visage près de la queue dilatée à l’extrême, la semence maculant son visage de traits blanchâtres, ce qui sembla la ravir.

Il se rendit compte que, dans l’excitation de ce spectacle, il s’était joui dessus, son pantalon plein de sperme. Et que s’il avait rêvé qu’Éléonore lui vivent la même chose, il apparaissait comme une évidence que ce n’était pas le cas, et ce ne serait sans doute pas le cas, cruelle vérité qui s’imposa à ce moment.

 

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