NEVER BE THE SAME Sexcape games chapitre 8

12345
Loading...

Stephen Nilsen


polar



CHAPITRE 8

QUAND TOUT BASCULE

Andrew Liarman était en retard.  Il avait reçu un appel tôt dans la matinée. Sa première commande de la journée.  

Cinq roses rouges à livrer au 115 Hoole Street. Le client avait insisté :

Il faudrait les livrer entre 12h30 et 13h30 mais pas plus tard.

C’est comme si c’était fait monsieur, avait-il répondu.

Mais rien ne s’était déroulé comme prévu. Jane, sa patronne, était restée coincée plus d’une heure sur Middlewood road, suite aux intempéries. Il pleuvait sans discontinuer depuis la veille,  les routes gorgées d’eau avaient engendrées plusieurs carambolages au nord de la ville. Andrew avait dû attendre des fournisseurs – travail qui incombait habituellement à Jane –  et était resté bloqué au magasin, du coup toutes ses livraisons avaient pris du retard.

15h00. Célia recevait Isabel.

Je te remercie de t’être déplacée malgré le temps. Comme je t’en ai parlé au téléphone, aujourd’hui c’est le final. Toi seule peut-être m’aider dans ce délire ! J’ai tout préparé. Allez viens, suis-moi.

Célia l’entraîna à côté de sa chambre. La table d’examen avait été déplacée sur la gauche. Un anneau fixé au centre du plafond servait de point d’ancrage à une corde qui pendait dans le vide ainsi qu’à une chaîne de taille moyenne au bout de laquelle se trouvait un large collier en cuir noir. Au sol, une barre métallique de 80 centimètres de longueur environ avec des menottes à  chaque extrémité ainsi que de fines cordes enroulées préfiguraient de la séance qui allait se dérouler. Célia se positionna à l’aplomb de la grosse corde. Pour l’occasion elle portait une paire de cuissardes en cuir noir lacée au-dessus du mollet ainsi qu’un string aussi gros qu’un timbre-poste.

15h15. Andrew roulait dans sa fourgonnette. Ses essuie-glaces avaient du mal à évacuer toute l’eau qui tombait du ciel.  Il avançait au ralenti, la tête tournée sur la gauche, à la recherche de sa prochaine destination. Il se gara enfin devant le 115 et sonna à la porte.

Isabel préparait Célia. Elle avait un don particulièrement développé pour réaliser des laçages érotiques dans les règles de l’art shibari.

Tu as bien entendu aussi la sonnerie? Tu ne m’avais pas dit qu’on avait jusqu’à 16 heures ?

Si ! Je ne comprends pas. Tu peux aller voir qui c’est s’il te plaît ?

Je vais enfin rencontrer ton fameux Stan !

Isabel alla ouvrir et se retrouva nez à nez avec un bouquet de roses rouges.

Salut ! Vous êtes bien Célia Hopemind ?

Salut ! Et toi tu es bien Stan ?

Ils avaient parlé en même temps et eurent un fou rire nerveux.

Non,  je viens pour une livraison.

Moi non plus mais vous êtes bien à la bonne adresse. Elle n’est pas disponible pour l’instant mais laissez-moi le bouquet, je vais le lui donner.  

De retour dans la chambre Isabel déposa les fleurs aux pieds de Célia. Une délicate odeur de roses flottait dans l’air.

Tu as un admirateur ma belle !

Du fait des liens qui l’entravaient Célia était restreinte dans ses mouvements.

Tu peux me lire la carte ? C’est sûrement Stan. Il est tellement chou. Ce que ne sait pas Andrew, c’est que la carte qu’il avait agrafée ce matin au film plastique, en confectionnant son joli bouquet, s’était accrochée à la fermeture éclair de son blouson – il avait sorti le bouquet d’un geste brusque de l’arrière de la fourgonnette, il se voyait déjà une nouvelle fois réprimandé par Jane sur ses retards de livraisons – et la carte était tombée au sol. La forte pluie avait entraîné le message dans le caniveau, devenu bateau de papier il s’en était allé à la dérive jusqu’au tourbillon d’une bouche dégoût en contrebas de la rue.

Non il n’y a pas de carte. Certainement un admirateur inconnu !

Isabel reprit son ouvrage.  Elle fit passer une bande de corde sous les seins de Célia et une autre au-dessus puis remonta au niveau du cou, en fit le tour et redescendit chercher les cordes. Elle percevait la réceptivité de son amie aux tressages qu’elle effectuait, ses gémissements lorsque les cordes caressaient ou comprimaient ses côtes, ses hanches et son dos. Elle se saisit ensuite de la barre métallique et lui attacha les chevilles à l’aide des menottes.

Isabel vint s’asseoir sur le canapé pour admirer son œuvre. Voir le corps de Célia ainsi entravé était d’un esthétisme rare. Les cordes symétriques faisaient penser à des alvéoles d’abeilles. Les nœuds étaient parfaitement réalisés, les cordes bien tendues. Ses seins ressortaient comme deux gros melons biens ronds gorgés de soleil. Sa joli chute de reins était mise à contribution – ses reins cambraient sous l’effet des liens. Le galbe du haut de ses cuisses était valorisé par la posture de ses chevilles écartées. Célia la regardait, le regard lubrique presque implorant, les pieds maintenus par l’écarteur.

Isabel toute excitée par la vision de ce corps soumis sentait la chaleur du désir envahir son intimité. Elle allait bientôt devoir laisser Célia qui avait rendez-vous – elle-même devait repartir 15 jours pour Londres – mais avant elle voulait prendre du bon temps. Elle prit une cravache qui se trouvait sur la desserte à proximité de la table d’examen et la passa sur le corps de Célia.  Tout d’abord elle lui caressa les épaules, le creux des clavicules, les cotes puis la cravache fendit l’air et lui cingla un sein. Célia en eût le souffle coupé. La cravache siffla à plusieurs reprises pour s’abattre sur son mamelon dont la chair rosée virait au rouge violet lie de vin. Elle criait tandis que les répercussions des coups s’immisçaient lentement tel un poison insidieux qui progressait goutte à goutte dans ses veines pour descendre entre ses jambes. Son corps se tendit alors que la cravache écartait la pièce de tissu minimaliste qui cachait son sexe. Le manche de celle-ci glissa facilement dans la fente chaude et gluante. Le poignet d’Isabel imprimait un délicieux mouvement de va-et-vient à son accessoire – Célia se contorsionnait langoureusement tandis que sa vulve aspirait le manche salvateur. Elle aimait ces moments de torture exquise flirtant avec la douleur où ses pulsions inavouables trouvaient satisfaction.

Mais tu mouilles ma petite cochonne ! Tu ne pouvais pas te retenir encore un peu ? Il va falloir que je te laisse sinon je vais louper mon train pour Londres. Stan ne devrait plus tarder maintenant. Isabel l’embrassa à pleine bouche et parcourra des doigts la zone humide. Un doigt écarta le pan du vagin et y pénétra provoquant un râle qu’elle étouffa d’un baiser torride. Elle pourrait ainsi humer son odeur durant tout le temps du trajet jusqu’à Londres.

Elle mit une dernière touche à la préparation de son amie – elle lui passa le collier de cuir autour du cou et tendit la chaîne pour lui maintenir la tête haute – ainsi elle aurait l’air d’une fière pouliche lorsque Stan entrera dans la chambre. Elle pourrait le défier du regard et lui montrer que, bien qu’attachée, c’est encore elle qui était aux commandes. Et pour finir elle lui fixa une pince sur chaque téton eux-mêmes reliés au collier par de fines chaînettes.

Célia avait un peu de difficulté à respirer mais elle allait s’habituer au peu d’air qui parvenait dans ses poumons. Ce n’était pas la première fois qu’elle jouait à ce petit jeu avec Isabel. Elle s’adonnait parfois à des breath play – jeux qui consistent à asphyxier l’autre avec un sac – et elle pouvait s’abstenir de respirer pendant plusieurs minutes sans paniquer.

A dans 15 jours ma belle. Tu me raconteras !

16h05, Célia attendait. Son corps était encore tout émoustillé du traitement de faveur dont elle avait bénéficié.

Stan s’était fait porter pâle à l’université,  il était cloué au lit par une forte grippe et ne pouvait assister aux cours. Il regrettait cette situation d’autant plus qu’il ne pouvait honorer son rendez-vous,  ce rendez-vous qu’il attendait depuis une semaine et que son corps réclamait. Il espérait qu’elle avait apprécié ses fleurs et qu’elle ne lui en voudrait pas trop de ce contretemps.

16h30. Célia fulminait.  

Mais qu’est-ce qu’il fout ! Il faut que je choisisse pile le jour où il est en retard pour me faire attacher. Quelle conne je suis ! J’espère qu’il  ne va pas trop tarder, je commence à avoir froid et la position commence à devenir inconfortable.

22h00. Célia est inquiète.  Ça ne ressemblait pas à Stan d’être en retard – si on pouvait encore parler de retard – Il aurait prévenu s’il n’avait pu venir. Que lui était-il arrivé ? Un accident – elle l’imaginait sur le bas-côté de la route, gisant après avoir été percuté par un véhicule qui ne l’avait pas vu à cause des pluies torrentielles – ou autre option et peut-être pas la meilleure, il avait rencontré quelqu’un et ne s’était pas donné la peine de lui en faire part.

Quelle heure pouvait-il bien être ? Elle n’en n’avait aucune idée, elle ne portait jamais de montre et il n’y avait pas de pendule dans la pièce dont les volets étaient fermés. Seule une applique murale était éclairée et tamisait l’atmosphère. De son point d’attache elle pouvait apercevoir la fenêtre de sa chambre dont le store ouvert lui indiquait qu’il faisait nuit.

3h du matin. Ses yeux luttaient pour rester ouverts. Elle devait maintenir son corps en éveil. Tout relâchement de vigilance l’exposerait au risque de voir le lien autour de son cou l’étrangler encore plus. Sa bouche était sèche, elle commençait à trembler de froid, le haut de son corps s’engourdissait – la corde rêche la lacérait et lui brûlait les triceps et les avant-bras qu’elle avait de maintenus dans le dos ainsi que les autres parties de son corps soumises à son emprise. Elle avait essayé de se contorsionner pour se défaire de ses liens mais rien n’y faisait. Prise au piège, elle avait alors compris que les prochaines heures seraient cruciales.

Deux jours plus tard, Célia respire très difficilement. Ses poumons émettent un léger sifflement lorsqu’elle inspire. Ses lèvres sont craquelées comme si elle avait traversé le désert sous un soleil de plomb. Elle est à bout de force. Elle a dû s’assoupir à plusieurs reprises, son cou lui fait de plus en plus mal. Elle a cru entendre le téléphone sonner à plusieurs reprises mais elle n’en n’est pas vraiment sûr, c’est peut-être l’effet de son imagination. Elle sait que même si elle voulait crier et appeler à l’aide aucun son ne sortirait de sa bouche.

Il fait jour dehors, un rayon de soleil traverse la chambre de l’autre côté. Elle baisse la tête résignée. A ses pieds un bouquet de roses rouge enrobé d’un film plastique. Sur le film plastique deux petits trous, certainement fait par une agrafeuse. Elle croit comprendre ce qu’il s’est passé. Des larmes coulent de ses yeux et glissent aux commissaires de ses lèvres entraînant avec elles un peu de rouge à lèvre.  Célia fait penser à un clown triste.

Son visage devient cyanotique, ses oreilles sifflent et ses jambes sont de plus en plus lourdes.  Elle sent son corps et son esprit lui échapper.  

Allo, bonjour ! Je souhaiterai parler au capitaine Stark, de la part d’Emma Watts, université de Sheffield.

C’est à quel sujet madame Watts ?  

Nous avons une étudiante absente depuis plusieurs jours et …

Ne quittez pas,  je vous le passe.

Une musique d’attente ignoble prend le relais au téléphone.

Allo, madame Watts ? Capitaine Stark à l’appareil, que puis-je faire pour vous ?

Et bien voilà,  une de nos étudiantes ne s’est pas présentée à ses cours depuis plusieurs jours et cela n’est pas dans ses habitudes. Elle n’a pas motivé son absence et nous n’arrivons pas à la joindre au téléphone. Nous espérons qu’il ne lui est rien arrivé de grave.

Madame Watts, je comprends votre inquiétude mais elle a peut-être tout simplement voulu faire un break ou bien changer d’air.  Beaucoup de jeunes…

Je m’excuse d’insister Capitaine Stark mais nous serions rassurer si vous pouviez vérifier. Elle s’appelle Célia Hopemind et sa dernière adresse connue est au 115 Hoole Street

Ne quittez pas. A nouveau la musique d’attente ignoble qui s’éternise.

Madame Watts ? Je viens de me renseigner. Ce nom n’apparaît sur aucune de nos mains courantes. Idem pour les cliniques et hôpitaux du secteur. Je vais tout de même envoyer une patrouille vérifier à son domicile. Je vous tiens informé mais il y a fort à parier que votre étudiante est entrain de prendre du bon temps.

Stan avait grelotté toute la nuit. Ces derniers jours il avait connu des phases de fièvres intenses, de maux de tête,  de courbatures mais tôt ce matin il s’était senti beaucoup mieux. Il avait essayé de joindre Célia plusieurs fois mais sans succès. Il s’était préparé, avait pris sa douche et s’était habillé chaudement avant d’enfourcher son vélo et de pédaler gaiement en direction de Hoole Street.

Arrivé devant la maison, il avait posé son vélo contre la clôture de bois. Son cœur s’était mis à battre la chamade. Il allait retrouver Célia.

Il sonna à plusieurs reprises mais personne ne répondit. Il remarqua que la poignée avait été remise. Il l’actionna, la porte n’était pas fermée à clef.

Pas un bruit. L’atmosphère était oppressante. Une source de lumière jaunâtre se faufilait sous la porte de la chambre. Il s’y précipita – il sentait que quelque chose clochait – une odeur de rose mélangée à une odeur d’urine saturait l’air ambiant. Instinctivement Il tourna la tête en direction de la source lumineuse.

Là, il la vit.

La bouche entrouverte, il la regarda comme paralysé. Cette vision l’horrifia. Son cri resta accroché à ses cordes vocales. Célia était pendue, ficelée, le corps inanimé. Il se rua sur elle et l’enserra de ses bras afin de la soulever et d’arrêter la tension qui s’exerçait sur son cou.

A ses pieds le bouquet qu’il lui avait fait envoyer.

Les pétales commençaient à perdre en vigueur et donnaient un air triste à la composition. Il remarqua que sa carte avait été enlevée.

Elle a pourtant bien eu mon message.

Il parcourut la pièce du regard. Rien d’anormal. Il s’écarta légèrement et tendit sa jambe au maximum pour accrocher son pied à la table d’examen qu’il rapprocha. Il assit Célia sur la table,  son corps mou ne tenait pas tout seul mais au moins la traction sur son cou était moindre.

Il courra à la cuisine chercher un couteau et revint tout aussi rapidement couper le lien autour du cou ainsi que la corde qui l’avait maintenue debout.

Elle s’écroula comme une marionnette dans ses bras. Il porta son corps inerte sur le lit, lui défit les menottes des pieds et dénoua la corde qui avait meurtri ses chairs. Il parcourut du doigt le sillon laissé sur son corps.

Il se demandait qui avait bien pu lui faire cela et surtout pourquoi ? Ce ne pouvait être que l’œuvre de quelqu’un de dérangé, un fou avide de visions scabreuses qui prenait son pied à torturer les autres.

Je vais couvrir ton corps mon amour – je ne veux pas qu’on te voit comme ça, je ne veux pas t’infliger ça – puis j’appellerai la police.

Il remonta délicatement le drap sur son torse, fit un pli comme s’il bordait un enfant et prit son visage entre les mains pour y déposer un baiser. Il était penché sur elle lorsqu’il entendit un vacarme derrière lui.

Police ! Ne bougez pas ! Mains sur la tête ! Tournez-vous lentement sans faire de geste brusque et tout se passera bien.

Stan s’exécuta et se retrouva face à une demi-douzaine de policiers. Tous braquaient leur arme dans sa direction et jetaient des coups d’œil frénétiques alentour comme s’il pouvait se dissocier en plusieurs petits gnomes maléfiques.

Stan était effrayé, tout cela n’avait aucun sens. Il voulut protester mais reçut un coup sec sur la tempe qui le fit se plier en deux. Ses oreilles se mirent à siffler, sa tête allait exploser – de ce coup  mais aussi de cette situation cauchemardesque, de son amour qui était sans vie. Il entendit un des policiers appeler une ambulance – au moins une bonne chose dans tout cet imbroglio – et le vit se rapprocher de lui.

Capitaine Stark. Tu nous en as donné du fil à retordre ! Depuis tous ces mois qu’on cherche à te mettre la main dessus. Et tu fais te fais choper, comme ça, bêtement. J’avais imaginé une situation beaucoup plus hollywoodienne, un final digne d’un film de Spielberg. Stan sentait son haleine chargée d’alcool. Peut-être en avait-il besoin pour supporter le quotidien d’une vie sans intérêt.

Déjà, au dehors on entendait la sirène stridente de l’ambulance.

Stan fut menotté, emmené au poste de police puis jeté en cellule.  

Quelque part, une carte flottait au fond d’un égout. Cette carte avait une agrafe dans son coin supérieur gauche. Dessus on pouvait lire :

« Célia, ne m’attends pas.

Je suis cloué au lit.

Nous nous rattraperons la prochaine fois !

Bisous mon amour. »

********

Retrouvez les autres épisodes de Never be the same et les autres textes de Stephen Nilsen :

http://www.meshistoiresporno.com/author/stephen-nilsen/

Du même auteur sur Amazon.fr :

NEVER BE THE SAME

CENT CIBLES ET TOUJOURS SENSUELLE

A paraître :

LES ÂMES FROISSÉES

Vous avez aimé ce texte, vous aimerez sûrement ...

Donnez nous votre avis !

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *