Le Patio partie 2

Le Patio partie 2

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Frederic Gabriel




Partie 2

Dans certains moments de l’existence, on ne sait pas ce qu’on veut vraiment. Je ne savais pas si je voulais m’approcher d’elle, ou l’ignorer. Elle était magnifique, à l’apogée de sa beauté. Une belle jeune femme, sensuelle, que je ne pouvais regarder sans ressentir un désir aussi intense qu’autrefois. J’éprouvais la sensation vertigineuse d’être revenu en arrière. Ce n’était pas forcément une bonne chose.

J’allais rebrousser chemin quand elle m’a aperçu. Elle m’a fait un grand geste de la main. C’était bien elle, toujours si chaleureuse…Même si, j’étais bien placé pour le savoir, elle avait un double visage et elle pouvait aussi être froide, voire glaciale.

Je l’ai laissée venir à moi en me rappelant ce qui avait suivi ce jour où j’avais découvert ses activités, et le patio…

J’étais revenu souvent la regarder. Je n’avançais pas dans le patio, je préférais souvent rester à l’orée de celui-ci, une grande baie vitrée. Elle ne pouvait pas ne pas me voir.

La scène était toujours la même, et cependant toujours différente. Des garçons autour d’elle, dont elle caressait la queue. J’avais eu beaucoup de chance de la voir seins nus le premier jour, car je ne devais pas revoir cette poitrine magnifique de sitôt. Elle se contentait de les masturber. Je pensais la voir un moment plonger sur une queue de la langue et de la bouche mais ce ne fut jamais le cas. Je me suis demandé pourquoi. Encore un mystère, mais je pensais avoir une partie de la réponse. Elle savait que donner plus, ce serait donner trop. Elle avait établi une limite une bonne fois pour toutes et ne la repousserait pas.

J’étais totalement fasciné par cet enchaînement de scènes, semblables et différentes. Je peux même dire qu’à cette époque c’était le centre de mon existence. Je n’avais plus, le matin, en me levant, qu’un but, aller assister à ce moment qui était le meilleur de ma journée, et le plus important pour moi. Il y avait dans ce moment une perfection que je ne trouvais nulle part ailleurs. Perfection de sa beauté, des gestes, de l’accomplissement. Je passais mes soirées, hanté, à y repenser, encore et encore, jusqu’à ce que je m’endorme.

Pourtant, il n’y a pas eu un seul moment où je n’aie pensé que je puisse être de ceux qui profitaient de l’immense avantage de ses caresses.

Les choses seraient sans doute restées comme cela si un jour je ne l’avais pas croisée dans un couloir. On s’était trouvés face à face. Elle s’était positionnée face à moi, et elle m’a dit :

Je t’attends. Viens quand tu veux.

J’ai été très surpris. Elle m’avait remarqué bien sûr, difficile qu’il en soit autrement, mais je n’avais pas un seul instant imaginé qu’elle puisse me marquer un quelconque intérêt. Pour elle, j’étais, à mon sens, comme un arbre ou un banc.

Et puis il y avait cette lumière intense dans son regard.

Cette lumière qui s’est intensifiée dans les jours qui ont suivi et dont je n’ai pas compris immédiatement le sens et la valeur, pauvre naïf que j’étais. Je la recroisais de plus en plus souvent, et je ne voyais pas que ce n’était pas dû au hasard, ni que ce feu qui brûlait dans son regard, de même que des gestes esquissés mais jamais finis, comme de tendre les mains vers moi pour m’attraper, puis de les laisser retomber, pouvait signifier qu’elle avait envie de moi.

C’était en fait pire que cela, et je l’ai compris bien plus tard : je n’avais d’abord été pour elle qu’une sorte de silhouette autour d’elle, pendant qu’elle s’adonnait au plaisir, mais, petit à petit, séance après séance, elle m’avait remarqué, et elle s’était entichée de moi, au moins pour une raison : contrairement à d’autres, je n’avais jamais manifesté l’envie qu’elle me prenne dans sa main. J’étais l’un des rares, peut-être même le seul, et c’était cette différence qui l’avait d’abord intriguée, puis déclenché quelque chose en elle. Comme on le dit, les voies de l’amour sont mystérieuses.

Elle avait précisé son envie dans les jours qui avaient suivi, même si encore une fois, aveugle et sourd que j’étais, je n’avais pas compris les enjeux :

Je te ferai ce que tu veux !

J’aurais du voir la valeur de ce « Je te ferai ce que tu veux ! » alors qu’elle n’offrait que ses mains aux garçons qui l’entouraient, jamais sa bouche, et encore moins sa chatte.

Si au tout début, j’avais simplement été intrigué et troublé de voir en vrai et en relief ce que je voyais sur des images qui n’étaient qu’un support pour la jouissance et n’avaient pas de grande consistance, j’avais très vite développé le désir intense d’être à la place des garçons. Comme eux, sans doute, je voulais une caresse, tout en rêvant de beaucoup plus. Tous, quand la main frottait leur membre, le faisait durcir, et les amenait à l’éjaculation, pensaient qu’ils étaient dans sa bouche ou dans son sexe. Mais très vite, quelque chose était monté en moi, un monolithe sombre et noir. J’étais jaloux, jaloux qu’elle donne aux autres ce que je n’aurais voulu que pour moi. Et cette jalousie teintée de haine faisait, que, dans ce qui s’apparentait à des représailles, je n’aurais jamais voulu aller vers elle. Plus elle venait vers moi, moins j’étais tenté d’aller vers elle.

Il est arrivé un moment où je l’ai trouvée plusieurs fois par jour dans les couloirs, par un effet de tout sauf du hasard. Elle balbutiait quelques paroles… Jusqu’au jour où elle a compris qu’il n’y aurait rien. Alors elle n’a plus rien tenté. Les rôles sont restés figés. J’allais l’observer alors qu’elle caressait les garçons. La seule différence, mais elle était importante c’était qu’elle esquissait de temps en temps un regard, bref, mais que je percevais, vers moi. Sans doute me cherchait-elle même quand je n’étais pas là.

Et puis nos destins avaient divergé. J’étais parti le premier.

Je n’avais pourtant jamais oublié ces moments, pas plus qu’elle. Certains tournent résolument le dos à leur passé. Pas moi. Comment oublier sa beauté, mais aussi ce qui aurait pu être entre nous ?

 

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