SUPER 8

J’ai économisé pendant plusieurs années, avant de pouvoir acheter, en complétant avec un prêt, une maison. J’avais fait un choix, depuis longtemps, qui était de ne pas faire construire en périphérie d’un village, mais au contraire de m’installer en centre bourg où on avait largement le choix, vu toutes les maisons laissées à l’abandon.

J’avais été attiré par une belle résidence de deux étages, qui d’ailleurs semblait inoccupée. J’avais été me renseigner à la boulangerie qui jouxtait la demeure. Il se trouvait que la maison lui appartenait. Elle faisait partie d’un ensemble de maisons que son père avait rachetées et louées. La maison, il me l’apprit, était vide de tout occupant depuis un bon moment. Elle appartenait à un notaire qui était parti très rapidement du village. Elle n’avait pas été occupée pendant des années. Il l’avait vendu par petites annonces, et le père du boulanger l’avait racheté pensant la louer. Mais il n’avait jamais eu le temps de la nettoyer et de la réaménager. Elle était figée depuis des années.

Il m’a fait visiter. J’ai aimé l’agencement des pièces, et vu ce que je pourrais tirer des lieux.

Je lui ai fait savoir que je souhaitais acheter la maison. Trois semaines plus tard, nous signions chez le notaire, un mois plus tard, je venais prendre possession des lieux.

La maison était telle que son propriétaire l’avait quittée, des années plus tôt. J’ai commencé à nettoyer, faisant le choix de jeter mais aussi de garder, car le mobilier, vintage, me plaisait.

En prenant possession des lieux, j’ai découvert la vie d’un homme que je pensais ne jamais connaître. La suite des événements m’a prouvé le contraire.

Il avait un bureau au premier étage. Je me suis débarrassé de tonnes de paperasse, que j’ai amenées à la déchetterie.

C’est dans une grande armoire que j’ai découvert le matériel vidéo. Matériel d’un autre temps. Il y avait une caméra, un projecteur, et de nombreuses cartouches de film.

J’ai su identifier ce que j’ai trouvé, parce que j’étais passionné par la technologie issue du passé, j’avais même, un peu plus jeune, rédigé un webzine consacré à ce sujet. Le super 8, puisque c’était de cela qu’il s’agissait, avait été créé en 1965, par Kodak, pour le cinéma amateur, et pas professionnel, avec un format de la même largeur que le film 8 mm classique, mais avec des perforations plus petites. L’image, je me souvenais encore de l’avoir écrit dans le webzine, avait la même taille que le format 4/3 classique de la télévision, et une taille de 5,69 X 4,22 mm.

C’était le format de toute une époque, courant, pas très cher et accessible. Les gens d’un certain âge pouvaient en témoigner, il y avait eu temps où dans la plupart des familles, on fixait sur pellicule super 8 des moments familiaux que l’on voulait conserver, pour les revoir dans les années à venir. Souvent des souvenirs de vacances, mais pas que… Baptêmes, premières communions étaient souvent immortalisés ainsi…

J’ai immédiatement eu envie de tester les films. J’étais curieux de savoir ce qu’il y avait dessus. Je me suis demandé si le projecteur marchait encore. Le temps avait passé…

L’appareil était en excellent état, et il s’est mis en marche quand je l’ai branché. J’ai chargé l’un des films. Je savais qu’un film super 8 faisait 5 minutes 30 en moyenne.

J’ai tourné le projecteur vers le mur, et fait l’obscurité.

Je ne m’attendais pas à ce que j’ai vu dès les premières images.

Le premier plan du film, que j’avais pris au hasard, s’ouvrait sur un sexe féminin ouvert en gros plan.

Un sexe filmé à l’époque où les femmes ne se rasaient pas et ne s’épilaient pas, comme aujourd’hui.

Un vrai sexe de femme, avec la forme irrégulière des lèvres, sorties, manifeste d’une excitation, tout comme leur brillance, tout comme celle des chairs autour, encadré par une toison abondante.

On voyait bien aussi qu’un filet de sécrétions coulait d’elle manifestant également son excitation, et venait se perdre sur sa chair, près de son anus.

Deux doigts, aux ongles couverts de vernis rouge ont fait leur apparition près du sexe, une main indubitablement féminine, sans doute celle de la femme qui s’exhibait. Après s’être enfoncés entre les lèvres, les deux doigts se sont écartés, pour donner à voir, assez loin, les parois d’un intérieur rose, son urètre, ainsi qu’un petit bout clitoris tout timide et décalotté. Le plan s’est enfin élargi, donnant plus à voir de la femme qui s’offrait ainsi. Elle portait une très belle robe, blanche, avec des volants, qui descendait, normalement sans doute aux chevilles, mais qu’elle avait retroussé, un gros paquet de tissus remontée au niveau de sa taille, pour donner à la caméra des jambes bien dessinées, gainées de bas tenus par un porte-jarretelles, ce qui pouvait laisser penser, tout comme la robe, un désir de séduction. J’ai découvert, alors que l’image s’élargissait, qu’elle était calée dans un fauteuil, celui qui était juste derrière moi, et enfin, son visage. La femme qui s’offrait ainsi était vraiment très belle. Une brune avec un joli visage, rond, bien dessiné, et maquillé, trop peut-être.

Une fois le plan élargi, je chronométrais, il restait trois minutes. En souriant, elle s’est masturbée masturbation que j’ai comprise comme un cadeau pour celui qui filmait, faisant tourner ses doigts sur son sexe, d’abord dans un mouvement circulaire, puis elle est venue appuyer sur son clitoris, et enfin, elle a fouillé sa vulve avec trois doigts. Elle coulait abondamment, et elle a joui, en arrosant ses chairs de sécrétions.

J’ai été un peu décontenancé de trouver ce film porno amateur. Ça n’avait rien à voir avec ce qu’on trouvait aujourd’hui sur le net. Un film de l’époque, émouvant. Une affaire privée entre un homme et une femme.

J’étais partagé entre le désir de voir les autres films, qui me troublaient, et le souhait de laisser le passé, et la vie privée de deux personnes, sans doute mortes toutes les deux, là où elle était.

Ma curiosité l’a emporté.

Si le premier film avait sans nul doute été filmé par quelqu’un, cette même personne apparaissait dans le deuxième film. La caméra avait été posée, dans la même pièce, sur un meuble, peut-être l’étagère derrière moi, et filmait durant 5 minutes 30 dans un plan fixe. La même brune ravissante, filmée un autre jour, ou peut-être le même jour, mais avec une tenue différente, portait un tailleur chemisier. Elle souriait à la caméra, et, sans quitter celle-ci du regard, elle faisait tomber sa veste, qui défaisait les boutons qui tenaient le chemisier, dévoilant un soutien-gorge blanc, tout ce qu’il y avait de plus classique. Passant ses mains dans son dos, elle le dégrafait, venait recueillir la pièce de vêtement, dévoilant une magnifique poitrine, lourde, ferme et charnue.  Elle était toute jeune… Quel âge devait-elle avoir ? J’aurais dit entre vingt-cinq et trente ans…Elle resplendissait de jeunesse et de beauté. Beauté aussi dans son sourire généreux, dans une sorte d’innocence qui était la sienne.

Elle se trouvait près du bureau sur lequel était posé le projecteur, et sur ce même bureau, était posée une bouteille. Bouteille d’un autre temps, la marque, l’emballage, l’étiquetage le disaient clairement, c’était un peu comme lorsqu’on voyait de vieilles publicités, dans de vieux magazines, ou sur des écrans… Elle s’emparait de la bouteille, qui contenait de l’huile solaire, et s’en versait au creux des mains, avant de passer ses mains sur ses seins, dans un geste lent et caressant, faisant briller sa chair.

La bande s’arrêtait là.

Je suis passée à la suivante. Elles étaient numérotées. Comme je l’ai vu par la suite, certaines se suivaient, tout simplement. Si ç’avait été filmé aujourd’hui, il n’y aurait pas eu de coupure, mais à l’époque, la technique n’était pas ce qu’elle était devenue. Et puis, sans aucun doute, ce n’était pas plus mal, ça créait une unité dans le film.

Dans ce troisième film, la ravissante brune était posée sur le bras du fauteuil épais, en cuir, qui trônait dans la pièce. Elle portait une jupe et un chemisier, la culotte, une culotte blanche, descendue au niveau des genoux, et elle se caressait. On ne voyait pas grand-chose, parce que la caméra était posée, cette fois sur la table, mais on percevait bien le mouvement de sa main, et son expression, réelle ou exagérée.

La différence, c’était que, pour la première fois, son partenaire faisait son apparition dans le champ de la caméra. Sans doute pour garder l’anonymat, il portait un masque. Il venait devant elle, vêtu d’un costume deux pièces. Elle défaisait son pantalon, sortait de celui-ci un sexe à moitié bandé qu’elle prenait dans sa bouche et elle faisait aller et venir sa bouche dessus. Les dernières secondes étaient les plus troublantes, celles où l’homme jouissait apparemment dans sa bouche, elle immobile, recueillant sa semence dans son gosier, pendant que le sexe crachait, agité par des soubresauts. Un filet de sperme coulait à la commissure de ses lèvres, image la plus troublante.

J’ai soigneusement tout rangé ce soir-là, et j’ai été me coucher, la tête ailleurs.

Dans les jours qui ont suivi, je n’ai pas arrêté de repenser aux films. Il y en avait 80 en tout. 80 films plus troublants les uns que les autres, je l’imaginais, s’ils étaient dans la droite ligne de ceux que j’avais vus.

Et qui me hantaient.

J’étais partagé entre le désir de les voir et de les revoir et une certaine gêne. Ils me troublaient énormément. Je trouvais la fille magnifique, et les scènes troublantes. Il ne suffit pas de montrer une fille prise par trois types qui lui crachent dessus et la pilonnent. Il y avait là, même si c’était cru, un mélange d’audace et de retenue qui me plaisait. Ce qui faisait aussi le charme de ces bandes, c’étaient qu’elles appartenaient à un autre temps. Un temps où les femmes ne se rasaient pas le sexe, et portaient des tenues que l’on qualifie aujourd’hui de vintage. Regarder ces films, c’était remonter dans le temps, dans une période qui était irrémédiablement anéantie, et ne pouvait subsister que par des traces comme celles-ci.

Mais les regarder, c’était violer l’intimité d’un couple.

Qu’étaient-ils devenus ? Le super 8 était apparu en 1965. Sur le bureau, un petit calendrier comme on en faisait à l’époque, une carte pour chaque mois, reposant sur un support en bois laissait apparaître, sur le deuxième film, la date 1968… On était en 2018…Cinquante ans. La femme était peut-être encore en vie aujourd’hui. Quant à l’homme… Si c’était, comme il semblait logique que ce soit le cas, le notaire qui habitait en ces lieux…

J’ai attendu encore quelques jours, avant de me recaler devant le mur, projecteur branché, film suivant enclenché. Ma culpabilité avait nettement régressé, et ma curiosité progressé, la balance penchait forcément d’un côté.

Le film suivant était un plan fixe, les deux protagonistes étant dans le champ de la caméra. La ravissante brune faisait son apparition dans le champ. Elle portait une robe magnifique, de celles que, je devais le découvrir par la suite, elle arborait dans chaque film. Sans doute, comme pas mal d’hommes, aimait-il les femmes portant de jolies robes. Celle de ce moment-là était bleu foncé, avec un décolleté, des épaulettes, et elle descendait bas, jusqu’à ses chevilles. Elle avait des escarpins avec, aux talons fins. Elle se baissait, attrapait l’ourlet de la robe et la remontait, dévoilant ses jambes gainées de bas nylon, tenus par un porte-jarretelle, et son ventre nu, lèvres visibles au cœur de sa toison. Elle a tourné sur elle-même pour exhiber aussi sa croupe pleine, puis, elle a laissé retomber la robe.

L’homme qui était déjà rentré dans le champ de la caméra a fait de nouveau son apparition avec le même masque, un masque d’arlequin dissimulant son visage. Il a sorti son sexe de son pantalon, une queue déjà bien dure, et il est venu se poser sur le fauteuil de cuir, derrière la brunette. Celle-ci a remonté à nouveau la robe, coinçant le tissu dans la ceinture qui entourait sa taille et offrant à nouveau au regard son ventre. Il l’a récupérée, la prenant par la taille, alors qu’elle se laissait tomber. C’est elle, qui, alors qu’elle se posait sur lui, a attrapé la queue et l’a amenée contre ses lèvres, la faisant glisser en elle.

Cette simple pénétration était dix fois plus troublante que les films pornos les plus hard que j’avais pu voir.

Elle s’est calée sur lui, le sexe à moitié rentré. Elle a donné un coup de reins pour engloutir totalement la queue, et elle est restée posée ainsi, immobile, avec dans le regard l’expression d’un plaisir qui la submergeait. Il la tenait toujours par la taille, et il a entrepris de la faire  monter et descendre sur sa queue. Elle s’est laissée faire, comme si elle n’était rien d’autre qu’une poupée de chiffon. La queue apparaissait et disparaissait dans son vagin. Une ou deux fois, elle est sortie, et elle l’a rajustée. C’est elle qui l’a arrachée d’elle au moment où un trait de sperme est sorti, et elle l’a collée contre son ventre, les jets de semence souillant ses chairs et la robe.

La bobine se terminait deux secondes plus tard. J’ai compris, plus tard, en réfléchissant, qu’ils avaient intégré la donnée que la bobine faisait 5 minutes 30, et ils agissaient en fonction. Au lieu de retenir sa jouissance, il s’était conditionné pour qu’elle intervienne sur une courte durée.

Dans les mois qui ont suivi, j’ai vécu des moments étranges. Je me coupais du monde pour regarder ces films, petite dose par petite dose, découvrant à chaque fois l’imagination de ce couple qui n’était jamais à court d’idées. Les tournages ne se sont pas limités à cette pièce, ils avaient vite rayonné à toute la maison, avant de partir en extérieur. Ils s’étaient aventurés dans la campagne avoisinante, et ils avaient tourné en des lieux que je reconnaissais, parce que dans le département, on avait la chance que la nature n’ait pas tellement évolué au fil des années. Plusieurs films avaient été tournés dans une forêt pas loin d’ici. Posée sur un banc, elle se caressait le sexe, avant d’y introduire un gode. Une autre vidéo me séduisait beaucoup. La caméra posée sans doute sur une large branche d’arbre, la montrait, appuyée contre le tronc, épais, et soulevant sa jupe. L’homme s’approchait, mettait son sexe à nu, et la pénétrait, la fouillant, et la faisant jouir.

Ces films, c’était mon jardin secret. Je n’en aurais sans doute jamais parlé à personne si je n’avais pas croisé son chemin un jour, dans le village.

C’était un samedi après-midi. Il était pas loin de seize heures. Je m’étais rendu à la boulangerie juste à côté pour acheter une baguette pour le soir.

Elle sortait du magasin, une boite de gâteaux à la main, quand moi j’y rentrais.

Elle. La fille du film.

Je ne suis jamais rentré dans la boulangerie. Je suis d’abord resté là à la regarder, alors qu’elle s’éloignait. Cinquante ans après… Ou alors elle avait voyagé dans le temps… Mais ça… Ça ne marchait que dans les films… Pourtant, c’était bien elle… Même visage, même cheveux, un maquillage peut-être plus léger. Et une jolie robe.

Elle avançait, poursuivait sa route, la boite de gâteaux à la main. Je me suis précipité à sa suite.

Pardon, je lui ai dit, en arrivant à sa hauteur…Vous me rappelez énormément quelqu’un.

Elle m’a jeté un regard irrité.

Vous savez, j’en ai marre des dragueurs.

Ça m’a fait sourire.

Loin de moi l’idée de vous draguer. De toute façon, nous n’appartenons pas au même monde.

Elle ne pouvait pas comprendre ce que je voulais dire par là. Que pour moi, elle venait d’un autre temps, de 1968. Un anachronisme dans le moment présent.  Mais cette phrase a semblé la rasséréner. Elle s’est arrêtée. Puis, à ma grande surprise, elle m’a dit :

Accompagnez-moi chez moi. J’habite à deux pas. Je veux mettre les gâteaux au frigo, il y en a à la chantilly…

Elle habitait un peu plus loin, un petit pavillon à deux étages. Elle m’a conduit à l’intérieur, jusqu’à la cuisine.

Puisque vous êtes là, je vous fais un café…, m’a-t-elle proposé, après avoir mis la boite de gâteaux au frigo.

Je me suis rendu compte que ça allait être très difficile. Surtout si je ne voulais pas dévoiler ce qui était en ma possession. J’ai décidé de mélanger une partie de la vérité et du mensonge, en espérant être crédible.

Hé bien…C’est la première fois qu’on se croise, mais ça fait six mois que j’habite au village. Vous voyez la boulangerie-pâtisserie d’où vous sortiez ? Hé bien, la maison juste derrière, dans la rue qui s’amorce sur la gauche, je l’ai achetée…

J’ai lu dans son regard qu’elle savait bien plus qu’elle ne dirait sans doute. Elle a servi deux cafés, puis elle est venue s’installer près de moi. Je m’étais assis sur une des chaises, près de la table. Elle s’est posée sur une autre chaise, et elle a croisé ses jambes. La robe qui lui arrivait au dessous du genou est remontée haut, dévoilant ses jambes gainées de nylon. Ça a évoqué pas mal de choses pour moi, et au moins quand son clone les dévoilait complaisamment devant la caméra. La différence, c’était sans doute, mais je n’en étais même pas sûre, que ces jambes-là, celles qui étaient juste devant moi, étaient certainement gainées d’un collant. Un instant, j’ai eu envie de lui poser la question, mais je me suis retenu. La seule certitude que j’ai eu, ça a été qu’elle a lu en moi ce que je pensais à ce moment.

J’ai trouvé des photos d’une personne… Qui vous ressemble.. D’une manière…Vraiment étonnante…

Elle a souri.

C’est sans doute de ma mère qu’il s’agit. On se ressemble d’une manière étonnante…Enfin, plus maintenant, puisqu’elle avait 75 ans quand elle est morte en janvier et moi 35 ans… Disons que je suis son portrait craché de l’époque où elle avait l’âge que j’ai aujourd’hui.

J’ai avalé une gorgée de café.

Mais c’est plus que des photos que vous avez trouvé, pas vrai ?

Je n’ai pas répondu. Elle a enfoncé le clou.

Ce ne seraient pas des films super 8 ? Je sais qu’ils les ont laissés derrière eux quand ils sont partis. Et si vous me les montriez ?

Je me suis senti rougir.

C’est-à-dire que ce sont des films très…Crus…Vous risquez d’être choquée.

Je vous propose un marché. Vous m’en montrez quelques uns, et en échange je vous raconte tout.

J’ai réfléchi avant de dire :

D’accord. Marché conclu.

Et pour sceller notre accord, je vais répondre à la question que vous vous posez.

Elle s’est levée, et dans le même geste qu’aurait fait sa mère, elle a retroussé sa robe, répondant effectivement à la question que je me posais, mais que je n’aurais jamais osé formuler. Dessous, ses très jolies jambes étaient gainées par un collant, qui montait à l’assaut de son ventre. C’était sans doute moins sexy que les bas qu’aimait porter sa mère, mais sous le nylon, elle n’avait pas le moindre sous-vêtement, et comme il n’y avait aucun empiècement ajouté pour masquer, j’ai eu la vision, dans le temps à la fois lent et rapide pendant lequel elle m’a laissé la regarder, d’un sexe clos, même si un bout de lèvres en dépassait, et d’un triangle qui contrairement à celui de sa mère, avait été soigneusement épilé. Autre temps, autres manières… Mais j’ai été tout autant troublé.

Je sais que ma mère adorait porter des bas, mon père, elle me l’a souvent dit, aimait qu’elle soit féminine. Elle en a porté longtemps après sa mort, en souvenir de lui. C’est le seul homme qu’elle ait jamais aimé.

Il était dix-huit heures quand on a quitté son domicile pour aller chez ce qui était à présent mon chez moi, mais qui avait une toute autre dimension. Pendant qu’on avançait sur la route, elle a commencé à me raconter l’histoire de ses parents.

Mon père était notaire, mais ça je pense que vous le savez déjà. Il avait cinquante ans quand il a croisé, dans le village, une jeune femme brune, qui venait d’avoir vingt ans. Ma mère. Difficile d’expliquer, je ne crois même pas que ce soit explicable, comment deux personnes qui ont une telle différence d’âge, un vécu différent, puissent s’éprendre l’un de l’autre. Il n’avait pas son officine ici, mais dans la ville voisine. Ma mère, à l’époque, était en Fac de lettres. Elle se rendait quatre jours par semaine à T… , la capitale régionale.

Dans les premières semaines, c’est elle qui me l’a raconté, suite à ce coup de foudre, ils ont cherché à en savoir plus sur la personne qu’ils avaient croisé, et par la suite, à la revoir. Elle a su qu’il était notaire, et elle s’est rendue, elle avait une deux chevaux que lui avait payé son père, près de l’officine notariale, sans bien sûr jamais oser rentrer. Elle ne savait pas que lui cherchait aussi à en savoir plus sur elle, et qu’il avait parcouru le village, sans trop oser poser de questions, jusqu’au jour où il l’avait aperçue, en compagnie de son père. Il connaissait bien sûr le maire, et il avait alors compris qui elle était.

Il avait décidé de tirer un trait sur l’attirance qu’il éprouvait pour elle. Pas elle.

Ç’avait été ainsi qu’un soir, rentrant chez lui après une journée bien remplie, il avait senti un courant d’air passer près de lui, alors qu’il ouvrait la porte de son domicile. Ce courant d’air, c’était elle, qui s’était glissée à l’intérieur de la maison. Elle n’en était ressortie que quelques heures plus tard.

Nous sommes arrivés devant cette même maison. J’arrivais bien à me faire une représentation de la scène.

Je l’ai invitée à l’intérieur. Elle a regardé autour d’elle.

C’est très émouvant. Mes parents ont quitté le village un jour et ne sont jamais revenus. Ils avaient organisé ce qui pourrait ressembler à une fuite. Mon père avait pu échanger sa fonction avec un ami, avec qui il avait fait ses études, près d’Angers. Ma mère, elle, venait d’obtenir son premier poste d’enseignante dans la même région. Il était temps pour eux de partir. SI mes parents avaient fait le maximum pour être discret…Dans ces villages, il existe toujours quelqu’un qui traîne la nuit, une vieille femme aux aguets, qui surprend une scène…Et qui va parler et répandre la rumeur. Un notaire, avec la fille du maire, la différence d’âge…Il y a eu un moment où mes parents ont jugé nécessaire de partir, sentant une pression autour d’eux, même si les choses n’ont jamais été vraiment dites… Mon père craignait une réaction de la foule…Vous savez, le lynchage, ça n’a pas existé qu’aux USA…Il n’y a qu’à voir ce qui s’est produit en France après la Seconde Guerre Mondiale…

Je l’ai emmenée dans le bureau. Je me sentais un rien mal à l’aise, et en même temps heureux de partager ces films avec elle. Leur poids devenait lourd pour moi.

Ma mère m’a tout confié, y compris qu’ils avaient tourné ces films ensemble.  C’était une manière de marquer leur amour, de le jeter au monde, même si je sais que mon père gardait un masque. Et que ces films n’étaient pas supposés sortir d’ici.

Mais pourquoi ne les ont-ils pas emportés avec eux ?

Oh, pour une raison très simple. Mon grand-père, le maire du village, est venu menacer de tuer mon père quand il a su. Mes parents sont partis plus tôt qu’ils ne l’avaient prévu, en emportant le strict nécessaire.

Je n’avais pas encore regardé le tout dernier film, numéroté 80. Il avait été tourné en plein air, sur l’une des collines, qui, au Nord, surplombait le village et la plaine. Le premier plan était un panoramique qui donnait à voir les lieux. Le cameraman posait la caméra, le plan fixe donnant à voir un arbre, un chêne, qui, en haut de la colline, dominait l’espace en dessous. La ravissante brune s’appuyait contre, se pliant en deux, et soulevait la jupe pied de poule du tailleur qu’elle portait. Dessous, ses éternels bas, son porte-jarretelles, et une grande culotte qu’elle baissait, donnant à voir sa croupe charnue et le sexe dans lequel l’homme glissait sa verge pour la besogner, la faisant jouir, avant d’arroser ses fesses de semence. Dernier film de la série. La jeune femme regardait, et ne semblait en rien choquée.

J’ai rangé le film dans sa boite. J’aurais aimé les garder, et les revoir encore, mais ils ne m’appartenaient plus. Je lui ai également donné le projecteur et la caméra.

Tout cela vous appartient maintenant. Vous pourrez contempler ces films en super 8, que certains considéreraient comme scandaleux, que je vois plus comme la manifestation d’un amour passionnel.

Elle s’est levée. La robe était montée haut sur ses cuisses, et quand, une fois debout, elle l’a redescendue, dans un geste à la fois éminemment féminin, et éminemment érotique, j’ai éprouvé une soudaine poussée de nostalgie. J’allais perdre, en lui donnant les cassettes super 8, la femme qui m’avait fait fantasmer pendant des semaines, mais aussi son double. L’espace d’un instant, j’ai eu envie de tendre la main vers elle, et de caresser ces jambes si bien faites, égales à celles de sa maman. Je savais déjà ce que j’aurais senti au bout de mes doigts, la chaleur qui serait montée dans mes doigts, mêlée à l’électricité du nylon qui m’aurait remplie. Je me suis vu remontant le long de ses jambes, pendant qu’elle se serait pâmée, arrivant au sexe nu et si accessible sous le nylon, qu’elle m’aurait laissé caresser. Je l’imaginais, clos, s’ouvrant, suppurant. Je me voyais la caressant à travers le nylon, puis, quand elle me le demanderait, attrapant les bords du collant, sur son ventre, et le descendant pour être chair contre chair…

Nos regards se sont croisés.

Mais, avant que nous nous séparions, j’aimerais vous poser une question. Pourquoi êtes-vous revenue ici, alors que, si je l’ai bien compris, vous êtes née ailleurs ?

J’ai passé mon enfance, mon adolescence et le début de mes années adulte dans le Maine et Loire. Mon père était notaire, ma mère enseignante. Je savais pertinemment que mon père m’avait eu sur le tard, il avait 65 ans, ma mère 40 ans…Mais je ne me suis jamais posé de questions…Je savais seulement que ce père que j’aimais mourrait jeune. Et bien sûr que je ne connaissais pas bien le passé de mes parents.

Ma mère est morte au début de l’année. C’est dans les derniers mois de sa vie qu’elle a tenu à me dévoiler les débuts de leur histoire d’amour. Elle m’a parlé de tout. Y compris de ces fameux films super 8.

Je suis ingénieure en aérospatiale. J’ai obtenu un poste à T…Je cherchais à me loger Les loyers sont très élevés dans la capitale régionale. J’ai pensé que ce serait bien de m’installer dans la campagne autour, même si j’avais un peu de route à faire.

C’est quand j’ai vu le nom du village, V… que j’ai repensé au récit de ma mère. Ce serait drôle de m’installer là où elle avait passé sa jeunesse.

J’ai essayé de prendre mes repères, par rapport à ce qu’elle m’avait dit. Je n’ai pas eu trop le temps de creuser. Beaucoup de travail, et puis le temps a passé… Je m’étais même trompée de maison…

Je l’ai raccompagnée. On s’est salués sur le pas de la porte. J’ai eu, l’espace d’un instant, le sentiment qu’elle avait envie de me dire quelque chose, et moi aussi je lui aurais bien dit un simple mot : « Reste ! », mais rien ne s’est passé. Elle est partie, et je me suis senti vide, autant parce qu’elle emportait les films qui me tenaient compagnie depuis six mois, que parce qu’elle me plaisait. Et pas uniquement parce qu’elle était le double d’une fille qui m’avait fait fantasmer sur pellicule. Le peu de temps qu’on avait passé ensemble, elle m’avait charmé. Et pas seulement parce qu’elle avait su retrousser sa robe.

Plusieurs jours se sont passés, moroses, avant qu’on ne frappe à ma porte, un soir. Elle avait à la main la valise que je lui avais remise, qui contenait les films, le projecteur  et la caméra.

Il faut laisser le passé où il est et vivre le moment présent.

Elle a sorti son téléphone portable.  

On pourrait en tourner nous aussi des films, avec la technologie moderne.

Elle est rentrée, a poussé la porte derrière elle et on est ensemble depuis.

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  1. houzelot le à
    houzelot

    tres belle histoire

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