NEVER BE THE SAME Sexcape games chapitre 2

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Stephen Nilsen


polar



CHAPITRE 2

 

Le lendemain, 12h25.

Stan était légèrement en avance sur l’horaire mais il ne voulait pour rien au monde manquer son rendez-vous. Ce qu’il avait vu la veille lui avait fait passer une nuit agitée et il voulait s’assurer au plus vite qu’il ne l’avait pas imaginé.

12h32, la fille arriva et s’installa près de la baie vitrée. Bien qu’il fasse soleil et que la température était agréable, elle portait un pantalon tailleur avec un caraco fleuri un peu échancré. Un collier de fines perles ornait également son cou délicat. Stan était déçu, il pensait la revoir en jupe. Il finit rapidement son déjeuner en regardant de temps en temps dans sa direction mais elle l’ignorait comme s’il n’existait pas et ça l’agaçait au plus haut point.

Quelle imagination ce Stan ! Elle lui jouait souvent des tours. Faut dire que ça faisait quelques mois qu’il était sans copine et qu’il devait s’auto-satisfaire. Un peu à cran côté sexe le gars !

La fille sortit de table, le frôla en se dirigeant vers la sortie comme si elle voulait l’imprégner de son parfum. Stan huma et apprécia cette senteur vanillée qui évoquait l’intimité d’un corps au moment de l’excitation.

Il la regarda s’éloigner, ses hanches ondulaient au rythme de ses pas tel un félin qui se déplaçait. Ça le laissa songeur. Il remarqua qu’elle avait laissé un journal sur la table. Stan curieux s’en empara.

En première page on parlait à nouveau de cette affaire de meurtre. Il semblait qu’un même auteur avait commis plusieurs homicides sur des jeunes filles d’une vingtaine d’année. Ceux-ci avaient été perpétrés aux alentours du campus. Le mode opératoire différait peu d’un meurtre à l’autre : asphyxie par strangulation, simulacre de maquillage et chose peu banale, les victimes avaient un préservatif non usagé dans le vagin, noué comme une cordelette sur laquelle on avait fait des chapelets. La police scientifique n’avait relevé aucune empreinte, aucune de trace de sang ou de squame sous les ongles des victimes, pas de cheveux, aucune piste exploitable. Pas de suspect. De nouvelles analyses devaient avoir lieu prochainement. Il était également précisé que tout récemment une nouvelle technique avait été utilisée dans le cas d’un viol suivi de meurtre, dans la ville de Narborough, à une centaine de kilomètres au sud-est de Sheffield. Cette technique avait permis de confondre Colin Pitchfork grâce à son profil génétique. Une vraie révolution pour la police scientifique.

Le capitaine Stark, qui enquêtait depuis le début sur cette affaire, s’interrogeait sur le caractère religieux que pouvaient avoir ces actes. Il s’intéressait plus particulièrement à ces « chapelets ». Utilisés dans de nombreuses religions, ils permettaient aux dévots de compter les psaumes ou les prières qu’ils récitaient de manière répétitive, comme une thérapie pour s’absoudre de péchés commis ou pour se rapprocher du divin.

Stan mit machinalement le journal dans son sac à dos.

19h30. Stan retourne sa besace sur son bureau de fortune – deux tréteaux, un plateau mélaminé – à côté de son lit. Depuis le début de la fac, Il habitait un petit appartement dans un immeuble des années 70, à une dizaine de minutes au nord du campus, sur Oxford Street. L’ameublement était sommaire mais il s’y sentait bien. Souvent en rentrant le soir il s’allongeait sur son lit, les mains derrière la tête, et faisait le vide avant de remettre le nez dans ses cours. Il préparait un diplôme d’ingénieur en mécanique des fluides.

Soudain, un flash. L’article sur le tueur, il était truffé d’annotations ; des chiffres entourés et des lettres soulignées.  Il n’y avait pas prêté attention sur le coup.  Il saisit le journal. Des caractères avaient été mis en évidence, il en était sûr, oui, mais dans quel but ?

Organiser des données, les intégrer dans un modèle arithmétique et en tirer des conclusions faisaient partie de son quotidien mais là c’était un vrai casse-tête ! Il en arriva à se demander s’il ne fabulait pas sur ces prétendues miettes que quelqu’un aurait éparpillées pour lui indiquer un chemin, lui écrire un message ou autres divagations.

Quelques jours plus tard, l’énigme était toujours épinglée au-dessus de son bureau. Elle l’hypnotisait. Seulement deux lettres dans tous ces chiffres qui n’avaient aucun sens, un N et un O. Stan était perplexe. Il avait combiné les éléments autant que possible, les avait vectorisés, clustérisés, tout ce qui finissait par « isés », mais rien n’y faisait, il en était toujours au même point.

Les jours passaient, semblables les uns aux autres, il s’investissait fortement sur un projet de recherche qui le fascinait. La rhéologie ; il effectuait des investigations sur l’élasticité et la déformation sous l’effet de contraintes. Ses recherches avançaient bien mais il devait encore effectuer des tests.

Un matin en se réveillant il avait la solution. Elle s’était imposée à lui alors qu’il n’y pensait même plus. Son inconscient avait travaillé pour lui, sans le vouloir, il lui avait sous-traité son problème et celui-ci l’avait résolu. Il s’agissait de coordonnées géographiques et d’un horaire. L’adresse était au nord-ouest de la ville, sur Hoole Street, dans une zone pavillonnaire. Pour l’horaire, plusieurs possibilités s’offraient à lui mais il choisit celui qui lui parût le plus probable ; 15h00 (05h01, 05h10 bien trop tôt et 10h05 ou 10h50 en plein milieu de matinée ? Non il n’y croyait pas, il y avait cours le matin).

En ce qui concerne le jour, il y avait réfléchi aussi. L’article de presse révélait que le troisième meurtre, comme les précédents, avait eu lieu un mercredi. Le jour était souligné, ça ne pouvait pas être une coïncidence, il était évident que c’était un mercredi.

Le mercredi des cendres, se dit-il en se remémorant la catéchèse qu’il avait suivie enfant, un jour de pénitence pour se rapprocher de dieu…

Stan devait attendre trois jours pour essayer de lever le voile sur tout ce mystère.

Mercredi 15h07, ce n’était pas dans ses habitudes mais Stan était en retard. La rue était plus longue qu’il ne le pensait. Il se retrouva devant une petite maison aux murs de brique rouge. Il chercha la sonnette et l’actionna. Un bruit de gâche électrique se fit entendre et la porte s’entrouvrit légèrement. Il poussa la porte, entra et referma derrière lui. A nouveau le son de la gâche électrique. La porte d’entrée qui n’avait pas de poignée se referma, il trouva cela étrange.

Il se trouvait dans un petit intérieur d’une quarantaine de mètres carrés. Il faisait un peu sombre, un rayon de soleil traversait la pièce principale, sur sa droite. Il chercha un interrupteur qui pourrait lui permettre d’y voir plus clair, en trouva un mais celui-ci ne fonctionnait pas. Ses yeux s’habituèrent peu à peu dans la pénombre.

La pièce principale était composée d’un petit coin salon avec un canapé deux places et une salle à manger qui comprenait une table et quatre chaises recouvertes de velours couleur prune. Quelques meubles étaient disposés ça-et-là dont un buffet et une enfilade. Les stores avaient été baissés. Il activa un nouvel interrupteur mais il ne fonctionnait pas non plus. Aucune lumière, il se dit qu’il allait laisser tomber pour les interrupteurs.

Sur sa gauche, une kitchenette dans le prolongement de laquelle se trouvait un cabinet de toilette muni d’une douche et d’un WC. En face de lui une nouvelle porte dont la poignée était manquante aussi. Étrange ! C’était quoi le problème avec les poignées ?

Il appela et demanda : « il y a quelqu’un ?» mais aucune réponse ne lui parvint.

Il lui sembla cependant entendre un fond musical de l’autre côté de la porte. Il y colla son oreille et obtint la confirmation d’une présence, là tout près, à quelques centimètres de lui. Il sentit un parfum féminin, des arômes de vanille, ceux-là même qui l’avaient séduit au réfectoire.

Il se retourna, revint sur ses pas, proche de l’entrée, et aperçut un écran au-dessus de la porte.  Un compte à rebours défilait 43 minutes 27 secondes 26 secondes 25 secondes…

Il réfléchit un moment et comprit. Il avait rendez-vous à 15h00, ça devait faire une dizaine de minutes qu’il était entré dans la maison, le compte à rebours initiale devait être de une heure. Une heure pour ouvrir la seconde porte ?  Une heure pour sortir ? Il se posait mille questions. De toutes manières il n’avait pas le choix, la porte d’entrée n’ayant pas de poignée, il devait trouver une solution s’il voulait sortir de là. Il avait bien compris qu’il avait dû sauter une étape et que l’accès à la porte au bout du couloir était conditionné à d’autres éléments…

Il retourna dans le salon, s’assit sur le canapé et tenta de se décontracter pour mieux réfléchir.

Il regarda alentour, un ventilateur était posé sur le sol et ventilait l’air dans un mouvement circulaire. Au bout de sa course il s’arrêtait une seconde et repartait en sens inverse comme une balle de tennis qui aurait été échangée sur un cours, inlassablement. Stan trouva bizarre qu’il n’ait pas été disposé de façon à rafraîchir la pièce dans sa globalité mais seulement à ventiler une petite zone. Il remarqua également quelques cadres au mur, une affiche de Dali, un halogène qui ressemblait à une fleur ouverte sur un long pied, une table basse sur lequel se trouvaient quelques magazines de mode et également un petit meuble bas. Rien qui ne pouvait lui donner une indication sur l’identité de la personne qui habitait ici et surtout rien qui ne lui permettait de ressortir.

Le son du ventilateur le berça, il s’endormit.

Briiiiiii un bruit de gâche électrique le réveilla. Hagard, il regarda autour de lui et réalisa où il se trouvait. Il se dirigea vers l’entrée, regarda l’écran. Celui-ci était figé sur quatre chiffres. Quatre zéros. La porte d’entrée était entrouverte. Stan, déçu, sortit.

La semaine s’écoula lentement. Aux infos, ils reparlaient à nouveau du meurtre qui avait eu lieu trois mois auparavant. Une étudiante retrouvée morte chez elle, des marques de strangulation autour du cou. La police scientifique n’avait toujours pas le moindre indice mais elle était formelle sur un point : cette affaire était bien liée à trois autres meurtres qui avaient eu lieu depuis deux ans.

Des similitudes avaient été pointées du doigt. Actes sexuels – protégés – et compression des artères carotides sous des formes variantes. Le capitaine Niels Stark, expert en criminologie en charge de cette affaire, était persuadé de tenir une piste. Il avait écarté la piste du meurtrier de Narborough, le mode opératoire n’avait rien de comparable et dans le cas présent il n’y avait aucune trace de sperme. Il ne souhaitait pas faire d’autres commentaires pour ne pas compromettre l’enquête en cours.

Cette affaire perturbait les étudiants. Enquêtes de voisinage, demandes de renseignements sur le campus, affichages préventifs, on leur avait même passé une espèce de coton tige à l’intérieur de la joue. Tous avaient été plus ou moins confrontés au sujet.

Quelque part, une personne savait…

Mercredi suivant 14h55, Stan actionna la sonnette et attendit. 15h00 la gâche électrique fit son œuvre, la porte s’ouvra. Stan entra et referma la porte. Il regarda l’écran et sourit. Le compte à rebours venait tout juste de commencer.  59 minutes et 55 secondes. A côté des chiffres un dessin. Un ange avec des joues gonflées. Il semblait souffler sur quelque chose. A côté des joues était représentée une langue pendante. Quel drôle de symbole se dit Stan et surtout quelle signification. La petite maison était toujours plongée dans la pénombre, il allait s’en accommoder. Inutile d’essayer d’allumer, il savait que ça ne servirait à rien.

Il se dirigea directement vers la porte du fond en face de lui.  Peut-être qu’elle s’ouvrait un court laps de temps dès la première porte passée. Non ! Ça aurait été trop facile. La musique en sourdine, par contre, jouait toujours de l’autre côté de la porte.

Stan se dit qu’il devait procéder méticuleusement. Retour vers la kitchenette. Il y aurait certainement un indice.

Il regarda l’évier, le placard en dessous. Rien.

Le four, le micro-onde qui était juste dessus. Toujours rien.

Sur la droite, un réfrigérateur.  Il l’ouvrit. Il contenait un peu de nourriture mais rien qui ne pouvait l’aiguiller.

Au-dessus, une partie congélation. La porte était fermée avec un cadenas à code (4 chiffres).  Intéressant se dit Stan, celui-ci devait contenir un élément important. Le reste de la pièce ne lui fournit aucune aide supplémentaire.

Il se dirigea maintenant vers le cabinet de toilette qu’il inspecta tel un détective.  Une machine à laver le linge sur la gauche, puis un lavabo sur lequel était installé un meuble. Sur la droite, une panière à linge, un WC et une douche.

Stan regarda dans le meuble. Que des articles féminins.  Rouge à lèvres, parfums, démaquillant, brosse à cheveux, sèche-cheveux etc… Il vaporisa un peu de parfum, le deuxième vaporisateur contenait le parfum vanillé.  Il inspecta le flacon, regarda le fond de celui-ci.  Rien.

Sur la brosse, des cheveux bruns, ceux de la fille du réfectoire. Au moins cette information le rassura. Mais pas plus d’indices dans cette pièce que dans la précédente. Stan retourna à l’entrée, il restait une trentaine de minutes. Le dessin avait disparu.

Stan savait qu’il ne lui restait plus que l’espace salon-salle à manger à investiguer. Il fut pris d’un doute sur ses capacités à résoudre l’énigme qui lui était proposée.

Il retourna s’asseoir sur le canapé et observa la pièce du regard. Il s’attarda cette fois sur un des cadres. Une représentation des Rolling Stones. « Hum… »

Qu’est-ce qui caractérisait le plus ce groupe ? L’image que tout le monde connaissait bien-sûr, la langue. La langue était un élément du symbole. Il se leva et scruta la peinture. Il décrocha le cadre, regarda le mur, le papier peint derrière était vierge de toutes traces. Il regarda au dos du cadre et découvrit une étiquette sur laquelle figuraient deux tirets suivis du chiffre 67. « Une partie du code du cadenas » se dit Stan.

La confiance le gagna, il retrouva de la motivation. Il fallait qu’il trouve les deux premiers chiffres maintenant. Il se remémora encore le symbole de l’écran. Un chérubin qui soufflait, les joues gonflées. Qu’est-ce qui faisait du vent ?  Un moulin, un sèche-cheveux, un ventilateur ?  Un ventilateur, oui bien sûr. Celui qui était dans la pièce était orienté d’une bien drôle de façon ! Il s’en approcha et observa la direction qu’il balayait. Étrange, il rafraîchissait principalement une plante qui était posée à même le sol. Une espèce de bégonia rex avec de grosses feuilles qui frémissaient lorsque le ventilateur lui soufflait sur la tête. Une feuille restait inerte malgré le souffle, comme si elle était lestée d’un poids qui l’empêchait de se mouvoir. Stan la prit en main et la souleva, une petite clé plate y était collée. Il s’en saisit et l’observa minutieusement. Cette clé ne pouvait s’utiliser que sur le meuble bas (il eut fallu une clé plutôt de type à gorges pour qu’elle fonctionne sur l’enfilade). Une fois le meuble bas ouvert, il le fouilla pendant plusieurs minutes. Diverses babioles se trouvaient à l’intérieur : Des cassettes VHS, des CD et quelques notices d’appareil électriques sur une étagère qu’il ne prît pas la peine d’étudier car ce n’eût été qu’une perte de temps.

A propos de temps, il dût se rapprocher de l’entrée au plus vite car de là où il était, il ne voyait pas l’écran. Il fit quelques pas, tendit la tête dans le couloir, à peine 5 minutes encore. Il retourna fouiller dans le meuble bas et effleura du dos de la main un objet scotché à l’étagère. Il approcha l’objet de ses yeux. Un chérubin ! Au pied de celui-ci était gravé le chiffre 30, suivi de deux tirets.

Stan jubilait. Il se dirigea tout droit dans la kitchenette et composa le code 3067 sur le cadenas du réfrigérateur. Le cadenas céda. Il pouvait maintenant accéder à la partie congélation qui était au-dessus du réfrigérateur. Il ouvrit la porte, pas de produits alimentaires surgelés mais juste un gros bloc de glace filmé sous vide et quelques sachets plastiques compartimentés qui contenaient des glaçons. Stan sortit les sachets. Un bruit de gâche électrique le fit sursauter.  Il se retourna et constata que son temps était écoulé.  L’écran affichait cette fois encore quatre zéros. La porte était entre ouverte. Stan sortit à regret.

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CENT CIBLES ET TOUJOURS SENSUELLE

A paraître :

LES ÂMES FROISSÉES

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