Partie 1

Dimanche après-midi. Le meilleur moment de la semaine pour moi. J’ai sous les yeux le quotidien régional. Il annonce un thé dansant à C…à partir de 15 heures.

J’habite un petit département du Sud-Ouest, constitué de quelques grandes villes, mais il est essentiellement maillé de villages qui tentent de faire vivre un territoire abandonné, où l’ennui suinte à chaque seconde, malgré des animations s’efforçant de maintenir de la vie. Les thés dansants en font partie.

C’est quelque chose que je ne connaissais pas quand j’habitais dans la région parisienne. Une tradition qui remonte aux années cinquante, sinon avant. Des gens se réunissent dans une salle où joue un orchestre. Les personnes présentes s’installent à des tables, peuvent boire du thé, comme le nom l’indique ou d’autres liquides, se régaler de gâteaux (il y a toujours un droit d’entrée de quelques euros pour couvrir les frais) et aller danser quand elles le souhaitent. Les orchestres jouent des airs anciens ou plus modernes. Chaque génération y trouve son compte.

La semaine dernière, j’étais à A… Depuis plus de deux ans, je suis devenu un habitué des thés dansants. Quand je pense que la première fois, invité par un ami, je n’avais pas voulu y aller ! Lui et moi avions fini la soirée avec le sexe dans le ventre de deux sœurs brunes, à peu près du même âge que nous, que j’avais revues plusieurs fois par la suite, sans lui. Deux filles en manque de sexe et d’affection.

Il y a plusieurs strates de lecture à ces thés dansants. Certains, une grande majorité, vient pour tromper l’ennui. D’autres pour se rappeler leur jeunesse, quand ils participaient à d’autres thés dansants. D’autres encore parce qu’ils adorent les danses de salon, et que c’est le moment ou jamais de les pratiquer.

Et puis il y a les femmes, toutes ces femmes, qui vivent le manque d’attention, parce qu’elles sont seules, et celles qui sont mariées ça n’est pas mieux, leur mari ne s’intéresse pas à elles. Il y a aussi le manque de sexe, comme un simple besoin physiologique. Elles viennent, parfois seules, mais très souvent aussi à plusieurs, avec l’espoir de trouver un homme qui, quelques heures durant, leur fera oublier leur solitude et leurs manques.

Je repense à celle avec qui j’ai passé la fin d’après-midi dimanche dernier, et que j’ai revue mercredi en sortant du boulot. Un mari immensément riche, qui pourrait ne plus travailler, mais qui malgré tout continue de se déplacer toute la semaine pour vendre du matériel médical. Une grande blonde, la cinquantaine, douce et sensuelle, au corps plein, avide de sexe et de tendresse. Et elle n’est pas un cas isolé. Elles sont des dizaines comme cela.

J’ai 42 ans, je travaille aux impôts depuis l’âge de 25 ans. J’ai été marié pendant quinze ans à une très jolie femme que j’ai épousée pour sa beauté sans voir ce qui m’est apparu comme une évidence une fois que nous avons été mariés : nous n’avions pas grand-chose, sinon rien, en commun. Nous avons tenu quelques années ensemble, parce qu’il est parfois simplement plus confortable d’être à deux que tous seuls, avant de nous séparer de manière définitive. Nous avons quand même eu deux filles, aujourd’hui en fin d’adolescence. C’est pour elles qu’après le divorce, ma femme ayant choisi de rejoindre ce Sud dont elle est originaire, j’ai décidé de demander ma mutation. La seule chose que j’ai sans doute réussi, ce sont mes deux filles, et je voulais pouvoir les voir et m’occuper d’elles.

Une vie semblable à des centaines d’autres, qui a pris un nouveau relief depuis que je suis devenu un habitué des thés dansants. Je revis. J’apprécie énormément ce rituel. Et puis je sais que je ne finirai jamais la soirée seul.

Je me prépare. Le thé dansant de C… démarre à 15 heures. Il est 13 heures 30. Je passe sous la douche. Eau de toilette. Je choisis un costume dans ma penderie. Un gris, classique, avec une chemise blanche. La sobriété, ça paie toujours.

Je prends la voiture. Il me faut une bonne demi-heure pour arriver à C… Des petites départementales quasi désertes en ce week-end. Un département rural, si loin de l’agitation des grandes villes.

Enfin, je suis à C… Je me gare sur la place. Un petit village avec au centre les emblèmes des institutions. Mairie, médiathèque, église. Plus de bureau de poste, ils ne faisaient plus assez de chiffre, il y a aujourd’hui une agence postale à la mairie. Autrefois, des commerces, qui ont disparu, reste une épicerie, en partie financée par la mairie, sinon il n’y aurait plus rien, aujourd’hui on appelle ça un multi services, on y trouve de tout, et une boulangerie.

C’est à la salle polyvalente, attenante à la mairie, qu’a lieu le thé dansant.

L’orchestre est déjà en place sur l’estrade. Plusieurs orchestres professionnels ou semi-professionnels tournent dans le département. Thé dansants, bals, soirées leur permettent de gagner plus ou moins bien leur vie. Ils jouent toujours avec professionnalisme et entrain.

Un grand espace est évidemment laissé pour les danseurs. Dans un coin, parfois en arc de cercle autour de la piste improvisée, des tables et des chaises où les participants s’installent. Et bien sûr une table sur laquelle boissons et mets sont disposés.

Mon regard glisse sur les personnes présentes. Certains sont des habitués comme moi. On se salue d’un regard ou d’un bref hochement de tête. Chacun poursuit ses objectifs. Pour certains, c’est simplement danser. Pour d’autres, comme moi… Il y a bien sûr le plaisir de la danse, et je me suis surpris, moi qui n’avais jamais pratiqué ce genre d’activité auparavant, à prendre des cours, pour devenir un bon danseur, assurer, mais aussi éprouver du plaisir à me sentir à l’aise…

Sur la piste de danse, évoluant avec un homme sur un tango, je reconnais Michelle. Nous avons eu une liaison de six mois, et replongeons parfois. La cinquantaine, un corps aux formes pleines, très chaleureuse. Trop d’ailleurs, jusqu’à en être étouffante, c’est en partie ce qui m’a fait m’éloigner. Je ne recherche pas une relation durable et m’éloigne quand une femme s’accroche à moi. Je ne supporterais pas l’idée de me priver de partenaires potentielles pour ne me consacrer qu’à une.

Je prends le temps de me poser à une table après avoir été chercher une pâtisserie et du thé. Je commence toujours par observer.

L’orchestre a basculé sur un slow. Certains viennent en couple et dansent ensemble. La majorité vient seule, avec sans doute la même ambition que la mienne : finir la soirée dans une étreinte qui, si éphémère soit-elle, leur donnera un moment de plaisir et d’oubli.

Des hommes viennent proposer à des femmes de danser, des femmes à des hommes. Il y a aussi certaines femmes qui dansent entre elles, dans des étreintes souvent ambiguës, et qui le deviennent de moins en moins à mesure que la soirée avance.

Elles sont là dix minutes après que je me sois attablé. Elles pénètrent dans la salle et immédiatement, mon estomac se tord et ma queue se durcit. Je sais qu’il me les faut.

Je ne les avais jamais vues auparavant. Elles sont magnifiques. Elles se ressemblent énormément. L’une à les traits un peu moins fins, l’autre le nez plus gros. Je pense d’abord que ce sont deux sœurs avant de réaliser qu’il s’agit certainement de la mère et la fille. La plus jeune est sans doute au début de la vingtaine, quant à la mère je doute qu’elle ait déjà franchi le cap de la quarantaine.

Elles semblent très proches, très complices.

Grandes blondes, avec un corps aux formes bien marquées, elles respirent la bonne humeur et la sensualité. Ce qui émane d’elle, clairement, c’est qu’elles sont venues ici pour s’amuser, pour passer un bon moment, pour danser, mais aussi pour plus que de la danse.

Mon regard glisse sur leurs corps, mis en valeur par leurs robes. Celle de la mère est fuchsia, celle de la fille noire. Courtes toutes les deux, dévoilant des jambes dont le galbe est accentué par les chaussures à talons qu’elles ont choisi l’une comme l’autre, gainées de nylon.

L’orchestre joue un tube disco. Elles ne résistent pas. Elles se précipitent sur la piste de danse et se mettent à se trémousser l’une face à l’autre. Il y a quelque chose d’érotique dans chacun de leurs mouvements, et je ne suis apparemment pas le seul à le remarquer. Le regard de tous les hommes présents glisse sur elles. C’est un signe.

Les choses se font naturellement, comme c’est souvent le cas. Après avoir dansé, elles vont se servir un café, prennent une pâtisserie. Et elles viennent s’asseoir à ma table. J’ai droit à quelques regards jaloux. Je sais, sans fausse modestie, que je suis bel homme, et je me soigne.

Salut, moi c’est Nicole, et ça c’est ma fille Bénédicte. On a décidé de sortir, ce dimanche et de venir danser. On danse souvent à la maison ensemble, avec Just Dance, on a voulu voir ce que ça donnait en vrai.

Vous vous débrouillez plutôt bien, à ce que je vois.

On ne sait pas danser toutes les danses.

Je peux vous apprendre.

Pour sceller notre accord, elles viennent chacune frôler une de mes jambes d’un pied qui a quitté l’escarpin qui le gainait. On laisse passer le tango en discutant, puis l’orchestre revient sur un slow. Je me lève.

Laquelle d’entre vous dois-je faire danser ?

Mais, les deux !

Je me demande comment ça va se passer, mais on trouve vite un équilibre, d’une manière très simple d’ailleurs. Je commence à danser avec la mère. Sans hésitation elle se plaque contre moi, me prenant par les épaules tandis que je la prends par la taille. Je sens sa chaleur, ses formes. Ce n’est pas ça qui va faire diminuer mon érection, bien au contraire. Elle me souffle :

Hé ben dis donc, tu as envie ! De moi ou d’une femme en général ?

Je vous trouve magnifique, ta fille et toi.

C’est un package, elle me répond. Les deux ou rien.

Ça me va parfaitement comme ça.

Sa fille danse dans le vide, près de nous. Je garde la mère une minute contre moi, puis elle s’écarte, laissant la place à sa fille. Elle danse à son tour dans le vide, tout contre nous, puis on intervertit. Ça fonctionne bien ainsi. Il y a un deuxième slow. Nicole laisse glisser d’une manière discrète sa main jusqu’à mon pantalon et caresse doucement ma queue à travers le tissu.

On habite à la sortie de la ville. On vit seules depuis que mon mari est parti il y a trois ans. Quand on en aura marre de danser, on pourrait passer à d’autres jeux. Chez nous. Qu’est-ce que tu en dis ?

En avoir une serait déjà un rêve, alors les deux… Et puis deux filles et un mec, c’est une configuration qui me tente. Des images s’imposent à moi, crues. Oui ce serait bien ainsi. Aujourd’hui, j’aurai tiré le gros lot. 

On danse encore pendant près d’une heure avant que Nicole ne me souffle :

Viens on y va. J’ai envie !…

 

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