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Résumé

Que feriez-vous si un soir une inconnue venait sonner à votre porte pour que vous l’hébergiez ? Que feriez-vous si cette inconnue, aussi belle que vicieuse, se proposait à vous ? Que feriez-vous si cette insatiable perverse, dont vous n’aviez jamais entendu parler, en savait sur vous plus long que vous l’imaginiez ? Que feriez-vous si cette bombe sexuelle prétendait être votre soeur ?

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Chapitre premier

Un coup d’œil au bas de l’écran de l’ordinateur m’a appris qu’il était deux heures douze. Je n’en pouvais plus. J’avais passé la nuit à traduire un roman à l’eau de rose et je n’en étais encore qu’au début. L’éditeur attendrait. Je ne sentais plus mon dos, j’avais soif, faim, envie d’une cigarette.

Je me suis levé de ma chaise, me suis étiré. Bon Dieu ! J’avais l’impression d’avoir passé des semaines le cul vissé sur le siège. J’avais les yeux secs, la peau tirée. J’ai cliqué sur « Arrêter l’ordinateur » et j’ai entendu avec délice le disque dur cesser de tourner. J’éprouvais une agréable impression de liberté.

J’ai fait quelques pas dans l’appartement, puis j’ai regardé par la fenêtre. La nuit était claire, les étoiles scintillaient, très blanches. La pollution lumineuse ne les altérait pas. Trois étages plus bas, l’avenue était absolument calme. Je suis resté un moment à contempler le paysage nocturne, en fumant. Aucune voiture n’est passée. Je me suis demandé où aller manger un morceau, et puis j’ai repensé au Black Bird. Je me détendais…

Je suis sorti de ma chambre. J’ai vu de la lumière dans celle de ma colocataire ; j’ai toqué à sa porte. J’ai entendu un « ouais ? » un peu ensommeillé et je suis entré. Allongée sous la couette, dans son lit king size, l’ordinateur posé sur ses jambes, elle visionnait un film.

— Tu regardes quoi ? je lui ai demandé.

— Saw V. C’est naze. T’as fini de bosser, toi ?

— J’en ai plein le cul. J’ai envie de sortir boire un coup, manger un morceau. Tu viens ?

— Y a plus rien d’ouvert à cette heure.

— Je connais un pub qui ferme à six heures. T’es partante ?

— Allez…

Elle a rejeté la couette, posé son ordinateur par terre, s’est levée. Elle portait un T-shirt noir à l’effigie de Marylin Manson, qui lui tombait en dessous des fesses. Elle avait les jambes nues. Ses orteils étaient vernis. Je ne l’avais jamais vue à poil, mais souvent à demi nue, dans des circonstances comme celles-là. J’aimais regarder ses jambes, deviner la forme de son cul, sous le T-shirt. Elle me laissait regarder, ça ne la gênait pas.

Je suis sorti le temps qu’elle se change. Je l’ai attendue au salon en buvant une bière et en fumant une clope.

On habitait ensemble depuis deux ans. Moi, je venais de rentrer en France. J’avais beaucoup bougé après avoir abandonné mes études ; j’avais fait des tas de choses, et après toutes ces années, je ressentais le besoin de me poser quelque part. J’avais trouvé un boulot de traducteur pour les éditions de La Vie en rose, grâce à des copains de fac que j’avais recontactés ; c’est comme ça que je l’avais retrouvée, elle aussi. Comme elle venait de quitter son mec, et que tout comme moi, elle cherchait un appartement, ça nous avait semblé naturel d’en prendre un à deux. Elle n’avait pas changé, physiquement, depuis la fac. Menue, rieuse, fine, avec ses petits nichons remarquables et des coiffures pas possibles, elle ressemblait toujours à une post-ado. Moi, j’avais le même âge qu’elle, trente-six, mais je faisais plus mûr, alors que c’était du flan complet. A part l’expérience de la galère internationale, je n’avais pas grand-chose qu’elle aurait pu m’envier…

Quand elle m’a rejoint, elle portait un jean noir moulant, des Converse basses bleu marine, un débardeur mauve à paillettes aussi moulant que le jean – sans rien dessous – et une veste en skaï noir brillant.

— J’ai l’air d’un plouc avec mon jean pourri et mon T-shirt Sonic Youth !

— On s’en fout, on n’est pas mariés !

Dehors, le froid nous a saisis. Coralie est devenue toute rouge.

— La vache, ça caille ! On prend un taxi ?

— Non, autant marcher… On en prendra un pour rentrer, quand on sera bien bourrés !

J’ai sorti mon paquet de Camel, j’en ai pris une, en ai proposé une autre à Coralie, qui a accepté. J’ai allumé les deux. Elle a posé sa main sur la mienne pour protéger la flamme du vent. Ses doigts étaient frais et doux. J’ai aimé le contact.

Les rues étaient désertes. Le vent sifflait entre les voitures. Nous avancions sans rien dire. J’appréciais la morsure du froid. J’avais l’impression de revenir à la vie. Ça faisait un temps fou que je n’étais pas sorti de chez moi pour flâner… et au moins trois jours que je n’étais pas sorti du tout. Je me nourrissais de conserves, de bières et de Chocapic. Je respirais l’odeur de la ville, mélange d’humidité, de froid, de goudron, de pollution, d’urine… De temps en temps, je jetais un œil à Coralie. Elle semblait perdue dans ses pensées, et je n’avais pas envie de l’interrompre. J’étais bien en sa compagnie et dans le silence.

Le pub était bondé. Nous nous sommes frayé un chemin entre les tables, et nous avons fini par trouver dans un recoin inoccupé une table ronde et haute. Nous nous sommes assis sur de hauts tabourets. La lumière était tamisée. Noir Désir passait très fort, mais le brouhaha était tel qu’il couvrait les paroles de la chanson. Nous avons reçu un grand coup de chaud : le contraste avec l’extérieur était saisissant. J’ai regardé les gens, les serveuses, les décorations, les cloisons en bois, puis je suis allé commander au comptoir.

Vers quatre heures du matin, il a fallu que je sorte. J’étais plutôt bien bourré ; l’air frais m’a remis d’aplomb. Je n’étais pas le seul dans ce cas : deux filles étaient assises sur le trottoir d’en face, l’air livide. Quand j’ai sorti une Camel, elles m’ont supplié de leur en filer une. Manque de chance, c’était la dernière, je la leur ai donnée. Qu’elles la fument à deux. Moi, j’ai été faire un tour.

Je me suis éloigné du pub. La rue était toujours aussi froide, aussi déserte, sauf aux environs immédiats du bar.

A un moment, j’allais le long d’un trottoir bordé d’immeubles résidentiels et de voitures familiales. Devant moi, une pute black surgie de nulle part marchait elle aussi. Bras nus, minijupe, talons hauts dans le froid terrible, elle chantonnait, l’air de s’en foutre. Moi, même avec mon blouson bien fermé sur mon T-shirt à manches longues, j’étais frigorifié. Je l’ai suivie jusqu’à ce qu’elle tourne dans une petite rue.

Après un grand tour de quartier, je suis revenu sur mes pas. Les deux nanas qui avaient fumé ma clope étaient toujours là. Je suis allé m’asseoir à côté d’elles ; nous avons causé. La blonde un peu ronde avec des gros seins, Géraldine, travaillait à Monoprix. L’autre, Anastasia, brune, plus sportive, plus sexy, d’origine russe, travaillait comme interprète. Je ne sais plus de quoi nous avons parlé. Tout ce dont je me souviens, c’est que j’aurais bien aimé mixer les jambes et les seins de Géraldine avec la bouche et le cul d’Anastasia. Je commençais à me sentir pas mal excité quand Coralie et un type nous ont rejoints. Tout ce petit monde a commencé à se présenter, à fumer les cigarettes généreusement distribuées par le nouvel ami de Coralie, et à causer gentiment. Moi, je n’arrivais pas à faire mon choix. A la faveur d’une pause-pipi, je suis revenu m’asseoir entre les deux filles. Entretemps, Ben avait posé sa main sur la cuisse accueillante de Coralie. Puisque l’ambiance était détendue, j’ai posé les mains sur les cuisses des deux filles, qui ne se sont pas offusquées. La discussion allait bon train. Nous savions où nous en étions.

Un peu plus tard, nous sommes retournés à l’intérieur profiter de la dernière tournée. Il y avait davantage de place. Nous nous sommes installés à une table rectangulaire entourée de bancs. Ben est allé commander un pichet de Kilkenny et une grande canette d’une bière blonde que je ne connaissais pas.

Ben et Coralie se sont embrassés. J’ai embrassé la bouche pulpeuse d’Anastasia ; Géraldine m’a embrassé ensuite. Sentant une main se poser sur ma cuisse, puis remonter vers mon érection, j’ai regardé à qui elle appartenait. C’était celle de Géraldine. Des ongles longs et manucurés. Ben et Coralie se sont éclipsés vers les toilettes. Entre les deux filles et moi, les choses suivaient leur cours. Je bandais. Je venais de découvrir que la brune ne portait pas de culotte et se rasait la chatte, et aussi qu’elle mouillait déjà beaucoup. Nous nous efforcions d’être discrets, mais je ne sais pas trop ce que ça donnait vu de l’extérieur. Ben et Coralie sont revenus, et peu de temps après, il a fallu payer et partir.

Mes deux nouvelles copines se sont brusquement rappelé qu’elles devaient se lever tôt le lendemain. Deux baisers goulus, et nous en sommes restés là. Dans l’aube naissante, dans le froid, dans la lumière rose, imbibé d’alcool, un bout de papier à la main avec leurs numéros de téléphone, j’ai regardé leur taxi s’éloigner pendant que le nôtre arrivait. C’était à la fois très triste et plutôt risible. Au loin, l’écho des éboueurs et des premiers travailleurs…

— Ah, merde ! s’est écrié Ben. J’ai oublié mon téléphone à l’intérieur. Attendez-moi, j’en ai pour une minute.

C’est là que j’ai décidé de le faire. Le taxi s’est arrêté, a ouvert une vitre.

— Bon, les jeunes, on y va ?

J’ai fait « oui », j’ai ouvert la portière. Coralie n’a pas bronché : elle était trop bourrée pour avoir un réflexe quelconque. Nous nous sommes engouffrés à l’intérieur du véhicule et sommes partis sans laisser le temps au don juan des bistrots irlandais de nous rejoindre avec son mobile.

Le taxi n’avait pas parcouru cinquante mètres que Coralie est sortie de sa torpeur. Elle a essayé de poser deux questions à la fois : « pourquoi on plante Ben ? », et « c’est quoi, cette adresse que tu as donnée au taxi, on rentre pas chez nous, tu deviens marteau ou quoi ? ». Elle n’a pu sortir que des mots incompréhensibles. On aurait dit qu’elle parlait une langue inconnue. Elle s’est étranglée de rire en s’entendant, puis elle est redevenue interrogative. Tout ça en quinze secondes. Pour toute réponse, je me suis penché sur elle ; je lui ai roulé un patin. Passé l’instant de stupeur, ses lèvres se sont ouvertes. Sa bouche m’a accueilli comme si nous faisions ça tous les soirs ; sa langue est venue à la rencontre de la mienne avec la délicatesse et la familiarité d’une vieille amante. Le taxi roulait, imperturbable. Nous nous sommes finalement détachés l’un de l’autre. Il faisait presque jour. C’était bizarre. Ça donnait l’impression que le baiser avait duré toute la nuit.

— On serait pas en train de faire une connerie ? elle a demandé.

— On s’en fout.

Nous nous sommes encore embrassés, puis séparés ; ensuite, nous n’avons rien dit ni rien fait durant le reste du trajet. Coralie ne pouvait pas éviter de voir la bosse que formait ma bite à l’avant de mon jean. Quant à moi, je fixais les tétons pointus de ses petits seins qui tendaient le débardeur moulant.

Nous sommes arrivés. Il ne faisait pas encore tout à fait jour, mais les lampadaires s’étaient éteints. Nous n’étions pas le lendemain puisque nous n’avions pas dormi. Le lendemain, c’était pour les autres, tous ceux qu’on croisait sur la route, ou qui faisaient la gueule dans leurs voitures et dans les bus, et qui allaient bosser. Pas pour nous. Nous étions hors du temps. Hors de l’espace, aussi, puisque nous n’étions pas chez nous.

— Hôtel des Voyageurs ? C’est une blague ou quoi ?

— Non, un pèlerinage.

Nous avons sonné. Nous nous tenions par la main.

La chambre était petite. Un lit, une fenêtre, une armoire, une lumière électrique blafarde que nous nous sommes empressés d’éteindre. Coralie est allée pisser ; je me suis déshabillé et mis au lit. En sortant de la cabine de toilette, elle a souri. Elle a ôté le drap qui me recouvrait.

— Toi et moi… elle a dit, songeuse.

Je l’ai attirée à moi, l’ai embrassée. Ma queue s’est dressée.

— Pourquoi ici ? elle a demandé encore.

— Plus tard…

J’ai fait glisser sa veste. Elle a ondulé des épaules pour m’aider. J’ai soulevé son débardeur. J’ai pris ses tétons entre mes lèvres, pendant que sa main froide attrapait ma queue. A cet instant, j’ai compris que ça faisait des années que j’avais envie d’elle.

Elle a fini de se déshabiller, puis s’est allongée sur moi, en 69. Elle m’a tendu son cul. Elle a offert sa chatte rasée et mouillée à ma langue. Je l’ai léchée partout. Dans cette position, ça faisait comme une longue fente ininterrompue, humide, chaude… terminée d’un côté par le bouton décalotté du clito, et de l’autre par le trou propre de son cul. Je m’en donnais à cœur joie. Je ne fermais pas les yeux. J’écoutais chaque détail de ses soupirs, de ses gémissements, de ses bruits mouillés quand elle avalait ma queue entière. J’avais envie, très envie de la faire jouir, à tel point que je ne me concentrais que sur ça, oubliant même mon propre plaisir. Je pressais mes mains sur ses fesses fermes. J’écartais ses grandes lèvres des deux pouces, pour lécher plus profond. C’était rouge, brillant de mouille. Ça sentait bon. Et d’un coup, c’est arrivé : mon plaisir m’a pris par surprise. J’ai enfoui mon visage dans sa chatte pleine de mouille ; j’ai joui. Elle a eu la délicatesse de me garder en bouche pendant que je me vidais. Je l’entendais déglutir au fur et à mesure, et ça m’excitait encore plus. J’aurais voulu que l’éjaculation ne s’arrête jamais.

Quelques secondes se sont écoulées avant que je puisse à nouveau la lécher. Elle continuait à branler, sucer ma queue, aspirer mes couilles. J’ai écartelé son trou du cul pour y fourrer un doigt, puis deux, gluants de mouille. L’anus se dilatait ; je l’avais sous les yeux, c’était magique. J’ai mis la langue aussi, pendant que je lui remplissais la chatte à trois doigts. C’est là qu’elle a joui. J’ai senti des contractions sur mes doigts, un flot de mouille plus fluide. Son cul est devenu plus moelleux, plus ouvert, et elle y était. Je me suis régalé de l’entendre jouir. Elle émettait des cris aigus qui s’interrompaient, se télescopaient, comme si elle manquait d’air. Ça a duré une bonne minute. J’ai retiré mes doigts doucement. Toute cette histoire m’avait fait rebander ; j’avais encore envie et elle l’a bien vu. Elle s’est tournée sur le dos, m’a dit de venir en elle. Sa chatte était très dilatée, très mouillée. Elle a noué ses jambes autour de moi, m’a encouragé à la prendre aussi vite et aussi fort que je voulais en agrippant ses mains à mes fesses et en donnant le rythme.

Je gardais les yeux ouverts. Son visage était éclairé par un rayon de soleil, le premier de cette foutue journée, le premier en quatre jours. Elle fermait les yeux et prenait du plaisir. Elle avait un sourire bizarre, la bouche à demi ouverte, et hoquetait d’une voix presque inaudible. Elle avait l’air heureuse, l’air perdue. Ça m’impressionnait. J’ai joui brutalement, la sensation de la défoncer, mais elle semblait apprécier. Ensuite, nous nous sommes étendus côte à côte. Nous n’avions plus de clopes depuis longtemps – dommage.

— Finalement, on aurait dû garder Ben avec nous, j’ai dit.

Elle a ri, m’a donné une tape sur la bite.

— Salaud. Ça fait longtemps que tu projetais de me faire un coup pareil ?

— Non. C’est venu comme ça.

Elle a ri encore. A quoi pensait-elle ? J’ai regardé dehors, je me suis demandé quelle heure il pouvait être. Sept heures et demie ? Huit heures ?

On était mardi, en tout cas.

— Alors ? elle a fait.

— Alors, quoi ?

— Pourquoi on est là ? Qu’est-ce qu’on fout ici ?

Je lui ai raconté. C’était simple, en réalité ; pourtant, je ne trouvais pas mes mots. Un jour, j’avais quitté mes parents, à l’aube, pendant qu’ils dormaient. J’avais piqué tous les sous dans le portefeuille de mon beau-père (des francs, à l’époque) et je m’étais retrouvé dans cette ville, à cette adresse, dans cet hôtel. Je lui ai raconté comment je m’étais masturbé en regardant, à la fenêtre d’en face, une fille se déshabiller, et comment la fille m’avait vu. Elle avait tiré les rideaux, et moi, je m’étais hâté de jouir, mais le soir suivant, elle était là, rideau ouvert, éclairée, et elle s’était déshabillée pour moi.

Ça s’est reproduit deux ou trois soirs de suite. Elle dansait, se caressait les seins. J’éjaculais contre la fenêtre. J’espérais qu’elle voyait les dégoulinures de sperme. Et puis nous avions fini par nous voir. Elle avait quarante ans ; moi, seize. Tout ça s’était passé dans cet hôtel, et pour moi, c’était la première fois. Elle m’avait branlé longtemps entre ses gros seins souples, pour être sûre que je la baise correctement. J’avais beaucoup juté les deux fois. Ses seins étaient couverts. Je l’avais baisée en levrette, et puis elle m’avait initié à la sodomie. Nous nous sommes vus plusieurs fois. Elle m’aimait bien. Je n’ai jamais trop su pourquoi. C’était il y a vingt ans. Mazette.

— C’était cette fenêtre-là ?

— Oui.

Il n’y avait plus de rideau, mais des persiennes. La pièce n’était plus une chambre, mais un bureau. Il y avait toujours une fille à gros seins, mais elle était vêtue d’un tailleur et tapait du courrier sur un gros PC gris clair.

— Je crois qu’on est dans la même chambre, j’ai dit, sachant que c’était invraisemblable.

Je me suis retourné. Coralie dormait.

J’ai dormi aussi. Deux heures après, la femme de ménage nous réveillait ; elle devait faire la chambre.

— Il faut que j’aille bosser, de toute façon, m’a dit Coralie.

Elle était prof de lettres dans un collège privé.

Je suis rentré à la maison à pied. En cherchant dans mes poches un peu de monnaie pour acheter des clopes, j’ai trouvé le bout de papier où les deux allumeuses de la veille avaient noté leurs numéros de portable. Je l’ai jeté.

La première Camel de la journée. Un peu de paix ; c’était bon après ce qui venait de se passer. J’étais assis sur un banc, j’avais le temps de rentrer, j’envisageais sans trop me brusquer les neurones d’aller boire un café, manger un croissant. Je savourais chaque bouffée. J’étais détendu. Je puais l’alcool et la baise… la nuit blanche, quoi. Et j’avais la peau malpropre, les vêtements fripés. J’étais très bien, très content. J’étais plongé dans cette autosatisfaction imbécile qui me hérisse le poil quand je la constate chez les autres. La vie, durant ces quelques minutes passées sur un banc à fumer une clope, m’apparaissait aussi inutile, stupide et confortable qu’un bain chaud.

Plus tard, au café, il a bien fallu que j’envisage les conséquences pratiques de ce qui était arrivé. Mais quoi ? C’était simple. On allait continuer, on n’allait pas continuer. On n’était pas amoureux, que je sache. On ne se devait rien. Moi, ça faisait longtemps que j’avais pas eu de meuf ; Coralie, elle, sortait d’une histoire spécialement pourrie. Si on pouvait se donner du bon temps sans se prendre la tête, ce serait déjà beau.

Un café très chaud, très fumant, en terrasse, dans le froid gelé du matin. Les vieilles qui passent avec leurs cabas et leurs manteaux à carreaux. Les lycéens qui sèchent.

 

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