Des Chibres et des lettres

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DOPKINE Frank

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polar



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Résumé

J’ai très froid, soudain. J’avance dans la chambre en me tenant éloigné du lit. Je le contourne, butant au passage dans un peignoir en éponge blanc, roulé en boule. J’aperçois le bras. Il est presque vertical et la main dépasserait du rebord du lit si elle n’était recourbée, crispée sur le drap. Le corps est coincé entre le lit et le mur, la tête reposant contre le bois du sommier, les jambes à demi tendues, cherchant un appui sur l’angle du mur. Les cheveux blonds sont maculés de traînées sanglantes, et le visage défiguré par la terreur. Je ne vois pas la blessure, mais je sais déjà que je n’entendrai jamais la voix de Valérie.

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I

J’en ai plein les bottes, et au-delà, de Paris gris et moche, des gens qui me font la gueule, de Carole qui m’envoie promener, et d’une foule de détails du même tonneau. J’ai les boules, des fourmis dans les guibolles, et une sacrée envie de ne plus penser à rien.

Alors j’ai quitté Paris en début d’après-midi, et j’ai mis cap au sud sans me retourner. Une fois lancé sur la RN 20, j’ai appuyé sur le champignon.

Cinq cents bornes plus loin, je suis à peu près totalement abruti mais le break est fait. La nuit est tombée, douce, lumineuse, et tout à fait propre à me remettre le moral à neuf.

Je me suis arrêté sur les bords de la Dordogne, dans un patelin proche de Sarlat, et j’ai becté dans un petit resto.

On est en octobre, et c’est l’époque des cèpes. Ça tombe bien. Avec le cirque que je viens de faire ces dernières semaines, je ne m’en étais pas rendu compte. À présent, je suis requinqué, et j’en grille une ou deux avant de me remettre en route. Il me reste à peine une trentaine de bornes.

Alice m’a fait un plan soigné du chemin à suivre pour dénicher sa baraque, mais ça ne m’empêche pas de me planter deux fois, et je dois faire plusieurs demi-tours sur des chemins vicinaux. N’importe, personne ne m’attend, et je n’ai rien à faire le lendemain ; ni les jours suivants, d’ailleurs.

Il n’est pas loin de minuit quand je repère enfin la bonne route, à la sortie d’un hameau appelé le Grand-Roc. Une route étroite et gravillonnée qui escalade un coteau, puis un autre, et sinue à travers bois. Entre les arbres, j’aperçois le ruban brillant de la Dordogne, en contrebas. Le coin est sauvage, et c’est tout ce dont j’ai envie. Vitre baissée, je respire à pleins poumons, et je rate l’embranchement. La route suit une crête, puis plonge à nouveau vers la Dordogne. Je fais demi-tour, et remarque en passant la maison dont m’a parlé Alice, la seule qui soit à proximité de la sienne. Cent mètres après, je trouve le chemin empierré qui monte en pente douce, et après un lacet, mène à la maison.

Elle ne s’embête pas, ma copine Alice. Pour une « petite fermette qui coûte une bouchée de pain au départ, et une fortune à l’arrivée », la baraque me paraît tout ce qu’il y a de chouette. Adossée à une châtaigneraie, elle regarde vers le sud, et domine la rivière. Alice ne charriait pas en disant que le site était superbe. Quant à l’intérieur, retapé sans esbroufe, je le trouve plutôt à mon goût. Le temps de balancer dans une chambre, à l’étage, mon unique sac de voyage, et de faire une flambée dans la cheminée de la grande salle du rez-de-chaussée, j’envisage mon séjour ici sous les meilleurs auspices. Une quinzaine de parfaite tranquillité, voilà ce dont j’ai besoin, et ce que je vais m’offrir, par la grâce de cette brave Alice, qui m’a à la bonne, et prétend que c’est ma santé qui est en jeu… Elle n’a pas tort, mais si elle avait un peu moins le feu au cul, je ne m’en porterais que mieux. C’est qu’elle est insatiable, cette fille-là, et se croit seule au monde dans ce cas… Elle a eu l’idée de cette cure de repos après qu’à deux reprises j’aie rendu les armes sous ses assauts répétés, et j’ai sauté sur l’occasion, en jouant sans trop me forcer au type surmené. Elle n’a fait ni une ni deux pour me prêter sa bicoque aussi longtemps que je voudrais, pourvu qu’au retour, je sois vaillant comme au premier jour. Elle est gentille, et nature, Alice. C’est en pensant à elle plutôt qu’à Carole, qui est au contraire une rouée salope, que je m’endors. Mais c’est à Carole que je rêve. Il faut vraiment que je me la sorte de la peau, celle-là…

Le lendemain est un mardi ; il fait un temps superbe, et je suis bien décidé à ne pas me gâcher le plaisir avec des salades sentimentales. Prendre mon petit déjeuner au soleil, sur la terrasse dallée qui s’étend devant la maison, en regardant le paysage, suffit à écarter les pensées inopportunes. Je fais le tour de la ferme, inspecte en détail les réserves de provisions, et m’intéresse d’abord au ravitaillement. Le premier village est à six ou sept kilomètres. J’y descends en fin de matinée, et au passage, j’aperçois devant la bicoque voisine une Golf rouge.

Alice m’a dit quelques mots des proprios de cette grande bâtisse de maître qui trône au milieu d’une vaste clairière, en contrebas de sa ferme, au bord de la petite route. Des Parisiens pleins aux as, à ce que j’ai compris, mais qui n’y viennent plus guère depuis que le ménage bat de l’aile. Et Alice a ajouté, à propos de la femme : « Elle n’est certainement pas là-bas en ce moment, sinon, je ne t’y aurais pas envoyé pour te reposer… C’est une vraie cannibale, cette femme-là… »

Il semble y avoir quelqu’un dans la baraque, cependant. Mais quand je remonte à la ferme, la bagnole rouge n’est plus en vite, et la façade a l’air bien close.

J’oublie l’existence de cet unique voisinage jusqu’au milieu de l’après-midi. Depuis la ferme, on ne distingue quasiment rien de l’autre maison, si l’on reste au rez-de-chaussée et sur la façade. Mais en furetant à l’étage, je découvre d’une chambre d’angle, par une fenêtre orientée à l’ouest, une vue inédite sur l’autre bicoque. Une vue plongeante qui embrasse, par une trouée rectiligne entre les arbres, l’arrière de la maison. Elle est plus proche que ne le laissent croire les méandres du chemin. Guère plus d’une centaine de mètres.

La même pelouse qu’on voit de la route s’étend derrière la maison, jusqu’aux arbres. Elle est bordée de noisetiers. Près d’un puits sont disposés une table et des chaises de jardin. Au milieu de la pelouse, il y a un transat, et dedans, un corps allongé.

La femme est blonde, ses cheveux pendent à l’extérieur de la chaise longue. Elle ne fait rien, sinon prendre le soleil, et dormir, peut-être. Elle est nue comme la main. Autant que je puisse en juger à cette distance, c’est un spectacle pas débectant.

Je me souviens avoir vu un étui à jumelles posé sur une commode, dans la chambre attenante. Le temps d’aller le chercher, d’en extraire une paire de jumelles de bonne marque, et de la braquer sur la pelouse, le décor n’a pas changé. Je règle les lunettes, amusé.

La nana se montre de profil, le visage tourné vers moi. Elle somnole, les deux bras relevés au-dessus de la tête. Le relâchement de ses traits accuse les petites rides de ses yeux et de sa bouche. Une bouche charnue et entrouverte.

Pour la quarantaine d’années qu’elle paraît, elle a encore de beaux seins. Ils s’étalent sur son buste, brunis comme le reste de son corps. Au centre d’une large aréole brune, leurs pointes sont dressées, couleur de châtaigne.

Les jumelles glissent lentement le long du corps alangui, jusqu’aux hanches larges. Sous le renflement du ventre, le triangle du pubis ressort très précisément, tache pâle sur la peau mate.

Les cuisses sont potelées, légèrement disjointes, et s’offrent au soleil. La tramée brillante d’un filet de sueur marque la jointure du genou, et la position accentue le galbe des jambes, longues et fines.

Cette femme est sans doute la « cannibale » dont parlait Alice, mais je la trouve à croquer.

J’essuie soigneusement les verres des jumelles. Cerné de verdure au bout du tunnel de feuillage, le cercle inondé de soleil au milieu duquel repose le corps nu paraît figé hors du temps.

Je pense à mon appareil photo, que j’ai laissé dans mon sac. J’ai beau être en vacances, j’ai quand même emporté un reflex et un jeu d’objectifs. C’est plus qu’une déformation professionnelle, une seconde nature. Mais si je passe une partie de ma vie l’œil collé à un viseur, ça ne m’empêche pas de faire de la photo pour le plaisir, comme n’importe quel pékin.

La femme bouge, sur le transat. Je braque à nouveau les jumelles.

Elle me tourne le dos, secoue ses cheveux cendrés. Puis elle se lève et traverse la pelouse vers la maison. Elle est pieds nus. Son dos est humide de sueur, et des gouttes luisent au creux de ses reins. Je suis le balancement de ses hanches, et le roulis de son cul. Elle a les fesses hautes et fermes, rebondies sans excès. De dos, sa silhouette est celle d’une femme encore jeune, et bien balancée.

Quand elle ressort de la maison, un verre à la main, je peux juger que le recto ne dément pas le verso. Ses seins sont lourds sans affaissement, et son ventre encore plat. Il n’y a guère que les traits de son visage un peu marqué qui la font paraître plus vieille que la trentaine.

Elle s’étire face au soleil, vide à moitié son verre et, d’une main, soupèse ses seins. Puis elle s’allonge à nouveau. Ses pieds reposent sur l’herbe, de part et d’autre du transat. Sa main descend de ses seins à son ventre, effleure sa motte bombée, se pose sur sa fourche.

Elle ne bouge plus, sirotant à petites gorgées, les yeux mi-clos. Sa poitrine se soulève plus vite, cependant, et ses tétons semblent durcir, parcourus par un frémissement. Elle appuie son poignet au haut de sa fente, et la tension de son bras témoigne de la pression qu’elle lui imprime. Elle tressaille et creuse les reins, décolle son dos du tissu. Caché par sa cuisse, le mouvement de ses doigts se devine.

Les jumelles me la rendent aussi proche que si elle était à portée de main. L’excitation qui la fait tressaillir me gagne, et le fait qu’elle ne puisse soupçonner que quelqu’un la regarde y ajoute évidemment un piment appréciable.

Je me force, durant plusieurs minutes, à écarter les jumelles. À la distance réelle, le tableau est quasiment tel que je l’ai surpris initialement. Une femme nue allongée sur un transat. Un léger déplacement des lignes s’est néanmoins opéré, perceptible à la tension du buste, à l’écartement forcé des jambes qui se passent de l’appui du transat, et se sont campées bien au-delà des bords du siège.

Dans l’air chaud du milieu de l’après-midi, les contours de la pelouse sont un peu flous, et au centre, la silhouette précédemment alanguie, s’est figée dans une crispation qui paraît la suspendre au-dessus du sol, corps brusquement ciselé par le désir, et saisi par la lumière au plus près de son frémissement. Mon regard finit par se brouiller.

Je reprends les jumelles et la cadre en gros plan, regrettant de ne pas avoir mon appareil photo sous la main, et en même temps incapable de me détourner de la scène pour aller le chercher.

Le verre vide a roulé au pied du transat. La blonde a la tête renversée en arrière, et se mordille les lèvres. Une main recouvre ses seins et les presse. Son ventre s’est creusé, ses reins se soulèvent rythmiquement. Son poignet plaqué au sommet de sa fente tourne et comprime ses chairs. À la jonction de ses cuisses très écartées, je vois s’activer très rapidement ses doigts tendus, qui tous sont pointés vers le cœur du sexe.

Elle a déjà dépassé le stade des préliminaires, et se branle vivement, répondant à la pénétration de ses doigts par de brefs et violents coups de rein. La sueur coule entre ses seins, et emperle son ventre noué. Elle se caresse les lolos avec vigueur, les fait rouler sous sa paume, les empoigne et les tire, puis se fixe sur leurs pointes qu’elle tiraille et pince.

Sa bouche ouverte et les palpitations de son visage me font deviner ses gémissements et ses halètements. Au creux de sa vulve, sa main s’agite de plus belle. Elle se cabre et se tord sur le transat, referme soudain ses cuisses et arque son corps, se tend vers le ciel. Un spasme la fait tressaillir, qui court le long de ses flancs et fait saillir les muscles de ses cuisses. Elle doit crier de plaisir. Sa main semble enfouie en elle tout entière. Elle retombe avec un soubresaut.

Appuyé de l’épaule contre le cadre de la fenêtre, je fais passer d’une jambe sur l’autre le poids de mon corps. Je suis resté figé toutes ces minutes, et j’ai même retenu ma respiration. Je me détends lentement, fixe à nouveau le visage de la blonde.

Elle a les yeux clos, et ses narines palpitent encore du plaisir qu’elle vient de se donner. Son bras replié vient me cacher son visage. L’autre main est toujours plaquée dans sa fourche, mais s’est immobilisée. Sa poitrine se soulève moins vite, son bassin s’alanguit au creux du transat. Elle paraît somnoler, jusqu’à ce qu’un infime tremblement de son ventre reporte mon attention sur sa motte.

Son poignet posé à plat sur le delta clair de son pubis bouge par brèves rotations. Elle étire ses jambes et les maintient serrées. Ses roberts se gonflent, et les fraises à peine rétractées reprennent aussitôt consistance, pointent et s’allongent, insolentes.

Je souffle, engourdi par une crampe qui, selon un flux plus naturel qu’il n’y paraît, s’est déplacée de la cuisse à mon entrecuisse. C’est que je la trouve bandante, cette femme, et encore plus bandante l’idée qu’après s’être vigoureusement branlée, elle remette ça après une si courte mi-temps.

Elle ne manque pas d’allant, la gueuse… Et moi, de curieux que j’étais, émoustillé sans plus, voilà que je me trouve d’un coup excité, avec une trique qui me fait dandiner d’un pied sur l’autre.

Cette sensation d’être soudain à l’étroit dans mon bénard a dû me faire rater quelque chose. Je tiens toujours le mignon sujet au bout de mes jumelles, mais avec moins de précision, quand je la vois qui se redresse, la tête tournée vers la maison. Elle se paluche toujours de sa menotte bien planquée en haut de ses cuisses, mais son élan est brisé.

Je tends l’oreille comme elle semble le faire elle-même, et comme si j’étais à côté d’elle. Une foule de bruits montant de la forêt me frappe les esgourdes. Curieux comme à force de regarder intensément, on en oublie d’écouter. Quant à ce qui fait se dresser la charmante, je n’en ai pas la moindre idée. Les jumelles ne me sont pas d’un grand secours.

Elles me permettent tout juste de la voir se lever, et se diriger vers la baraque, sans se presser, plutôt à contrecœur, même.

J’imagine que son excitation renaissante retombe comme un soufflé, et sent la mienne suivre la même pente, descendante.

Je règle les lentilles sur la façade, balaie les vieilles pierres et les volets fermés. La grande bicoque ne laisse passer aucun signe de vie. Entêté, je reste un moment à la fenêtre, guettant un signe, le retour peut-être de la femme. Rien de tel ne se produit, et le soleil, à mi-course vers le couchant, n’est plus si chaud qu’il convie au bronzage intégral.

Alors que je m’apprête à quitter mon poste d’observation, j’entends le bruit d’un moteur. D’où je me tiens, je n’aperçois de la route qu’une ligne imprécise, entre les arbres. Il me semble y entrevoir le fugitif éclat d’une tache rouge. Le bruit s’est déjà éteint. À part le transat délaissé au milieu de la pelouse, la maison a l’air inoccupée.

Balançant les jumelles au bout de mon bras, je redescends au rez-de-chaussée, vaguement intrigué. Le temps de vider une paire de canettes sur le devant de la ferme, en profitant à mon tour du soleil déclinant, j’oublie un peu l’épisode, avec la résolution d’entretenir par une visite de courtoisie certaine relation de bon voisinage. Mon désir de calme est bien réel, mais pas illimité, et la proximité de cette femme apparemment aussi esseulée que moi n’a rien de déplaisant. Après l’allusion d’Alice, et la scène de l’après-midi, les circonstances prennent même un tour assez réjouissant.

Il ne doit pas être loin de minuit, et je sirote un armagnac devant la cheminée, quand un bruit lointain me fait lever le nez du canard que je feuillette. De toute la journée, il n’est passé sur la petite route qui mène au Grand-Roc qu’un tracteur.

Le ronflement du moteur se rapproche, puis s’éteint. Je me demande de quel genre de virée nocturne peut rentrer ma jolie voisine, dans sa Golf rouge.

Je monte me coucher un moment plus tard, et ne résiste pas à la curiosité d’aller jeter un œil dans la chambre d’angle.

La nuit est claire, un peu fraîche, traversée de bruits qui portent loin. Au fond de la trouée, la masse de la maison se détache avec netteté. Aucune lumière ne filtre. Je fume tranquillement un clope. J’ai tout lieu de croire que je suis seul au monde dans ce coin paumé, bien que je sache que ce n’est pas tout à fait le cas.

Le paradoxe, en tout cas, ne m’empêche pas d’aller me coucher sans arrière-pensées, ni de dormir comme un loir.

 

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