DRESSEE A L’ENVIE

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MERODACK Robert

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Broché / 160 pages


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Résumé

« Tout faire, à condition de tout se dire. » Manière de vivre en couple qui n’étonne plus grand monde, dit-on, aux approches de l’an 2000. Mais Cécile et Léo vivaient à la Belle époque, et les Stations de l’Amour, dont l’audace ne le cède en rien à Emmanuelle ou Histoire d’O, a été imprimé û clandestinement bien sûr û, il y a cent ans. Nous en suivons ici un manuscrit inédit. Léo est curieux de toutes les expériences. Cécile se laisse guider par sa sensualité : « Je suis gourmande, voilà tout » explique-t-elle dans une jolie formule. Léo est aux Indes pour affaires, Cécile est à Paris avec sa nouvelle femme de chambre. Ils s’écrivent aussi librement qu’ils vivent, dans une volupté heureuse, pour tout se dire. De l’émotion, soudain, se mêle aux fêtes du sexe. Mais tout revient dans l’ordre. Un des meilleurs romans érotiques français. Rare.

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— Vous êtes vraiment une esclave ?

— Oui, maître…

Le garçon frémit. Comme s’il avait du mal à croire que ce titre lui était destiné.

— Et… je peux vous demander tout ce que je veux ?

— Oui, maître… Je suis là pour vous servir…

Il fronça un peu le sourcil, eut un grognement, heureux mais perplexe.

— Hmmm…

Il se tut. Assis en biais sur le lit, il pesa sur la cuisse d’Estelle pour qu’elle se retourne et il lui écarta de nouveau les jambes. À deux mains, il lui ouvrit le sexe, déplia les lèvres, les étira pour en tester la longueur et l’élasticité.

Estelle ne savait pas comment elle devait réagir. Ce garçon semblait tellement bizarre ! En l’amenant dans sa chambre, il avait commencé par lui dire de s’allonger sur le lit et s’était installé devant son ordinateur sans plus se soucier d’elle. Quand il s’était enfin levé, il s’était approché sans un mot et n’avait fait que de la manipuler dans tous les sens, comme une poupée.

Il ne se lassait pas de lui palper les seins, les cuisses, les fesses, de la faire rouler sur le lit, encore et encore. Il l’inspectait méthodiquement, crûment, mais avec une certaine délicatesse, comme un objet inconnu qu’il aurait craint de briser avant de savoir s’en servir, ou comme s’il redoutait d’actionner par inadvertance un mécanisme secret et dangereux.

Évidemment… Je suis une bombe sexuelle !…

— Et ça, ce sont des marques de coups de fouet ?

— Oui, maître…

Depuis son arrivée au château, douze jours auparavant, c’était la quatrième fois qu’Estelle était envoyée ainsi dans la chambre d’un hôte. Les trois précédents étaient plus âgés qu’elle, ils possédaient l’expérience des jeux qui se déroulaient ici. Maîtres d’elle pour la nuit, ils se comportaient comme tels, même si ce n’était pas tout à fait vrai. Ils ordonnaient, elle obéissait. Ils la punissaient si elle ne leur donnait pas satisfaction, ou bien ils la fouettaient ou lui imposaient des épreuves vicieuses ou humiliantes pour leur seul plaisir. Elle n’avait qu’à se laisser dominer. L’impression de cauchemar qui l’avait saisie durant les premiers jours était presque oubliée et chaque minute lui apportait une révélation. Elle avait dix-neuf ans, la beauté du diable et l’univers entier à découvrir.

— Ça vous a fait mal ? demanda le garçon en suivant du bout de l’index une boursouflure à demi effacée sur sa hanche.

Estelle trouva la question saugrenue et vaguement offensante.

— Oui, maître…

— Mais vous aimez ça ?

Devait-elle rire de sa naïveté ou s’indigner de se voir traitée comme si elle venait d’une autre planète ? Estelle esquissa un sourire.

— Non, maître…

Le garçon portait un pantalon de toile claire, ample, qui ne parvenait pas à masquer son érection.

Estelle avança la main.

— Aimeriez-vous que votre esclave vous caresse, ou vous suce, maître ?

— Euh… oui, bien sûr…

Il parut soulagé qu’elle prenne une initiative, mais il restait tendu.

D’un battement de jambes nues à quelques centimètres du visage de son partenaire, la jeune fille posa les pieds sur le sol, puis glissa hors du lit pour se placer à genoux entre ses cuisses.

Le garçon déboutonnait déjà sa braguette.

— Attendez, maître… Votre esclave va s’en charger…

Un surcroît de rougeur lui envahit les joues.

— Ce n’est pas la peine de…

Estelle s’interrompit, les doigts déjà glissés sous le slip.

— Pardon, maître…

Le garçon rougit encore.

— Non, ce n’est pas ce que je voulais dire… Je ne sais pas, mais nous sommes seuls et…

Estelle comprit enfin ce qui le mettait mal à l’aise. Il était peut-être un peu timide, ou intimidé de se trouver en présence d’une fille à peine moins âgée que lui et qu’en d’autres circonstances, il aurait pu considérer comme une copine. Qu’elle lui soit soumise ne devait pas lui déplaire, mais il ne s’habituait pas aux tournures de langage en usage au château.

— Vous n’aimez pas que je vous appelle « maître », maître ? lui demanda-t-elle avec un éclat de rire malicieux.

Le garçon soupira.

— Vous pouvez m’appeler Vincent et me tutoyer…

Estelle. acheva de dégager une belle verge arrogante et se mit à la caresser d’une main respectueuse.

— Comme tu voudras, Vincent…

Le seul fait de prononcer ces mots la troubla et, au moment même où le garçon se détendait, Estelle se sentit devenir écarlate à son tour. Pour masquer son fard, elle se pencha et, la bouche en cul de poule, couvrit le sexe de baisers rapides, tout au long de la hampe. Comment ai-je pu changer si vite ?

Quinze jours auparavant, elle était une petite écervelée qui s’envoyait en l’air avec insouciance, après, il est vrai, quelques années frustrantes dans une pension chic des abords de Lausanne. Aujourd’hui et jusqu’au 30 septembre, elle était nue, les poignets et les chevilles ornés de bracelets de cuir qu’elle ne pouvait pas détacher elle-même, et elle s’offrait avec la complaisance d’une prostituée à un jeune inconnu qu’elle n’avait pas choisi !

Esclave sexuelle dans un château coupé du monde ! Un mai titre d’un journal à scandale…

La verge tendue tressauta au creux de sa paume. Elle pinça doucement la chair chaude entre ses lèvres. Vincent grogna de contentement. Alors elle donna de larges coups de langue sur le gland. Une gouttelette translucide coulait du méat.

— Oh, oui, oh, oui !… s’écria le garçon lorsqu’elle le prit dans sa bouche. Vous êtes merveilleuse…

Il désirait qu’elle le tutoie mais continuait à lui dire « vous ». C’est vraiment touchant ! Mais il y avait peut-être une autre explication à sa timidité.

Le célèbre Martin Quintana avait investi le château de Cœur-Cognant avec une trentaine d’autres artistes. Selon son expression, le château était devenu une « usine à motifs » : on continuait à y pratiquer les mêmes jeux de domination et de soumission, mais tout était filmé, enregistré, pour servir de documentation à des peintures, des sculptures, des œuvres graphiques et plastiques de toutes sortes… De ce gigantesque atelier, personne ne pouvait sortir avant que « le Maître » ne l’ait décidé : « le monde est isolé et il attend que nous lui jetions des miettes de ce qui se sera passé ici » avait-il dit.

À ces artistes, doués pour la plupart de talents multiples, étaient adjoints quelques techniciens plus spécialisés. Vincent était infographiste et calculait des simulations compliquées.

Le jour de son arrivée, lors d’une vente aux enchères, Martin Quintana avait acheté Estelle. Même si, comme elle préférait le penser, il s’agissait d’une parodie, ce garçon, à l’évidence bien innocent en matière de domination, s’apprêtait à passer la nuit avec l’esclave de son patron. Les complicités du libertinage pouvaient cacher des enjeux qu’Estelle ignorait…

Puisque son partenaire était impressionné, au moins par les circonstances, sinon par sa petite personne, autant lui montrer tout de suite qu’elle était une experte en amour… Estelle commença à sucer le gland avec gourmandise, amenant toujours plus loin ses lèvres écarquillées.

La timidité de Vincent n’affectait ni son érection ni la montée de son plaisir. Après quelques allées et venues de ses lèvres sur la verge tendue, Estelle, malgré toute sa science, ne put anticiper la première giclée et faillit étouffer. Elle se reprit vite, déglutit avec un bruit sourd et, secouant fermement le membre, en fit jaillir une demi-douzaine de fusées poisseuses qui lui explosèrent sur les lèvres, les joues, le menton.

Sa langue lapa les dernières gouttes qui coulaient sur le gland, puis les éclaboussures qui constellaient sa bouche.

— Wouaoh !…

Estelle sourit de ce cri flatteur.

Encore un peu haletant, Vincent la contempla en silence ; il s’interrogeait.

— Je pourrais sonner quelqu’un et vous faire fouetter…

Est-ce une menace ou une question ?

— Comme il vous plaira, maître, répondit Estelle.

Puis elle se reprit : Comme tu voudras, Vincent… Tu peux même me tutoyer !

Cette fois, il perdit ses dernières retenues.

— Tu as raison, relève-toi et sers-nous à boire…

Lui-même se mit debout et acheva de se déshabiller pendant qu’Estelle lui énumérait le contenu du réfrigérateur. Puis il s’étendit sur le lit et invita la jeune fille à s’allonger auprès de lui.

 

*

 

— Je reconnais que ce qui se passe ici est très excitant et, avant de venir, ça m’a fait pas mal fantasmer, mais j’ai découvert que je ne suis pas aussi sadique que je croyais… J’ai l’impression que ce séjour est en train de griller mes fantasmes comme une lampe survoltée…

— Parce que tu crois que les gens d’ici sont sadiques ?

— Sado, maso, pervers… je ne sais pas… Je ne juge pas, remarque ! Non, j’en viens seulement à me demander si un rêve que l’on réalise est encore un rêve…

Estelle se tenait allongée auprès de Vincent, elle faisait courir la pointe de son index sur le pourtour humide de la boîte de soda.

— Mais je ne veux pas t’ennuyer avec mes réflexions oiseuses…

— Tu ne m’ennuies pas, je t’assure…

— Et si je ne joue pas au maître ?

— Ça ne m’ennuie pas davantage, maître, dit Estelle en riant. Je suis là pour vous obéir…

Vincent fronça les sourcils.

— Tu te moques de moi ?

— Non.

Sa perplexité amusait la jeune fille. Elle lui répondait sincèrement, mais comment pouvait-elle le prouver ? La meilleure solution n’était-elle pas de le faire taire ? Se penchant au-dessus de lui, elle lui pressa sur les testicules la boîte métallique couverte de givre.

— Eh, c’est froid !

— Et alors, est-ce désagréable ?

— Non…

En rampant, Estelle lui fit glisser la boîte sur le ventre, puis sur la poitrine, remontant elle-même pour que ses seins suivent la traînée humide sur la peau rafraîchie. Et quand elle fut à hauteur de son visage, elle se mit à l’embrasser.

Vincent n’eut pas besoin d’autres encouragements et ils se retrouvèrent bientôt emmêlés sur le lit, se fuyant et se cherchant comme deux chiots qui jouent. Dans leurs ébats, ils glissèrent sur le sol et la poursuite continua jusqu’à ce qu’Estelle soit plaquée, excitée et ravie de s’abandonner.

Le membre de Vincent écarta ses lèvres chaudes et s’introduisit résolument en elle. Estelle sut qu’elle allait jouir comme cela lui était rarement arrivé. Même au cours de ses vacances aux Canaries, si riches en divertissements érotiques, elle n’avait pas vibré avec une telle intensité. Les jambes enroulées autour de la taille de son partenaire, s’accrochant à deux bras autour de son cou, elle projeta son ventre à grandes bourrades pour profiter au maximum de chaque parcelle d’énergie…

Vincent se tenait à quatre pattes et Estelle, totalement suspendue sous lui au plus fort de son plaisir, oscillait comme un fardeau inerte, se frottant parfois le dos ou les fesses sur le plancher. Après quelques instants de cette cavalcade désordonnée, le garçon décida de la clouer au sol. Il pesa sur elle de tout son poids sans cesser son galop. Un nouvel orgasme emporta Estelle qui cria et haleta jusqu’à ce que son partenaire se soit vidé en elle.

 

*

 

— Pour une esclave, je te trouve drôlement dangereuse !

Les anneaux métalliques qui ornaient les bracelets de cuir fermés aux poignets d’Estelle avaient laissé de longues marques rouges sur les omoplates de Vincent. Dans le feu de l’action, il ne s’en était pas rendu compte, mais maintenant le simple contact du drap les rendaient sensibles.

La jeune fille eut un rire malicieux.

— Veux-tu me punir, pour cela ? Ou me faire punir ?

— Non. Sincèrement. Ou alors si tu en as vraiment envie… En as-tu envie ?

Estelle avait dit cela pour plaisanter, avec une touche de provocation. Mais elle comprit soudain que c’était la première fois qu’elle devait vraiment répondre à cette question.

Alexandre, le maître du château, ou ses invités, ou les filles qui faisaient office de gardes-chiourme, lui avaient déjà demandé, d’un ton mielleux, le plus souvent, si elle désirait être fouettée ou subir telle épreuve. Il s’agissait toujours de lui faire dire ainsi qu’elle acceptait d’être une esclave. Ses bourreaux désiraient qu’elle prenne une part active à ses propres tourments…

Par crainte d’un sort plus rigoureux, ou pour montrer qu’elle entendait respecter un rituel, voire par souci de plaire, Estelle avait presque toujours répondu que oui, elle désirait être châtiée. Et les rares fois où elle avait dit non, elle savait bien qu’on ne tiendrait aucun compte de sa réponse.

Vincent lui inspirait confiance. Il n’irait pas se plaindre d’elle, ni pour les griffures dans son dos, ni si elle lui disait qu’elle n’avait pas envie d’être punie.

— Eh bien ?

Estelle fit une moue puis un sourire embarrassé. Vincent l’observait. Il la sentait en proie à un dilemme et attendait tranquillement qu’elle le résolve.

— Tu m’as demandé si j’étais vraiment une esclave. J’aurais dû préciser que, depuis que je suis ici et jusqu’à la fin du mois, je suis une esclave. J’ai accepté ce rôle. Librement. Alors, je n’ai pas envie d’être punie… Sauf si tu me l’ordonnes, je ne vais pas appeler Sylvie pour qu’elle me fouette et demain, je n’irai pas dire que je t’ai griffé le dos et que je dois être punie… Mais j’ai envie de tenir mon rôle. Toi, tu es libre, tu es le maître et tu fais ce que tu veux…

Elle se serra contre Vincent, émue qu’il l’écoute avec tant d’attention.

— Tu me plais, reprit-elle, et tu m’as donné du plaisir. Même si tu ne m’avais pas plu, j’aurais fait l’amour avec toi, parce que c’est mon rôle d’esclave, et j’aurais sans doute joui quand même…

— Je comprends, dit-il simplement. C’est notre situation qui est sadique… J’ignore si tu le sais mais il est écrit dans mon contrat que, durant toute la semaine, je ne peux quitter la propriété sans l’autorisation expresse de Quintana et d’une certaine Marie Théroigne. Je ne sais même pas qui c’est !

Estelle tiqua. Elle n’avait jamais entendu ce nom, mais elle devina aussitôt de qui il s’agissait : celle que l’on appelait Mélusine ! La reine de souffrance ! En apparence, une esclave parmi les esclaves et, en vérité, le personnage le plus important du château…

Vincent ne sembla pas s’apercevoir de la réaction d’Estelle. Il lui passa l’index sur le nez, d’un geste taquin.

— Nous sommes logés à la même enseigne, toi et moi. Et je me dois comme toi de respecter les règles.

Estelle soupira. De résignation, de crainte, et aussi d’un certain contentement d’avoir été comprise.

— Habituellement, les engins de torture sont dans le dernier tiroir de la commode…

 

*

 

— Mets-toi à plat ventre sur le lit !

Les lèvres sèches, les jambes fragiles, Estelle s’avança vers le canapé.

Un frisson la parcourut lorsqu’elle obéit. Elle sentit son désir refluer, se charger d’une angoisse grandissante. Dans un instant, la chambre résonnerait du sifflement des coups, de leur impact sur sa peau, et des cris qu’elle ne pourrait plus retenir. Très vite, elle ne voudrait plus souffrir, elle se révolterait, impuissante et les dents serrées. La souffrance lui paraîtrait insupportable et effrayante, puis elle s’abandonnerait quand même, à la fois vaincue et victorieuse, bouleversée d’aller au-delà de ses propres limites. Je lui ai dit ce que je pensais. Il ne me reste plus à espérer qu’il ne prenne pas son rôle trop au sérieux…

Elle savait qu’elle serait déçue si Vincent se contentait d’une punition symbolique. Elle avait peur, mais elle l’acceptait. Elle n’avait pas peur d’avoir peur, et l’excitation commençait à lui poisser le ventre.

— Les bras repliés, les mains bien à plat… Oui, comme ça…

Elle risqua un coup d’œil latéral et frissonna en s’apercevant que Vincent tenait à la main une cravache de plein cuir, courte et épaisse, qui paraissait lourde. Son cœur battit plus fort. Cet engin doit faire horriblement mal !

Soudain en proie à une nervosité inattendue, elle détourna la tête. Vincent l’observait, avec un sourire grave ; il évaluait avec quelle force il devait la frapper.

— Je vais te donner douze coups… D’ailleurs, c’est de circonstance : il est presque minuit…

Estelle blêmit et un nouveau frisson lui parcourut le dos, des épaules jusqu’au creux des reins. Les battements de son cœur s’accélérèrent. Je ne vais jamais pouvoir encaisser ça ! Avec cet instrument atroce !…

La position inhabituelle aggravait son anxiété. Elle essaya d’en rire, se disant que l’approche de la douleur la remplissait toujours de sentiments contradictoires : attachée, elle avait la certitude que ce serait moins dur si elle pouvait bouger, et libre de ses mouvements, elle pensait que des liens adouciraient son sort. Elle savait par expérience qu’elle ne devait ni se contracter, ni s’abandonner ; c’était lorsqu’elle s’offrait aux coups que la douleur semblait la moins pénible, peut-être parce qu’elle avait l’impression dérisoire de la contrôler un peu. Si peu…

La panique l’envahit, un grand vide se répandit dans son estomac et lui donna le vertige. Si elle implorait sa clémence maintenant, est-ce qu’il la prendrait au sérieux ?

— À chaque fois, tu vas te relever, sur les mains et les pieds, en frétillant un peu du cul, et tu me demanderas de te frapper aussi fort que possible, ce que je ne manquerai pas de faire… Ensuite, tu me remercieras et tu te remettras à plat ventre pendant une minute, avant de me demander le coup suivant. Évidemment, si tu ne me remercies pas, si tu t’allonges trop tôt, ou si tu ne tortilles pas bien du cul, le coup ne comptera pas. Tu as bien compris ?

Quand Estelle voulut répondre, aucun son ne sortit de sa gorge. Son menton tremblait et des larmes suintaient sous ses paupières. La fierté qu’elle éprouvait quelques instants plus tôt avait complètement disparu. Elle se sentait vulnérable et humiliée.

Elle avait déjà été punie par des garçons à peine plus âgés qu’elle, mais ils exécutaient les ordres des maîtres, même s’ils disposaient d’une grande liberté dans l’exécution de ces ordres. Mais Vincent avait quoi ? Vingt-deux, peut-être vingt-quatre ans ? Et il n’avait pas besoin de la fouetter pour s’exciter, elle venait d’en avoir la preuve… Elle l’avait pris pour un gentil garçon timide tout à l’heure, et hors d’ici, il aurait pu être un simple copain… Quand je pense qu’il m’a affirmé qu’il n’est pas sadique !

— Eh bien ?

Le regard perdu dans les froissements du drap, Estelle hocha la tête avec une énergie bornée. Vincent ignora cet effort.

— Puisque tu ne réponds pas, je vais te faire une démonstration que n’importe quelle idiote peut comprendre…

Il se tenait au-dessus d’elle et, avant qu’elle ait pu prévoir ce qu’il allait faire, il lui enfonça profondément deux doigts dans l’anus, lui empoigna les cheveux dans l’autre main et la souleva ainsi à bout de bras.

— D’abord, tu te relèves en tortillant du cul !

Il lui agita violemment le bassin.

— Là, tu me demandes bien gentiment de te fouetter ! Ensuite, tu dis merci !

Reposant à peine sur le bout des doigts et des orteils, Estelle poussa un hurlement quand il lui fit hocher la tête.

— Puis tu t’allonges délicatement et tu attends que le coup t’ait bien fait souffrir avant de demander le coup suivant !

Pour illustrer cette dernière phase, il la leva complètement dans les airs, par les cheveux et ses deux doigts crochés, avant de la lâcher pour qu’elle retombe de tout son poids sur le lit.

Elle cria encore avant d’éclater en sanglots.

Vaincue, elle s’empressa d’obéir et se redressa lentement pour se mettre à quatre pattes, mais Vincent lui asséna une bourrade pour qu’elle s’affale de nouveau.

— Tu te redresses sur les mains et les pieds, en gardant les genoux droits, les fesses en l’air !

Les membres frémissants, les dents serrées, les fesses tendues aussi haut qu’elle pouvait, Estelle obéit du mieux qu’elle put.

Vincent posa la cravache au sommet de sa croupe. Le cuir était froid.

— Alors ?

La bouche engorgée de sanglots, haletante, effrayée d’être si vulnérable, elle balbutia.

— S’il vous plaît, maître… Punissez-moi…

La cravache se leva, pressa un peu plus bas.

— Où dois-je te frapper ? Ici ?…

Ce n’était plus la question d’un débutant inexpérimenté, mais le jeu cruel du pouvoir.

— Plus haut ?… Là, juste au centre ?

Estelle gémit, déglutit avec peine.

— Ou plus en-dessous, là où c’est plus charnu ?

— Oui… maître… souffla-t-elle entre ses dents serrées. Fouettez-moi de toutes vos forces… S’il vous plaît…

Elle se moquait bien de l’endroit où s’abattrait le coup, mais il fallait en finir. D’ailleurs, ce n’était sûrement pas une de ces cravaches qui déchirent comme un rasoir et entame la peau en deux ou trois coups. Son poids, son épaisseur, devaient écraser, diffuser la douleur…

Vincent grogna, satisfait. Il plia la cravache à deux mains, pour en éprouver la souplesse.

L’esquisse d’un sifflement. Et le choc, tout de suite. Estelle se sentit projetée en avant, mais elle était tellement contractée qu’elle conserva son équilibre. Ne pas crier, ne pas bouger, rester en place, remercier.

— Merci… maître… pour… ce premier… coup…

Elle craignait de hurler, mais sa voix franchit à peine ses lèvres.

— C’est bien… Tu peux te détendre, maintenant…

Il lui fallut quelques instants pour obéir. L’effort qu’elle avait fait pour maintenir sa position était presque aussi douloureux que la cinglée qui lui irradiait dans les fesses. Quand elle s’affala, les larmes commencèrent à couler à flot sur ses joues.

Tout ce qui s’était passé ce soir, ses réflexions sur Vincent, le plaisir qu’il lui avait donné, tout était oublié, aboli. Ne demeuraient que la douleur et la nécessité d’obéir pour ne pas souffrir, davantage. La soumission. Elle ne savait pas à quoi.

L’humilité.

Elle devait se calmer, ravaler ses pleurs.

— Tsst, tsst… fit le garçon.

Il fallait continuer. Obéir.

Estelle prit une profonde inspiration et se redressa lentement dans la position prescrite.

— Maître… s’il vous plaît… Fouettez-moi de toutes vos forces…

Le coup tomba immédiatement. Plus dur encore que le premier.

Estelle suffoqua, aussi bruyamment qu’au sortir de l’eau après une plongée trop longue. Et tout de suite, d’une voix mécanique, rapide, presque inaudible, elle remercia.

Quand elle fut retombée sur le lit, ses pleurs redoublèrent mais elle ne sanglotait plus. Avec des mouvements saccadés d’automate, elle reprit la position et demanda le coup suivant sans qu’il ait besoin de la rappeler à l’ordre.

Elle agita même les hanches dans une parodie de provocation, ainsi qu’il le lui avait ordonné.

La cravache lui atteignit la base des fesses avec une telle violence qu’elle se sentit projetée en avant. Dans sa position tendue, jambes droites et genoux tremblants, elle ne pouvait que retomber à plat sur le lit mais, les coudes vibrants, tétanisés, elle parvint à résister.

Elle supporta les coups suivants au prix d’un effort qui ne dépendait plus de sa volonté. Ses fesses étaient meurtries, broyées, brûlantes, mais Estelle s’allongeait et se relevait, s’agitait alternativement selon les ordres reçus, avec la détermination de l’initié qui marche sur des braises incandescentes et qui continue d’avancer parce qu’il serait aussi pénible que ridicule de revenir en arrière. Il fallait traverser. Il n’était pas possible d’abandonner sans s’exposer à un sort encore pire.

Dans son épuisement, elle se surprit à demander chaque nouveau coup et à remercier avec un surcroît de ferveur. Bien sûr, il y avait la hâte d’en finir, d’arriver enfin à l’autre bout du champ enflammé. Mais les émotions éprouvées plus tôt revenaient insidieusement. Oui, c’est elle qui avait suggéré qu’il la punisse, qu’il la batte. Par défi. Par envie aussi. Une envie nouvelle, physique, qu’elle n’avait jamais ressentie jusque là.

Après la violence du premier choc, après la défaite et l’acceptation inévitable de sa servitude, surgissait une impression doucereuse, pas une vraie jouissance, plutôt un trouble entre le délectable et l’écœurant. Oui, cette douleur la faisait exister. Elle la désirait. Elle en avait besoin maintenant. Comme d’une drogue. Saperlope, que ça fait mal !

C’est tellement intense…

Le coup suivant heurta le centre de ses fesses. Sa chair se comprima, s’aplatit. Vincent ahanait, la frappait de toutes ses forces, ainsi qu’elle le lui demandait.

— Merci, maître… pour ce septième coup…

Sa voix demeurait faible, sa gorge asséchée. Des bulles de bave ruisselaient sur son menton et sur le drap. L’endroit où elle reposait son visage clapotait de salive.

Elle pleurait d’une manière ininterrompue, reprenait son souffle, se redressait sur ses bras exténués et, le sexe moite, demandait qu’il la punisse encore.

Le huitième coup tomba en diagonale et la fit hurler. Elle conserva la pose mais il lui fallut se reprendre à deux fois pour articuler des mots capables de franchir ses lèvres.

— Je vous en supplie…

Vincent rit et simula l’étonnement.

— Tu me supplies de quoi ? Est-ce que je ne te fouette pas aussi fort que tu le demandes ?

Estelle s’appliqua pour ne pas marmonner.

— Une pause… maître… pitié…

Le garçon joua l’indigné.

— Une pause ? Mais tu en fais une entre chaque coup ! Que veux-tu de plus ? Tu n’as quand même pas envie de t’asseoir et de boire une bière en fumant une cigarette, non ?

C’était sans espoir. Inutile et même dangereux d’insister.

— Pardon, maître… dit-elle en s’allongeant sur le lit. Pardon…

Vincent ne lui tint pas rigueur de cette interruption, et Estelle ne tarda pas à demander le coup suivant. Puisqu’il n’y avait aucune chance qu’il la laisse quitte de cette épreuve, elle devait en finir vite !

Criant, hurlant, bondissant comme une possédée, elle réclama les derniers coups d’un ton rageur, comme si la formule n’était pas une prière symbolique mais bien une exigence enrobée de politesse convenue.

Elle donnait des coups de hanches dans le vide avec une énergie obscène, et ne s’abaissait sur le lit que pour mieux s’appuyer et se redresser à nouveau.

Vincent ne la fit pas languir. Il prit seulement son temps pour viser avec soin — Estelle doutait qu’il puisse demeurer sur ses fesses une seule zone épargnée — et se concentrer pour frapper avec une violence toujours plus effroyable.

La jeune fille reçut les dernières cinglades dans un état proche de l’abrutissement, puis, après le douzième coup, elle effectua une roulade latérale pour se mettre à plat dos sur le lit et saisit la verge tendue qui oscillait juste à portée de son bras.

Elle tira si fort que Vincent, par réflexe, vacilla et s’abattit sur elle.

Elle jouissait déjà, le ventre palpitant, amollie, essoufflée, quand il glissa son sexe dans la fente brûlante.

— N’ayez crainte, maître… Je ferai attention à ne pas te griffer le dos…

Les bras en croix, elle se laissa limer sans réagir, secrètement ravie que son vagin dilaté et poisseux retarde l’éjaculation de son partenaire. Puis elle eut l’impression de perdre conscience. Ses yeux se révulsèrent, comme ceux d’une sainte en extase.

 

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