DOULEURS TENDANCE

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MASSEY Martin

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Broché / 122 pages


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Résumé

La rédaction de Toxic, le magazine à l’avant-garde de la mode, bourdonne d’un essaim de jeunes employées plus vicieuses les unes que les autres. Cruelles ou dociles, tatouées, percées, jouisseuses, ces filles au look d’enfer raffolent de jeux déchirants et de tortures sensuelles. Vénus, la directrice pachydermique, tyranise ce harem ravi, avec l’aide de jolies lèche-culs qui mouchardent à loisir pour avoir l’honneur de mériter leur titre. Aidée de son esclave préférée, elle maltraite aussi les top-models de passage qui savent qu’elles vont trouver dans ce temple de la souffrance saphique les émois malsains qui les soulageront de leur stress sans ruiner leur maquillage ni troubler leur coiffure. L’arrivée de Diane perturbe ce petit monde. Aussi égocentrique, coquette et décalée que les autres, elle n’est pas la plus belle, mais c’est une amoureuse, et ça, ce n’est vraiment pas tendance.

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La secrétaire de rédaction, une grande blonde très mince, dont la minijupe de lamé argent découvre les longues cuisses nues et blanches, conduit Diane, baskets, jean, pull trop grand et cheveux en brosse – sans oublier le sac à dos gonflé d’une paire de rollers ! – à travers la salle hérissée d’ordinateurs. Le bourdonnement imperceptible des machines se mêle au bruissement léger des voix féminines. Elle s’arrête devant une porte en verre dépoli. Une plaque annonce : Vénus Daubermann. La rédactrice en chef du plus célèbre magazine de luxe consacré à la mode d’avant-garde.

La fille donne un coup de menton vers le battant.

— C’est là. Tu n’as qu’à frapper. Ça devrait marcher.

Elle marque une légère pause, ajoute sur un ton différent, le regard planté avec aplomb dans celui de la nouvelle venue :

— J’espère que tu vas rester. J’ai flashé tout de suite sur toi. C’est drôle, d’habitude, je suis branchée par les nanas hypersophistiquées !…

— Moi aussi, j’ai eu le flash quand je suis entrée dans ton bureau. Pourtant, ce sont les garces tatouées et fringuées cuir noir qui me branchent en général ! Rien à voir avec ton look !

Elles rient, un peu embarrassées.

— Comme quoi !…

— Oui.

Diane se gratte la tête. Un geste qui lui est familier.

— Ce n’est pas si simple.

— Pourquoi ? Si on se plaît, on se plaît !

— Bien sûr, mais je suis spéciale. Un peu tordue. La secrétaire de rédaction a un geste insouciant.

— Je ne suis pas tout à fait clean non plus !

Diane sourit, hoche la tête. Son regard s’attarde sur les seins, libres sous le débardeur blanc, barré d’une inscription vert fluo qui ne laisse planer aucune ambiguïté : J’aime les nanas ! Puis, descend vers les cuisses minces, interminables, se fixe sur le creux triangulaire que forme le vêtement exigu au bas du ventre.

La fille a un petit rire de gorge, sensuel.

— Je ne porte jamais de slip. Je suis épilée et j’ai des anneaux.

— Super ! Je suis percée aussi. Les seins et le clitoris.

La fille lui tend la main.

— Moi, c’est Cybèle. Nous sommes toutes lesb’, ici. Il n’y a pas un seul mec. Mais Vénus interdit toute démonstration pendant le travail. Même pas un bisou ou une main aux fesses. Ça peut suffire à se faire virer. Pour la pause-câlin, on se rejoint à la machine à café, puis on va aux chiottes. Si on veut pousser les choses, il y a la salle des archives au sous-sol.

Diane sourit, hoche la tête.

— Dans la boîte où j’étais avant, c’était pareil, on se retrouvait aux toilettes. Sauf que pour les affaires sérieuses, là-bas, ça se passait dans le local aux fournitures !

Elles rient encore. Diane hésite une seconde.

— Et… si ça collait, on se voyait le soir, à l’extérieur.

Le visage de la fille se ferme de façon imperceptible.

— Je suis avec Vénus.

— Je comprends. Excuse-moi.

Cybèle retrouve aussitôt son expression amicale.

— Il n’y a pas de mal. Tu as une copine en ce moment ?

— Oui et non.

— O.K. ! Bonne chance.

La fille repart. Diane suit un instant le balancement des fesses hautes qui s’éloignent avec un roulis juste assez appuyé pour qu’on en perçoive l’humour. Elle frappe.

— Entrez !

Une voix rogue, abrupte, autoritaire. Diane pousse la porte. Debout au milieu de la pièce, Vénus Daubermann la considère sans bienveillance. C’est une grande femme brune, au physique ingrat et rebutant, presque obèse. Ses formes sans grâce déforment un tailleur défraîchi, fripé, mais qui conserve néanmoins son chic d’origine. Il émane d’elle une impression de négligé. Presque sale. Le faciès brutal, qui évoque celui d’un bouledogue, exprime à la fois la ruse, le cynisme et le vice. Les yeux noirs, petits, enfoncés, porcins sous les sourcils épais qui se rejoignent presque, manifestent une intelligence aiguë qui surprend dans ce visage épais, bouffi, disgracieux. Une cigarette pend au coin de la bouche épaisse, rouge, lippue. Des traînées de cendre maculent les revers de son tailleur. Pendant une fraction de seconde, leurs regards s’accrochent avec intensité. Vénus marmonne comme si elle ne voulait pas être entendue : “Encore une gouine !…”, puis elle aboie.

— Qui êtes-vous ?

— Diane Delorme. Bonjour, madame Daubermann.

— Jamais entendu parler ! Qu’est-ce que vous voulez ?

— C’est Labora pro nobis qui m’envoie… Nous avons rendez-vous, et…

Elle n’a pas le temps de terminer sa phrase.

— Vous me faites chier ! Je n’ai pas de temps à perdre avec des intérimaires. Fichez le camp et mettez une jupe !

Elle vocifère. Diane remarque alors derrière un angle du bureau une fille presque nue, accroupie comme si elle voulait dissimuler le bas de son corps, et qui resserre sur sa poitrine les pans d’un minuscule boléro rouge vif. Des larmes sillonnent son visage ravagé de sanglots. Vénus, rouge de fureur, marche sur Diane qui recule. À temps : la porte lui claque au nez. La bouche ouverte de saisissement, elle reste plantée face au battant. Puis, la première surprise passée, elle regarde vers la salle de rédaction. Personne ne manifeste la moindre curiosité pour l’esclandre. Elle avance une main hésitante pour frapper de nouveau. Une voix dans son dos interrompt son geste.

— Alors, ça s’est bien passé ?

C’est Cybèle. Diane secoue la tête avec une expression dépitée.

— Je n’ai même pas eu le temps de parler.

— Ah ! C’est con. Tu ne restes pas, alors ?

— Non. La marque de mon jean a dû lui déplaire ! Elle m’a dit de mettre une jupe ! Si j’avais pu me douter…

Une expression de soulagement éclaire le visage de Cybèle. Elle éclate de rire.

— Je vois ! Elle t’a acceptée !

Diane avance la lèvre inférieure avec scepticisme.

— Tu crois ? Elle m’a jetée comme une chienne !

— Fais-moi confiance, je connais VDB !

— VDB ?

— Oui, c’est comme ça qu’on l’appelle. V pour Vénus, D et B pour Daubermann. Au début, il vaut mieux dire « madame VDB » sur un ton obséquieux. Elle adore martyriser les lèche-bottes ! Je vais te prêter une mini, et te trouver un coin pour bosser !

— O.K. ! Ça va faire con, une jupe avec mes baskets.

— C’est sûr, mais tu n’as pas le choix.

— D’accord, mais je ne peux pas mettre de mini.

— Pourquoi ?

— Je ne m’épile pas les jambes.

Cybèle balaye d’un geste l’objection.

— Ça doit être mignon ! Tout à fait ce qui convient à ton genre petit mec. Allez, amène-toi !

Diane hésite, puis finit par avouer :

— Il n’y a pas que ça… J’ai les cuisses marquées. Des coups de cravache.

Elle ajoute avec précipitation, comme pour s’excuser :

— Je t’ai dit que j’étais tordue.

Cybèle ne semble pas surprise. Elle hoche la tête avec un sourire entendu.

— Ah, c’est ça ! Ici, tu es bien tombée. Personne ne serait choqué. VDB ne supporte que les esclaves ! Tu te fais flageller ?

— Oui.

— Je vois. Confidence pour confidence, j’ai les fesses violettes. Je te montrerai, si tu veux. Mais je sais aussi dresser et punir une fille.

Pendant une brève seconde, elle fixe Diane avec une intensité éloquente, se reprend avec un petit geste agacé.

— Bon, c’est pas le moment ! On parlera de tout ça plus tard. Allez, viens, il doit bien y avoir une jupe longue qui traîne à la photo !

— Vous avez un studio ici ?

— Oui.

 

*

 

 

Cybèle, très attentionnée, a installé Diane près d’une grande baie vitrée qui donne sur la perspective du Champ de Mars et la tour Eiffel. Elle lui a déniché une jupe “gitane” de cotonnade à fleurs qui laisse deviner ses fesses nerveuses et dures, mais masque jusqu’aux chevilles ses jambes minces, musclées, de sportive. Elle s’est changée sous le regard de la fille qui a examiné avec intérêt les marques noirâtres qui zèbrent le dessus de ses cuisses depuis les aines jusqu’aux genoux.

Puis, Cybèle l’a enlacée, a fouillé sa bouche d’une langue conquérante tandis qu’elle glissait une main dans sa culotte toute simple, de coton blanc côtelé. D’un index précis, elle s’est frayé un passage dans les replis des nymphes jusqu’au clitoris. Elle a découvert l’anneau, a joué avec. Diane s’est abandonnée, a molli dans les bras de la fille. Une masturbation rapide qui l’a laissée insatisfaite et excitée. Cybèle a ri.

— C’est juste pour faire connaissance. On trouvera un moment d’intimité plus tard. Tu as un gros clitoris. Ça me plaît. Habille-toi en vitesse. Vénus va venir voir où tu en es. Il vaut mieux qu’elle te trouve au travail.

Au poste voisin, une fille brune avec des yeux dorés lui adresse un sourire amical, accompagné d’un signe de bienvenue. Elles échangent quelques mots. La fille se nomme Circé. Les aréoles de sa poitrine opulente forment deux larges taches sombres sous le tissu léger du corsage. Diane pose la chemise bourrée de doc’ que lui a remise Cybèle, allume l’écran de son terminal, et se met aussitôt à la tâche. Les pages défilent. Elle travaille vite, triche avec les marges, joue sur les fonds, rogne ici et là, parvient à trouver de la place pour un espace imprévu. Elle n’entend pas Vénus venir se planter derrière elle.

— Vous êtes une dilettante ! Une fumiste ! Vous ne manquez pas culot de vous être présentée pour ce poste !

Diane sursaute.

— Mais, je…

— Pas de littérature !

— J’ai mes certificats de trav…

— Des faux ! J’ai vérifié ! Qu’est-ce que c’est que cette merde ? Virez-moi ça en page paire !

D’un gros index boudiné, Vénus désigne le quart de pub que Diane a réussi à loger au prix d’une acrobatie complexe.

— Impossible, madame Daubermann ! Sinon, la première du reportage tendance passe en page impaire.

VDB rejette l’argument d’une geste tranchant

— Démerdez-vous ! Vous connaissez votre boulot, non ?

— Mais vous venez de dire que…

Le visage de la rédactrice en chef s’empourpre.

— Vous cherchez à m’emmerder ?

— Non, madame Daubermann.

— Alors enlevez ça de là. C’est un ordre !

— Oui, madame Daubermann.

Vénus s’éloigne à grands pas. Circé n’a pas levé le nez de son écran. Quelques secondes plus tard, Cybèle, qui a suivi la scène de loin, s’approche.

— Ne t’en fais pas, affirmer qu’on ment, c’est un de ses trucs pour déstabiliser les gens.

— J’avais compris. Louis de Funès, le père Ubu et Pat Hibulaire à la fois ! C’est bizarre, elle pourrait être grotesque, mais, en fait, elle a un charme fou ! Ça m’a fait un effet pas croyable.

Elle rit.

— Quelle femme ! Je me sens prête à lui lécher les bottes et le reste. Il va falloir que je change de culotte. Je suis trempée !

— Du calme ! J’aimerais autant que tu oublies Vénus.

— D’accord. Excuse-moi, j’avais oublié que vous étiez ensemble. Qu’est-ce que je fais de ce bidule, d’après toi ?

Elle désigne l’annonce incriminée.

Cybèle a un geste insouciant.

— Fous-moi ça au panier ! Vénus est têtue mais moi aussi. Je lui ai dit je ne sais pas combien de fois que je ne voulais plus de cet annonceur. C’est la deuxième fois que ses traites nous reviennent impayées !

— Ça m’arrange, merci !

Cybèle approuve d’un bref coup de tête.

— Quand tu auras fini de monter ce reportage, nous irons boire un café. Il faut qu’on parle.

— D’accord.

 

*

 

 

Le distributeur de boissons émet une série de borborygmes, de chuintements, de gargouillis. Le breuvage coule avec un bruit de miction suggestif. Pensive, Cybèle attend les dernières gouttes, tend le gobelet à Diane.

— Qui t’a cravachée ?

— Lilly, ma copine. Une Hollandaise. Hier soir.

— Elle te punit souvent ? Où en es-tu avec elle ?

— Une ou deux fois par mois, pas plus. Elle me dresse depuis presque un an. Au début, les séances étaient plus fréquentes. J’ai fait beaucoup de progrès avec elle…

Elle se tait comme si elle estimait en avoir assez dit. La fille demande avec douceur :

— En quoi ?

— En obéissance, et elle m’a beaucoup fait travailler la résistance. Pouvoir souffrir sans être attachée, réprimer les cris, les plaintes. Les dilatations aussi. Je suis tout à fait ouverte, maintenant.

— Des deux côtés ?

— Oui.

Sa compagne insiste pour en apprendre davantage. Diane se mordille la lèvre inférieure, son regard volette un instant de-ci de-là puis finit par se poser sur Cybèle avec fermeté.

— Qu’est-ce que tu veux savoir ?

— Tout. Raconte-moi ta séance d’hier.

— Il n’y a pas grand-chose à dire ! Lilly ne s’occupe plus assez de moi. On ne se voit pas beaucoup. Hier soir, par exemple, elle est passée en coup de vent. Elle m’avait appelée dans la journée pour me prévenir. Elle n’avait qu’une heure à me consacrer. En fait, la séance a duré moins d’une heure. À peine trois quarts d’heure. Le temps qu’on boive un café, qu’on bavarde un peu avant de commencer. On ne s’était pas vues depuis trois semaines.

— Qu’est-ce qu’elle t’a fait ?

Diane a un petit haussement d’épaules découragé.

— C’est à peu près pareil à chaque fois. Je lui donne l’argent en liquide que je retire exprès à la banque au début de chaque mois. Presque tout ce que je gagne. Elle pose les billets dans une assiette et je dois y mettre le feu, surveiller qu’ils sont tout à fait consumés. Ensuite, elle me cravache et elle me brûle à la cigarette ou elle me pose des hameçons avec des poids, ça dépend. Hier, en plus, elle a bousillé ma minichaîne à coups de talon. Je ne peux plus écouter de musique. Je l’ai remerciée, et elle m’a donné son cul à lécher. Elle aime me lâcher des pets en pleine bouche ! Elle s’est rhabillée, elle m’a giflée et elle est partie. Voilà, tu sais tout.

— Tu n’as pas l’air très heureuse avec elle.

— Au début, c’était super. On se voyait tous les jours. Elle me vissait à fond. Je n’avais aucuneliberté, aucune intimité. J’habitais chez ma mère. Lilly la subjuguait. Elle l’avait convaincue de se laisser attacher sur une chaise, pour assister aux séances de dressage, aux punitions. Elle pleurait de me voir souffrir. Ça mettait une ambiance glauque, très excitante. Parfois, Lilly m’obligeait à la branler, à tâtons, sous sa jupe. Je ne sais pas si elle jouissait, mais elle respirait fort. J’étais troublée et gênée à la fois. Un jour, sans prévenir, ma mère en a eu marre, et elle nous a virées toutes les deux. Alors, Lilly a acheté un loft à la Bastille. Elle a fait aménager un coin dressage. Pendant quelque temps, nous avons été ensemble pour de bon. Ça n’a pas duré. À peine un mois ! C’était trop popote pour elle. Elle a besoin de mener une vie de dingue, de claquer du fric, de courir d’un pays à l’autre à la recherche de nanas destroy. Pendant ce temps, je suis laissée à moi-même. Je suis perdue. J’ai besoin d’une prise en main dure, quotidienne, pas d’un esclavage épisodique ! Ça me frustre trop qu’elle soit toujours barrée. Je veux la quitter.

— Elle est riche ?

Diane a un geste qui lui passe par dessus la tête avec éloquence. La fille approuve en silence. Elles boivent à petites gorgées le café brûlant. Cybèle jette son gobelet vide.

— Tu as quelqu’un en vue ?

— Non, personne.

Les yeux de Cybèle se rétrécissent de façon imperceptible. D’un geste vif, elle saisit Diane par l’encolure de son pull, l’attire avec une rudesse calculée.

— Écoute, petite merde d’esclave, Vénus, de toute façon, fera ce qu’elle veut, mais s’il se passe quelque chose entre elle et toi, je te tiendrai pour responsable. Je t’en ferai baver jusqu’à ce que tu démissionnes.

Diane hausse les épaules. Des lueurs sales polluent ses prunelles qui soutiennent sans faiblir le regard dur de la fille.

— Ce n’est peut-être pas le meilleur moyen !… Je pourrais m’incruster. Partout où j’ai travaillé, je me suis toujours arrangée pour être le défouloir de tous. Il me faut ma ration de brimades, de vexations, pour que je me sente bien dans une boîte.

— Bien sûr ! J’oubliais que tu es soumise.

— Oui, un vrai cauchemar pour les chefaillonnes frustrées ! Au début, elles prennent leur pied à me harceler, puis quand elles réalisent que ça me fait jouir, elles craquent. Il y en a une qui en a fait une dépression nerveuse. Six mois d’arrêt de travail, dont les trois premiers en HP !

Cybèle éclate de rire. Elle relâche sa prise, s’appuie de l’épaule à la machine à boissons. Son regard se radoucit jusqu’à exprimer une tendresse sincère.

— Génial ! Tu es trop ! Ce que je crains, c’est que Vénus s’en aperçoive très vite. Elle a un sixième sens pour deviner les carpettes accomplies ou potentielles. Avant qu’elle me gifle, la première fois, je ne savais pas que j’étais comme ça. Je ne savais pas que j’étais lesbienne, non plus. J’avais un copain. Il me tirait, mais je ne jouissais pas. Je croyais que j’étais frigide ! Puis j’ai rencontré Vénus qui m’a révélée.

— Tu es esclave, toi aussi ?

— Les deux. Avec une carpette, je suis très dure. VDB m’a appris à dresser et à punir. Et j’aime ça. Mais avec Vénus, c’est le contraire, je suis heureuse d’être moins qu’une merde de chien pour elle. Avec moi, elle s’éclate sans limite.

Il y a un moment de silence entre les deux jeunes femmes.

— Désolée, Cybèle, j’ai besoin de ce job. J’ai trop d’emmerdes de fric en ce moment. Ma mère est au chômage et elle est malade. Il faut que je l’aide. Avec Lilly qui détruit presque tout ce que je gagne à chaque fois qu’on se voit, c’est très dur.

La secrétaire de rédaction approuve d’un coup de tête compréhensif.

— Fais la putain. Je connais quelques femmes très friquées qui seraient prêtes à payer cher pour torturer une fille.

Diane éclate de rire, comme si cette idée lui paraissait tout à fait incongrue.

— Je ne suis pas vénale.

— Tu es une drôle de nana. Tu me plais de plus en plus. Pour en revenir à Vénus, ça marche bien, elle et moi. Je ne voudrais pas que tu foutes la merde entre nous.

Cybèle se tait, pensive, puis ajoute avec un geste fataliste :

— De toute façon, c’est trop tard. Elle a dû te jauger et comprendre dès qu’elle t’a vue.

— Tu te fais peut-être des idées. Rien ne dit qu’elle s’intéresse à moi.

— Ça m’étonnerait ! De plus, j’ai l’impression que ça ne te déplairait pas.

Le visage de Diane frémit d’indignation.

— Je ne suis pas une salope ! C’est vrai qu’elle me fait de l’effet. Mais tu es avec elle, et je respecte ça.

— Tu es différente des autres filles.

— Peut-être, oui. Je te plais pour de bon ?

— Plus que ça.

Le visage de Diane s’éclaire soudain.

— J’ai une idée ! Prends-moi en esclavage. Tu pourrais me revendiquer comme ta propriété au cas où Vénus me voudrait.

— Tu ne sais rien de ma façon de dresser une fille, de la punir. J’ai mon style.

Diane a un petit haussement d’épaules charmant.

— Je m’en fiche. C’est fort ce que j’éprouve. Il y a de bonnes ondes entre nous. J’ai déjà appartenu à plusieurs femmes. Chacune avait sa manière.

Cybèle tend la main, lui caresse la joue. Diane tourne la tête et dépose un baiser dans la paume douce.

— Tu es de quel signe ?

— Scorpion. Et toi ?

— De la Vierge. C’est complémentaire. Le courant est passé tout de suite, non ? Je sais que je te plais autant que tu me plais.

Cybèle admet volontiers que ce qui leur arrive ressemble bien à un coup de foudre. Diane insiste, plaide sa cause.

— J’ai aimé ta façon de m’embrasser et de me toucher entre les cuisses. Tu es rapide, directive, précise. Je suis une bonne esclave, tu sais. Douce, servile, une vraie carpette comme tu dis. Très câline. Peut-être un peu trop sentimentale mais pas emmerdeuse pour autant. Si j’ai une crise mamours, on peut toujours me rembarrer avec une paire de claques, et je vais chialer dans un petit coin tranquille. Je suis courageuse aussi. On peut me faire ce qu’on veut. Une fille méchante peut passer de bons moments avec moi. Tu es méchante ?

— Oui. J’aime faire mal. Mais te prendre comme esclave n’empêchera pas Vénus de te posséder si elle te veut. C’est quand même à essayer ! Tu risques d’être aussi frustrée qu’avec ta copine Lilly ! Je suis très prise entre mon travail au journal et ma relation avec Vénus. Je ne pourrais donc pas m’occuper beaucoup de toi.

Diane a un petit sourire résigné.

— Ce n’est pas grave. On se verra tous les jours. Je suis prête à accepter n’importe quel arrangement qui te convient. Tu pourrais me filer les boulots merdiques que les autres filles ne veulent pas, me donner des corvées, me faire faire des heures sup’ non payées. On pourra toujours trouver un moment dans la journée pour s’isoler quelques minutes. Ça peut suffire pour me punir. Une paire de gifles, un crachat en pleine figure ou dans la bouche, une brûlure de cigarette bien placée, deux ou trois aiguilles plantées aux bons endroits, c’est vite fait. Si tu aimes donner, je peux t’accompagner aux toilettes pour remplacer la cuvette. Tu pourrais aussi me laisser des ordres à exécuter seule, le soir, chez moi. Je te montrerai les marques comme preuves le lendemain.

Cybèle cède. Elle enlace Diane, ses lèvres cherchent les siennes. Lorsque le baiser prend fin, elle murmure à son oreille :

— Ça va trop vite. J’ai peur qu’on soit en train de se raconter des salades, toi et moi.

— Moi aussi. C’est si rapide. Ça vaut quand même le coup d’y croire. Si un de ces jours, on se réveille toutes seules et toutes connes, on pourra dire, au moins, qu’on a essayé.

— O.K. ! Plus question que tu revoies cette Lilly.

— Ça veut dire que tu me prends pour de bon ?

— Oui.

Un autre long baiser scelle ce pacte. La longue langue langoureuse de Cybèle envahit la bouche de Diane, tandis qu’à travers la robe, ses mains s’énervent sur ses fesses dures et frémissantes. Les pommettes rosies, les yeux brillants de désir, elle la repousse, la tient à bout de bras par les épaules.

— Tu me plais trop. Ça me fait presque peur.

— À cause de Vénus ?

— D’elle, de mon boulot, de ma vie.

Diane approuve en silence. Puis, avec une petite saccade, elle incline la tête sur le côté, tandis qu’un sourire plein d’énergie éclaire son visage menu aux traits volontaires.

— Ne réfléchis pas trop. Profite de moi. Amuse-toi sans retenue, sois cruelle. Prends le meilleur et jette-moi ensuite.

Cybèle consulte sa montre.

— Tu as raison. Viens, suis-moi !

 

*

 

 

La salle des archives est une vaste pièce en sous-sol, occupée en partie par des cartons empilés dans le plus grand désordre et sur lesquels on a griffonné au marqueur l’année de référence. Quelqu’un a punaisé aux murs les couvertures les plus célèbres et les plus agressives du magazine : des modèles à l’anatomie exagérée, atypique, au visage étrange, dérangeant, naturel, ou fardé avec outrance, posent dans les créations les plus avancées de couturiers non conventionnels. Dans un angle, des écrans d’ordinateur sont entassés en vrac sous une table lumineuse hors d’usage. Tout au fond, un bureau avec une lampe, deux chaises et une armoire métallique déglinguée bourrée de classeurs, composent le mobilier. Des néons éclairent l’endroit d’une lumière crue et blafarde.

Lorsqu’elles sont entrées, deux filles, à la peau rosée, grandes et d’une maigreur excessive, aux cheveux d’un blond si clair qu’ils paraissaient blancs, occupaient déjà les lieux. Chemisiers ouverts, jeans baissés, elles s’embrassaient à pleine bouche, pétrissaient leurs seins avec vigueur, fouillaient entre leurs cuisses creuses. Cybèle, avec humour et quelques petites tapes sur leurs fesses pointues, les a prié de partir. Elles n’ont pas discuté, et sont sorties avec des regards curieux vers Diane. Celle-ci a alors remarqué leurs prunelles rouges dans leurs visages émaciés, dont la beauté bizarre confinait à la laideur. Elle a attendu qu’elles soient sorties pour s’étonner. Cybèle a expliqué.

— Phœbé et Gaia. Des finno-suédoises, jumelles et albinos. Elles vont faire la prochaine couverture avec des fringues de Libero Cameron. Une trouvaille de VDB qui les a repérées dans le catalogue de NoFuture International. Ils ont des modèles terribles. Déshabille-toi !

L’ordre est donné d’une voix presque indifférente, désinvolte. Diane ôte son pull sous lequel elle est nue. Ses seins, accrochés bas au torse fin et musclé, sont minuscules, pointus et un peu affaissés, dévorés par des aréoles disproportionnées. Les tétins, d’une longueur anormale, pendent, entraînés par le poids de solides anneaux d’acier inoxydable. Cybèle éclate d’un rire moqueur.

— Tu as les nichons les plus affreux que j’aie jamais vus. Ils sont minables ! Qu’est-ce que c’est que ces anneaux ? Ils sont énormes ! On dirait ceux qu’on met au nez des taureaux !

Diane fait glisser jupe et culotte qu’elle enjambe dans un même mouvement. Elle hoche la tête avec une mimique d’approbation et de désolation feinte.

— J’ai été percée jeune. Les trous se distendent, à force. Je dois m’en faire poser des plus gros tous les ans pour continuer à avoir des sensations.

Elle abaisse son regard sur sa poitrine.

— C’est vrai qu’ils sont moches ! J’aurais préféré ne pas en avoir du tout ! Lilly aurait pu me les trancher. Elle a l’équipement nécessaire sur son yacht pour faire ce genre de choses.

Le visage de Cybèle se rembrunit, ses yeux étincellent d’une rage soudaine.

— À partir de maintenant, tu es à moi et à moi seule ! Je ne veux plus que tu me parles d’elle, compris ?

Diane baisse la tête.

— Pardon.

La fille se radoucit, mais sa voix conserve une autorité qui ne laisse aucune place à la discussion.

— Quant à la mutilation de ces petites horreurs, tu ferais mieux de ne plus y penser. Ils sont adorables de laideur, et je vais bien m’amuser à les punir !

— Oui ! Sois très méchante avec eux ! Avec moi aussi.

La fille a un petit rire attendri, incline la tête, détaille de façon prolongée le corps à la fois gracile, nerveux et musclé de sa compagne. Le pubis, proéminent, à peine entaillé par la fente très basse de la vulve, est rasé avec soin. Pour le reste, la pilosité est laissée à l’état naturel. Un duvet doré couvre les jambes, les bras. Diane veut voir les aisselles où se nichent deux buissons soyeux. Les mains jointes au-dessus de la tête, Diane se laisse examiner, charmante, avec pour seuls vêtements ses chaussettes blanches qui tire-bouchonnent sur ses tennis. Cybèle la dévore des yeux.

— Comme tu es belle !… Viens te faire gifler, petite mocheté.

Diane approche, le regard bouleversé. Quand elle est à portée, une claque cuisante empourpre sa joue. Puis, Cybèle l’attire pour un baiser prolongé. Elle maltraite les seins minuscules, tire sans égard sur les anneaux. Diane frémit, son corps ondule, épouse les formes de sa compagne.

— Montre ta chatte.

Cybèle désigne le bureau d’un coup de menton. Diane, avec un enthousiasme juvénile, se hisse sur le meuble métallique, s’allonge, sépare ses cuisses minces et nerveuses. Le pubis épilé saille de façon exagérée au bas du ventre plat et frémissant au rythme de la respiration raccourcie. L’épiderme délicat laisse transparaître un réseau de veines bleutées qui se ramifient depuis les aines. La vulve, aux lèvres à peine renflées, est petite, courte. La fente, nette comme une coupure, est entrouverte par le clitoris d’une taille exagérée qui en saille, drapé dans les nymphes rose pâle. Un petit anneau d’acier inoxydable traverse l’extrémité de l’organe. Diane saisit ses genoux, tire pour les séparer autant qu’elle le peut, tandis qu’elle les ramène vers ses épaules. Dans cette position excessive, les petites fesses rondes et dures s’ouvrent, la raie s’efface, tapissée de poils follets concentrés en couronne autour de l’anus d’un rose si pâle qu’il se confond avec l’épiderme. L’aspect “en entonnoir” de l’orifice trahit de fréquentes sodomies.

— J’ai un frifri de grenouille, pourtant, je suis large comme une porte cochère !

Cybèle qui s’est penchée pour explorer la vulve à coups de langue fureteurs, relève la tête.

— Frifri ! Je ne connais qu’une fille qui dise ça. Un mannequin sénégalais. Tu as vécu en Afrique ?

— Non. Mais de temps en temps, je vais avec des Blacks. Des Africains. Pour sucer et me faire enculer, rien d’autre.

— C’est drôle, comme Vénus ! En dehors des filles, elle aussi ne supporte que les Africains. Elle ne suce pas, mais elle se fait enculer. Toujours par des acteurs Burkinabés. Elle est un peu snob. Sauf l’année dernière, à l’occasion des cent cinquante ans de l’abolition de l’esclavage, elle ne s’est fait enculer que par des comédiens Cap-Verdiens !

Elle rit, reprend :

— Le 27 avril, jour anniversaire du décret d’abolition, elle s’est même fait pisser dessus par une troupe de théâtre tout entière ! Sinon, quand ça la prend, elle va dans un bar du côté de Clignancourt, où se retrouvent des Blacks du Burkina.

— Tu l’accompagnes ?

— Toujours. Quand c’est terminé, je dois enlever la capote de la queue du Black, et récupérer le sperme dans ma bouche. Ça amuse Vénus de me voir faire ça.

— Tu l’aimes, hein ?

— Oui.

Diane ouvre la bouche pour répondre, mais Cybèle ne lui en laisse pas le temps. Elle décoche une pichenette très sèche au clitoris. Une petite grimace de douleur crispe pendant une fraction de seconde les traits de Diane. L’organe rétrécit sous le choc, puis gonfle, durcit sous la pression du sang qui reflue, saille, gros comme la dernière phalange d’un doigt hors du capuchon. Cybèle le pince entre l’ongle du pouce et de l’index, et serre. D’abord de façon progressive, tandis qu’elle observe sur le visage de sa partenaire les premiers signes de plaisir dans la souffrance.

— J’étais sûre de te trouver là !

La voix vient interrompre son geste cruel qui laisse deux lunules violacées dans l’organe congestionné. C’est une fille de la rédaction, Médée, une brune superbe, que Diane a déjà entr’aperçue un peu plus tôt. Cybèle intime à cette dernière de ne pas bouger, puis elle se tourne vers l’arrivante.

— Qu’est-ce que tu veux ?

— Tu ferais mieux de t’amener en vitesse ! VDB te cherche partout pour le rendez-vous avec les Japonais. Elle a l’air plutôt de mauvais poil !

La secrétaire de rédaction consulte sa montre-bracelet d’un geste excédé.

— Merde ! Je les avais oubliés, ceux-là ! Ils sont déjà là ?

— Pas encore. Tu as de la chance, ils ont téléphoné pour dire qu’ils seraient en retard.

— O.K. ! J’y vais.

Cybèle approuve avec des mouvements de tête résignés, puis, d’un coup de menton, elle montre Diane.

— J’aimerais que tu la termines à ma place. Elle commençait son trip. Ça serait trop dur pour elle d’être lâchée en plein vol.

— Si tu veux.

Diane, sans relâcher la traction qu’elle exerce sur ses genoux, suit cet échange de propos avec une expression étonnée.

— Cybèle, je…

L’intéressée ne lui laisse pas le temps de terminer. Un aller et retour, maladroit à cause de la position, fait ballotter sa tête. Le revers a heurté le nez d’où un filet de sang s’écoule aussitôt.

— Tais-toi, petit paillasson, tu n’as rien à dire ! C’est moi qui décide.

— Oui, Cybèle.

Un murmure. Presque un souffle.

Médée s’approche, examine les tétins étirés, déformés par les anneaux, avant d’effleurer du doigt l’épais duvet qui tapisse les jambes de Diane. Elle ricane.

— Je ne savais pas que tu mouillais pour les petites guenons velues !

— Jusqu’à aujourd’hui, moi non plus. Tu as quelque chose à y redire ?

— Non, non ! Excuse-moi. Qu’est-ce qu’il faut lui faire ?

— Le clitoris. Avec tes ongles. Tu pinces aussi fort que tu veux. Ensuite, tu pisseras dans sa bouche. Je veux qu’elle avale tout. Jusqu’à la dernière goutte. Puis tu lui enfonceras des aiguilles à coudre dans les seins. Une douzaine dans chacun.

— C’est tout ?

— Presque. Après ça, tu la fais se rhabiller, et tu la vires d’ici à coups de pied dans les fesses.

— O.K. ! Cybèle.

Cette dernière se penche sur Diane, lui donne un baiser passionné.

— Je te verrai plus tard, petite merdeuse ! Tu me raconteras tout.

Elle s’éloigne. À peine a-t-elle quitté la salle, que les ongles de Médée se referment sur le clitoris raidi et dur.

 

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