Des coups Plein l’Aïeul

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GUEZ Eric

BrigandineMedia 1000


polar



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Résumé

Indéfinissable, Bénédicte ! L’âge ingrat. Deux grands yeux fiévreux dans son étable. Cernés, très, trop cernés pour être honnêtes ! Son petit doigt sentirait la crevette plus qu’à son tour que je n’en serais pas surpris ! Elle doit lire le Divin Marquis depuis qu’il est trouvable en 10/18 ! Elle feint d’ignorer mon existence, mais elle tortille du croupion comme une radeuse de la rue Saint-Denis dès qu’elle me tourne le dos !
Une allumeuse… affaire à suivre, à poursuivre, même ! Surtout dans les couloirs ! Viens, mon poussin, je vais te compter les côtes ! Allons, Hector, mon pote, un peu de calme… ne gâche pas tes réveillons de fin d’année par des incongruités fort mal venues chez un futur premier Ministre ! Mais, par Ravachol, mon sang bouillonne ! J’ai vingt ans !…

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I

La neige était tombée dru pendant la nuit et, encore immaculée, nappait le terrain vague et la cabane d’Hector d’une épaisse couche de crème Chantilly. Alentour, des H.L.M. en construction érigeaient leurs tours de béton gris sale vers le ciel bas et sulfureux.

Il était onze heures. Hector s’étira, bâilla à décrocher sa mâchoire tapissée de poils gris, éternua violemment par cinq fois et, lâchant un chapelet de jurons orduriers, décida de se lever.

L’esprit encore embrumé par le sommeil et la cuite de la veille, Hector pointa son nez à la fenêtre, et considéra d’un œil torve l’étendue neigeuse qui recouvrait la terre stérile et l’herbe miteuse de ce qu’il appelait « son jardin » ; un frisson le secoua. Les vitres sales s’embuèrent sous son haleine, et il ne vit plus rien. Un sourire étira ses lèvres sinueuses : c’était dimanche… Hector goûta voluptueusement le calme, d’ordinaire troublé par les grues et les bétonneuses du chantier voisin ; grâce à la neige, ce silence était d’une rare qualité, et bien peu de voitures s’aventuraient dans la rue du Général-Appert que les services de voirie semblaient toujours ignorer en pareille circonstance, et que le gel rendait difficilement praticable. Finalement guilleret, Hector se mit en devoir de préparer son petit déjeuner.

Après avoir vigoureusement tisonné le fourneau de l’antique cuisinière et l’avoir regarni de charbon, il mit à chauffer un reste de cassoulet et se servit un grand verre de Granvillon qu’il vida à demi. Il scruta d’un œil critique son unique assiette qu’il avait soigneusement saucée la veille et décida qu’une vaisselle ne s’imposait pas. Le bonhomme ne lavait pratiquement jamais son couvert, sauf lorsqu’il avait mangé du poisson, car alors, l’odeur était forte et tenace.

En attendant que son casse-croûte fût consommable, Hector examina avec satisfaction sa dernière œuvre que soutenait un chevalet pourri, rafistolé de ficelle et de sparadrap. Le tableau était peint à l’huile sur un contre-plaqué d’un mètre sur un mètre cinquante ; la facture ne brillait pas par son originalité, mais était néanmoins d’un réalisme suffisant pour rendre l’image assez choquante. C’était un nu. Sur un fond vert bouteille, une femme aux formes opulentes, penchée en avant, présentait au spectateur un séant éléphantesque qu’elle écartait des deux mains. Hector avait tout particulièrement soigné le rendu des chairs rosâtres et le plissement bistre de l’anus entouré de poils follets, dans une technique qu’il qualifiait lui-même d’hyper-réaliste. La dame portait des bas rayés bleu-blanc-rouge, et l’on apercevait, dépassant la ligne des épaules grasses, un bonnet phrygien et sa cocarde. Le tableau était intitulé Fesse nationale, ou Marianne prête à se faire enculer une fois de plus.

Hector éclata d’un grand rire qui s’acheva en quinte caverneuse, et retira du feu son cassoulet qui commençait à attacher.

 

Hector poussa la porte de Chez Riton et lança en guise de salut :

– Vive Ravachol et mort aux vaches !

Il n’y avait que trois clients chez Riton, ce matin-là : Émile Boret, dit la Souillure, chiffonnier de son état, Désiré Molomonga, alias la Panthère Noire de Saint-Ouen, cantonnier à ses heures, et Lucienne Boulanger, Lulu pour ses nombreux intimes, putain et modèle favori d’Hector. Ce dernier la gratifia d’une aimable main au cul et s’accouda au zinc.

– Un grand calva, commanda-t-il, et un godet au choix pour tout le monde ici présent !

Riton lui coula un regard de batracien, sans cesser de lustrer un verre à la peau de chamois ; il marmonna :

– T’as de quoi payer ?…

Hector fit un geste mystérieux ; sa main décharnée claqua sur le comptoir.

– Aujourd’hui est un grand jour, annonça-t-il.

Riton ricana :

– C’est pas encore le grand soir, alors ?…

Hector haussa ses épaules étroites, et répliqua avec un immense mépris :

– Avec une foule de cons qui te ressemblent, c’est pas près d’arriver !

Riton, habitué, ne releva pas l’insulte ; il se contenta de jouer de son pouvoir :

– Pas de fric, pas de verre. Tu me dois déjà vingt sacs. Je ne suis pas un philanthrope.

– Ça, on l’avait remarqué ! gouailla Hector ; mais ce soir au plus tard, tu seras remboursé de ce que je te dois, parole.

Il prit un temps.

– J’ai rendez-vous à quinze heures avec quelqu’un qui achète ma dernière toile. Cher…

– Celle que j’ai posé ? s’exclama Lulu, les yeux en bille de loto.

– Exactement…

– Ben, merde ! fit la grosse ; allez, Riton, sois pas chien, ça s’arrose ! Je suis garante, même, si tu y tiens !

Le mastroquet aligna des verres ; il ne s’enquit pas des désirs de ses habitués qu’il connaissait suffisamment. Pour la Souillure, un Moselle cassis ; pour Lulu, le Ricard s’imposait, et pour la Panthère de Saint-Ouen, c’était un picon-bière. Dans la foulée, Riton se servit un ballon de beaujolais nouveau. L’on trinqua…

– Et c’est qui, le connaisseur qu’achète ta croûte ? émit la Souillure en se grattant vigoureusement l’entrejambe.

– De la Ferrière-Dupré, laissa tomber Hector, pas mécontent de son petit effet.

Riton fronça ses gros sourcils et éructa :

– Tu veux pas dire…

– Si ! trancha Hector, en asséchant son calvados.

 

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