Ici, à la Nouvelle Orléans, comme ailleurs, le carnaval est l’occasion de briser les barrières et d’aller au-delà des normes. Tout est permis pendant ce moment. On ne se gêne d’ailleurs pas, Alicia et moi.

On mène tout le reste de l’année, elle et moi, une existence sage. On habite ensemble dans une vieille maison du quartier français que j’ai héritée de mes parents. Il y a cinq étages, et on loue les trois derniers, ça nous fait un complément appréciable. Je suis comptable, Alicia est ingénieur agronome.

Quand on se réveille, on sent tout de suite, question d’atmosphère, qu’on a basculé d’un monde dans l’autre. Tout est possible, aujourd’hui, et les jours qui suivront.

La première parade est à onze heures. Je propose à Alicia qu’on monte au dernier étage pour mieux la voir. Elle sourit. Elle sait que j’ai une pensée derrière là tête. Je n’en ai pas qu’une, d’ailleurs. La sage Nora vient de laisser place à Nora la dévergondée, tout comme Alicia la douce a laissé place à Alicia la nymphomane.

Le premier défilé aura lieu dans quelques minutes.

Un air différent souffle sur la ville. Je le sens dans mes veines, dans ma chair. Les masques sont le symbole de cet autre moi, celui qui peut apparaître quand nos identités habituelles sont masquées. Cet autre moi, ce double qui doit rester caché tout le long de l’année, mais qui a le droit de se manifester pendant plusieurs jours. Un double sombre, pervers, sale, malsain… Les mauvais côtés triomphent… et pas seulement parce que pendant le carnaval, il y a des vols, des meurtres, toute une palette de crimes…

Ainsi, à une autre période, ni Alicia ni moi ne serions montées voir notre locataire, quant bien même il hante nos fantasmes, et son image s’impose quand nous nous faisons jouir de nos doigts.

On frappe à sa porte. J’ai presque l’impression qu’il nous attendait. Il est là, et on bave toutes les deux devant lui. Vêtu d’un simple jean et d’un T-shirt, il est irrésistible. Il a un visage bien dessiné, un rien disharmonieux, mais c’est ce qui lui donne son charme, et un corps bien découpé. Il doit pousser de la fonte pour avoir une musculature pareille.

Salut, minaude Alicia. Tu m’avais promis il y a deux jours de nous permettre de regarder le défilé de chez toi. Tu es toujours d’accord ?

Je vois à son regard qu’on le trouble. Il faut dire qu’on n’y a pas été avec le dos de la cuillère. Alicia a opté pour une jupette noire qui descend péniblement au-delà de son pubis, sur des bas blancs qui contrastent avec des bottes hautes couleur fauve. Elle porte un top qui tient par deux fines bretelles et laisse voir qu’elle n’a aucun soutien-gorge. Ses tétons, en frottant contre le tissu du débardeur, se sont durcis et pointent.

Je ne suis pas plus sage, ayant opté pour une robe noire tout aussi courte et qui me colle comme une seconde peau. J’ai l’impression qu’une bosse se dessine puis grossit contre le tissu du jean.

Il nous fait rentrer. On traverse l’immense living, en faisant craquer le plancher de bois, pour déboucher sur la terrasse, longue et étroite. On est au premier rang pour voir arriver jusqu’à nous le défilé.

C’est toujours une splendeur de couleurs. Trois couleurs dominant, le violet, le vert et l’or. Magnificence des costumes. Je suis toujours profondément émue par ce spectacle, dont la simple beauté cache des mois de travail. Hommes et femmes sont resplendissants. Surtout, ils établissent de nouveaux codes. Tout est permis. Le roi et la reine du carnaval édictent de nouvelles règles.

Les chars sont accompagnés sur leur passage de la foule qui les suit. Ceux qui s’imprègnent de l’esprit de la fête, y participent, certains colorés, d’autres non.
Des couples se forment déjà, de ci de là. J’aperçois une jolie petite blonde, accroupie près des piliers de fer forgé d’une maison, qui est encerclée par plusieurs garçons qui lui présentent leur queue. Elle les suce et les branle avec application. Dans la maison en face de la notre, deux blondes charnues ont sorti leurs seins de leurs décolletés et les frottent, téton contre téton en riant, avant de s’embrasser à pleine bouche… Pendant le carnaval, tout le monde se libère, et on fait ce que l’on n’oserait pas faire le reste du temps. Une porte s’ouvre le premier jour du carnaval, qui se referme le dernier. Laissant de délicieux souvenirs pour le reste de l’année.

C’est aussi le cas sur notre balcon, et je ne m’en suis même pas rendue compte. Je n’ai pas suivi le déroulement des événements, et je ne saurai jamais ce qui s’est passé mais le résultat est là : Alicia est agenouillée devant Mike et elle donne de petits coups de langue sur sa queue, ce qui a pour résultat de transformer une semi-érection en quelque chose de vraiment impressionnant. Je la rejoins. Il y a la magie de Noël… et celle de Mardi Gras, Fat Tuesday comme on dit ici… Dire qu’on en rêvait depuis des mois.

Je viens sur sa queue de ma langue. On la partage, Alicia et moi. On se connaît depuis une dizaine d’années, et on a toujours été très complices… On a commencé par dormir ensemble, puis on a accueilli des garçons dans notre lit…

Sa queue n’en finit pas de gonfler et de s’allonger… Je regarde du coin de l’œil le couple de filles en face… La blonde de gauche suce avidement les seins de sa partenaire, tandis que l’autre a glissé sa main sous sa jupe, et fouille avec ardeur sous le tissu…

En bas, les chars continuent de passer, arborant leurs décorations, leur miss, leurs danseurs, et leurs couleurs flamboyantes… Il n’y a aucune limite, et surtout, dans de telles journées, personne ne s’offusque de rien. J’aperçois la fille accroupie, sur la gauche, qui fait jouir les garçons les uns après les autres dans sa bouche… Ils s’éloignent, titubants…

J’attrape Alicia par la taille et je la redresse. On aime bien jouer au jeu du marionnettiste. C’est aussi excitant pour le partenaire… Je roule sa robe à sa taille. Dessous, prévoyante, tout comme moi, elle n’a rien mis. Je la fais tourner sur elle-même pour que Mike puisse profiter de ses charmes… Sa croupe haute et pleine, bien cambrée… Son sexe luisant et ouvert, que je frôle des doigts, ses hanches bien marquées… J’attrape la queue, épaisse et chaude, toute vibrante entre mes mains, je laisse Alicia, marionnette docile face à lui et je viens balader le gland épais sur les lèvres… Alicia gémit en fermant les yeux. Mike n’est pas mieux, je sens qu’il fait des efforts surhumains pour se maîtriser… Je pousse un peu le gland dedans… Alicia a le réflexe de petits coups de reins. Mais la position est malaisée… Je l’attrape de nouveau par la taille, et je la retourne. Ce qui fait la beauté de nos maisons en Louisiane, ce sont ces magnifiques balcons, encadrés de fer forgé. Elle se plie en deux sur la rambarde, s’offrant à Mike. Ce dernier prend la précaution de s’encapoter avant de venir se glisser dans le sexe offert… Il va et vient en elle, lentement, puis plus vite, revenant à la lenteur, et très vite, elle se met à gémir, alors que le membre roide fouille ses chairs les plus intimes…

Je m’accroupis, et la sale chienne lubrique que je suis vient s’emparer des couilles de Mike et les gober. Mais ça ne me suffit pas et je sors la queue du fourreau dans lequel elle coulisse, pour venir la prendre dans ma bouche. Je trouve ça encore plus excitant de la sucer alors qu’elle est enveloppée de plastique… Je sens la chaleur qui traverse le condom… Du coin de l’œil je surveille les deux blondes, qui se caressent mutuellement. Tout l’intérêt vient du fait qu’on ne voit rien. Ça me trouble énormément.

Je le refourre dans le vagin d’Alicia, puis je le ressors à chaque fois. Il se dilate encore, ce que je ne croyais pas possible.

Je pourrais en profiter moi aussi, mais la situation me plaît comme elle est, et je me dis que j’aurai encore plein d’occasions… Et puis j’ai envie d’autre chose… Ça doit être la troisième ou quatrième fois que je sors la queue du vagin… Le plastique a le goût des sécrétions d’Alicia, goût que je connais bien… Je sens qu’il va exploser… Je le mets à nu. Je frôle de l’ongle le gland congestionné, et un premier trait de sperme sort, qui va frapper ma joue. J’ouvre le bec et je prends les rasades dans la gorge. Le goût amer de la semence m’envahit. Alicia s’accroupit, vient glisser face à moi, et lape la semence sur mes joues, avant de m’embrasser à pleine bouche et de récolter ce que j’ai dans la gorge.

Quand on se redresse, les chars et leurs accompagnateurs se sont éloignés, Mike a disparu, et les deux blondes elles aussi se sont éclipsées. L’intensité du moment s’est dissoute.

Nous redescendons. Ce n’est que le début d’une longue errance dans La Nouvelle Orléans, avec le désir de profiter des moindres moments, des moindres miettes du Carnaval. Quand cette période se termine, j’ai, nous avons Alicia et moi, de la nostalgie pour de tels moments, le désir que le prochain arrive vite, et, malgré tout, des souvenirs pour tenir une année entière.

Il y aura un autre défilé cet après-midi, et juste après, les rues seront ouvertes à tous. C’est le moment où tout un chacun se déguise… mais aussi celui où les pulsions se libèrent et les chairs se cherchent.

Moi ce que je cherche, c’est un garçon. On s’est connus il y a deux ans. Il était… Beau comme tout. Un ange. On s’est croisés dans un défilé, on a accroché, il m’a entraînée dans un recoin, puis dans une grande maison. J’y suis revenue après, elle était vide. Je n’ai jamais pu le revoir. Et je donnerais tout pour cela. Il m’a brisé le cœur.

Chaque année, j’espère le recroiser. Mais j’en viens à penser qu’il est l’un de ces anges qui de pierre, sont sur les tombeaux, dans les cimetières… Qu’un sort l’a fait devenir humain, puis retourner à son état premier. Tout est possible, ici à la Nouvelle Orléans, avec les sorcières. En tous les cas, je ne désespère pas.

Nous errons dans les rues. Le défilé a laissé des restes derrière lui. Tous les dix mètres, une fille est entourée par plusieurs gars, dans des postures variables… On se sépare, Alicia et moi, suivant chacune nos instincts.

J’avance dans la rue… À chaque pas, il y a des regards échangés, et des envies, pas forcément concrétisées… Je sens des regards d’hommes et de femmes sur mes seins, sur mon ventre, sur mes hanches, sur mes fesses…

Je connais tous les endroits à fréquenter lors du Carnaval. Comme le petit parc un peu plus loin. Sur des bancs, autour de statues, les habituels petits vieux et mères de famille sont remplacés par des couples forniquant. C’est un gigantesque lupanar à ciel ouvert.

Ce que j’aime, c’est m’immiscer au milieu de couples formés. On m’a toujours dit, depuis que je suis toute petite, que je me mêlais de ce qui ne me regarde pas, et je ne peux pas dire que c’est faux… J’adore ça… C’est un peu comme ceux qui aiment regarder les autres baiser. J’y prends d’ailleurs du plaisir. A ceci près que j’aime intervenir tout autant.

Je pousse la porte et me glisse dans l’espace vert. Il y a des couples et des groupes partout. Je n’ai pas à chercher l’inspiration longtemps. Devant moi, sur ma gauche, sur un banc, il y a un tableau qui me plaît. Une blonde à la croupe charnue est posée sur le ventre d’un homme et elle oscille d’avant en arrière sur un membre monstrueux.

Je vais me joindre à eux. Ça, ça n’est possible que pendant le carnaval. On se mêle tous… Je m’approche et je sors la queue du vagin de la fille. Elle secrète abondamment et la queue est couverte de traces blanchâtres. Je suce la queue, je me l’enfonce dans la gorge. Le type, à ma grande surprise jouit dans ma bouche, Je laisse tout couler en moi. Il est vigoureux, et c’est à peine s’il débande. Je le refourre dans le cul de la fille, et, fascinée, je regarde le mouvement hypnotique de la queue qui monte et descend, écartant les lèvres, les repoussant sur le côté quand elle s’enfonce, ressortant aux trois-quarts puis rentrant à nouveau. Je pose mes mains sur la fille, trop grasse, je touche sa chair frémissante, je remonte jusqu’à ses seins, lourds, je les caresse, j’en pince les aréoles. Je contribue sans doute à sa jouissance. Elle finit par arracher la queue d’elle, et s’agenouille près de moi. Elle a un visage harmonieux, avec de magnifiques yeux bleus. On se partage la queue, en donnant de petits coups de langue dessus jusqu’à ce que le type nous arrose de semence. Dans ce type d’élan qui n’appartient qu’au Carnaval, la fille et moi on s’embrasse à pleine bouche, puis je m’éloigne. Il y a d’autres couples, je reste spectatrice ou je redeviens plus active.

L’une des traditions du Carnaval, c’est d’aller rendre visite à ceux qui sont sur les chars. Garçons ou filles, qu’ils soient rois et reines du carnaval, ou jeunes hommes ou demoiselles d’honneur, ils sont des stars. On parle beaucoup d’eux dans les journaux, à longueur d’année. C’est sans doute pour cela qu’ils sont l’objet de bien des convoitises.

Je remonte les rues. Partout, dans le quartier français, c’est la même liesse, la même libération. Aux balcons des maisons, des filles se déshabillent, offrant une intimité qu’elles ne révéleraient pas le reste de l’année.

J’arrive dans le périmètre des hangars. Là où sont les chars. Il est midi. Le prochain défilé a lieu à deux heures. Les vedettes sont déjà là, pas encore en costume. Les fans sont venus, et démontrent leur passion, sans qu’il y ait trop de gêne, d’un côté comme de l’autre. Je reconnais Big Mike Mendoza, star du carnaval depuis plusieurs années. Il est noir, mesure deux mètres douze, et il aime peindre son corps de teintes or ou argent. Il a surtout un énorme membre viril qui fascine les filles, mais de cela, on ne parle jamais dans la presse. Tout le monde le sait, cependant et il a sa cohorte de groupies. Deux blondes sont autour de lui, qui ricanent en remuant leurs fesses dans la raie desquelles s’enfoncent des shorts en jean trop petits. Elles se tournent d’ailleurs, et, en gloussant, viennent frotter leurs culs rebondis contre son bas-ventre. L’une d’entre elles tend la main en arrière et vient dénuder une queue de taille plus qu’imposante. Elles gloussent et le branlent. Je m’éloigne. Je viens retrouver une amie à moi, Lise, qui est sur le char cette année, une délicieuse petite brune qui me fait envie depuis très longtemps. J’ai envie d’elle depuis un bon moment, mais je n’ai jamais senti une ouverture, et je me dis que ce jour peut-être…

En fait, je ne chercherai pas Lise, car j’aperçois mon inconnu d’il y a deux ans. Je n’en reviens pas. C’est bien lui, pourtant. Il est près d’un char, tirant sur une cigarette. Je m’approche.

Salut ! Tu me reconnais ?

Il me considère, puis me dit :

Non.

Assez froidement.

Avant de me sourire.

Mais ça ne fait rien. On peut renouer connaissance.

On se met à discuter. Quelque chose me gène un peu… J’ai une impression bizarre… Comme s’il disait vrai. Je sais que c’est lui… Et pourtant, en même temps, j’ai l’impression étrange que ce n’est pas lui… C’est difficile à expliquer…

Il finit par me proposer :

Écoute, je défile dans une heure… On peut se retrouver après…

Pour me rassurer, il me donne son numéro de portable. Je m’éloigne, et je repars. Les rues se remplissent. Je me demande où est Alicia. Je crois l’apercevoir au loin… On vit nos vies séparées, les jours de Carnaval, puis on se retrouve pour tout se raconter…

Je me pose dans un bar, je mange un peu. Il me faut de l’énergie pour tenir toute la journée. Puis je rejoins le défilé. De nombreuses personnes se déguisent elles aussi, pour accompagner la fête. Je le vois passer, me demandant s’il tiendra parole. C’est très curieux, mais il y a quelque chose qui me dérange… Je suis folle de joie de l’avoir retrouvé… Pourtant, en même temps… J’ai le sentiment que ce n’est pas lui… Il lui ressemble, mais CE N’EST PAS LUI…

Le défilé se termine. Il y a tout de suite après une grande parade, avec de la musique, de la danse, et la foule des anonymes. Il me rejoint, ayant enlevé son costume d’aristocrate Sudiste. On se sourit, et part dans les rues, main dans la main.

J’ai gardé les clefs de la maison. Elle appartient à une amie à moi, dont je suis proche, qui est absente dans la journée, et qui m’a dit que je pouvais utiliser les lieux comme je le voulais.

Je l’entraîne dans les escaliers vers l’une des chambres d’amis de l’étage. J’ai envie de repasser sur les mêmes chemins par lesquels je suis passée il y a deux ans… Si cela pouvait être vrai… C’est tellement rare… Il y a un grand lit, un balcon qui donne sur la ville… J’ouvre les portes fenêtres, et laisse la vie rentrer. Je veux me sentir connectée à la ville. Je tombe à genoux devant lui et je le prends dans ma bouche. Il est beau, il est parfait. Je le fais gémir, puis je le dénude, je me dénude, et je l’entraîne sur le lit… Il vient en moi, et nous glissons d’une position à l’autre… C’est la perfection incarnée… Dehors j’entends la foule, le vent glisse à l’intérieur, vient caresser mon épiderme. Je suis heureuse, et je jouis, plusieurs fois. Apaisée, je m’endors contre lui.

Quand je me réveille, il a disparu et la nuit est tombée. Je ne pensais pas avoir dormi si longtemps. Je me sens si fatiguée. Je m’approche de la fenêtre, et je regarde dehors. La rue brille de mille feux, alors que s’écoule le cortège. Il n’a laissé aucun mot et je sais que je ne rappellerai pas le numéro de son portable. Ce que je sais aussi, c’est que ce n’était pas lui, même si j’ai voulu me le faire croire. Je ne reverrai jamais mon inconnu, mais j’aime bien en avoir l’illusion. Celle-ci finit toujours par se déchirer.

Je quitte la maison et je vais rejoindre Alicia, pour qu’elle me raconte sa journée.

Une nouvelle journée nous attend, demain.

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http://www.meshistoiresporno.com/author/frederic-gabriel/

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