COEUR D’ASPHALTE

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BALAZO A

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Broché / 160 pages


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Résumé

Pour égayer les longs parcours, Roger sait où arrêter son camion : un bon resto, un parking fréquenté par des filles peu farouches… Sa rencontre avec Indiana bouscule ses habitudes et sa façon de penser : elle mène la danse. Mais elle est si belle, si sensuelle, comment lui résister ? Sous la conduite d’Indiana, la dominatrice, Roger découvre des plaisirs qu’il n’aurait jamais cru goûter. Il apprend à dominer des femmes soumises au-delà de ce qu’il imaginait possible, il apprend à se soumettre lui-même, totalement, jusqu’à être forcé de découvrir le charme des amours entre hommes… Où est la limite ? Peut-on aller plus loin que l’intolérable ? Surgit alors la femme qui changera définitivement sa vie… Une aventure moderne, sans tabou, qui exprime la simplicité violente des passions inavouées.

Débuter la lecture

Au son de « Touch me », Roger fredonne avec les Doors, au volant de son trente-huit tonnes. C’est cette heure bizarre où le soleil a disparu mais trace encore à l’horizon des lambeaux de nuages colorés. Pas encore entre chien et loup. Juste avant. Il fait assez clair pour que les phares allumés ne parviennent pas à éclairer la route. Quelques minutes magiques, splendides. Sur les chromes des camions, les reflets du ciel rivalisent avec les éclairages artificiels et leur donnent des allures de vaisseaux interplanétaires.

La chanson se termine juste comme il s’engage sur l’aire de repos. Il roule doucement jusqu’à l’extrémité du parking et va stationner auprès du camion frigorifique de Bernard, dit Bajoues, à cause de ses couilles pendantes… Bajoues-le-Rouquin, son pote, une montagne de muscles auréolée de poils roux, Bajoues, l’obsédé des gang-bang…

Il le retrouve dans la cafétéria du magasin, posé sur un de ces tabourets ridiculement étroits qui semblent la norme sur les autoroutes. Je hais les arrêts d’autoroute !

– Oui, je sais, on est mal assis, rigole Bernard en lui tendant la main. Mais il faut que je sois à quatre heures à Rungis… Alors, pour une fois, tu ne vas pas m’en faire une pendule !

Roger lui broie les phalanges. Il est content de voir son ami, même dans ce lieu aseptisé.

Tout en mangeant, ils parlent de la route, des collègues rencontrés au gré de leurs itinéraires respectifs, ils échangent des anecdotes. Roger n’accorde pas beaucoup d’attention à la conversation. Souvent, il regarde à travers la baie les dernières lueurs du couchant.

– Tu te souviens de Bagdad ? demande-t-il soudain.

– Ah, Bagdad !… soupire son copain.

– Je m’attendais à des couchers de soleil magnifiques sur le désert, et la nuit tombait en moins de cinq minutes !

À cette époque, Roger venait de faire son service militaire et il conduisait des engins sur le chantier de l’aéroport, le bel aéroport tout neuf que les Américains avaient complètement détruit dès le début de la Guerre du Golfe…

– Tu te souviens de la petite brune aux gros seins ?… Pourquoi fais-tu cette grimace ? Elle était chouette, non ?

Bernard s’excite rien qu’en y repensant.

– Je me rappelle surtout des chandelles dans une soucoupe verte…

La fille fractionnait des bougies ordinaires en morceaux longs d’un centimètre. À chaque fois qu’un homme venait se placer entre ses jambes, elle en allumait un, pour mesurer le temps de la passe. La première fois qu’il l’avait sautée, Roger avait été écœuré. Jamais, il n’avait oublié cette odeur sourde des mecs en rut qui se bousculaient pour voir et pour ne pas rater leur tour.

On ne parlait pas beaucoup du SIDA. Depuis deux mois, Roger n’avait pas eu une seule occasion de soulager sa trique persistante… La fille avait connu des jours meilleurs, mais elle se donnait à fond, les cuisses étirées et la fente imbibée des spermes êlés. Elle criait des encouragements obscènes avec un accent du midi.

Après avoir pataugé dans ce cloaque collectif, Roger s’était senti honteux, mais il ne l’avait jamais dit à Bernard, parce que le rouquin adorait ça, les filles qui se font mettre à la chaîne.

– Cela semble si loin, maintenant…

– C’était une autre époque…

Maintenant que tout le monde met des préservatifs, Roger trouve à ces marathons de baise un plaisir sans arrière-pensée, même si ce n’est pas sa distraction favorite. Sur le parking de « Chez Pépé », le relais routier où ils se retrouvent d’habitude, il y a des filles qui viennent se faire mettre en série, une ou deux fois pas mois. Des bourgeoises, certaines, et même du meilleur monde, amenées par un mari voyeur qui compte soigneusement les bites et les orgasmes de leur moitié…

– Dis donc, t’as vu la serveuse ?

Roger s’étonne du coup d’œil égrillard de son collègue. La femme qui les a servis jusque là doit bien avoir la cinquantaine, rondouillarde et joyeuse : rien à voir avec les minettes dont son ami raffole. Il se retourne pour vérifier, mais elle vient de disparaître dans les cuisines. La porte bat encore avec un grincement plaintif.

– Attends, elle va revenir…

Dans le mouvement, Roger remarque une cliente installée à sa gauche, légèrement en retrait. Moins de trente ans, châtain, lunettes, tailleur strict, elle ressemble à une secrétaire de direction. Pourtant, en une seconde, il perçoit en elle quelque chose de terriblement attirant. Comme si elle était en fuite. Ou en chasse. Il aimerait la regarder mieux, mais Bernard lui lance un coup de pied sous la table.

– Admire le châssis ! dit-il entre ses dents.

C’est une nouvelle serveuse, nettement plus jeune, et plus vive surtout, que la précédente. Fausse blonde, en jupe noire à mi-cuisses. De son corsage très décolleté émerge une poitrine généreuse. Elle virevolte entre les tables pour s’approcher d’eux.

– Vous prendrez un café, les hommes ? leur demande-t-elle d’un air canaille.

Bernard s’agite sur son tabouret trop petit en lançant des coups d’œil insistants à son camarade. C’est un truc entre eux. Bernard ne sait pas très bien parler aux femmes, et il estime que Roger, beau brun ténébreux à la voix chaude et assurée, plaît davantage que lui. « Toi, évidemment, aucune ne te résiste ! » lui dit-il souvent avec un zeste d’amertume. Alors, quand ils sont ensemble, il lui laisse la direction des opérations.

Mais Roger ignore ses appels silencieux. Il commande les cafés et l’addition.

– Qu’est-ce qui te prend ? proteste Bernard dès que la fille s’est éloignée. Elle est chouette, non, et pas farouche, si j’en juge par ses coups de hanches racoleurs…

– Tu n’es pas chez Pépé, ici, explique Roger. Cette fille n’est qu’une allumeuse. Elle vient de prendre son service, ça m’étonnerait qu’elle puisse s’interrompre quand elle en a envie… Si elle en a envie…

Bernard maugrée, à demi convaincu.

– Tu as peut-être raison, mais t’aurais quand même dû essayer !

Indifférent aux protestations de son compère, Roger porte un regard oblique vers la cliente qu’il a repérée peu avant. Justement, elle tourne la tête dans sa direction. Leurs regards se croisent. La fille, comme prise en faute, détourne rapidement la tête. Ses cheveux s’envolent et lui cachent le visage, mais Roger est certain de l’avoir vue rougir.

Aussitôt, il se lève et se dirige vers elle.

– Venez donc prendre le café avec nous, Mademoiselle…

Elle lève les yeux vers lui, l’évalue rapidement, rougit encore, puis lui sourit, un peu tendue.

– C’est gentil, mais je suis pressée…

– Nous non plus, nous n’avons pas beaucoup de temps à perdre… Raison de plus pour le passer agréablement !

La fille déglutit. La détermination de Roger l’emporte.

– D’accord…

Elle ramasse son sac et ses clefs tandis que Roger, d’autorité, s’empare de sa tasse.

– Je vais tout de suite commander d’autres cafés, non ? C’est sans doute ce qu’ils font de meilleur, ici…

La fille se tourne vers lui, le regarde furtivement des pieds à la tête, comme pour comparer précisément leurs tailles respectives. Elle lui arrive à peine à l’épaule.

– Oui, il est bon, mais un peu fort, répond-elle distraitement. Je vais être excitée…

En même temps, elle se rend compte de ce qu’elle vient de dire et rougit à nouveau. Le sourire malicieux de Roger achève de la mettre à l’aise.

Bernard les regarde s’installer devant lui sans bien comprendre ce qui se passe. Il essaie d’engager la conversation, énonce des banalités. La fille répond machinalement en sirotant son second café. Elle dit s’appeler Sylvie, se rendre dans le Nord, chez sa sœur qui va accoucher. Elle regarde sans cesse Roger, son visage, ses mains.

Finalement, quand ils sont prêts à partir, elle lui sourit d’un air moqueur.

– Et ton copain, il vient aussi ?

– Comme tu veux, ma toute belle… Si tu préfères, il peut seulement regarder.

– Enlève ta culotte.

– J’en ai pas…

Le rire clair de la fille résonne entre les remorques endormies. Ils sont sur le parking, adossés à l’avant du camion de Roger. Un éclair dans les yeux, Sylvie remonte sa jupe gris fer, découvrant un petit cul rebondi et hâlé, et se penche en avant, mains à plat sur le marchepied. Bernard s’enthousiasme :

– Ah, on voit bien son beau cul, comme ça !

Roger lui fait signe de se taire. Dans le reflet blême des néons, il vient de remarquer des zébrures rouges sur la croupe de la fille. Il pose la main sur l’arrière-train de cette proie consentante. Les fesses sont chaudes. Ses doigts glissent lentement sur la chair, boursouflée par endroits, et la griffe cruellement. Sylvie n’émet pas un son mais sa peau frissonne de plaisir.

– Toi aussi, t’aimes ça, hein ? Eh bien, tu vas voir, je vais t’en donner, moi ! siffle-t-il entre ses dents serrées.

La vue de cette jolie fille en tailleur élégant, maintenant prosternée dans une pose obscène au milieu des vapeurs d’essence, stimule son désir.

– Oui, oui, j’aime ça ! Bats-moi, démolis-moi… Tout ce que je te demande, c’est de ne pas me laisser de marques trop visibles.

– T’inquiète pas, j’sais y faire…

À côté de lui, Bernard, silencieux, sort de sa braguette une longue verge flasque. Déjà, il s’impatiente et se masturbe nerveusement.

– Alors, ça y est, oui ? Quand c’est qu’on commence ?… Écarte encore un peu les cuisses, ma salope, qu’on voie mieux tes trous !

– La ferme ! Laisse-moi mener la danse, Bajoues, tu ne le regretteras pas.

Roger saisit les deux globes dans ses mains et les sépare d’un geste brusque. La raie brune apparaît. Quelques poils noirs sur les côtés ne cachent rien de la rosace froncée qui se contracte avec une élasticité engageante. Plus bas, les lèvres, gonflées et couvertes d’un frisottis brun, s’écartent pour exhiber des chairs rose vif déjà luisantes d’humidité dans la lueur du néon. Roger les flatte d’un tapotement puis, à plusieurs reprises, les claque d’une main lourde.

Pendant quelques minutes, il pétrit rudement les fesses de la fille qui gémit. Puis il retire sa ceinture. Le cuir siffle dans les passants et, à ce seul bruit, quelques gouttes glaireuses perlent du sexe de Sylvie, s’accrochent aux poils courts et bouclés et coulent sur sa cuisse. Roger lève le bras. La lanière s’abat avec un claquement sec.

La fille se cabre. Le premier coup explose, mais Roger n’a pas frappé fort. Pas déjà. Il recommence, augmente l’intensité. Sylvie geint sourdement. Sous l’effet de la douleur, ses fesses vibrent quand la ceinture s’éloigne. Elle oscille un peu des hanches mais garde la tête posée sur ses bras croisés.

Bernard se masturbe maintenant d’un geste méthodique. Malgré la bosse impérieuse qui déforme son jeans, Roger reste impassible, concentré sur la flagellation qu’il applique, attentif à l’endurance de sa victime.

Au dixième coup, il s’arrête, vérifie l’état de la peau. La chair brûle sa paume, égratignée par endroits, à la bordure de boursouflures longilignes.

Sylvie tourne la tête. Quelques larmes coulent sur sa joue et ses yeux sont nimbés d’un mélange de crainte et de gratitude. Elle semble interroger son bourreau du regard.

– Tu vas sucer mon copain… Soigne-le bien, je ne veux pas qu’il jouisse trop vite !

Bernard, plus Bajoues que jamais avec ses couilles ballottantes et sa queue à la main, s’assied, ravi, sur la dernière marche du camion. Il écarte les jambes pour laisser de la place à la fille. Roger la pousse en avant. Elle s’agenouille sur le métal grillagé entre les grosses chaussures de Bernard, pose les coudes sur ses cuisses et avance la tête, bouche béante, croupe offerte.

Sylvie saisit aussitôt le sexe gonflé et achève de le décalotter. Sa langue se promène un moment à la base du gland bleu, puis elle enfourne lentement la hampe qui tressaute dans sa bouche.

Pendant ce temps, Roger colle son bas-ventre à la croupe chaude et tendue et il se frotte de droite et de gauche, irritant les chairs tuméfiés pour que la fille puisse bien sentir son érection à travers la toile rugueuse.

Quand Sylvie commence à sucer, il recule, se déboutonne et glisse une main dans sa braguette, sans cesser de maintenir la jeune femme par la hanche. Durant quelques instants, il se tâte en contemplant la nuque penchée devant lui, qui oscille d’avant en arrière. Puis il se décide enfin à sortir son membre aux veines saillantes, et, paresseusement, en caresse la fente sur toute sa longueur, du clito à l’anus…

Bernard grogne d’une voix sourde. La fille est efficace : si elle continue, en moins d’une minute, il va éjaculer.

Roger intervient.

– Arrête-toi maintenant ! Lèche-lui les couilles…

Docile, Sylvie s’immobilise. Elle abandonne la tige rougie au bout de laquelle perle une goutte blanchâtre et commence à laper les testicules étirés.

– Vas-y, bouffe-les, râle Bajoues.

Roger appuie son gland à l’entrée poisseuse du vagin et pousse brutalement. Sa verge entre jusqu’à la garde. Sylvie étouffe un cri. Il se retire lentement et pénètre d’un nouveau coup de reins plus violent.

Il la besogne ensuite de plus en plus vite. La jeune femme gronde.

– Vas-y, défonce-moi ! Comme ça, oui, plus vite…

À chaque coup de boutoir, son corps est projeté en avant et sa bouche s’écrase sur les bourses de Bernard.

Enfin, Roger se retire, la verge brillante d’un liquide visqueux.

– Reprends-le dans ta bouche et suce-le bien jusqu’à la fin. Je vais te bourrer le cul !

Avec des gestes vifs et précis, il attrape un sachet dans sa poche et déroule le préservatif sur son sexe hoquetant. Il crache dans sa main et enduit de salive l’anus de la jeune femme. Puis il se met en place, s’introduit peu à peu, force l’entrée, écartant les fesses de ses mains, étirant, dilatant le rectum. Il entre de cinq centimètres. Les sphincters se rétractent. L’instant est délicieux. Il caresse la chute des reins en griffant. L’anus se dilate. Il s’enfonce encore.

Sylvie halète.

Bernard en profite pour décharger. Le liquide épais et abondant gicle dans la bouche de la fille. Quelques gouttes de sperme dégorgent de ses lèvres et coulent lentement sur son menton.

Maintenant que Bernard a joui, elle peut s’abandonner à son propre plaisir. Essoufflée, elle pose sa tête sur l’aine couverte de poils roux et se laisse bercer entre les deux hommes.

Roger fait durer le plaisir. Il lime en puissance, coulissant toute la longueur de sa verge dans l’anus assoupli qui le masse délicieusement. Il ralentit encore le rythme, fouillant les entrailles. La fille ondule du cul.

Soudain, elle se cabre, mord la cuisse de Bernard et pousse un hurlement de bonheur. Puis son buste retombe. Tout son corps se détend, brisé par l’orgasme.

Roger se retire vivement, enlève la capote tachée de brun. Puis il empoigne son membre, et le pose, tout vibrant, sur la croupe écarlate qu’il inonde tout de suite de giclées laiteuses.

Sylvie est repartie, un peu décoiffée mais radieuse, après avoir gratifié les deux amis de bises sonores sur les joues, comme une cousine de province. Bernard boit encore un café au comptoir. Peut-être pour vérifier s’il n’a pas sa chance avec la serveuse qui l’a tant émoustillé tout à l’heure…

Roger fume une cigarette sur le parking. Depuis qu’il a décidé de ne plus fumer dans son camion, il apprécie davantage ces instants. Un petit air frais lui pince les oreilles. Soudain son regard se fixe, perplexe. Qu’est-ce que c’est que cette voiture noire, là-bas ? Une ligne sportive. On dirait… Il s’approche. C’est bien une Jaguar, rutilante. Les yeux écarquillés, il en fait le tour, admire l’élégance, apprécie les contours. Dommage, il ne peut voir l’habitacle car les vitres sont teintées. Intérieur cuir, sûrement. Après l’avoir examinée sous tous les angles, en amateur, il revient à pas lents vers son camion.

Soudain, derrière lui, il entend une portière s’ouvrir. Le bruit si doux ne peut provenir que de la Jag. Il se retourne et croit vivre un rêve. Une grande brune splendide sort de la voiture et lui fait un signe de la main. Hypnotisé, Roger reste sans mouvement tandis qu’elle s’avance vers lui majestueusement, un demi-sourire accroché au coin d’une bouche carmin. Vêtue d’une combinaison moulante en latex elle est presque aussi grande que lui.

– Emmène-moi visiter ton trente-huit tonnes, beau mâle. Hébété, il doit faire un effort pour se secouer. Il esquisse un sourire goguenard et répond d’une voix mal assurée :

– Vous n’êtes donc pas un mirage !… Je vous emmène avec plaisir, pourtant ça n’vaut pas un tour en Jag…

En approchant de son camion, Roger remarque une flaque humide sur la tôle du marchepied, souvenir poisseux des frasques commises avec Sylvie. Brusquement plus gêné qu’il n’aurait voulu le paraître, il se tourne vers la belle inconnue.

– Passons plutôt de l’autre côté, dit-il, craignant de rompre l’enchantement.

Elle se tient face à lui, ses yeux verts animés d’une lueur perçante. Elle s’approche à le toucher, pose la main à plat sur sa poitrine et la fait descendre. Ils se regardent toujours. Même s’il ne veut pas le laisser voir, Roger est tellement troublé qu’il ne s’aperçoit qu’après quelques instants qu’elle lui a tâté l’entrecuisse.

– Emmène-moi dans la remorque.

Il ouvre et l’aide à monter à l’intérieur, où règne une odeur douceâtre.

– Quel genre de cargaison ?

– Des tulipes.

Elle le palpe de nouveau, touchant ses pectoraux et ses biceps.

– Tu vas me baiser, beau brun, mais avant, je veux que tu me lèches.

Elle le lâche et recule lentement contre la paroi.

– J’aime faire cela debout, précise-t-elle.

Le ton n’admet aucune objection. Roger, déconcerté par une telle assurance, préfère rester silencieux. D’un geste prompt, la femme en noir fait sauter le carré de latex, fixé par des pressions, qui protège son entrejambe. Roger voit surgir un triangle noir sur une peau lisse et ambrée. Les poils sont très courts, le pourtour soigneusement rasé.

Il s’agenouille. Des doigts durs, très longs, se posent sur sa nuque, exerce une forte pression. Il abandonne sa contemplation pour se mettre au travail. Les grandes lèvres sont gonflées, mais closes. Il baise le pubis, l’aine, puis donne de petits coups de langue entre les babines qui s’ouvrent, dévoilent le clitoris. Le mouvement de sa langue se fait plus ample. Quand il s’introduit entre les petites lèvres, un peu de cyprine humecte sa bouche. Une saveur de brune, au goût légèrement musqué qui se mêle au parfum délicat d’une hygiène rigoureuse. Peu coutumier de ce genre d’exercice, il apprécie dans sa bouche ce compromis entre le savon oriental et l’âcreté naturelle.

La belle semble beaucoup apprécier ses efforts. Elle ne cesse de lui masser la nuque et ses doigts se crispent parfois dans un engourdissement impatient.

– Continue, continue, dit-elle.

Ses hanches ondulent en cadence.

Roger s’applique. Il y va maintenant à pleine bouche, ses lèvres écrasées sur la vulve de la brune. Enfermée dans son pantalon, sa verge devient douloureuse à force de bander. Il a l’impression que sa braguette va éclater.

La jeune femme mouille de plus en plus. Roger entre la langue dans le vagin puis la sort et va buter sur le clitoris dressé qui a doublé de volume. Soudain, enfin…

– Relève-toi et baisse ton pantalon.

D’un bond, il est sur pied, debout face à elle, et ouvre sa braguette pour délivrer son membre congestionné.

– Je t’ai dit de baisser tes culottes, pas de sortir seulement ta queue ! reprend l’autre d’un ton sec.

Avec une fébrilité d’adolescent, Roger baisse son pantalon et son slip à mi-cuisses. Il se sent un peu ridicule ainsi entravé, mais il a d’autres soucis que sa dignité. Son sexe oscille devant lui dans un garde-à-vous impeccable. D’une voix plus basse, comme pour bien prouver que c’est toujours elle qui dirige les opérations, la brune demande :

– Prends-moi.

Roger pose son gland à l’entrée de la vulve en exhalant un soupir de soulagement avant de pénétrer d’une poussée.

– Je t’ai vu à l’œuvre tout à l’heure. Je sais que tu sais te retenir. Si tu te laisses aller en moi, je t’arrache les couilles !

Le ton est tellement convaincant que Roger croit voir un éclair briller dans sa main. Il lui faut deux secondes pour comprendre qu’il s’agit d’un reflet sur ses ongles vernis. Comme il entre en elle, elle les lui enfonce dans les muscles des fesses en poussant un grognement sensuel.

Tout de suite, les parois du vagin s’assouplissent autour de son membre. Des secousses et des contractions malaxent sa verge durcie. Il se retient, mais il est si excité qu’il se demande avec angoisse combien de temps il pourra tenir encore. L’interdiction stimule son envie, il aimerait se laisser aller en elle, lui submerger le ventre de sa semence.

En se concentrant, il parvient à se maîtriser et explore longuement les profondeurs de la femme qui, plaquée au mur, une cuisse de latex relevée, les yeux clos, le visage levé au plafond, s’abandonne au plaisir. Brusquement, elle s’empale sur le membre, serre les cuisses, pousse un râle. Elle plante ses ongles dans les reins de son partenaire qui grimace de douleur, et elle jouit en quelques soubresauts.

Roger, pris au dépourvu, sent qu’il va éjaculer malgré lui, à cause de la violence des mouvements. Mais elle le repousse d’une bourrade. Il se retire, tenant entre deux doigts sa queue gonflée, battante. Le gland est un peu tuméfié.

La femme dégrafe alors le haut de sa combinaison pour dégager son buste. Ses seins, superbes, provocants, jaillissent sous les yeux de Roger qui se met aussitôt à les malaxer, l’œil hagard, la bite implorante, en se branlant doucement de sa main libre. La brune lui touche l’épaule comme pour le ramener à la réalité.

– Viens, tu vas gicler dessus.

Avec assurance, elle lui saisit la queue, et lui fait ainsi faire quelques pas, jusqu’à une caisse de bois sur laquelle elle s’assied avec précaution, pour s’assurer qu’elle est solide. Puis elle admire le spectacle qui se présente alors à hauteur de ses yeux : les testicules palpitants, le sexe érigé qui vibre comme un ressort. Elle devine la sève qui monte.

À bout de souffle, à force d’excitation contenue, Roger, les jambes fléchies, un peu tremblantes, se libère enfin sur la poitrine offerte.

Quand les dernières gouttes ont giclé, la femme saisit le sexe encore raide et le tapote gentiment comme elle ferait pour apaiser un animal. Puis elle repousse le garçon en lui pressant les testicules et se passe la main sur le buste pour étaler le sperme, s’en imprégner la peau.

Quelques instants plus tard, ils sont tous les deux rajustés et sortent du camion sans un mot. Autour d’eux, des moteurs s’échauffent, des soupirs de systèmes pneumatiques envahissent la nuit.

Roger éprouve une sorte de vertige en apercevant la Jaguar qui va emporter la brune aux yeux de félin. Il toussote avant de poser la question qui lui brûle les lèvres :

– Vous reverrai je ?

– Qui sait ? répond l’autre, mutine. Ça me semble improbable mais faisons confiance au hasard…

Après un sourire triomphant, elle tourne les talons, mais Roger lui saisit le poignet.

– Ça vous excite, hein, de jouer les femmes mystérieuses ?

Elle éclate de rire et se dégage de son étreinte.

– On m’appelle Indiana.

Roger la regarde s’éloigner avec un pincement. Quelques secondes plus tard, le moteur de la Jaguar ronronne et emporte dans la nuit son intrigante conductrice.

Il y a peu de trafic et, sauf impondérable, Roger sera à l’heure pour le déchargement. Maintenant qu’il a quitté l’autoroute, il a l’impression d’être redescendu sur terre. Il retourne la cassette des Doors, et songe aux imprévus de sa soirée. Curieux, quand même comme tout arrive en même temps : ce n’est pas tous les jours qu’il fait des rencontres aussi remarquables ! Cette Sylvie, d’abord, pleine d’énergie, tellement bandante avec son air de ne pas y toucher, et ses petites fesses balafrées, toutes nues sous sa jupe de tailleur ! Et puis, celle-là, l’apparition, cette étrange femme en noir, tellement sophistiquée qu’il croirait l’avoir rêvée, sans cette sourde impression d’engourdissement qui lui étreint encore la queue, à force d’avoir bandé…

– Ça me ferait aimer l’autoroute ! dit-il à voix haute.

Il rigole tout seul, retroussant les babines dans un sourire de carnivore.

Une longue montée l’absorbe ensuite. Il hausse les épaules. Encore deux heures de route. Il débraie dans la descente, met une cassette des Stranglers à la place de l’autre qui s’est terminée et commence à faire des calculs. Il va encore devoir demander une avance à son patron pour payer sa semaine d’hôtel. Il faut absolument qu’il trouve une autre piaule. Celle qu’il occupe depuis deux mois est située juste au-dessus d’un café bruyant et il rêve d’une fenêtre ouvrant sur un jardinet calme et vieillot. Cette pensée l’accompagne au long de son voyage. Il devient bucolique lorsqu’il a satisfait son tempérament ardent.

 

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