DES HOMMES SANS CIBLE

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LOTKA Francis

BrigandineMedia 1000


polar



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Résumé

Crispée à l’extrême, Eugénie serre ses poignets à les briser. Les mouvements de Marianne sont ralentis ; elle est entièrement immergée et tente d’un sursaut désespéré de renverser Eugénie. La panique qui l’envahit lui fait ouvrir grand la bouche. Eugénie l’enfonce un peu plus et voit ses yeux s’exorbiter, à quelques centimètres de son sexe blond. L’incompréhension qui se lit dans le regard affolé de Marianne glace Eugénie. Les ultimes contractions de sa victime manquent de lui faire lâcher prise. Les deux corps remontent vers la surface dans un éclaboussement. Mais les muscles tétanisés qui enserrent la gorge de Marianne accentuent encore, en un réflexe meurtrier, leur pression. Eugénie sent sous elle le corps inconscient s’amollir et l’immerge à nouveau, impitoyablement.

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I – Jean-Louis

La voiture vire au coin de la rue, et après sa disparition, Jean-Louis Blay garde devant les yeux l’image des deux gosses qui se bagarrent sur la banquette arrière. Déjà ! Avant qu’ils ne débarquent chez sa belle-mère, ils ont largement le temps de s’étriper… Jean-Louis pousse un soupir et se détourne. Que sa femme se démerde ! Elle les a voulus, ces mômes…

La rue est silencieuse. Les villas sagement alignées ne s’animeront guère avant une heure. Depuis quelques mois, Jean-Louis s’est mis à aimer les dimanches, surtout quand il se retrouve seul. Il hume l’air vif et s’attarde dans le jardinet, malgré le froid. Sous les premiers pâles rayons de soleil, la mer scintille au-delà de la ville endormie. Il frissonne et rentre rapidement en chantonnant.

Huit heures sonnent le rappel des bigotes au clocher de la vieille église marine. Jean-Louis traverse la place, sans un regard pour la banque au rideau de fer baissé. Il oublie volontiers qu’il y passe chaque semaine quarante heures ou plus, à assurer les passionnantes fonctions d’adjoint au sous-directeur. Il débouche déjà sur le port, et gare sa voiture. Puis il revient à pied, lentement, jusqu’au café du Phare, qui vient d’ouvrir.

Jean-Louis boit un express et écoute distraitement les prévisions de Georges, le patron aux yeux bouffis. La journée sera belle, sûrement, et la saison va commencer. Il suffirait même d’une semaine de Pâques ensoleillée pour que les touristes affluent ; d’ailleurs les affaires, et le moral, en ont bien besoin. Avant que Georges, avec son accent plus charentais que nature, n’entame le récit des éternelles difficultés de la conjoncture, Jean-Louis s’éclipse, le regard rivé au large, sur la plate étendue de l’océan.

À l’abri d’une jetée de construction récente, à l’écart du vieux port de pêche, les bateaux de plaisance se balancent mollement, rutilants et déserts. Le petit voilier est amarré au bout de la file juste après le gros bateau du directeur de la banque, qui est aussi le président du yacht-club local. Jean-Louis saute à bord et retire son ciré. Il procède sans hâte aux mêmes vérifications qu’il a faites la veille, s’efforçant de ne pas consulter sa montre de plongée toutes les deux minutes. Il est toutefois de plus en plus fébrile à mesure qu’approche la demie de huit heures. La cabine est soigneusement rangée, le pique-nique suffisant pour rassasier une colonie de vacances ; il n’a oublié ni la bière, ni le vin, ni même un petit échantillon de liqueurs dont il n’est pourtant guère friand.

Jean-Louis est fin prêt pour sortir du port, et s’inquiète de l’animation croissante qu’il perçoit du côté de la ville. Il aurait dû tenir bon et lui donner rendez-vous à huit heures, comme il le voulait d’abord. Elle ne se rend pas compte que la moitié de la ville le connaît, lui, et que la moindre imprudence peut lui coûter cher. Être cadre de banque dans une petite ville qui vous considère encore, six ans après votre installation, comme un étranger, un Parisien ; marié de surcroît à une fille du pays, et du meilleur milieu ; et père de deux mômes… La moindre rumeur, le moindre ragot feraient scandale. Le genre de scandale dont on ne se relève pas… Bien sûr, elle ne se rend pas compte, Jeanine. Elle débarque tout juste dans ce bled, et n’habite même pas en ville…

Il est neuf heures moins vingt et Jean-Louis essuie ses paumes moites sur son pantalon de velours. La bouffée de dépit et de colère qui monte en lui le fait lancer rageusement le moteur auxiliaire. Il partira seul, après tout ! Il ne faisait pas autre chose, avant de l’avoir rencontrée, cette écervelée… Il doute même qu’elle aime vraiment la mer, et la solitude qu’il lui offre en partage. Sa femme aussi, au début, se forçait à l’accompagner. Il a vite compris, et s’est fait une raison.

Une course sur le quai suspend la manœuvre de Jean-Louis. La mince silhouette brune de Jeanine apparaît au coin du yacht voisin. Elle est essoufflée. La rogne de Jean-Louis fond d’un coup. Il empoigne vigoureusement le bras tendu et aide la jeune fille à sauter sur le pont. Elle rit tandis qu’il la pousse hors de vue d’éventuels curieux.

– Quelle idée de laisser ma voiture si loin du centre… J’ai couru comme une folle.

Il la laisse reprendre haleine et s’active. Ce n’est qu’après avoir doublé le phare et mis une sensible distance entre eux et la ville qu’il se remet à son tour à respirer.

Voiles amenées, moteur à l’arrêt, le voilier tangue doucement à l’entrée de la petite crique. La plage bordée de pins est déserte, mais Jean-Louis Blay n’a nulle envie de quitter le bateau. Il esquive l’invite de Jeanine à aborder sur l’île. Elle est debout contre lui et frissonne. Un soleil encore frileux joue sur la coque blanche où le nom du bateau, L’Évasion, est peint en noir. Avec une moue, Jeanine se détourne vers la cabine. Blay suit du coin de l’œil le souple balancement des hanches de la jeune fille. En même temps, un bruit de moteur lui parvient. Son regard fouille l’océan sans rien discerner. Le bruit reste lointain, puis croît insensiblement, et il repère le point minuscule qui traverse l’horizon, vers la haute mer. Le canot à moteur se rapproche quelques instants du voilier. Jean-Louis ne distingue rien de précis, à peine une silhouette. Ses jumelles sont dans la cabine. Comme il s’apprête à aller les chercher, le canot décrit une courbe large qui l’éloigne du voilier. Jean-Louis le perd bientôt de vue et hausse les épaules. Il est dix heures à peine et pas un mouvement n’est perceptible du côté de l’île. Le jeune homme se dirige vers la cabine.

Jeanine est allongée sur l’étroite couchette, les mains croisées sous la tête. Elle somnole, ou feint de somnoler. Jean-Louis détaille sans mot dire le corps mince et alangui. La jeune fille a enlevé son pull et le tee-shirt qui moule son torse découvre la peau mate de son ventre, à la lisière du jean. Les seins pointus soulèvent la mince étoffe. L’homme les devine nus sous le tee-shirt et sent son ventre se nouer.

Penché au-dessus d’elle, il dessine d’un doigt le contour du visage, le modelé de l’épaule. La paume qui effleure sa poitrine fait tressaillir Jeanine. Elle se cambre et s’étire, entrouvre les yeux. La main se referme sur son sein, en épouse la courbe. Elle soupire sous la pression plus forte des doigts qui enserrent le mamelon, en pincent la pointe. D’un geste, elle retrousse le tee-shirt sous son menton et tend ses seins aux mains fébriles.

Elle reste ainsi un long moment, presque immobile, tremblant légèrement sous la caresse qui enveloppe son buste, courre le long de ses flancs. La langue de Jean-Louis hérisse la peau fine, butine son nombril, humecte ses tétons. Quand il aspire dans sa bouche leurs fraises durcies, Jeanine l’enlace soudain et l’attire sur elle avec impatience.

Avec une maladresse que l’exiguïté de la couchette et le roulis du bateau accentuent, elle déshabille son amant en lui offrant sa bouche. Leurs vêtements parsèment la cabine. Nus, enfin, ils roulent ensemble sur le plancher. Jeanine sent battre contre ses cuisses le sexe raide et se cabre sous la poigne qui agrippe ses fesses. Sans se soucier de la dureté du sol sous ses reins, elle noue ses jambes au torse plaqué sur elle et la verge trouve seule son chemin entre ses chaires humides.

La tête délicieusement vide, Jean-Louis s’enfonce en elle d’un coup, la bouche enfouie dans la rêche toison de son aisselle. Le corps ferme qu’il presse sous lui ondule souplement, retenant l’amplitude de leurs mouvements. Ils tanguent d’un bord à l’autre de la cabine, à la cadence même du roulis.

Jean-Louis Blay ne pense plus à sa petite famille, à la banque ou au redoutable effet des cancans provinciaux. Dans son refuge entouré d’eau, il s’abîme tout entier dans le sexe qui l’engloutit, le comprime et le retient, le relâche pour l’aspirer à nouveau, avec une force accrue.

Jeanine gémit et se cambre, appelant d’une voix rauque des coups plus violents. Brisant le cercle des jambes qui emprisonnent ses reins, Jean-Louis la martèle à un rythme de plus en plus rapide, s’arc-boute aux hanches rondes et pousse des han de bûcheron.

Ils se cognent aux parois, balaient la cabine de leurs corps soudés. La plainte de la jeune fille enfle en un long cri modulé, comme Blay n’en a jamais connu à sa femme, du temps même de leurs premières amours. Les tempes battantes, il redouble d’énergie, et le flux imprimé par ses reins fait se choquer leurs corps moites.

Jean-Louis ne résiste pas au plaisir, et son explosion décide la jouissance de Jeanine, qui l’étreint et la retient en elle avec une force incroyable. Il s’abandonne contre elle, avec de longs soupirs.

Le voilier n’oscille plus que du mouvement régulier des vagues.

Plus tard, ils parlent à voix basse et fument. Aucun bruit ne leur parvient de la plage proche. Il n’est que onze heures et les baigneurs n’affrontent guère l’océan en avril. Le voilier tangue davantage.

– Le vent se lève ; il vaudra mieux rentrer tôt…

Jeanine acquiesce, les lèvres brillantes. Sa langue parcourt le torse de Jean-Louis, s’enroule aux boucles luisantes du pubis. Elle se fixe sur le membre apaisé, lèche soigneusement les marques de leur premier plaisir. La verge se redresse sous l’insistance de la caresse qui l’enveloppe.

Jean-Louis se laisse aller en arrière, tout entier absorbé par la patiente attention de la bouche pulpeuse. Il enregistre sans y prêter signification le bourdonnement continu qui a rompu le silence environnant.

La bouche arrondie engloutit progressivement son sexe raidi. Les doigts de Jeanine se referment sur ses testicules. Le jeune homme frémit et se tend. Un choc sourd fait vibrer le bateau.

Les yeux clos, les cheveux épars sur le ventre de son amant, Jeanine fait coulisser entre ses lèvres le membre gonflé.

Le brusque arrêt du bruit de moteur déclenche chez Jean-Louis une soudaine inquiétude. Redressé sur un coude, il perçoit nettement un second choc contre la coque. Le va-et-vient qui échauffe son ventre s’accélère, mais il se libère doucement de la bouche qui l’aspire. Sans comprendre, Jeanine le voit se relever et sortir précipitamment de la cabine. Elle n’a le temps de rien dire.

Jean-Louis apparaît sur le pont ; nu, le sexe dressé, il cligne des yeux face au soleil. Le canot à moteur est accoté au voilier. Jean-Louis distingue une silhouette et pousse une exclamation. La soudaine conscience de sa nudité le laisse quelques secondes paralysé face à l’intrus. De la cabine lui parvient la voix de Jeanine.

– Jean-Louis, qu’est-ce qu’il se passe ?

La détonation assourdie couvre les derniers mots. Jean-Louis Blay regarde, hébété, le sang qui jaillit de sa poitrine. La silhouette s’éloigne à toute vitesse, se fond dans le scintillement de la mer. Le soleil devient brûlant. Dans un râle, l’homme s’abat sur le pont. Le moteur du canot crachote et rugit.

Jeanine émerge de la cabine et reste pétrifiée. Un filet de sang coule jusqu’à ses pieds. Son regard tournoie, du corps inerte au canot qui bondit vers le large.

Jeanine croit voir flotter une chevelure blonde, et s’évanouit avec un faible cri.

 

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