Usine de textile partie 3

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Frederic Gabriel


au travailconfession



Partie 3

Dans les jours qui ont suivi, son copain parti, les choses ont radicalement changé. Nous passions nos journées et nos nuits ensemble, elle constamment à poil, près de moi, qui venait vers moi, pour me solliciter quand elle en avait envie. On passait des heures à faire l’amour, de toutes les manières qui soient, et je me disais que décidément c’étaient les meilleures vacances que j’aie jamais passé. J’avais toujours des activités très classiques quand je prenais des congés, mais rien ne valait la chair d’une femme contre soi, et de partager des moments d’extase avec elle.

Le soir pourtant, après le dîner que nous prenions ensemble, je sortais me promener tout seul. Il suffisait d’aller au bout de la rue, de s’engager sur la gauche, et on était hors de la ville, sur des petits chemins qui sinuaient au milieu d’une nature variable, alternant champs, friches, habitations.

C’est comme cela que je suis arrivé jusqu’à une immense bâtisse, en dehors de la ville, un rectangle de béton de deux étages qui avait connu des jours meilleurs. La bâtisse avait eu son temps de splendeur, elle était aujourd’hui laissée à l’abandon. Un portail rouillé condamné par une chaîne empêchait l’accès.

Je m’étais renseigné avant de venir, il y avait cinquante ans de cela, le village vivait essentiellement du textile. Quasiment toute la population du village travaillait ici, ou dans les deux autres usines, une au nord,  l’autre à l’ouest. Aujourd’hui ce n’étaient plus que des friches industrielles.

Le lendemain soir, je lui ai proposé qu’on aille se balader ensemble, mais elle a décliné ma proposition.

Vas-y tout seul. Je t’attendrai et tu me baiseras en rentrant.

Pour le dîner, elle avait passé un tee-shirt. Elle l’a soulevé, pour donner plus de force à sa proposition. Il était vrai que je n’avais pas encore épuisé le désir que j’avais d’elle. Loin de là.

Je suis reparti sur le même chemin, et je me suis arrêté juste devant la grande bâtisse désaffectée. Elle me fascinait. Ou plutôt ce qui me fascinait, c’était qu’il y ait eu ici une vie intense autrefois, et aujourd’hui plus rien.

C’est alors que je l’ai remarqué. Un vieil homme. Difficile de lui donner un âge, mais j’aurais dit qu’il avait dépassé les soixante-dix ans. Il se tenait, bien droit, devant le portail, le regard perdu dans le vague. Il ne m’a même pas entendu approcher. Il a tourné vers moi un visage dans lequel j’ai lu une tristesse qui m’a surprise. Nous n’avons pas échangé un mot. Mal à l’aise, j’ai préféré me retirer.

Les soirées suivantes, je savais que je reviendrais par ici. J’aurais pu prendre un autre chemin, mais cet homme, que je pensais retrouver, m’intriguait.

Soir après soir, il était là, quasiment à la même place. Il m’apercevait, nos regards se croisaient, mais il ne disait rien.

Ça a été le quatrième soir qu’il s’est enfin décidé à parler. Il a commencé et ne s’est plus arrêté, comme s’il avait besoin de se vider de tout ce qu’il avait vécu ici.

J’ai travaillé ici, il y a longtemps, monsieur. Un temps que vous n’avez pas connu. Imaginez qu’ici, il y avait de la lumière, du bruit, des gens présents. Ce n’était pas une carcasse morte, comme aujourd’hui. Des gens venaient, jour après jour, tisser des vêtements.

J’avais vingt-deux ans quand j’ai été engagé ici, par le patron de l’entreprise, qui était aussi celui des deux autres usines, celle qu’il y a au nord, et celle à l’ouest. J’étais excellent en mécanique, j’adorais travailler sur les moteurs depuis que j’étais tout petit. J’avais passé un diplôme, mais je ne trouvais pas de boulot. C’est le patron, Monsieur Saint Sernin qui est venu me trouver. Il connaissait tout le monde au village, et moi aussi bien évidemment. Un soir, on était à table, mon père, ma mère, mon frère et moi. On a entendu frapper à la porte. Ma mère a été ouvrir.

C’était un homme grand, massif, corpulent. Il avait une cinquantaine d’années, et était encore bel homme. Surtout, il imposait le respect, et notre famille a été tétanisée par sa présence. C’était pourtant, je m’en rends compte aujourd’hui, un homme très simple. Il m’a proposé, très simplement, de venir m’occuper du parc de véhicules de sa compagnie. Il savait, on le lui avait dit, que j’étais très bon.

Mes parents étaient tous les deux ses employés. Pour autant, je ne me sentais en rien contraint par cela. Ce projet me plaisait bien. Je savais que je ne m’ennuierais pas. Trois usines, cela signifiait une flotte de véhicules à entretenir.

Je lui ai demandé malgré tout le temps de la réflexion.

La nuit porte conseil, comme on dit, et le lendemain matin je suis venu ici pour donner mon accord et signer le contrat.

Son bureau était dans le bloc administratif, là. (Il a désigné le sommet d’une bâtisse, avec une coursive.) D’évidence, si son bureau était en hauteur, c’était parce que cela lui avait permis de dominer l’usine et de voir, sinon tout, du moins une bonne partie. C’est là, a-t-il continué, que j’ai rencontré sa jeune épouse pour la première fois. Elle discutait avec lui. J’ai préféré attendre avant de simplement frapper. J’ai ainsi eu le temps de la regarder. Les hommes de pouvoir ont souvent des femmes bien plus jeunes qu’eux. Elle devait avoir mon âge. C’est une sorte d’accord, jamais clairement formulé, avoir une jolie jeune femme qui met en valeur celui qui la possède au même titre qu’une maison ou une voiture et lui donner en échange une position sociale.

C’est sans doute en la voyant ainsi, pour la première fois, même si rien n’a été nettement formulé dans ma tête, que je me suis amouraché d’elle. Je l’ai vue d’abord de profil, puis alors qu’elle quittait le bureau. Une brune superbe, dans tout l’éclat de sa jeunesse. Elle portait une simple robe noire qui s’arrêtait à mi-genoux, avec un collant noir et des escarpins. Elle était plutôt grande, avec un corps bien formé, que la robe mettait en valeur, et un très joli visage. L’homme d’affaires était sans nul doute fier de s’afficher avec une si jolie femme.

Quand nos regards se sont rencontrés pour la première fois, il s’est passé quelque chose entre nous, indéniablement. Quelque chose s’est amorcé. Pourtant, ce jour-là, nous ne nous sommes même pas dit bonjour. Elle est passée, m’ignorant, et moi j’ai pénétré dans le bureau. Une demi-heure plus tard, j’avais signé le contrat, et j’ai commencé le soir même.

Je devais, d’après le contrat, entretenir le parc automobile des trois usines, camions, fourgons, fourgonnettes, véhicules individuels, y compris ses propres véhicules. Chacune des usines bénéficiait d’un garage qui contenait tout ce qui était nécessaire. On y parquait les véhicules, et sur la droite, un pont, des outils, permettaient de travailler à l’aise. Je tournais entre chaque usine, selon les nécessités, et j’appréciais de pouvoir œuvrer ainsi dans un domaine que j’aimais. Ce qui me restait de mon temps était consacré à mon travail de chauffeur. J’allais chercher des matières premières, je livrais des produits finis. Je servais également de chauffeur à mon patron.

Je l’ai vue arriver vers moi un mardi matin, un mois après que je l’ai rencontrée pour la première fois. Je n’imaginais pas que ce mardi matin-là, mon existence allait basculer.

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