CHOYEZ GENTILLE

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AZRIA Luc

BrigandineMedia 1000


polar



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Résumé

— Sont toujours encastrés l’un dans l’autre, ces deux-là, t’as remarqué, Sylvio ?

— Tu penses, si j’ai remarqué ! Allez, habillez-vous !

Ils commençaient sérieusement à me gonfler, ces deux-là ! J’ai comparé leurs tronches : impossible de déterminer exactement lequel avait la plus moche bobine.

— Oh ! j’ai fait…

Je m’en suis tenu là parce que la manchette que j’ai reçue entre les omoplates m’a coupé le sifflet. J’ai rebondi sur le ventre plat de Dominique. J’étais très mortifié !

— Don Vincenzo vous attend. Ce n’est pas quelqu’un qui aime beaucoup patienter. Et nous non plus, on n’aime pas !

Il y a eu un petit squisshh ! quand on s’est décollés. Pas de quoi rire !

Débuter la lecture

La première fois que je rencontrai Noami Ayache, j’étais bien trop bourré pour garder d’elle un souvenir précis. À vrai dire, je l’avais complètement refoulée dans les bas-fonds de ma mémoire.

La seconde fois que je posai le regard sur elle, j’étais dans un état d’hébétude beaucoup moins avancé. Une légère euphorie baignait mes neurones mais mes synapses arrivaient encore à transmettre l’influx sans protester. Néanmoins, je ne l’ai pas reconnue.

Elle, si !

Il faut vous dire que les circonstances de cette seconde entrevue étaient un peu particulières.

Il était près de quatre heures du matin, et je redescendais les Champs-Élysées, à la hauteur de l’avenue George-V. La fille qui m’accompagnait n’était pas vraiment un boudin, mais à l’extrême limite. En cas de rupture de stock de ce genre d’article, elle aurait sans peine tenu son rôle d’ersatz. Elle était suffisamment bien roulée pour que j’accepte de la raccompagner chez elle, mais trop conne pour que je prolonge le pensum au-delà des trois-quatre heures qu’implique un congrès amoureux banal, pas trop bâclé.

– Téléphone ! elle m’a chuchoté, l’œil écarquillé, en me serrant le biceps gauche auquel elle se pendait depuis un bon quart d’heure.

Je n’ai pas cru bon relever le propos. La greluche était saoule comme une grive, et les communications qu’on me passe en pleine rue sont trop improbables pour ne pas tenir du mirage. J’ai estimé qu’à sa forte consommation de Pimm’s, la pauvrette avait dû, pour faire bon poids, trouver bon d’ajouter un coin de buvard imbibé d’acide lysergique.

Mais elle a insisté. Elle pinçait cruellement mon biceps, peut-être pour se prouver que je ne rêvais pas, avec la même insensible sauvagerie que si elle avait serré un simple ceps de vigne desséché entre ses didis.

Sa véhémence m’a obligé à tourner la tête vers le point qu’elle me désignait de son index tendu.

Le proverbe dit : « Le doigt montre la lune, l’imbécile regarde le doigt ! »

Naturellement, j’ai regardé son doigt. Il était mince, et effilé, comme les trois autres, et l’ongle aiguisé en était peint en bleu, saupoudré de paillettes dorées.Idem pour les trois autres. Même son pouce, étroit et peu spatulé, réussissait le tour de force d’être sophistiqué. Mon regard a considéré la main de ma compagne, qui était longue et fine, un peu osseuse au revers mais musclée et charnue à la paume. Exactement le genre de main qu’on peut rencontrer en face de soi dans un bus, tricotant ou dépliant un journal, et qui vous fait fantasmer sur de fugaces branlettes, anonymes et sans suite.

La fille m’a secoué le bras. À l’évidence, elle essayait de me dire, ou de me faire comprendre, quelque chose.

– Là, dans la cabine, crétin !

J’ai levé les yeux, et je me suis ébroué.

Il y avait effectivement, devant mes yeux, l’un de ces étroits habitacles de verre, que les P & T ont gracieusement mis à la disposition des citoyens, pour qu’ils puissent aisément communiquer avec leurs semblables par l’intermédiaire de cette merveilleuse et moderne invention : le téléphone. Et, qui plus est, cette cabine était occupée !

Mais pas par n’importe qui !

Un bras en sortait, armé, à un bout, d’un combiné noir qu’il tendait dans ma direction. À son autre bout, la plus belle, la plus ravissante femelle que j’aie jamais déshabillée du regard se pâmait contre la paroi vitrée, le blanc de l’œil basculé côté face.

J’ai fait trois pas rapides vers la cabine, preuve que tous mes réflexes n’étaient pas congelés. Avant que j’aie eu le temps de la rattraper dans mes bras, elle était revenue à elle.

Pas de bol !

Elle a essayé de parler, mais aucun son ne parvenait à s’échapper de ses lèvres, admirablement ourlées au demeurant.

Alors, elle m’a passé l’appareil, en me le montrant du doigt. Elle semblait souhaiter que je cause dans le bidule. Je ne suis pas assez fat pour m’imaginer que la communication m’était personnellement destinée. La seule réponse à mon questionnement, c’est que la fille était muette !

Imaginez un peu ! Une muette ravissante, belle comme une poupée gonflable en chair et en os, essayant de téléphoner, à 3 heures du mat’, sur les Champs-Élysées ! Quand je vous disais que les circonstances de notre seconde entrevue ont été un peu particulières !!!

Sans compter qu’elle était quasiment à loilpé, sauf un peignoir d’éponge blanc et des mules à talons aiguilles !

Et l’autre conne qui me collait au train, visqueuse comme un autocollant. Je commençais à regretter de lui avoir proposé la botte !

Et celle-là qui n’arrivait pas à produire plus de son qu’un Teppaz débranché, claquant des mâchoires dans son bocal, aussi indéchiffrable qu’une carpe !

Dieu du ciel ! Où m’étais-je fourré ?

J’ai pris le combiné d’une main.

– Qu’est-ce que je lui dis, à votre correspondant ? j’ai demandé en hurlant, oubliant momentanément qu’elle n’était pas sourde, mais muette.

La fille a sursauté et écarquillé les yeux, hagarde. À nouveau, elle m’a montré l’appareil, en me suppliant du regard.

J’ai porté le combiné à mon oreille.

– Vous avez demandé la police, ne quittez-pas ! Vous avez demandé la police, ne quittez pas…

Le mec à l’intérieur s’était fait fourgué un dialogue tout ce qu’il y a de plus pauvre. Sa diction ne passait pas l’écran. J’ai regardé la dame. Elle faisait oui de la tête, le front barré d’un pli terrible. À la voir ainsi, c’était facile de se rendre compte qu’elle se faisait un mouron terrible ! À ce moment, je me suis aperçu que je l’avais déjà vue auparavant. Mais  ? Ce n’était pas le moment de le lui demander !

Le ton avait changé, dans le téléphone : le disque s’était fait remplacer par un humain. On me demandait ce qui se passait et ce qui m’arrivait ?

– Ça, pour ce qu’il se passe, j’en sais fichtrement rien ! Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’à côté de moi, à cet instant même, il y a une dame qui m’a l’air rudement commotionnée. C’est pour elle que je vous appelle !

– Très bien ! Pouvez-vous nous dire où vous vous trouvez ?

– Eh bé… euh… j’ai fait. Je crois bien qu’on est sur les Champs ! Les Champs-Élysées !

– D’accord, a fait le lardu, légèrement impatienté. Mais à quelle hauteur ?

– Alors là, je pourrais pas vous dire…

– Essayez de lire le numéro de l’immeuble le plus proche, espèce d’idiot ! Faites vite ! C’est peut-être grave !

– Excusez-moi, je suis un peu ivre ! J’ai du mal à réfléchir ! Mais c’est provisoire ; ne vous faites pas de bile.

J’ai accommodé, plissant les yeux.

– Ah… ouais ! Ça y est ! Numéro… 92 !

– Ne bougez plus ! On arrive !

J’ai raccroché. Je me suis tourné vers la jolie dame. Elle était tombée dans les bras de mon chaperon, en sanglotant. Ça ne la faisait pas causer !

– Vous êtes sûre que vous voulez les voir ? j’ai demandé, inquiet. J’imaginais des tas de romans : que la belle avait zigouillé son jeune amant, dans un accès de fureur jalouse, ou mis fin aux jours d’une rivale. J’avais pas la moindre envie d’être mêlé à une histoire de ce genre, et encore moins de passer aux yeux du public pour un couillon qui pleure après les lardus à tout bout de champ, comme un gosse appelle sa mère.

Elle a continué à chialer, sanglotant de plus belle, en faisant : « Oui », de la tête. Manifestement, elle avait envie de les voir !

Ils ont débouché d’une rue adjacente, toutes sirènes hurlantes, les gyrophares luisants.

– Go !

Comme de bons petits paras, ils ont sauté sur le trottoir et nous ont cernés.

Immédiatement, avec le sur-entraînement dont ils bénéficient, question psychologie ils ont tapé dans le mille :

– Vous voulez qu’on vous emmène à l’hôpital, madame ? Vous souffrez ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Vous pouvez parler, nous sommes là pour vous aider, pour votre sécurité !

Le plus rageant, c’est qu’elle a parlé. Enfin, bafouillé :

– Ma fille ! Ma fille… elle a disparu ! Je vous en prie… retrouvez-moi ma fille ! Je vous en supplie !

Elle se tordait les mains, s’arrachait les cheveux, son ravissant minois ravagé par la douleur n’était plus qu’un masque de Gorgonne. (Ah ! Douleur Maternelle ! Et ce brushing de chez Magnatis, ça lui en coûterait au moins 600 balles pour refaire tout ça ! Spectacle navrant !) Je me demandais où j’avais pu la croiser.

– Ma fille ! Ma pauvre chérie ! Mon pauvre amour !

Elle commençait à me prendre la tête, la frangine, à se répandre d’aussi lamentable manière, tout ça pour quelques uniformes ! Comment ? Voilà une greluche pour laquelle je me décarcassais depuis une demi-plombe, pour qui je gâchais une partie de fesses assurée, qui me disait peau d’balle tout ce temps-là, et dès qu’un poulet montrait son œil torve, voilà qu’elle retrouvait l’usage de la parole ! Rageant, non ?

– On ferait mieux de l’amener au car, a suggéré un flic, indécis.

– Ben oui ! a finalement décidé le bricard, tout imbu de son autorité.

– Monsieur, je vous en prie, ne me laissez pas seule ! Accompagnez-moi au commissariat ! Ces messieurs sont charmants, mais…

– Mais on est des flics, c’est ça ? a fait le bricard, rogue mais habitué.

– Élie, accompagnez-moi, s’il vous plaît ! elle m’a soufflé à l’oreille.

Là, j’avoue que j’en suis tombé sur le cul. Parce qu’en plus, elle connaissait mon prénom !

– Vous me connaissez ? j’ai murmuré.

– Un peu, mon p’tit ! Et c’est pas d’hier !

– C’est bon ! Je viens avec madame ! C’est une vieille amie !

On est tous montés dans le panier à salade.

 

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