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Résumé

1717. Pour fuir un mariage arrangé et vivre auprès de l’homme qu’elle aime, Elizabeth, jeune marquise anglaise, accepte de tout quitter et de prendre le large depuis le port de Liverpool. Direction le Nouveau Monde et la nouvelle vie qu’il promet. Mais le destin sépare les deux amants dès les premiers temps du voyage. Elizabeth et Mary, sa domestique et amie de toujours, embarquée à ses côtés, se retrouvent livrées à elles-mêmes dans la promiscuité libidineuse des croisières au long cours.

Lorgnées par les marins, effrayées par les esclaves enchaînés à fond de cale, menacées par les pirates qui écument les eaux chaudes des Caraïbes, les deux jeunes femmes doivent apprendre à survivre, avec au cœur cet infime mais tenace espoir : retrouver Timothy, l’amant disparu. Elles apprendront également, en chemin, que survivre a un prix. Le prix de l’innocence.

 

Louis Clavel, qui signe ici son premier roman, nous offre une fresque à la fois historique, érotique et romantique. On s’embarque volontiers dans les aventures pleines de rebondissements de l’ingénue Elizabeth à travers les mers, sans plus pouvoir lâcher le roman, celui de l’initiation d’une jeune femme, qui libère progressivement ses instincts les plus enfouis.

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1

Tout a commencé dans le foin, loin, très loin de nos habitudes aristocratiques. Ou plutôt, c’est dans le foin de la grange que tout s’est terminé, là que sont morts nos espoirs en l’amour. Nous avions pourtant pris toutes les précautions, comme chaque fois que nous nous retrouvions. Assise à la fenêtre de ma chambre, l’esprit trop remué d’impatiences pour écouter Mary, dont la brosse dansait dans mes cheveux au rythme de ses mots, j’avais attendu jusqu’à la nuit tombée, silencieuse, et encore au-delà, que le ciel ne soit plus que mer d’encre. Le manoir s’était petit à petit endormi, les domestiques claquant les portes de leur chambre les uns après les autres, cascade de bruits lourds dans les couloirs, et puis très vite leurs ronflements en écho, à chaque étage, dont les plus gras faisaient trembler les murs… Bientôt, il n’y avait plus eu un chat dehors : il était temps. À petits pas sur le parquet branlant, j’avais gagné ma porte, toujours suivie de Mary – que serais-je sans Mary ? – qui terminait de me coiffer, de me pomponner, de me maquiller. Arrêtée devant le grand miroir en pied que père m’avait offert pour mes douze ans, je m’étais figée un instant dans l’horreur, glacée à la vue du corps ingrat où Dieu m’avait recluse, cette peau transparente, rendue plus fade encore par la noirceur de mes cheveux, de mes yeux sans beauté, et ces os qui saillaient de chaque angle, genoux, hanches et pommettes acérés comme des lames, nulle rondeur, nulle grâce, nulle volupté dans ce corps-là, le mien, rien que de la maigreur maladive, repoussante, j’en étais convaincue ; et c’était encore elle, Mary, qui m’avait rassurée alors que ma confiance flanchait, et m’avait fait tourner sur moi-même devant le grand miroir, les froufrous de ma robe soudain vivants dans son sillon.

— Voyez comme vous êtes belle, Madame, m’avait-elle murmuré à l’oreille. Blanche, pure, ainsi qu’une femme doit être… Votre baron est sans nul doute le plus chanceux des hommes !

Et dans son regard où brillaient l’amour et la bienveillance, je m’étais en effet vue belle, marquise au matin de ses dix-huit ans, toute prête à conquérir le monde – et surtout mon baron. Mary avait passé ma houppelande bleu nuit autour de mes épaules et m’avait confié la petite lampe de chevet, dont la flamme grelotait dans son écrin de verre. Elle m’avait gentiment poussée vers la sortie.

— Soyez discrète, Madame. Et profitez de lui ! Tant que vous le pouvez…

Les derniers mots de Mary m’avaient traversée sans m’atteindre, je lui tournais déjà le dos et filais dans le noir, trop folle, trop amoureuse pour me lamenter avec elle du mariage à venir, et des malheurs qui l’accompagneraient ; seul comptait ce soir-là l’homme pour qui je bravais l’interdit, mon baron. L’aigreur attendrait bien le lendemain matin.

J’étais sortie dans le froid de la cour, tout était silencieux dehors. Les torches encore fumantes étaient éteintes aux quatre coins de la propriété, on distinguait à peine à cinq ou six pas devant soi, et le ciel d’hiver de Chester n’était en cela d’aucune aide, où ni la lune ni les étoiles ne se montraient jamais, suffoquées par la fumée des ports qui recouvrait la terre, depuis la côte. Ma lanterne serrée au plus près de moi, autant pour rester discrète que pour me tenir chaud, j’avais longé la façade du manoir et m’étais enfoncée dans la nuit, droit vers le corps de ferme. Une centaine de pas me séparaient de la grange à foin, invisible et pourtant énorme dans le noir, plus noire encore que la nuit. J’avais marché vers elle à pas pressés, électriques, je tremblais de froid, je me trouvais folle d’être ici, contre la pudeur et la raison, mais déjà j’entrevoyais la lumière au bout du chemin, cette très pâle lueur qui filtrait de la grange, comme en écho à celle qui luisait contre moi, et semblait m’appeler de sa chaleur. J’avais couru, je crois, pour avaler les derniers mètres, j’avais traversé la porte et m’étais jetée à l’intérieur, le souffle court et les joues brûlantes. Près de l’entrée, une lanterne semblable à la mienne finissait de s’éteindre sur une caisse en bois, sa flamme éclairait par tremblements successifs la montagne de foin et de paille, ballots entassés les uns sur les autres pour l’hiver, et au milieu d’eux la silhouette hésitante d’un homme, encapuchonné et drapé de noir, qui m’attendait en faisant les cent pas ; mon homme. Le temps autour de moi s’était figé, ainsi que mes gestes. Il était là.

Il s’était retourné en m’entendant entrer, et avait relâché sa capuche en arrière : la vision de son beau visage souriant dans la pénombre, où pétillaient ses yeux plein de vie, m’avait emplie de joie. Aussitôt, j’avais repris ma course pour bondir dans ses bras, j’avais saisi ses tempes et promené mes doigts à travers le brun de ses cheveux mi-longs, j’avais tracé le contour de son menton carré, j’avais perdu mes yeux dans les siens. Nous avions ri d’un même éclat, heureux d’être simplement là ensemble, enfin, et je voulais crier ma joie, et il voulait crier avec moi, mais nous nous étions l’un l’autre empêché cette folie en retrouvant nos bouches. Il m’avait embrassée fougueusement, ma langue avait goûté ses lèvres et ce parfum boisé qu’elles avaient toujours, où je lisais la liberté des hommes du nord et leur emportement, et leur folie, dont j’étais rendue folle. Ses mains à lui s’étaient animées à leur tour, elles avaient glissé tout le long de mon dos et m’avaient agrippé la taille, fermement, me ramenant un peu plus contre ce torse fabuleux qui m’avait tant manqué, et dont le souvenir hantait mes fantasmes nocturnes. Sa main droite, aventureuse, avait froissé mon manteau et la robe que j’avais en dessous, elle avait tout emporté dans sa fougue, le tissu et ma pudeur, et j’avais soudain senti ses doigts contre mes cuisses dénudées, ses doigts affamés de moi qui déjà remontaient, remontaient, découvrant peu à peu la naissance de mes fesses. J’avais soupiré de plaisir, je m’étais frottée contre lui, contre son corps, lascive, sans même m’en rendre compte. Il avait pris ce geste pour un abandon, il reprenait possession de moi et je m’oubliais dans ses bras, quelque chose au fond de mon ventre me disait de tout lui donner, tout, qu’il me prenne maintenant et m’emmène avec lui, après, très loin d’ici. Il avait soulevé ma cape, et ma robe, j’avais abandonné mes souliers dans la terre : en quelques instants je m’étais retrouvée nue, sur la pointe des pieds pour encore embrasser mon baron, tout mon corps tendu vers lui et mes propres mains désormais baladeuses, sous sa chemise, à l’entrejambe… Je redécouvrais son corps, comme chaque fois, ces semaines passées loin de lui m’avaient paru des siècles, une étouffante éternité. Nos baisers étaient des respirations.

Je sentais son désir poindre, sa verge dure sous son pantalon que mes doigts s’amusaient à tirailler, à caresser… L’idée qu’il me désirait au point de bander me faisait perdre la tête, j’osais des choses que je n’aurais jamais imaginées possibles avant notre rencontre, des choses inavouables que les jeunes femmes de bonne famille ne se permettaient pas, j’en étais persuadée, et pourtant la tentation était trop forte, et le sentiment de la transgression trop grisant, je m’enhardissais un peu plus à chacune de nos rencontres, jouant de mes mains, de mes hanches, de mes seins comme une courtisane l’aurait fait, troublée chaque fois de constater l’émoi que provoquaient mes tours chez mon amant… Ce soir-là encore, je m’étais décidée à franchir un cap dans la débauche, Mary était depuis des jours dans la confidence et m’avait longuement conseillée, elle qui sous ses faux airs d’ange n’ignorait rien de ces choses : et comme je le sentais prêt à rugir, à me prendre tel qu’il le faisait chaque fois, dans la folie de l’instant, c’est avec une certaine fierté que j’avais soudain repoussé mon baron, mes yeux enflammés de stupre dans les siens, pour tomber à genoux devant lui.

— Laisse-moi faire, lui avais-je murmuré avec le plus d’insolence dont j’étais capable. Je veux te goûter, ce soir…

J’avais lu la surprise dans ses yeux, et peut-être un peu de contrariété comme il se sentait dépossédé de son rôle, mais il avait aussitôt compris ce que j’envisageais et s’était détendu, un sourire malin au coin des lèvres… Il me laissait la main. Avec précaution, presque religion, j’avais dégagé son sexe du tissu qui l’entravait, découvrant une longue colonne de chair déjà dure, tendue vers moi. Je connaissais la verge de mon baron, bien sûr, qui m’avait prise tant de fois dans ce même foin où je rampais à présent, mais jamais je ne l’avais vue sous cet angle, fièrement dressée au-dessus de mon visage, ses bourses rondes et gonflées de désir au niveau de ma bouche. Soufflée par cette vision, j’étais restée un moment interdite, le regard flou et la bouche entrouverte. Jusqu’ici agrippée aux cuisses de mon amant, j’avais très timidement dégagé ma main pour l’approcher de sa queue, que j’avais saisie à la base, les doigts incertains et minuscules autour de ce si bel objet. J’avais eu le sentiment de prendre possession d’un trésor. Au contact de ces doigts rendus froids par la nuit et le vent, mon baron avait vivement tressailli, et il m’avait semblé le sentir durcir un peu plus encore dans ma paume… C’était bon signe. J’avais tiré légèrement sur la peau de son sexe, où couraient des veines nombreuses, et son gland s’était aussitôt découvert, libéré du prépuce retroussé sur la tige : un beau et gros gland qui semblait sur le point d’exploser, agité aux environs de mon nez, et dessous lui le frein mis à rude épreuve par mes initiatives… J’avais louché sur l’ensemble ainsi dévoilé, le sexe de mon homme qui n’attendait que ma bouche, et j’avais mesuré le pouvoir que me conférait cette humiliante position : mon baron était tout entier tendu vers moi, à bout de souffle ; son plaisir était entre mes mains. Sans hésiter davantage, j’avais crispé mes doigts autour de ma proie, avais levé les yeux au ciel pour constater l’état d’hébétude dans lequel je l’avais plongé : sans quitter son regard, je m’étais jetée en avant, lèvres humides et langue pendante. J’avais avalé son jonc.

Lorsque ma bouche s’était refermée sur lui, et que ma langue avait fait pour la première fois le tour de son gland, mon amant avait soupiré bruyamment.

— Oh, Lizzie, l’avais-je entendu gémir… Comme tu m’as manqué, tout ce temps…

Sa main s’était perdue dans mes cheveux et en avait attrapé une mèche, sans douleur, geste à la fois tendre et viril pour encourager mon élan. Je m’étais enhardie. Ainsi que Mary me l’avait appris, je m’étais efforcée de goûter cette verge comme j’aurais dévoré un délicieux dessert, sans crainte du ridicule ou de mon impudeur, avec pour seul horizon le plaisir que procurait mon avilissement à mon homme. Je m’étais longuement attachée à faire durcir son gland, promenant ma salive dessus et dessous, le couvrant de baisers, titillant son frein du pointu de la langue… Je n’avalais pas ma salive mais la laissais couler le long de sa queue, elle s’échappait de ma bouche et salissait mes joues, mon menton, pour s’écraser à grosses gouttes sur mes seins et mes jambes. Au-delà du plaisir que je prenais à sentir mon amant perdre pied, la scène que je jouais dans la grange allumait des chaleurs jusqu’au fond de mon ventre. Poussée par une force supérieure à moi, celle du corps, je m’agitais nue entre les jambes d’un homme, suçant pour la première fois de ma vie une verge, et tirant une fierté inavouable de cette folie. Les genoux râpés dans la terre, j’agissais en paysanne sans éducation ni honneur, je m’ensauvageais, la paille et la crasse collaient à mes pieds, à ma peau jeune et douce, je me sentais salie et voulais me salir encore. J’accueillais ce sexe dressé comme une chance, un cadeau, je crois que j’aurais pu l’avaler pendant des heures, lerégurgiter, le faire cracher et puis le réveiller, recommencer, recommencer. Tout dans les gestes du baron disait ma réussite, déjà le sperme suintait de son gland, je le sentais épais et salé sur ma langue, comme sa respiration accélérait, à présent saccadée et entrecoupée de jurons salaces… Sans même m’en rendre compte, j’avais écarté les cuisses et remuais désormais mon bassin dans le vide, assez bas pour sentir mon con frotter contre le sol. Je remerciais secrètement Mary de m’avoir poussée à oser ; les barrières de la bienséance étaient tombées, toutes. Je m’étais faite chienne pour plaire à mon baron.

Je n’avais pu me résoudre à ce qu’il se vide dans ma gorge, il m’en avait fallu davantage. Hors de moi, les gestes fous, je m’étais redressée et avais couru jusqu’aux ballots de foin, remuant outrageusement de la croupe pour attirer mon amant à ma suite. Je m’étais hissée sur la paille, m’étais assise en face de lui, les cuisses écartées et détrempées d’excitation. Mon cœur palpitait dans mon sexe, je n’étais plus qu’un ventre creux, avide d’être rempli.

— Tu la veux, ta marquise ? l’avais-je encore provoqué, tout sourire. Alors prends-la, prends-moi. Baise-moi !

Il m’avait rendu mon sourire, s’était libéré en vitesse de ses bas, de sa chemise, de son jabot, pour me rejoindre nu à son tour et m’attraper la taille. Debout devant moi, il avait présenté son sexe luisant de salive à l’entrée de mon con et m’avait pris la bouche, en même temps qu’il me pénétrait. J’avais senti ce gland, que j’avais pris tant de plaisir à animer, écarter mes petites lèvres pour se frayer un chemin dans mon intimité ; me remplir, enfin.

Et c’est là, donc, alors que je retrouvais seulement la virilité de mon homme, qu’il commençait de me besogner à larges coups de reins, ses mains ferrées à mes cuisses et mes jambes enroulées autour de sa taille, nos soupirs se mêlant à la sueur, qu’on nous avait surpris. Malgré nos précautions, nos capuchons, la petite lanterne serrée contre moi, malgré la nuit noire où nous nous fondions pour nous retrouver. Tout a basculé en l’espace d’un instant ; le temps semblait pourtant suspendu dans la grange, je me donnais tout entière aux assauts de mon amant, nous haletions d’une même voix, mes ongles plantés dans ses épaules pour l’emmener toujours plus loin, toujours plus fort au fond de moi… Saisis par le sexe, ni lui ni moi n’avons entendu la meute approcher dans la nuit, ni rien vu des lanternes que ses loups agitaient sur leur chemin, eux sûrement déjà bouillants de rage. Nous n’avons pas même interrompu notre ébat lorsque la porte de la grange a basculé, la grande porte branlante dont le hurlement me parut un couinement lointain, depuis la brume où j’étais perdue.

— Ils sont là ! On les tient !

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