CONVULSIONS FRENETIQUES

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MASSEY Martin

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Broché / 160 pages


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Résumé

Nues sous leurs chemises échancrées, elles se font étirer sur des chevalets, piétiner sous des ronces, noyer dans des baignoires remplies d’eau glacée… Sont-elles des folles, ou des punkettes post-modernes ? Non. Simplement de ferventes religieuses qui ont remis au goût du jour des pratiques interdites depuis 150 ans. Dans ce village perdu, les notables ont d’abord apprécié ces distractions originales, violentes et extrêmement excitantes. Mais les nonnes ne semblent pas connaître de limites dans leur recherche de la souffrance et de l’humiliation. Pire, elles font des émules dans la population locale, trouvent des appuis financiers… Jusqu’où cela ira-t-il ? Comment enrayer cette crise de folie ? L’inquiétude monte, le scandale menace, la volupté perverse est à son comble…

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La femme s’agenouille, soulève son pendentif. Un minuscule boîtier d’or, rond, au couvercle de cristal, sous lequel se voit un débris grisâtre qui semble être une esquille d’os. Elle tend vers la jeune fille qui referme ses doigts sur le sautoir, ferme les yeux avec une expression extatique. Elle tremble de tout son corps. La femme ne bouge pas, attend que la transe s’apaise, que les doigts se desserrent, lâchent le bijou.

Elle rouvre les yeux.

– Tout est bien. Nous pouvons commencer à présent, sœur.

Prosternée, ses gros seins blancs étalés sous elle comme de la pâte à pain, sur le sol de terre battue, la jeune fille envoie les mains derrière elle, empoigne ses fesses, les sépare comme si elle voulait se fendre par le milieu. La raie pâle, effacée par la tension, révèle l’anus rose cerné de poils blonds et frisés. L’orifice s’anime, palpite, s’entrouvre avec impatience, révèle les abords rouge vif d’un tunnel obscur. Juste en dessous, séparé par le périnée luisant, la longue entaille rose, débordante de chair fripée, se déplisse autour de l’entrée bâillante du vagin. Une glaire limpide s’en échappe, pend en longs filaments gluants qui se collent à la face interne des cuisses rosées.

Un garçon s’approche. Âgé d’une vingtaine d’années. Il est nu. Sa verge est raide, longue, grosse.

Il s’agenouille face à la croupe offerte, ajuste son gland à l’anus qui s’ouvre et se ferme comme doué d’une vie propre, et s’enfonce d’un seul coup de reins jusqu’aux testicules. Le ventre claque avec un bruit de gifle contre les fesses de sa partenaire. La barre de viande dure — vingt-deux centimètres de long et cinq et demi de diamètre — a disparu dans l’intestin. Pas un gémissement n’a échappé à la jeune fille. À peine si un frémissement creuse ses lombes. Au contraire, elle récrimine :

– Ce n’est pas suffisant ! Je n’ai pas assez mal. Je ne serai jamais prête pour tout à l’heure.

La femme s’avance. C’est une grande brune, maigre, efflanquée, aux hanches osseuses, aux seins plats et tombants sur ses côtes saillantes. Rasée, sa toison noire a laissé une zone grisâtre sur son pubis qui saille d’une façon exagérée sous le ventre concave. Les lèvres de la vulve bistre foncé pendent, flasques, étirées, fripées entre les cuisses creuses. Trois tiges d’acier les réunissent, qui les traversent de part en part. Des boulons empêchent qu’elles s’échappent.

– Ne sois pas inquiète. C’est juste pour faire le passage. Ensuite, je t’enfoncerai ce qu’il faut.

La sodomisée enfouit son visage dans son avant-bras replié. Le garçon la pénètre avec une lourdeur cadencée. Il sort sa verge presque en totalité, la renfonce, recommence. Le sphincter, étiré autour du mandrin, forme une mince bague rose qui se retourne à l’extérieur à chaque retrait.

La femme tapote l’épaule du garçon.

– Retire-toi avant d’éjaculer.

– Ça va. Je peux tenir encore. Il faut qu’elle soit tout à fait relâchée. Ça vient bien. Je ne la sens presque plus.

– Très bien. Continue alors.

Elle contourne la jeune fille, se place sur le côté, envoie un coup de pied dans un sein. Un grognement bestial.

– Ah ! oui ! Encore un. Plus fort.

Les orteils percutent à nouveau avec violence la mamelle avachie sur le sol. À plusieurs reprises. Les impacts produisent un bruit creux sur la masse spongieuse.

– C’est ça ! Comme ça ! Shoote ! Marque le but !

La femme change de côté. Recommence une série.

La jeune fille, secouée par les coups de verge du garçon, relève la tête, regarde par-dessus son épaule. Un long soupir, modulé par ses lèvres tremblantes, vide ses poumons. Une volupté immonde souille l’azur de ses yeux. La débauche alourdit ses paupières délicates, plaque un masque abêti sur ses traits juvéniles, enlaidit d’une maturité crapuleuse son visage de jeune fille innocente, pure, saine.

Des borborygmes annonciateurs. Puis, un bruit de gargouillis entrecoupés de longues flatuosités chuintantes.

– Putain ! Elle chie autour de ma queue !

Il s’écarte avec vivacité. Pas assez vite pour éviter le jet de diarrhée épaisse, dorée, qui fuse avec force de l’anus écarquillé. Le garçon en a plein le ventre, la verge, les cuisses.

– Salope !

Un rire muet secoue la jeune fille. Les contractions abdominales dues à son hilarité achèvent de la vider. Les selles, presque liquides, coulent avec lenteur à présent. La fange fétide souille la vulve avant de tomber sur le sol, entre les genoux.

– Excuse-moi, je n’ai pas pu me retenir !

– J’ai envie de te casser la gueule, connasse !

La femme intervient.

– Allons, allons ! Tu voulais qu’elle soit relâchée, non ?

Il regarde le bas de son corps souillé d’excréments. Il s’en dégage une odeur forte, amère, entêtante. Il hausse les épaules.

– Après tout, c’est pas ça qui va m’empêcher de l’enculer !

– J’espère.

Il reloge sa verge dans l’anus distendu, graissé par la pâte onctueuse.

– Elle est si défoncée que je ne sens plus rien !

La femme conseille :

– Termine dans sa bouche.

Il s’extrait. L’anus ramolli laisse filer le membre qui est aussitôt présenté, boueux, aux lèvres déjà ouvertes. La jeune fille suce.

La femme va décrocher un fouet court. Elle fait siffler à plusieurs reprises la lanière épaisse et lourde autour d’elle. Les premiers coups tombent sur les fesses qui tremblent, se marquent de longues zébrures rouges. Le garçon saisit la nuque blanche sous les cheveux mi-longs, coupés n’importe comment à coups de ciseaux maladroits. Il pèse, force pour engager sa verge jusqu’à la moitié de sa longueur. Le gland bute au fond. Un haut-le-cœur secoue la jeune fille, écarquille son gosier. Il en profite pour gagner en profondeur.

Lassée, la femme délaisse les fesses.

– Déplace-toi sur le côté. Tourne-lui la tête ! C’est ça. Je vais lui sabrer les seins.

La poitrine opulente, blanche, veinée de bleu, saute sous les impacts de la pesante lanière. Les mouvements de reins du garçon s’accélèrent ; la verge progresse, obstrue le pharynx. La jeune fille s’asphyxie, ses yeux exorbités roulent en tous sens, son visage prend une coloration rouge sombre.

Le sperme jaillit par saccades en giclées épaisses qui s’accumulent dans le gosier, engluent les amygdales, coulent dans la trachée-artère qui s’ouvre par manque d’air. Elle suffoque. Une quinte violente la plie en deux. Refoulée, la semence lui ressort par le nez comme une morve blanchâtre, mêlée d’excréments.

Le garçon retire sa verge. Un dernier coup de fouet, très puissant, cueille le sein gauche par en dessous. La mamelle saute au menton de la jeune fille, retombe avec de longs tremblements.

– Tu peux nous laisser, à présent. Je vais finir de la préparer. Va prendre une douche. Sœur Guêpière te donnera ton argent.

Il sort.

 

– Mets-toi à genoux. Ne bouge pas.

La femme va chercher une poignée d’épingles de bureau. Des longues. Elle les plante dans les seins. Appuie du pouce sur la tête pour les enfoncer tout entières, atteindre les glandes. La jeune fille ne se dérobe pas. Au contraire, elle bombe le torse.

– Maintenant, la presse. Ça va les faire travailler dedans.

La femme présente l’instrument constitué de deux planchettes, reliées par des tiges filetées. Des écrous papillons permettent de serrer le dispositif. Les grosses mamelles sont introduites. La jeune fille saisit elle-même ses bouts de seins pour les tirer de l’autre côté. Les masses s’allongent, se déforment, s’étirent. Obscènes. La femme visse les écrous. La chair s’aplatit, s’écrase, s’élargit.

– Davantage.

La femme serre. Les aiguilles ravagent la chair comprimée. Une respiration rauque, saccadée soulève de façon convulsive les flancs de la jeune fille. Son visage est illuminé d’une expression extatique. La bave qui ruisselle en continu de sa vulve témoigne de son étrange plaisir.

Un dernier tour d’écrou.

– Là. Ça ira comme ça.

Un battement de paupières approbateur lui répond. Puis, un murmure, au prix d’un violent effort sur elle-même, comme si elle parlait depuis une contrée éloignée :

– Enfonce-moi avec celui à clou. Déchire-moi.

– Ça va couler rouge !

– Tant mieux ! Rouge et marron serait encore mieux. Je dois en avoir encore dans le ventre.

– Ça sera du jaune. C’est la couleur de ta merde aujourd’hui ! Raté !

La jeune fille esquisse un faible sourire.

Elle s’est assujetti un gode à sangle. Pas très gros, mais une torsade de têtes de clou saillantes s’enroule de la base jusqu’au gland épais.

– Tu veux te rouvrir aux doigts, avant, pour que ce soit moins dur ?

– Non.

– Comme tu veux. Tes fesses !

Elle se tourne, se prosterne, ouvre sa croupe. L’anus rose vif, entrebâillé, gonflé, émerge de la couche excrémentielle qui tapisse la raie. La femme cale l’extrémité du gode contre l’orifice. Cramponne la jeune fille par les hanches.

– J’y vais ?

– Oui.

Comme l’a fait le garçon, elle enfonce presque toute la longueur d’une seule et puissante pesée. Achève de mettre les derniers centimètres avec de fortes saccades. Les yeux de la jeune fille sont exorbités. Sa bouche, grande ouverte, cherche en vain à aspirer l’air. Un tremblement violent la secoue tout entière. Transe où la plonge le plaisir monstrueux qui envahit chaque fibre de sa chair, chaque recoin de son esprit.

Consciente des ravages qu’elle va causer, la femme commence des mouvements de va-et-vient. Elle sort en totalité l’instrument du conduit, le renfonce avec force. L’orifice blessé demeure ouvert, comme béant à jamais, dégorge de lourdes coulées où le sang écarlate se mêle à une fiente jaune d’or. Les intestins se vident. Il n’y a bientôt plus qu’une sève pourpre qui s’écoule. Témoin de cette jouissance singulière, le vagin dégorge une bave épaisse qui en lave les abords souillés.

La femme la nettoie avec le jet d’un tuyau d’arrosage. Insiste entre les fesses. L’eau franchit la bague ramollie de l’anus, remonte dans le rectum, d’où elle ressort rouge, puis rose et, enfin, limpide. L’entrecuisse est rincé à son tour. Puis, la figure dont les traits se déforment en grimaces étranges sous la pression. La jeune fille ouvre la bouche en grand. Le jet puissant la frappe au fond du gosier. Elle recule. Se reprend. S’approche pour être atteinte avec plus de force.

Elle est propre. Blanche, rose, et blonde. Avec des gestes pleins d’égard, la femme l’aide à revêtir sa tenue de circonstance, l’accompagne jusqu’à la petite porte derrière laquelle on attend son apparition.

– Que l’Esprit soit avec toi, sœur Roncette.

– Merci, sœur Distendine.

La nuit est tombée sur ce coin reculé de l’Ardèche. Dans le fond d’un vallon, un couvent d’époque romane dresse sa claire et rigoureuse silhouette sous la clarté de la lune. À l’extérieur, accolés au mur d’enceinte de l’édifice, comme placés sous sa protection, les nombreux bâtiments, remises et dépendances de la ferme les Érignades, ajoutés, accumulés, en tassés en désordre au fil des générations, s’étirent vers les champs. De faibles lueurs filtrent çà et là d’une vas te grange : les néo-convulsionnaires vont tenir une séance publique de “grands secours”. Une sœur va être suppliciée. Sort que toutes réclament, et subissent tour à tour de leur plein gré.

La communauté — féminine — est réunie au complet : une cinquantaine de jeunes femmes, de jeunes filles. Françaises pour la plupart. Mais il se trouve aussi des Canadiennes, des Belges, des Suisses, ainsi que deux Autrichiennes et une Brésilienne qui font l’admiration de leurs coreligionnaires pour la dureté des supplices qu’elles supportent. Plus quelques femmes de la région, mariées ou non, adeptes “externes”. Elles viennent se faire “secourir”, c’est-à-dire torturer, une fois par semaine au nom du culte rendu au diacre François de Pâris. La mort de ce dernier, suivie de miracles, deux siècles et demi auparavant, a été à l’origine du mouvement janséniste convulsionnaire.

La cadette de la communauté, sœur Inciselle, vient d’avoir dix-sept ans ; l’aînée, sœur Cousade en aura bientôt trente. Chacune porte un surnom qui rappelle la nature des sévices qui concluent ses convulsions. Sa spécialité en quelque sorte. Il y a ainsi sœur Brasière, sœur Tisonnelle, sœur Lapidine, etc.

Chacune coiffée d’un bonnet de lin lacé sous le menton, d’où les chevelures, blondes, brunes ou rousses, tranchées net, s’échappent avec raideur. Toutes, sans chausson ni bas, portent une sorte de longue cape de lin blanc sous laquelle elles sont nues.

Seule, sœur Algomnia, âgée de vingt-six ans et guide spirituelle du groupe, porte une cape rouge sang et un bonnet noir. La jeune femme, qui allie un mysticisme ardent à un pragmatisme terre à terre, ne connaît d’autres bornes dans les secours que celles qui lui permettent de rester en vie pour continuer à diriger le mouvement qu’elle a ressuscité.

Adepte des mutilations, elle s’est fait trancher, au cours de différentes séances, les deux oreilles — ce qui, loin de l’enlaidir, confère à son visage, aux traits fins et puissants à la fois sous son crâne rasé, une beauté singulière — ainsi que la totalité des orteils. Sa main gauche, déjà amputée des cinq doigts, a fini par être coupée lors d’une séance mémorable de plus de quatre heures. Elle a aussi été crucifiée trois fois, et lapidée jusqu’à perte de connaissance à diverses reprises. Toutefois, à l’exception de ces secours rustiques, dont elle reconnaît l’utilité symbolique ainsi que la force d’évocation des premières convulsionnaires du XVIIIème siècle, elle est très attachée à l’usage de moyens modernes en matière de supplices.

À ce sujet, elle a écrit dans la Lettre des convulsions, une petite publication ultra-confidentielle, réservée aux seuls initiés :

Il ne s’agit pas de faire revivre le passé, même si nous en sommes les héritières, et surtout parce que nous en sommes les héritières. Nous ne donnons pas de spectacles historiques ! Notre intention est de faire renaître une certaine façon de vivre la foi. C’est en souvenir de ces premières convulsionnaires, dont certaines sont mortes dans l’extase d’un grand secours, que nous pratiquons les supplices qu’elles subissaient jadis. Toutefois, comme celles qui nous ont précédées, nous sommes en prise directe avec notre époque. C’est pourquoi nous faisons appel à la technologie moderne qui offre des possibilités de supplices d’une grande qualité. Autant de secours que nos aïeules du XVIIIème siècle n’auraient pas hésité à utiliser.

C’est dans cet esprit, et grâce à la générosité de nos sympathisants les plus fortunés, que la communauté a jugé utile d’acquérir divers matériels mécaniques, électroniques et informatiques qui permettront à nos sœurs d’aller plus loin lorsqu’elles sont en état d’instrument de Dieu. À ce propos, je suis heureuse d’annoncer que l’écarteleuse que nous attendions depuis deux mois, est enfin montée et prête à fonctionner. Assisté par ordinateur, ce dispositif permettra des tensions extrêmes, ajustées d’une façon très précise à la résistance et aux désirs de la sœur qui s’y soumet.

Sœur Algomnia rappelle volontiers que le néo-jansénisme se doit d’exploiter toutes les ressources de la modernité. À ceux qui s’étonnent de voir, par exemple, une sœur traversée de décharges électriques, dont la fréquence, l’intensité, et la durée sont déterminées par un ordinateur. Elle explique que, par le biais d’électrodes plantées dans les parties les plus sensibles du corps de la martyre volontaire, un logiciel analyse le rythme cardiaque, le taux d’adrénaline, et le degré de salinité de la sueur. Un dispositif qui permet de conduire sans accident la mystique à l’extrême limite de son endurance aux secours fondés sur l’électricité.

Au-dessus des têtes, l’enchevêtrement de poutres épaisses se noie dans la pénombre. Les sœurs ont pris place sur des bancs disposés en cercle autour d’une zone éclairée : deux puissants projecteurs réunissent leur cône de lumière sur sœur Roncette qui vient de faire son apparition. Une jeune mystique de dix-neuf ans. Elle a rejoint la communauté quelques jours auparavant, après avoir été une “externe” assidue pendant quelques mois. Ses parents, bourgeois aisés, sympathisants du mouvement, sont présents. Fiers que leur fille soit devenue une convulsionnaire à part entière.

Les invités ont été installés sur les côtés, le long des murs épais. Une vingtaine de personnes de toutes conditions, Commerçants, ouvriers, petits fonctionnaires, mais aussi quelques notables gagnés à la “cause”, parmi lesquelles on reconnaît le président Bourgrult, du Conseil général, le préfet Chaudens et sa femme, Montagnard, le notaire, accompagné de son premier clerc, en l’occurrence une jeune femme blonde, un peu excentrique, et qui est aussi sa maîtresse. Ce que tout le monde feint d’ignorer. Il se trouve aussi monseigneur Ladislas des Épreintes, archevêque en charge du diocèse, et on peut voir mère Jeanne des Légions de Lumière, abbesse du couvent voisin, et protectrice des convulsionnaires. La supérieure est accompagnée d’Adélaïde Fentin-Lassale, septuagénaire richissime avec qui elle entretient une relation homosexuelle. Monseigneur des Épreintes, ami d’enfance de la religieuse, assiste pour la première fois à l’administration de secours.

Debout, un camescope à la main, une convulsionnaire a été désignée, en l’occurrence sœur Clystèle — dont le pseudonyme transparent révèle la nature de ses supplices préférés — pour filmer la réunion. La première séance de secours en public d’une sœur, est un événement dont la communauté veut conserver le souvenir !

Debout, les mains jointes, les yeux fermés. Une expression concentrée sur son visage clair et juvénile, aux joues roses et veloutées d’un duvet doré. Sœur Roncette se recueille avant d’être suppliciée. Ses cheveux blonds, coupés net sur la nuque, évoque une condamnée. Cette impression est encore renforcée par son costume de “secourue”, tout en toile blanche : une chemise ample et courte, retenue au cou par deux cordons noués en ganse. Le vêtement s’entrouvre sur ses gros seins blancs, parcourus de veines bleutées, et marqués de longs hématomes noirâtres. Des culottes droites, sortes de shorts larges aux jambes très courtes complète cette tenue rituelle.

Les instruments nécessaires sont disposés autour d’elle, entre autres une longue cuve en matière transparente, dans lequel deux personnes tiendraient à l’aise. Elle est remplie d’eau aux trois-quarts. De gros pains de glace flottent à la surface.

En retrait, se tiennent les “frères secoureurs”. De jeunes hommes vigoureux des environs, chrétiens fervents gagnés à la cause du nouveau jansénisme convulsionnaire. Leur robustesse est précieuse pour donner aux sœurs, avec l’énergie nécessaire, les “secours” qu’elles réclament toujours plus forts, plus intenses, plus poussés.

Les traits de sœur Roncette s’animent sous l’effet d’une profonde agitation intérieure. Elle fait un signe aux quatre garçons. Ils approchent. Une expression très douce vient éclairer le visage angélique de la jeune fille.

– C’est le moment, frères. Je suis à point.

Un frémissement parcourt le public. Les visages du père et de la mère de la jeune mystique expriment une joie profonde. Ils lui adressent un sourire d’encouragement. La jeune fille sourit en retour, puis s’adresse à l’assistance :

– Je vais recevoir les grands secours car je suis à présent en état d’instrument de Dieu. Les personnes malades pourront me toucher ensuite. Elles seront guéries. Mes chères sœurs, vous chanterez les psaumes cent vingt-quatre, cent dix-huit et quatre-vingt-deux.

Sœur Clystèle, l’œil collé au viseur, enregistre la scène. Luc, un des secoureurs, un garçon mince et athlétique d’une vingtaine d’années, qui, du haut de son mètre quatre-vingt-cinq, dépasse sœur Roncette de plus d’une tête, demande :

– Par quel secours devons-nous commencer, sœur ?

– La “mouillette”. Je brûle. L’eau est-elle assez froide ?

Marc, le plus jeune des secoureurs, va consulter le thermomètre qui flotte entre les blocs de glace.

– Trois degrés. C’est un peu chaud. Il faudrait attendre.

Un long spasme secoue la jeune fille. Elle ferme les yeux, vacille.

– Non ! Je ne peux pas attendre plus.

Elle ajoute :

– Vous me laisserez plus longtemps, c’est tout. Dépassez les trois minutes.

– Très bien, sœur.

Ils saisissent la jeune fille par les poignets et les chevilles, la soulèvent, la balancent deux ou trois fois avant de la jeter en l’air, presque sans effort, au-dessus de la surface. Elle retombe sur les gros pains de glace, les heurte avec violence. Un jaillissement se répand tout autour, Les quatre garçons se précipitent, se penchent par-dessus le rebord, empoignent avec rudesse la convulsionnaire qu’ils maintiennent immergée en totalité dans l’eau glacée.

Chacun peut alors voir, à travers les parois transparentes, qu’elle ne se débat pas. Les pans de sa chemise flottent, dévoilent ses gros seins blancs qui remontent de part et d’autre de son torse, vers la surface.

Les sœurs entonnent le premier psaume, se balancent d’avant en arrière avec lenteur. Marc qui, d’une main, tient la suppliciée par les cheveux, lui cogne le crâne avec rudesse contre le flanc de la cuve, face au public. Sœur Clystèle se rapproche, filme en gros plan la tête blonde qui heurte avec violence la paroi. Les coups sourds résonnent, accompagnent le chant des femmes. Dans le même temps, le garçon regarde sa montre pour surveiller le temps écoulé. Les trois minutes semblent interminables. Le secoureur accroît la force de ses coups. Ceux qui viennent pour la première fois, échangent des regards anxieux, murmurent des propos inquiets lorsqu’une brume rouge s’échappe des mèches qui ondulent comme des algues, trouble l’eau.

Monseigneur des Épreintes, pour sa part, affiche une expression mécontente. Jésuite, ancien missionnaire, apprécié pour ses qualités de diplomate, l’ecclésiastique, plus convaincu de l’intérêt d’une grâce tout au plus amendée par l’injection d’une dose raisonnable de prédestination, que de la pertinence d’un augustinisme aussi radical et enthousiaste que mal compris, n’approuve pas ces simagrées mystiques, dont, par surcroît, la nature érotique, le caractère sensuel, les intentions lascives ne lui échappent pas. Ce dernier aspect n’est pas pour lui déplaire. Le prélat est un adepte de plaisirs irréguliers. Il s’est toujours gardé, toutefois, de mêler sa carrière ecclésiastique avec sa vie privée. Même si quelques-unes de ses ouailles, choisies avec discernement, lui servent de terrain d’expériences pour ses spéculations cérébrales.

Au cours de voyages chez différentes populations plus ou moins primitives, il a pu assister à des démonstrations de religiosité bien plus spectaculaires. Il sait par expérience que, lors de telles séances publiques, la supercherie tient un part importante. Et c’est bien cela qui l’inquiète en l’occurrence : seuls les fanatiques les plus exaltés recourent à l’imposture. Il ne doute pas, en revanche, qu’en privé, entre elles, assistées de quelques zélateurs, ces filles, ces femmes s’infligent de graves et réels supplices. Il doit s’agir alors de tout autre chose que de la scène qui se déroule sous ses yeux, et qu’il tient pour une mascarade. Il marmonne pour lui-même, entre ses dents :

– Grotesque ! Ces singeries doivent cesser ! C’est pire que ce que je pensais. Ce manœuvrier de Molliot n’aurait pas de mal à me remplacer si on apprenait à Rome que je ferme les yeux sur ces extravagances !…

Le prélat n’a accepté l’invitation qu’après avoir été convié à plusieurs reprises par mère Jeanne des Légions de Lumière. Il a fini par céder. Autant pour juger de ce mouvement qui commence à se répandre dans son diocèse, que par obligeance pour sa vieille amie. Par inquiétude aussi, car la communauté, installée dans cette grande ferme dont le couvent est propriétaire, bénéficie de la protection sans réserve de la supérieure : l’Église, dont l’influence décline un peu plus chaque année, se passerait bien d’un scandale lié à une renaissance du jansénisme convulsionnaire.

Marc, à mille lieues des soucis politico-religieux qui préoccupent l’archevêque, continue de frapper le crâne de la jeune fille. Les chocs sourds sont perceptibles sous le chant des sœurs. L’eau remuée déborde parfois, éclabousse le sol.

Ladislas des Épreintes consulte sa montre, hausse les épaules : une apnée de trois minutes est impressionnante, mais n’a rien de surhumain ! Il regarde mère Jeanne des Légions de Lumière et Adélaïde Fentin-Lassale, hoche la tête avec commisération. Quoique les deux femmes soient d’une discrétion exemplaire, il n’ignore rien de leur relation homosexuelle, ni des goûts dépravés de mère Jeanne dont la sensualité déréglée ne connaît d’apaisement que dans la souffrance, la soumission, la dégradation. L’archevêque sait très bien qu’il ne faut pas chercher ailleurs que dans les vices intimes de la religieuse, les raisons qui poussent cette dernière à se faire la complice des convulsionnaires.

La supérieure ne pouvait que prendre le parti de protéger cette communauté décidée, presque trois siècles plus tard, à ranimer le culte du diacre Pâris, et le mouvement convulsionnaire avec ses femmes, martyres volontaires, suppliciées, ravagées, torturées, loin de la capitale et des vestiges du cimetière Saint-Médard, où ont eu lieu les premiers miracles. Après deux ans d’une activité toujours plus intense sous l’aile tutélaire de la mère abbesse, leurs actes de dévotion extraordinaires commencent ici et là, à ressusciter la foi éteinte des uns autant que la curiosité des autres.

Trois minutes et dix secondes. Les secoureurs extraient sœur Roncette. Elle ne chancelle pas, se tient debout avec fermeté. Ses vêtements collent à sa chair bleuie par le froid. Les veines, sous la peau cyanosée de ses seins, ont pris une vilaine couleur violine. Son visage est pâle. Du sang délayé d’eau sourd de sous ses cheveux, rosit sa nuque, son front, ses joues. Une respiration sifflante soulève ses flancs ruisselants. Les chants redoublent de ferveur.

Un homme se détache du groupe des invités, s’avance. Il a une cinquantaine d’années. Son visage bleuté, creusé, fatigué, trahit une maladie cardiaque. Il s’incline au passage devant Algomnia, s’approche de la martyre, se signe. Il pose la main sur le sang qui macule son front, ses joues, y rougit sa paume qu’il applique ensuite sur sa propre poitrine, à l’emplacement de son cœur. Il s’agenouille. Sœur Roncette lui pose la main sur la tête pendant plusieurs secondes, avant qu’il se relève, et retourne à sa place.

La jeune mystique ne s’accorde pas de répit.

– Merci, frères. Cet homme sera guéri. Votre secours était bon. Il aurait fallu me laisser encore. Le moment est venu de m’attendrir le ventre. Labourez-moi comme la bonne terre que le Seigneur nous a donnée.

– Oui, sœur.

L’assistance retient son souffle. Les initiés savent déjà quel grand secours va être administré à sœur Roncette !…

 

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