Amoureuse du fouet

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MERODACK Robert

Media 1000Simples murmures


BDSM


128 pages


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Résumé

Retrouvez chaque mois la réédition d’un volume de la collection Simples Murmures, dirigée à l’époque par le célèbre Robert Mérodack. Des textes licencieux, sadomasochistes, où tous les tabous sont mis aux oubliettes, ainsi que les victimes de maîtres aux mille perversions… Totalement introuvable ailleurs qu’en format numérique, aux éditions Média 1000 !

Amoureuse du fouet, un classique de la pornographie SM signé Robert Mérodack !

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CHAPITRE I

– Tiens ! ton médicament !

Julien leva de grands yeux étonnés. Il était en train de bricoler sous sa voiture, les mains pleines de cambouis.

– Mais… j’ai presque fini… je serais allé le prendre à la maison, tranquillement…

– Et tu ne préfères pas que ta petite femme te l’apporte gentiment ?… Je te connais, tu dis : « je finis ça et j’arrive », puis tu recommences autre chose et l’heure passe…

Julien ne répondit pas. Rampant sur le dos, il se dégagea de dessous la voiture puis s’assit par terre.

– Tu as sans doute raison, admit-il d’un air résigné. Je serais bien ingrat de ne pas le reconnaître… Approche-toi un peu, ma chérie…

D’une main, il saisit le verre à demi rempli d’un liquide jaunâtre et, de l’autre, il entoura les jambes de sa femme, en prenant bien soin de ne pas mettre de graisse sur sa jupe. Enfin, courageusement, d’un seul trait, il avala le médicament.

– C’est vraiment infect ! s’exclama-t-il en tendant le verre. J’espère que c’est effi…

Il s’interrompit au milieu du mot, demeura muet pendant quelques secondes, puis il lâcha les jambes de sa femme.

– Mais… dis donc… Tu ne portes pas de culotte, Évelyne !… Comment se fait-il que…

Julien balbutiait, incrédule. Du dos de la main, toujours à cause du cambouis, il souleva légèrement la jupe pour constater que son impression première était parfaitement fondée.

– Oui, tu n’as pas de culotte ! Qu’est-ce qui te prend ?… Tu étais en train de prendre une douche ? Tu étais nue quand tu as songé brusquement qu’il était l’heure de ma drogue ?…

– Non ! Pourquoi ?

Évelyne ne semblait pas comprendre l’étonnement de son mari.

– Tout de même !… Tu es dehors, il y a du vent, en plus ! Tu ne devrais pas ! Rentre vite !

– Bof ! ma jupe n’est pas si courte, répondit-elle avec insouciance en s’éloignant.

Par malice, elle agita ses hanches d’une manière outrée et, dès qu’elle fût parvenue à la porte de leur maison, alors que seul Julien risquait de la voir, elle se pencha légèrement en avant et retroussa sa jupe.

– Oh, eh ! coucou ! chanta-t-elle, en tortillant des fesses. Et comme son mari lui jetait un regard sombre, elle laissa retomber son vêtement et lui cria : Si j’avais su que tu étais si pudibond, je ne t’aurais jamais épousé !…

En maugréant, Julien se glissa de nouveau sous son véhicule. Il accordait peu d’importance à cet incident. En fait, les risques qu’un importun puisse s’apercevoir de cette nudité partielle de son épouse étaient pratiquement nuls.

Tout de même, il connaissait Évelyne depuis un an déjà, et ils étaient mariés depuis plus de deux mois, et jamais, jusqu’alors, elle n’avait fait preuve d’une si audacieuse impudicité, et il s’étonnait de l’exhibition qu’elle venait de lui offrir.

– Un caprice, sans doute, se dit-il en attrapant sa clef à molette.

Quelques jours après cet incident, un matin, dès que Julien fût parti travailler, Évelyne se rendit dans la salle de bains et se déshabilla. Sans même s’en rendre compte, tandis qu’elle réfléchissait aux différentes choses qu’elle devait faire ce jour-là, elle commença à se branler.

Distraitement, elle boucla d’abord les poils de son ventre, les tournant et les retournant autour de son index, les séparant, les écartant sur le côté. Puis le bout de ses doigts, comme par hasard, vint effleurer les lèvres verticales, ce qui la fit trembler.

Elle remonta son autre main sur sa taille, vers sa poitrine. Elle soupesa un sein dont elle se mit à agacer la pointe, la frottant entre pouce et index, pour éprouver la texture de la peau.

– Quelque chose ne va pas ! dit-elle à voix haute. Et le fait de s’entendre parler toute seule la fit rire aux éclats.

Interrompant brusquement ses caresses, elle sortit le bock, le tube, la canule, tout le nécessaire pour une douche interne, et elle les installa un à un au fond de la baignoire.

Quelque chose n’allait pas, en effet. L’indifférence de Julien. Depuis deux ou trois jours, il passait des heures à sa voiture, à la nettoyer, à la bricoler, à y ajouter des accessoires divers. Certes, il était bon mécanicien et passionné d’automobile, mais depuis le week-end dernier, ils n’avaient pas fait une seule fois l’amour.

Julien ne semblait pas préoccupé, ni soucieux ; d’ailleurs, pourquoi donc l’aurait-il été ? Il se montrait aussi gai que d’habitude. Mais il passait des heures dans le cambouis, soit devant la maison, couché sous sa voiture, soit dans le garage où il retournait même après le dîner. Il n’en revenait que pour se mettre au lit et dormir aussitôt.

Évelyne réfléchissait à cette situation sans parvenir à la résoudre. Accroupie au fond de la baignoire, elle agitait rêveusement la grosse canule.

Pourtant, elle avait essayé de l’aguicher un peu, par quelques phrases à double sens ou par des œillades explicites. Mardi soir, elle avait attendu qu’il revienne du garage simplement revêtue de cette nuisette rose qui cachait si peu de ses charmes… Et dimanche dernier, elle avait enlevé sa culotte avant d’aller lui porter son médicament… Ces avances n’étaient peut-être pas très adroites : toutefois, elles ne présentaient aucune ambiguïté quant à ses intentions. Les avait-il comprises ? En avait-il été choqué ?

L’eau chaude, le savon, le va-et-vient de la canule amenèrent progressivement Évelyne à un état de langueur sensuelle qu’elle ne fit rien pour éloigner.

Avec la jouissance lui vint l’idée qu’elle devait à tout prix chercher conseil auprès d’une personne, quelqu’un d’autre que sa mère ou que ses amies : celles-là seraient trop contentes d’apprendre ses problèmes intimes… Non. Elle devait trouver un avis neutre.

Le plaisir la submergea bientôt, au point qu’elle choisit de se laisser glisser dans la baignoire dont elle ouvrit tout grand les robinets, eau froide et eau chaude mêlées. Elle s’abandonna ainsi à ces sensations contradictoires pendant quelques instants, puis elle se releva, sortit de la baignoire, y versa des sels colorés, boucha l’évacuation et attendit que le bain eût coulé.

Alors, elle s’introduisit frileusement dans l’eau et se masturba longuement, savamment, en ayant pleine conscience, cette fois-ci, des gestes qu’elle accomplissait.

En même temps, elle énumérait mentalement les personnes auxquelles elle pourrait exposer son problème. Finalement, elle se décida pour la solution la moins rationnelle : Viviane, une voisine de son âge qu’elle connaissait à peine mais qui tirait les cartes, paraît-il…

– Coupez !… Merci…

Malgré elle, Évelyne avait retenu sa respiration durant une fraction de seconde. Elle n’y croyait pas. Évidemment. Le tarot, le marc de café, la boule de cristal… Que de stupidités !… Pourtant, Viviane possédait un charme troublant, peut-être à cause du naturel dont elle faisait preuve en étalant les cartes devant elle, selon un ordre mystérieusement précis.

Brusquement, Évelyne se sentit mal à l’aise, coupable de perdre son temps à se faire tirer les cartes. En le comprenant, elle comprit aussi qu’elle se sentait coupable de l’indifférence de Julien à son égard.

– … Une rencontre avec un homme… une rencontre que vous provoquez… Un homme en relation avec la guerre. Non !… Pas la guerre… un homme auréolé de violence, de passion… et cette rencontre ressort d’autant plus que vous êtes entourée en ce moment d’une froideur…

Évelyne frémit, croisa les jambes pour mieux dominer sa réaction. En dépit de son incrédulité, elle avait du mal à ne pas rapprocher cette froideur de l’attitude de son mari.

– Et que puis-je faire contre cela ?

– Contre la rencontre ?

– Non, cette froideur !

– Eh bien, très peu de choses. D’ailleurs, cela ne fera qu’empirer dans les jours suivants… Je crains qu’il ne faille vous résigner, à moins que…

Viviane avait prononcé ces trois derniers mots à mi-voix.

Elle s’interrompit en secouant la tête, comme pour refuser quelque chose. Ses cheveux blonds s’envolèrent.

– À moins que quoi ? demanda Évelyne en se reprochant intérieurement d’accorder du crédit à son interlocutrice.

– Oh, rien ! répondit Viviane. Elle paraissait gênée. J’allais faire un commentaire personnel… Je vous ai prévenue : je tire rarement les cartes et j’aurais refusé si vous n’aviez pas insisté… Je continue. Vous allez faire deux démarches, bientôt, l’une…

Évelyne n’écoutait plus. Elle se sentait vivement agacée. Elle avait d’abord trouvé fascinante la perspective d’être conseillée par une femme aussi jeune et qui avait des loisirs de sorcière. Maintenant, cela ne l’amusait plus du tout. Elle attendit poliment que Viviane eût terminé.

– Eh bien, je vous remercie… Encore que vous ne m’ayez rien annoncé de bien agréable…

– Je vous ai dit ce que je voyais, rétorqua Viviane en haussant les épaules, comme pour s’excuser. Donnez-moi cinq francs…

La consultante fut très interloquée : elle s’attendait bien à devoir payer, mais une somme si ridicule…

– C’est le prix du péché… Autant pour votre tranquillité que pour la mienne, afin qu’il soit dit que mes paroles étaient un oracle et non une imprécation…

– Soit, admit Évelyne. Mais alors, précisez-moi ce remède dont vous étiez sur le point de parler tout à l’heure. Je suis prête à payer davantage, au besoin…

– Ce n’est pas une question d’argent… Vous êtes sceptique : vous ne croyez pas à la magie ou bien vous ne voulez pas reconnaître que vous y croyez, ce qui revient au même et peut être dangereux… Si, si ! ne souriez pas !…

À contre-cœur, contre la somme dérisoire de cinq autres francs, Viviane consentit à donner à Évelyne un petit flacon très banal, en verre blanc, qui contenait un philtre.

– Ne craignez rien ! Il n’y a ni sang de fœtus congelé, ni bave de crapaud… En tout cas, c’est bien moins toxique que beaucoup de produits courants…

La jeune sorcière expliqua alors comment ce breuvage mystérieux devait être employé. De nouveau envahie du sentiment qu’elle était stupide de prêter foi à de telles idioties, Évelyne plaça le flacon dans son sac à main et prit rapidement congé de cette curieuse personne.

Ce même soir, en plus du médicament ordonné par le docteur, Évelyne fit boire à Julien, sans qu’il s’en aperçoive, quelques gouttes du breuvage acheté à Viviane.

La jeune femme avait un peu hésité. Que ce philtre pût être un poison constituait une possibilité très invraisemblable. Elle l’avait goûté : juste une goutte, sur la langue. Cela semblait une tisane particulièrement amère.

Mais elle avait surtout hésité à recourir à un tel procédé. Après avoir quitté Viviane, elle avait longuement réfléchi pour savoir si elle croyait vraiment à cette magie et elle n’avait pas réussi à obtenir une réponse certaine.

Bien sûr, les cartes, les philtres, tout cela ne reposait sur aucune connaissance sérieuse, scientifique… Et cependant, elle était allé voir Viviane, elle avait insisté pour qu’elle lui tirât les cartes, pour qu’elle lui vendît cette potion.

Alors, en toute honnêteté, pouvait-elle prétendre qu’elle n’y croyait absolument pas ?…

Comme les soirs précédents, Julien retourna au garage dès qu’il eut avalé la dernière bouchée de son dîner. Évelyne fit la vaisselle, un peu de rangement dans la maison, puis elle alla se mettre au lit, non sans avoir revêtu ce coquet déshabillé rose qui la mettait tellement en valeur. Fut-ce cette parure coquine ? Fut-ce le philtre ? Toujours est-il que…

– Il faut que j’aille me décrasser ! cria joyeusement le mari en entrant brusquement dans la chambre conjugale. Viens me rejoindre dans la salle de bains… Je me sens très impatient de te faire la fête…

Évelyne bondit aussitôt hors du lit et poursuivit Julien. Pendant qu’il se lavait les mains, elle entreprit de le débarrasser de son pantalon.

– Doux Jésus ! quel organe ! s’écria-t-elle en dévoilant une matraque turgide, à l’extrémité luisante et écarlate. Tu bandes tellement que mes doigts ne peuvent pas en faire le tour, de ton gros nœud…

En sentant la petite main fraîche et caressante qui lui secouait le brac. Julien s’acharna à se débarrasser de son cambouis : les mains à la fois sales, mouillées et savonneuses, son pantalon tire-bouchonné sur ses chevilles, il se sentait embarrassé et légèrement ridicule.

– Ne bouge pas tant ! demanda Évelyne. Je veux te sucer !… Pousse-toi un peu…

Et elle le bouscula afin de pouvoir pencher la tête et atteindre la verge tendue sans risquer de se cogner contre le lavabo.

Distendant alors ses mâchoires, elle engloutit tout ce qu’elle pouvait avaler, c’est-à-dire, tout au plus, la moitié de la longueur de l’engin.

– Ah ! ah ! espèce de petite gourmande… Attends que j’aie les mains libres… Oh lala !… oh…

Évidemment, les gratifications buccales qu’Évelyne était en train d’octroyer à Julien avaient pour principale conséquence de ralentir la toilette qu’il effectuait. Mais, aussitôt qu’il eut les mains propres et sèches, il se pencha sur elle, la prit aux épaules et la força à se détacher de lui.

– Juste une seconde, veux-tu… Nous serions mieux sur le lit.

Il enjamba son pantalon et prit Évelyne dans ses bras. Elle se blottit fougueusement contre lui.

– Oh… je sens le bout de ta pine qui me chatouille les fesses…

C’est ainsi emmêlés d’une manière cocasse qu’ils s’écroulèrent sur le lit. Julien installa Évelyne sur le dos, devant lui, lui écarta les genoux et se prépara.

– Eh !… je n’ai pas fini… essaya-t-elle de protester, sans grande conviction.

– On verra cela tout à l’heure… En attendant, laisse-moi te pénétrer…

– Comment tu causes !… On dirait une revue spécialisée !… Enfin qu’importe ! File-moi ta queue dans la chatte, jusqu’aux couilles ! Et tire-moi un bon coup !…

Et, encore plus impatiente que son mari, Évelyne lui saisit la pine et, s’écartant largement la craquette avec son autre main, elle engagea elle-même l’épée dans son fourreau.

Commença alors une danse endiablée dans laquelle ils montrèrent, l’un et l’autre, un élan frénétique. Julien, visiblement, ne songeait plus à son automobile et Évelyne se moquait bien que l’enthousiasme de son mari pût venir de la vue de sa nuisette rose, du philtre magique ou de n’importe quelle autre raison…

– Laisse-moi te sucer, maintenant !

Cela ressemblait fort à une exigence et, bien qu’il serait volontiers resté tranquille une minute après la joute précédente, Julien ne se fit pas prier.

– En tête à queue ? proposa-t-il.

– Non ! répondit Évelyne avec une détermination étonnante au regard de la futilité du sujet. Chacun son tour !… Au moins, comme ça, on en profite mieux…

Et elle bondit sur son mari, se pencha au-dessus de son braquemart flageolant et poisseux et, tel un rapace, elle entreprit de le remettre en forme. Ce ne fut pas très difficile : dès que sa main eut encerclé la base du mandrin, celui-ci se mit à vibrer de spasmes de plus en plus rapides et qui le durcissaient chaque fois plus solidement. Puis, d’une langue joyeuse, elle entreprit de lécher le sommet du champignon boursouflé de désir.

Glissant les doigts sous les couilles, elle se mit à les pétrir doucement, tandis que sa bouche vorace se refermait sur la tige dressée. Et Évelyne suça avec application.

– Est-ce bien vrai que tu n’avais jamais taillé de plumes, avant de me connaître ? J’ai du mal à le croire, quand je vois, quand je ressens surtout, toute ton habileté !… En fait, même depuis notre mariage, tu n’as pas dû me sucer plus d’une dizaine de fois, et pourtant…

Pour ponctuer son scepticisme, Julien abattit sa main grande ouverte en travers du postérieur qui se tendait juste à côté de lui.

– Hon ! humph ! homf ! protesta Évelyne, en accélérant l’oscillation de sa tête.

Avec enthousiasme, elle enfonçait le sommet du braquemart jusqu’au fond de sa gorge, aspirait une seconde puis remontait en agitant les lèvres. Elle pouvait alors octroyer de larges coups de langue circulaires, enveloppants, tout humides de salive chaude.

Et elle recommençait vivement la manœuvre.

À ce régime, le résultat ne fut pas long à sourdre. La chandelle se mit à trembler, à vibrer avec fièvre. Et enfin l’ensemble explosa, projetant dans le gosier dilaté d’Évelyne des rasades brûlantes de sperme. Elle en avala une partie, malgré elle et le reste retomba en interminables gouttelettes au long de la pine frémissante.

– À toi, maintenant ! s’écria gaiement la jeune femme en se renversant sur le dos, les jambes largement écartées en direction de son mari. Dépêche-toi ! lèche-moi vite ! je me sens déjà prête à jouir…

Julien s’engouffra aussitôt dans cette parenthèse radieuse et, effectivement, il y trouva des moiteurs nouvelles qui ne devaient rien à leur étreinte précédente. Tout aussi gourmand qu’Évelyne, il se mit à laper.

– Ouh, la ! ouh, la la ! oh ! répondit-elle aux premières gâteries. Oh, oui ! oh, oui ! oui-oui, oui…

Et le plaisir qu’elle prit à ce moment fut tellement intense qu’elle résolut intérieurement de redonner le lendemain à son mari quelques gouttes de la mystérieuse potion que lui avait vendue Viviane.

Le lendemain après-midi, après avoir effectué plusieurs achats en ville, Évelyne attendait le car qui la ramènerait chez elle lorsqu’elle fut interpellée par un automobiliste. Sa première réaction consista à faire la sourde oreille, et ce n’est qu’au second appel qu’elle reconnut Antoine, un voisin qu’elle connaissait à peine.

– Si vous voulez gagner du temps, lui criait-il, je rentre directement et je me ferai un plaisir de vous emmener…

Évelyne accepta cette proposition aimable et peu compromettante.

– Excusez-moi pour la façon cavalière dont je vous ai appelée, lui dit Antoine lorsqu’elle fut montée, mais je ne peux pas stationner ici… Nous ne nous sommes qu’aperçus, tous les deux, mais votre mari m’a bien rendu service la semaine dernière : je suis tombé en panne et comme je n’y connais rien…

Ils échangèrent ainsi quelques banalités puis la conversation s’épuisa d’elle-même, d’être trop futile.

Après un silence de plusieurs minutes, Évelyne se trouva brusquement gênée d’avoir accepté si facilement de cet homme presque inconnu un service bien naturel certes, mais dont elle se sentait redevable.

– Vous faites de l’équitation ? demanda-t-elle.

– Non. Pourquoi ?

Évelyne rougit jusqu’aux oreilles. En même temps, intérieurement, elle s’en voulait terriblement d’avoir posé cette question et de rougir ensuite. Pourquoi, d’ailleurs, se sentait-elle tellement coupable ?

– Mais… cette cravache ?…

D’un geste du menton, elle désignait l’instrument posé sur la banquette arrière.

Elle en avait parlé simplement pour dire quelque chose, pour rompre ce silence qui commençait à lui peser. Mais Antoine avait paru si sincèrement étonné que la remarque d’Évelyne était devenue horriblement indiscrète, et tout ce qu’elle pouvait ajouter maintenant ne ferait qu’accroître son embarras.

L’homme sourit pourtant, et il jeta un regard malicieux à sa passagère.

– J’aime faire souffrir les jolies femmes, lui affirma-t-il sur le ton de la confidence.

Évelyne était absolument paralysée. Antoine paraissait s’excuser, comme s’il avait confessé quelque vice infâme. Mais, inévitablement, son explication sous-entendait qu’elle était elle-même une jolie femme et qu’il aimerait donc la faire souffrir…

– Vous plaisantez, avouez-le !… murmura-t-elle dans un effort désespéré pour sembler naturelle.

– Quoique je vous réponde, vous ne croirez que ce que vous avez envie de croire, lui assura sérieusement Antoine. Si je vous dis maintenant que je n’ai jamais maltraité personne, vous penserez, que je n’ose pas l’avouer… Et inversement, si je prétends que j’emploie couramment cette cravache sur une femme, vous allez dire que je me vante…

Évelyne se ressaisit. Elle tendit le bras en arrière, empoigna la cravache et la plia plusieurs fois entre ses mains afin d’en éprouver la souplesse rigide.

– Pour raisonner ainsi, répondit-elle enfin, vous ne devez pas avoir la conscience tranquille…

– Vous êtes maligne !

Antoine se tut, absorbé par une réflexion encore informulée mais, bien qu’elle s’en rendît compte, Évelyne se sentait audacieuse. Puisqu’elle était coupable, d’avoir accepté qu’Antoine la raccompagnât, ou bien d’avoir fait cette remarque au sujet de la cravache, elle irait jusqu’au bout de sa faute, quelles qu’en puissent être les conséquences !

– En tout cas, croyez donc ce que vous voulez… Par contre, si vous vouliez en savoir davantage, je pense qu’il serait très facile de nous revoir : je suis prêt à vous accorder tout le temps nécessaire pour que vous puissiez déterminer si je plaisante ou si ma conscience est aussi sombre que ce que vous semblez suggérer…

– Pourquoi pas, en effet ?…

Évelyne s’entendit prononcer ces mots. Et, comme son interlocuteur ne lui répondit pas, ils résonnèrent longuement dans son crâne. Mais qu’est-ce qui m’arrive ? Comment ai-je osé accepter ainsi cette proposition ? Comment vais-je pouvoir revenir sur cette approbation à peine déguisée ?…

Elle ne devait pas avoir grande envie de se dédire car, non seulement elle ne trouva aucune échappatoire, mais elle hocha affirmativement la tête lorsqu’Antoine lui fixa rendez-vous pour le lendemain.

– Et merci de la promenade… réussit-elle tout de même à dire en le quittant.

Ce soir-là, elle doubla la dose du breuvage magique qu’elle réservait pour son mari et celui-ci n’éprouva pas l’envie d’aller bricoler au garage après le dîner. Ils firent l’amour encore et encore jusqu’à une heure avancée de la nuit. Pour Évelyne, même sa nuit de noces n’avait pas été aussi délectable.

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