EMILIE DECHIREE

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CARDWAY Carolyn

ContraintesMedia 1000


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Broché / 160 pages


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Résumé

Trop sévères puis trop négligents, les parents d’Émilie s’interrogent. Leur fille est au lycée, mais légalement majeure, et si proche de Cécile qu’ils soupçonnent une amitié particulière. Si ce n’était que cela !…

Émilie s’est vouée corps et âme à Cécile. Corps surtout, pour que son amie la maltraite et la tyrannise toujours davantage, toujours plus longtemps, en une exploration méticuleuse de tout ce qui fait mal, moralement et physiquement.

Quand les parents surprennent leurs messes insoutenables, n’est-il pas trop tard ? Comment punir une jeune fille qui éprouve tant de jouissance à son propre anéantissement ?

Séparée de Cécile, Émilie découvrira d’autres frissons plus dangereux encore : les châtiments paternels, les trois loubards qui l’ont déjà violée, et cet irréprochable ami de ses parents…

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Émilie gît dans le bac d’émail, jambes ouvertes, main au sexe, sous le jet glacé de la douche. Elle grelotte, frissonne, claque des dents, secouée par instants de spasmes violents. La douleur tord ses articulations, étreint son crâne d’un cercle de fer. Les milliers de gouttelettes sont autant d’aiguilles qui la percent. Plusieurs minutes qu’elle supporte ce supplice. Comme chaque matin. Depuis plus d’un mois. Depuis que Cécile l’a décidé. Émilie obéit. Son amie n’a pas besoin de contrôler : ses ordres sont exécutés. Quels qu’ils soient.

La jeune fille ne bouge plus. Pétrifiée. Sa peau de rousse, au naturel d’un blanc lumineux, a pris une vilaine teinte cyanosée. Surtout aux cuisses, aux bras, à la poitrine. Sur ses seins trop gros, affalés de part et d’autre de son torse, les ecchymoses des récentes corrections se noient dans cette coloration malsaine. Crispées, froncées, fripées, les larges aréoles sont réduites de moitié. Les tétons saillent, durcis, épais comme la dernière phalange d’un index.

Émilie s’oblige à résister chaque fois davantage. Attend d’être au bord de la tétanie pour fermer le robinet.

Ses membres : durs, raides, ankylosés. Ses cuisses : élargies, grandes ouvertes, béantes. Sur son ventre, son pubis glabre, marqués de coups de ceinturon, de brûlures de cigarette, de piqûres d’aiguille, l’eau ruisselle, dévale ses aines. D’une main contractée, bleutée, elle tient sa vulve ouverte. L’index et l’annulaire séparent les lèvres durcies, rougies, tandis que le majeur maltraite le clitoris rabougri par le froid sous son capuchon violacé. D’ordinaire assez gros, l’organe est réduit à une minuscule excroissance qui roule, fuit, s’efface.

Émilie s’exaspère. Elle voudrait frémir, bander, jouir sous cette cataracte glacée. Elle est certaine d’y parvenir un jour. À force de travailler l’endurance. Ce ne sera pas pour aujourd’hui.

Transie, au bord de l’inconscience, elle parle d’elle-même à la troisième personne : « … elle doit jouir de l’avorton… Quand elle veut… Il l’a encore lâchée… Cécile le punira… Finira par céder… »

« L’avorton » : surnom que Cécile donne au clitoris de son amie.

Elle se claque l’entrejambe. Exaspérée. Par dépit, s’atteint plus bas. L’anus. Trois doigts. Elle les enfonce sans précaution. Quoique rompue à des effractions sévères, la bague de chair résiste, gelée, rétrécie, impénétrable. Les ongles écorchent les muqueuses. Émilie s’en moque. Désir de se blesser. Elle force, pousse, se pénètre jusqu’aux dernières phalanges. Cécile lui met bien plus par là ! La main entière ! Une bouteille ! La douleur réveille ses fesses ankylosées, se répand à travers son corps gourd. La chaleur de son rectum est une brûlure pour ses doigts transis.

Une respiration saccadée soulève les flancs de la jeune fille. Souffle rauque, espacé, irrégulier, qui se perd dans le vacarme du jet. Tenir encore. Le plus longtemps possible. Cécile, moqueuse, dit que c’est excellent pour les hématomes. C’est vrai. Ils se. résorbent plus vite.

Elle ne sent presque plus rien, s’insensibilise. Son visage juvénile est hébété, hagard, stupide, autant de souffrance que de l’affreuse volupté qu’elle en retire. Un reste de conscience demeure pourtant sur ses gardes. Ses prunelles, braises vertes, attentives sous ses paupières alourdies. La peur d’être découverte la tient aux aguets. Que diraient ses parents, quelle serait leur réaction s’ils savaient ce qu’elle fait ? Émilie perçoit sous leur libéralisme conventionnel de « parents modernes » un puritanisme frileux, étriqué, rétrograde. Au prix d’un violent effort sur elle-même, elle se redresse avec peine, tend la main, ferme le robinet avec difficulté.

Plusieurs minutes sans pouvoir faire un geste. Épuisée. Son corps est de pierre. Elle retrouve peu à peu une respiration normale. Un long frisson l’agite. On frappe à la porte.

– Émilie, tu as fini ?

C’est Jacqueline, sa mère. Elle ne me fichera donc jamais la paix ? Quand on vivra ensemble, Cécile pourra m’en donner à mort sans que personne vienne nous emmerder !

Pas d’autres buts, projets, obsessions, que lui appartenir sans réserve. Être son animal domestique, son souffre-douleur, son cobaye. Dépendante d’elle. « Accro ». La veille, dans la vitrine de l’animalier, elles ont vu une niche d’appartement. Cécile a dit :

– On en aura une. Tu y dormiras. Nue, avec un collier, et un truc énorme dans ton cul.

Ce projet avait troublé Émilie. Une excitation si violente qu’elle en avait presque joui. Ses jambes avaient tremblé sous elle. Une sorte d’orgasme spontané, en pleine rue, à l’insu des passants.

Sa mère insiste. Tourne loquet. Sans succès : le verrou est poussé.

– Émilie, tu m’entends ? Qu’est-ce que tu fais ? Tu as terminé ?

– Fiche-moi la paix.

Mal remise, elle entend sa voix altérée. Comme celle d’une autre personne. Sa mère, inquiète, alarmée :

– Ça va ?

– Oui, oui.

– Dépêche-toi, j’ai promis d’accompagner Sue faire les soldes. Tu la connais, elle veut être dans les premières.

« Sue » ! Ce diminutif l’a toujours agacée. Il s’agit de Suzanne, l’épouse de Paul Lebondruissel. Le notaire. Des amis intimes de ses parents. Suzanne est une grande femme maigre, sans fesses ni seins, aux cuisses creuses. Émilie se doute que le couple est pervers, que les soirées où sont invités son père et sa mère ne sont pas tout à fait innocentes. Mais elle n’en a jamais eu la preuve. Toutefois, il s’est passé quelque chose entre la jeune fille et l’épouse du notaire. Elle était très jeune alors. Ses rapports avec Cécile ne s’étaient pas encore engagés sur le sentier qu’ils suivraient plus tard. L’incident avait eu lieu en été. Émilie faisait la sieste, allongée au soleil dans une chaise longue, vêtue d’un tee-shirt et d’un slip. Suzanne s’était approchée, avait glissé sa main dans la culotte, avait commencé à masturber. Émilie, dont le cœur s’était mis à battre très fort, avait gardé les yeux fermés. Puis, le plaisir l’avait emporté sur l’émotion, elle avait écarté les cuisses pour les poser sur les accoudoirs. Elle avait joui. À travers ses cils baissés, elle avait vu la femme la regarder avec un sourire excité, sucer son doigt luisant de sécrétions, puis s’éloigner. Pas un mot n’avait été échangé. Il ne s’était plus rien reproduit de tel par la suite. Émilie avait raconté cette scène à Cécile.

Le pas maternel s’éloigne dans le couloir. Émilie prend une serviette éponge. Se frictionne avec vigueur. La vie revient dans son corps. Une sensation de chaleur, accompagnée d’un fourmillement intense la gagne tout entière. Elle pourra dire qu’elle a tenu plus longtemps que la veille, qu’elle a « bien pris ».

« Prendre ». Encore un de leurs mots. Celui-là sert à évoquer le plaisir indicible, sinon innommable.

Son amie la félicitera de son courage. Émilie est fière de ces compliments. Elle les note avec soin sur le carnet où sont inscrits les sévices qu’elle doit s’infliger entre deux rencontres. Lorsqu’elle les a exécutés jusqu’au dernier, elle signe au bas de la liste. Ensuite, Cécile examine les marques, les traces, les stigmates. Elle inscrit une appréciation, contresigne. Beaucoup de carnets sont déjà remplis. Rangés dans un coffret dont Émilie garde la clé dans la trousse d’écolière qui contient les instruments dont elles se servent quand elles sont à l’extérieur : promenades en forêt, arrière-salles tranquilles de cafés, au cinéma. Cette trousse se trouve en permanence dans son sac à main, ensevelie sous un bric-à-brac de jeune fille qui décourage toute tentative de fouille maternelle.

Il y a aussi le carnet des « messes ». Ces séances solitaires, ritualisées, au déroulement fixé une bonne fois pour toutes. Exécutées pour célébrer son amie.

Sèche, la peau rougie, elle s’inonde d’eau de toilette. Insiste entre les cuisses, jusque dans la vulve. Ça la brûle. Son pubis est rêche sous ses doigts. Les poils repoussent ! Le dernier rasage ne remonte pourtant qu’à 48 heures ! Plusieurs mois déjà que le buisson roux, épais, hirsute, broussailleux, est interdit sur son bas-ventre.

Elle prend le rasoir que sa mère utilise pour ses jambes. Elle tend la peau, passe la lame à rebours, racle le chaume invisible qui crisse sous le tranchant. La cuisson est terrible. N’importe, elle se veut lisse ! De petites étoiles écarlates naissent çà et là, grossissent, bientôt gouttes de sang. Les 70° de l’eau de toilette ne lui semblent pas assez. Elle prend de l’alcool à 90° dans l’armoire à pharmacie. Sa chair s’embrase. Elle étouffe un cri sourd, rauque, bref. Cécile ne lui a pas demandé de faire ça : un cadeau que la jeune fille lui offre. La cuisson s’atténue. Émilie remet de l’alcool pour relancer la brûlure.

Un peu plus tard. Son reflet dans la glace. Le corps : élancé, harmonieux, charpenté en puissance. Il en émane une impression de force, de robustesse, de vitalité. Une superbe jeune fille, si ce n’était les seins : énormes poires étirées, pendantes, basses. Les bouts rongés par des aréoles larges comme des soucoupes, violines, étoilées de veines vertes sous la peau plus fine à cet endroit. Paradoxe : cette poitrine irrégulière, disproportionnée, anormale, au lieu de l’enlaidir, lui confère une beauté primitive d’idole païenne. Elle secoue son torse. Les masses obscènes valsent, tremblent, frissonnent puis s’immobilisent avec lourdeur. Pas question de me faire opérer, je prends trop bien par là !

Émilie repense à cette première fois où elle a demandé à son amie de la corriger. C’était un après-midi. Les deux jeunes amantes étaient allongées, nues l’une contre l’autre, en l’absence des parents. Émilie avait dit d’une voix grave, un peu tendue :

– Tu voudrais pas me dérouiller ? À coups de ceinturon. Au sang.

Cécile l’avait regardée sans surprise. Comme si elle s’y était toujours attendue. Comme si cette demande lui semblait aller de soi.

– Il y a longtemps que tu en as envie ?

– Je ne sais pas. Mon père ne me punit plus. Tu te rappelles, j’avais à choisir entre la séance de gifles, attachée sur une chaise, les coups de ceinture, ou la tête tenue sous l’eau… Je te montrais les marques après.

– Oui, oui. Ça te manque ?

– Peut-être. Puis, il y a ça, aussi.

Ça ! Elle avait soulevé par le téton une des pesantes mamelles, incongrues sur son corps de jeune fille. L’avait laissé retomber. Une grimace de douleur quand la naissance étirée avait stoppé la chute.

– Je comprends.

Quelques instants plus tard, Cécile frappait à la volée la croupe de son amie prosternée. Les marques violettes s’étaient accumulées sur les fesses d’une blancheur de lait. Elle avait cessé aux premières gouttes de sang. Émilie s’était alors retournée, avait bombé le torse pour offrir ses seins. Cécile avait hésité une seconde, puis elle s’était décidée. Le ceinturon avait sabré les mamelles. Ensuite, Émilie avait semblé apaisée, détendue, assouvie.

Elles s’étaient masturbées. Avaient joui très fort, très vite. Avaient décidé de recommencer dès que possible.

– La prochaine fois, tu pourrais me frapper juste les nichons. C’est ce que j’ai préféré. Et même avec le côté de la boucle.

– Oui. On est timbrées de faire des choses comme ça. Mais ça m’excite. Ça me donne envie. Tu as très mal ?

– Oui. Ça fait du bien. J’en avais besoin.

C’était quatre ans auparavant. Elles avaient alors tout juste 14 ans. Émilie avait dû ruser pour dissimuler les marques à ses parents. Ce jour-là, avait commencé aussi, pour elle comme pour Cécile, cette vie secrète, parallèle, clandestine qu’elles menaient depuis à l’insu des adultes. Jacqueline avait mis sur le compte de la puberté la soudaine pudeur de sa fille qui refusa dès lors de se montrer nue. Peu à peu, au fur et à mesure que s’était affirmée sa sensualité particulière, Émilie en avait tiré de l’orgueil.

Les flirts, les coucheries, les amours des autres filles de son âge lui semblent mornes, inintéressants, fades. Elle les regarde avec condescendance, écoute sans les entendre leurs histoires mièvres, ne recherche pas leur compagnie. Ne les fuit pas non plus. Indifférente.

Elle fait, néanmoins, des expériences en dehors de Cécile, mais toujours avec l’assentiment de celle-ci. Relations homo et hétérosexuelles. Elle n’a jamais couché avec un garçon, mais Cécile l’autorise à se laisser embrasser, caresser par-dessus ses vêtements. Émilie subit ces attouchements sans plaisir ni déplaisir. Elle a le droit de les masturber s’ils sont gentils, sympas, demandent cette caresse sans l’exiger, à défaut d’obtenir plus. Pendant longtemps, Cécile lui a interdit d’accorder davantage. Depuis peu, d’une façon systématique, elle doit sucer. Jusqu’à l’éjaculation. Dès la première fellation, elle a aimé le goût du sperme, en avoir plein la bouche, plein les dents, plein les gencives avant de l’avaler. Elle regrette que les giclées épaisses, chaudes et goûteuses, se tarissent si vite.

Elle a eu deux aventures homosexuelles. La première, l’année précédente, avec Claude, une prof de chimie. Une femme brune aux cheveux courts, aux seins presque inexistants, aux hanches de garçon. La femme avait remarqué des traces suspectes sur la poitrine d’Émilie un jour où celle-ci, penchée sur une expérience, avait mal apprécié l’échancrure de son pull. Après le cours, la femme lui avait demandé des explications. La jeune fille s’était sentie en confiance. Avait tout raconté. La prof n’avait pas semblé choquée par les pratiques des deux lycéennes. Elle avait dit, toutefois, que ce n’était pas « son truc ». Elle lui avait demandé si elle voulait « faire des choses » avec elle. Sans se détourner de son amie, bien sûr. Émilie en avait parlé à Cécile qui avait accepté.

L’élève et la prof se retrouvaient dans une réserve de fournitures, quand tout le monde était parti. Les choses se passaient toujours de la même façon. Elles s’embrassaient à pleine bouche, se pelotaient, s’enfonçaient les doigts dans le vagin. Claude, avec des sourires protecteurs qui agaçaient Émilie, répétait« mon bébé, mon bébé ». Elle se faisait lécher debout. La lycéenne agenouillée entre ses cuisses ouvertes. Toujours avant de prendre sa douche. « Pour le goût », disait-elle.

Ça suffisait à Claude en matière de « cochonneries », comme elle disait. La jeune fille avait dû insister pour obtenir d’être giflée, d’être piétinée chaussée, de recevoir des crachats à la figure. De même, elle avait dû menacer de rompre pour qu’elle lui urine dans la bouche, qu’elle lui donne son anus à goûter, ses aisselles à lécher.

La jeune fille racontait chaque rencontre à Cécile. Elle était punie, trouvait que c’était juste. De son côté, Cécile a eu, elle aussi, quelques expériences. Brèves. Toutes homosexuelles, dont Émilie n’avait jamais rien ignoré.

Après quelques mois, la prof avait été mutée à l’autre bout du pays. Émilie ne l’avait pas regrettée : lassée, elle se préparait à mettre fin à cette relation.

La seconde histoire avait été plus courte. Quelques jours. Avec Lucie. Une fille assez ordinaire, n’eût été un regard émouvant. Elle l’avait rencontrée au cours d’une fête. La jeune fille avait fixé Émilie avec des yeux agrandis, mouillés, comme au bord des larmes. Sans prêter la moindre attention à Cécile, elle s’était approchée, avait dit :

– Embrasse-moi.

Cécile les avait laissées. Émilie avait embrassé Lucie. Cette dernière lui avait pris la main, l’avait fourrée entre ses cuisses, s’était mise à respirer fort. La jeune fille avait crocheté la culotte, fouillé la vulve embroussaillée, trouvé le clitoris.

Ensuite, elles s’étaient isolées dans une chambre. Lucie lui avait dit qu’elle l’aimait depuis longtemps, lui avait caressé la tête pendant qu’elle la léchait. Une vulve au goût fort, débordante d’un suc épais.

En dépit de son « amour », Lucie ne léchait pas en retour. Elle masturbait. D’une façon maladroite. Faisait mal avec ses ongles, grognait et gémissait à la place d’Émilie qui attendait, passive, cuisses ouvertes, la fin de la crise.

Elles s’étaient vues plusieurs fois. Émilie s’était vite lassée : Lucie refusait tout ce qui aurait pu lui donner du plaisir, au nom, d’ailleurs, de l’amour qu’elle prétendait lui porter : « Je t’aime trop pour te pisser dans la bouche… Je t’aime trop pour chier sur ta figure… Je t’aime trop pour te donner des coups de pied dans le ventre… »

Il semblait qu’elle ne sût rien faire d’autre que dire qu’elle l’aimait, l’embrasser d’une façon interminable, la masturber et se faire lécher. Un jour, excédée, Émilie lui avait cassé la figure. À coups de poing. Comme un garçon. Avec une violence méthodique. Lucie s’était à peine défendue. Elle avait saigné du nez, avait eu un œil poché, une lèvre fendue et une arcade sourcilière ouverte. Elle avait raconté qu’elle avait été agressée.

Cécile avait eu un fou rire lorsque son amie lui avait raconté cette scène. Émilie avait cessé de voir la jeune fille. Elle avait appris que Lucie n’avait pas supporté d’être abandonnée, qu’elle était tombée malade, avait fait une tentative de suicide.

Émilie était allée la voir à l’hôpital. Elles avaient bavardé. Émilie, par pitié, avait glissé sa main sous les draps pour la masturber. Elle n’avait jamais trop aimé cette grosse vulve molle, hirsute, toujours engluée d’un suc épais. Lucie avait joui, remercié, demandé un baiser. La jeune fille avait refusé :

– Non. Tu pues de la bouche. Ça doit être à cause des médicaments.

Lucie avait dit oui, que ça ne faisait rien, que ce n’était pas grave. Elle avait souri.

– Gifle-moi, alors. Je crois que je te comprends mieux depuis que tu m’as tabassée.

Elle avait hésité. Cette fille geignarde dans ce lit d’hôpital, avec son teint blême de malade, son odeur de fièvre, le goutte à goutte fiché dans le bras, lui inspirait un vague dégoût. En même temps, elle éprouvait de la compassion. Lucie quémandait un coup comme une aumône. Émilie pouvait mieux que personne comprendre ce besoin. Elle avait frappé la jeune fille. Un aller et retour dur qui avait fait ballotter la tête de droite et de gauche sur l’oreiller blanc.

Les yeux fermés, Lucie avait murmuré d’une voix changée :

– Merci.

– De rien. C’est gratuit. Mais je ne veux plus jamais te revoir. Tu me dégoûtes, tu comprends. Les coups, je les reçois, je ne les donne pas !

L’envie d’être méchante l’avait soudain envahie. Un sourire mauvais avait retroussé ses lèvres. Elle avait décroché le flacon de sérum de la potence du goutte à goutte, l’avait retourné, avait dévissé le couvercle. Lucie, inquiète soudain :

– Qu’est-ce que tu fais ?

– Ta gueule, connasse !

D’une main, Émilie avait déboutonné son jean, l’avait baissé en même temps que sa culotte, s’était accroupie. La malade avait compris alors l’intention de sa visiteuse. Elle s’était affolée, plus soucieuse d’être découverte que de sa santé.

– Arrête ! Tu es folle, une infirmière peut entrer n’importe quand !

Émilie, l’ouverture du bocal à l’aplomb de sa vulve, avait ricané.

– J’en ai rien à foutre !

Elle avait lâché un long trait de pisse qui s’était dilué dans le sérum jusqu’à devenir indiscernable. Émilie avait raccroché le dispositif, puis s’était rajusté. Sans hâte.

– J’aimerais que tu en crèves, mais j’en doute. Je bois plusieurs litres de pisse par semaine sans parler de la merde ! Et comme tu vois, je suis en pleine forme ! Alors…

Elle avait laissé Lucie. Celle-ci avait à peine remarqué ce départ. Elle regardait la pliure de son bras, comme fascinée par l’aiguille qui distillait le médicament souillé dans son corps.

Elle n’avait plus jamais entendu parler d’elle.

Une autre expérience plus récente. Vécue contre son gré, et dont elle ne sait quoi penser. Elle a été violée. Trois jeunes types : cheveux jaunes, décolorés, tatouages, anneau à l’oreille. Des voix aiguës, rapides, hystériques. Toujours en maillot de corps sous leur blouson de cuir. Même en hiver. Ils traînent dans une rue qui traverse un quartier d’H.L.M. Émilie ne peut éviter de l’emprunter sans faire un détour considérable pour se rendre au lycée, ou aller chez Cécile.

Un soir, ils l’ont forcée à les suivre dans une cave. Ils ont cogné. Des gifles. Des coups de poing dans la poitrine, l’estomac, le ventre. Des coups de pied, aussi. Jusqu’à ce qu’elle se tienne tranquille. Ils ont baissé son jean, sa culotte, l’ont retournée et prise par l’anus. Chacun leur tour. Elle n’a pas eu mal : son sphincter est souple, habitué à des pénétrations importantes. Ensuite, elle a dû sucer. Les verges avaient un vague goût d’excréments. Ils ont éjaculé une seconde fois. Elle a avalé le sperme. C’est alors que l’un d’eux a remarqué la masse de sa poitrine. Ils ont soulevé son pull, découvert ses seins trop gros, nus, obscènes. Blancs. Cette fois-là, par hasard, vierges d’hématomes, de traces de sévices. Avec des rires, ils ont essuyé les semelles de leurs baskets sur ces mamelles. Le plus jeune, très énervé, avait proposé de shooter dedans. Comme des ballons. Les deux autres avaient refusé, dit que ça pouvait la tuer. Une courte bagarre, inattendue, ultra-rapide, violente, avait éclaté. Échange de coups, avec des cris suraigus, des mots incompréhensibles. La mêlée avait cessé d’une façon aussi soudaine qu’elle avait commencé. Un des protagonistes s’était adossé au mur, bras levé, avait crié. Un de ses copains lui avait alors donné un violent coup de poing dans le ventre. Le garçon avait glissé au sol avec des halètements. Comme s’il jouissait.

Après la dernière giclée de sperme, Émilie s’était effondrée. Ils lui avaient donné encore des coups de pied, puis avaient uriné sur elle avant de l’abandonner.

Restée seule, elle avait ressenti une excitation intense. Sa main s’était logée entre ses cuisses disjointes. Le clitoris raidi, dur, sorti du capuchon. Elle s’était masturbée. Plusieurs orgasmes en rafale, très violents, avaient achevé de l’éreinter.

Elle rencontre encore les trois voyous. Elle connaît leur nom. Il y a Bob, Colbert et Crok. Ce dernier l’amuse, qui répète « Crok ! Crok ! », après chaque phrase. Ils l’interpellent, elle s’arrête, bavardent avec eux. Comme si ce qui s’était passé était normal, et avait inauguré entre elle et eux une sorte de camaraderie. Ils l’ont surnommée « Chouchou » !… Ils devraient être en prison après ce qu’ils m’ont fait.

Pourtant, elle leur parle, rit de leurs plaisanteries, s’attarde. Faible, veule, lâche, avec la sensation qu’une boue fluide, infecte, amère, rampe dans ses intestins jusqu’à lui brûler l’anus. Ce sont des moments bizarres, anormaux, sales, où elle se sent abjecte, mais qui lui procurent une violente excitation.

Le soir même, elle avait tout raconté à Cécile qui avait demandé si ça lui avait plu.

– Oui. C’est fort. Ça éclate bien.

Son amie avait approuvé.

– Tu veux sortir avec eux ?

– Non. Je suis avec toi. C’est tout. Ces mecs, c’est autre chose. J’aimerais autant qu’ils ne recommencent pas, d’ailleurs.

– Comme tu veux. La prochaine fois que tu les rencontres, propose-leur de les sucer. S’ils veulent t’enculer, tu acceptes mais tu leur demandes de bien te casser avant. Ça me plairait que tu te fasses démolir de temps en temps par ces types. S’ils t’amochent de trop, tu pourras porter plainte contre eux. Je suis sûre que les flics les connaissent.

Émilie avait accepté, puis elles n’en avaient plus reparlé. Pour Émilie, ce n’est pas très important. Seul compte Cécile. Cette sensation d’être soudain anéantie, dépossédée de sa personnalité, privée de toute volonté lorsqu’elle est en sa présence. Personne, jusque-là, ne lui a fait cet effet.

Un jour, elles n’en étaient encore qu’au début de leur quête érotique, Cécile avait demandé avec une expression préoccupée :

– Tu crois qu’on est des gouines ?

Après quelques secondes, Émilie avait répondu qu’elle ne savait pas. Puis, elle avait ajouté :

– On s’en fout, non ?

Cécile avait approuvé d’un bref signe de tête. Elle avait ouvert le jean de son amie, écarté la culotte, fouillé jusqu’à trouver le clitoris. Elle l’avait pincé, tordu, écrasé entre le pouce et l’index. Émilie avait crié. Sans lâcher prise, Cécile avait hurlé :

– Sale gouine ! Sale gouine ! Sale gouine !

De sa main libre, elle l’avait giflé. Puis, elle lui avait craché au visage. Émilie avait joui. Après, elles avaient ri de cette crise.

À peu près vers la même époque, Cécile, elle aussi, avait manifesté des désirs insolites. Ni ses seins ni sa vulve n’étaient pour elle le siège d’un quelconque plaisir. Constipée chronique, elle avait découvert dans des lavements, d’abord donnés par jeu, un accès à l’orgasme. Elle avait commencé à multiplier les expériences dans ce domaine, à exiger de son amie des irrigations de plus en plus importantes en quantité. Données avec le flexible de la douche après en avoir dévissé le pommeau. À présent, elle ne peut plus s’en passer.

Émilie regagne sa chambre, croise sa mère dans le couloir. Jacqueline porte un déshabillé rose, dont les pans ouverts ne masquent rien de son corps nu. Quarante-six ans, des formes empâtées par l’âge, mais encore harmonieuses. Le regard d’Émilie accroche les seins plus très fermes, avec leur bout déprimé, comme entraîné vers l’intérieur par la ptôse, l’épaisse touffe blond sombre en bas du ventre blanc, un peu gras, sillonné de vergetures profondes, mauves. Un corps de femme mature qui ne laisse pas la jeune fille indifférente. Il lui arrive de temps en temps, pour accompagner une masturbation, d’imaginer qu’elle fait l’amour avec elle. Un fantasme, sans plus.

– Tu en as mis, du temps ! Tu as l’air fatiguée. Tu as mal dormi ?

Émilie, d’un geste qu’elle veut naturel, resserre l’encolure de son peignoir. Peur de laisser entrevoir sa poitrine marbrée d’ecchymoses.

– Non. On travaille beaucoup pour le contrôle de fin de semestre. Cécile est crevée, elle aussi.

– Il faut que tu prennes des vitamines. Ça ne lui ferait pas de mal non plus. Elle a toujours été maigrelette, mais elle a quand même l’air plus fraîche que toi ! Tu as de ces cernes ! On dirait une déterrée. Je passerai à la pharmacie au retour.

– Laisse tomber. Je vais bien.

La jeune fille ne tient pas à effacer si peu que ce soit l’épuisement consécutif aux fantaisies cruelles de son amie. Jacqueline insiste. Exaspérée, Émilie cède : elle les jettera à la poubelle.

Jacqueline affiche un sourire satisfait. Sa fille a beau avoir fêté ses 18 ans un mois auparavant, être majeure, elle continue à la considérer comme une gamine. Peut-être à cause de ce visage dont les traits hésitent encore à s’affirmer adultes. L’expression la fois intelligente et butée, volontaire, têtue. Les taches de rousseur, les sourcils à peine marqués, les yeux, comme à demi fermés sous les arcades sourcilières bombées. Et encore, un nez retroussé, des lèvres rouge foncé, gonflées, presque trop grosses, toujours entrouvertes sur deux grandes incisives.

– Cet après-midi, j’irai travailler chez Cécile. Ne m’attendez pas. Je dînerai là-bas, et je resterai dormir. Monique est absente jusqu’à demain soir, et Cécile n’aime pas passer la nuit seule dans la maison.

La mère de Cécile : Monique. Veuve. Le père : boucher. Mort quelques années auparavant. Monique ne s’y entendait pas dans le commerce de la viande. Elle a fermé la boucherie. Sans la vendre. Elle ne voulait pas déménager de l’appartement situé au-dessus du magasin. Les revenus de quelques immeubles de rapport, en ville, assurent une existence confortable.

Jacqueline objecte :

– Cécile pourrait dormir ici.

Émilie pousse un soupir excédé.

– M’man !

– D’accord, d’accord. Faites comme vous voulez. Vous allez finir vieilles filles si ça continue ! Toujours toutes les deux ! Ce n’est pas sain.

– Ne commence pas avec ça, m’man.

– Ne me prends pas pour une idiote, Émilie. Je me doute depuis longtemps de ce que vous fricotez, figure-toi. Je sais plus de choses que tu ne crois.

La jeune fille regarde sa mère avec défi.

– Ça veut dire quoi, ça ? Qu’on est des gouines ? C’est ton idée ? Dis-le ! Je sais que tu le penses. Et tu n’es pas la seule ! Et même si c’était vrai ? Qu’est-ce que ça peut vous foutre, à tous autant que vous êtes ?

– Calme-toi, Émilie. Je ne cherche pas à t’embêter. Je m’inquiète pour ton avenir, pour plus tard. Tant que vous étiez gamines, ça ne faisait rien. Les amies de cœur, ça fait partie de la vie des fillettes, des ados. Mais là, vous avez dix-huit ans toutes les deux. Rien ne change. Avoue qu’on peut se poser des questions. Ce n’est pas normal.

La jeune fille hausse les épaules. Elle a un sourire de dérision.

– Normal ! Vous n’avez que ce mot à la bouche. Vous croyez que vous êtes normaux, vous ? Vos soirées chez Paul et Suzanne C’est normal, ça ?

– Je t’interdis de parler comme ça C’est odieux. Tant que tu vivras ici, tu devras respecter certaines règles.

– J’en ai rien à cirer, de tes règles à la con !

La main de Jacqueline part si vite qu’Émilie n’a pas le temps d’esquiver. Le revers, dur, la cueille sur la pommette. De surprise, elle recule. Un éclair de haine pure durcit ses prunelles vertes.

– Ne me frappe plus jamais.

– C’est ça ! Je te conseille, en tout cas, de t’arranger pour que ton père ne sache rien de vos petites simagrées. Ça pourrait vite finir, s’il s’en mêle.

« Vos petites simagrées » ! Furieuse, Émilie se retient d’ouvrir son peignoir, d’exhiber sa poitrine, ses fesses, son ventre marqués. Lui dire que, contre ça, personne ne peut rien, ni elle ni son père. Mais elle n’a pas le courage d’affronter les conséquences d’une révélation aussi brutale. Elle tourne les talons, court jusqu’à sa chambre, claque la porte derrière elle.

Émilie pousse le verrou. La rage la fait trembler, rend ses gestes maladroits. Je suis sûre que cette vieille salope sait tout. C’est peut-être ça qu’elle appelle des petites simagrées… Il faut que je me calme. Je vais me mettre.

Elle doit attendre le départ de sa mère pour se sodomiser. Elle prend un livre. S’allonge. Feuillette l’ouvrage sans parvenir à fixer son attention. Peu à peu, son inquiétude s’apaise : Cécile trouvera la solution qui convient.

Sa joue la brûle encore. C’est une sensation qu’elle aime. Plus de deux ans que sa mère ne l’avait pas giflée. Elle se surprend à regretter qu’elle ne le fasse pas plus souvent. Elle pense aussi aux corrections de son père, les samedis matins. Elle se demande pourquoi il a arrêté quand elle a eu ses premières règles. Elle se revoit, nue dans la salle de bains. Elle préparait tout ce qui était nécessaire : remplissait d’eau le lavabo, installait la chaise et la corde, accrochait le ceinturon à un clou que son père avait planté exprès pour cet usage. Puis, elle attendait qu’il arrive. Sans peur réelle, d’ailleurs.

Le type de punition dépendait de l’importance des sottises qu’elle avait commises dans la semaine. Charles notait ça en points, dans un carnet. De 0 à 100, le tarif était d’un coup de ceinturon par tranche de 5 points, au hasard, mais entre les épaules et les genoux, juchée debout sur la baignoire, un pied sur chaque bord. Il arrivait à Émilie de tomber, de se faire très mal. De 100 à 200, c’était une série de gifles, attachée nue sur la chaise. Le même principe prévalait qui donnait une gifle pour 5 points. Quand il la détachait, elle était sonnée, la tête bourdonnante, avait du mal à se tenir debout. Sa mère la couchait pour quelques heures. Entre 200 et 300 points,c’étaient les suffocations, la tête maintenue dans l’eau du lavabo. Là, une seconde valait 1 point avec un plafond de 60 secondes. Si ça dépassait, Charles soldait le reliquat avec une suffocation supplémentaire hauteur des points restants.

Sa mère assistait aux séances. Elle les approuvait. Émilie se souvenait qu’elle riait. Elle avait remarqué sans y accorder d’attention à l’époque, la bosse qui soulevait la braguette de son père pendant qu’il la punissait. Ce n’est que plus tard qu’elle avait réalisé qu’il avait eu des érections.Ça doit être pour ça qu’il a cessé quand j’ai eu mes doches. Peur, de craquer, de me violer… Salaud ! Et cette vieille poufiasse qui rigolait ! Elle vient me faire chier maintenant avec des conneries de normalité ! Je suis sûre qu’ils sont sadiques… Ça serait chouette, s’ils n’étaient pas trop cons pour l’admettre ! Ça me déplairait pas de faire des trucs avec eux… Ça amuserait Cécile. Elle serait d’accord.

Ces pensées troublent Émilie. Ses cuisses s’ouvrent d’une façon naturelle. Elle touche sa vulve, masse le clitoris à travers les chairs. Sans chercher à provoquer l’orgasme. Juste une façon de s’entretenir dans un état agréable, tandis qu’elle poursuit ses évocations : … une famille ordinaire ! Irréprochable, bien vue du voisinage, normale… Toutes doivent avoir des sales petits secrets de salle de bains, comme les miens ! Cécile non plus n’a pas été épargnée… Voir des choses ignobles peut être aussi grave que d’en subir !

Pendant des années, son amie avait regardé ses parents faire l’amour. Montée sur une commode, par l’orifice d’un tuyau de poêle retiré après l’installation du chauffage central. Ainsi, elle avait pu raconter à Émilie que son père se faisait entailler la verge par sa mère. Cette dernière s’agenouillait, saisissait : le sexe, posait sur le gland un grand couteau de boucherie.L’homme se mettait alors à crier avec une figure terrible : « Coupe-la ! Connasse ! Putain ! Sac à foutre ! Coupe ! »

Cécile avait été si effrayée qu’elle avait failli tomber du meuble, manquer d’être découverte, tant elle s’était hâtée pour regagner sa chambre. Elle n’avait pas dormi de la nuit, avait fait des cauchemars pendant des semaines, avant d’oser épier à nouveau ses parents. La même scène s’était reproduite, qu’elle avait, cette fois, observée jusqu’au bout, quoique malade d’angoisse, l’estomac et la gorge noués, son petit cœur qui cognait contre ses côtes minces. À nouveau, le visage convulsé de son père, tandis qu’il éructait les mêmes imprécations ordurières, à quelques nuances près. « Coupe-la ! Putain ! Ordure ! Tas de merde ! Coupe, grognasse ! » Un infime mouvement de la lame. Presque imperceptible. Suffisant toutefois, pour que le gland, congestionné, saigne avec abondance. La mère, courbée, avait pris dans sa bouche la verge blessée, l’avait sucée. L’orgasme était vite venu, accompagné d’insultes, tandis que sa mère recevait des coups derrière la tête pour la faire absorber davantage le membre. Ensuite, le couple épuisé s’était allongé, s’était enlacé avec tendresse, avait échangé des mots bébêtes d’amoureux, des baisers. Cécile, pensive, avait regagné sa chambre où elle avait réfléchi longtemps avant de trouver le sommeil.

Elle avait pris l’habitude d’observer cette scène qui se produisait une fois par semaine, le dimanche soir. Peut-être parce que le lendemain, la boucherie était fermée.

Un jour, le regard de son père s’était levé par hasard vers le haut du mur, s’était posé sur l’ouverture circulaire. Figée par la peur, Cécile n’avait pas eu le réflexe de s’effacer. Le regard du père et de la fille s’était croisé pendant quelques secondes terribles. Cécile, anéantie, pétrifiée, ne pouvait plus respirer. Puis, l’homme avait détourné les yeux, avait repris ses exhortations salaces, la mère avait coupé, sucé, avalé sang et sperme.

Le lendemain matin, Cécile, rongée par la crainte d’un châtiment effroyable, avait refusé de sortir de son lit, de quitter sa chambre, de prendre le petit déjeuner. Averti, son père était venu la voir. Il s’était approché, s’était assis au bord du lit, lui avait dit des paroles affectueuses. Il avait voulu savoir si elle était malade. Elle avait dit non, d’une voix misérable et enrouée.

Lorsque Cécile avait compris qu’elle ne risquait rien, son soulagement avait été tel qu’elle avait uriné sans pouvoir se retenir. Ses parents ne l’avaient pas grondée d’avoir mouillé son lit. Ils s’étaient moqués d’elle, avec des paroles gentilles qui l’avaient fait rire.

La semaine suivante, mue par une sorte d’instinct, elle avait trouvé le courage de retourner à son poste d’observation. Le visage du père s’était levé vers l’ouverture, ses yeux avait cherché ceux de Cécile, les avaient trouvés. La fillette avait eu un mouvement d’esquive, presque aussitôt interrompu, car il y avait autre chose qui l’avait marquée à jamais : sa mère l’observait aussi.

Tous trois s’étaient entre-regardés pendant quelques secondes interminables, puis l’action avait repris. Par la suite, l’échange muet s’était reproduit chaque semaine. Une habitude.

Cécile et ses parents n’avaient jamais rien dit à ce sujet. Comme si ça n’existait pas. Même après la mort du père, dans un accident de voiture deux ans auparavant, la mère et la fille avaient gardé le silence sur ce rite hebdomadaire, familial et louche. Elles se taisaient encore.

Émilie sépare davantage les jambes, enfonce deux doigts dans son vagin.. Il n’empêche, ça ne vaut pas mieux que mes punitions dans la salle de bains… C’est aussi crade !..

Le bruit du moteur de la voiture maternelle la tire de sa songerie. Ça y est, elle s’en va quand même !

Quelques instants plus tard, la porte du garage grince. Pétarade de la Coccinelle noire, décapotable. Jacqueline, secrétaire de rédaction d’un journal mutualiste régional, est un peu snob. Crissement du gravier sous les pneus.

Émilie se lève, marche jusqu’à la fenêtre. Regarde le véhicule tourner, s’engager dans la rue, s’éloigner. Elle écoute le vacarme s’estomper, se perdre dans ce quartier calme, aux maisons vieillottes et cossues, en pierres de meulière. Jardins bien entretenus, portails en fer forgés, allées impeccables.

Le silence. Elle est seule. Elle va pouvoir, enfin, se sodomiser.

Elle commence par se rendre aux W.C. À peine assise, une grosse selle dure fuit de son anus comme une truite de la main d’un pêcheur. Elle prolonge la défécation, autant par plaisir que pour se vider en totalité. Les pratiques anales excessives ont entraîné une paresse de son côlon sigmoïde. Elle doit palper son ventre, avec des mouvements de bas en haut, qui suivent le trajet du côlon descendant, puis appuyer sur son bas-ventre, à gauche. Ce massage a pour effet de débloquer d’ultimes fèces. Enfin, pour être sûre de tout évacuer, elle presse du bout des doigts sous son coccyx pour comprimer le rectum. Elle parvient ainsi à expulser une crotte minuscule qui reste accrochée. D’un mouvement sec de la croupe, elle la fait tomber, s’essuie avec soin, tire la chasse et sort.

Émilie a regagné sa chambre, s’est installée sur le lit. Elle a placé deux serviettes éponge pliées en quatre sous elle. Couchée en chien de fusil. Les genoux remontés contre sa poitrine. Elle envoie sa main derrière elle, explore sa raie ouverte par la posture. Habitué, son anus s’entrouvre déjà. Elle y enfonce un doigt. Juste pour apprécier sa réceptivité, éprouver la souplesse de son sphincter, vérifier que son rectum est tout à fait vide. Une onde de plaisir la parcourt. Je suis à point.

Elle ramène son index, l’observe. Il est vierge de toute trace suspecte, couvert d’une mucosité limpide, transparente, cristalline. Émilie crache dans sa main, enduit l’orifice de salive, enfonce trois doigts qui glissent sans rencontrer de résistance. Ça s’évase, s’ouvre, s’écarquille entre ses fesses, prêt à accueillir n’importe quoi. Je finirai par m’enfoncer des bûches par là, si ça continue ! Et ça va continuer !

Elle ajoute l’auriculaire. L’anneau élastique s’adapte sans mal au nouveau venu. Un râle de satisfaction obscène échappe à la jeune fille quand elle pousse sa main jusqu’au pouce encore à l’extérieur. Elle demeure un moment sans bouger, goûte, au bord de l’orgasme, la sensation d’être dilatée. Elle commence un lent mouvement de va-et-vient. L’anus accompagne, la raie se soulève et s’enfonce. Émilie émet de petites plaintes de plaisir.

Peu à peu, le sphincter étiré se distend tout à fait. La main entre et sort sans effort, disparaît avec onctuosité dans le conduit, ressort, ramène à l’extérieur une bave incolore, visqueuse, abondante, qui trempe la raie, ruisselle jusque sur la serviette. Seul le pouce, qui fait butée, interdit qu’elle s’engage jusqu’au poignet. Elle le replie dans sa paume, vers les autres doigts.

Émilie halète, geint, ondule des reins. Elle va se pénétrer au plus large. Elle pousse. Un cri bestial lui échappe quand son anus se distend pour épouser la main dans la partie la plus large. Elle reste ainsi. Ne fait plus un mouvement. La bouche entrouverte, le regard vague, la respiration courte, prudente. Une sorte d’orgasme permanent s’installe dans son bassin. Ça jouit à plusieurs endroits à la fois.

Elle attend jusqu’à ce que le besoin d’aller plus loin s’impose à elle. Toute la main s’enfonce. L’orifice, avec souplesse, se referme sur le poignet. Après quelques secondes, la jeune fille ne résiste pas à l’envie de se violenter. Elle extrait sa main d’un seul coup. Un cri sort de sa gorge. Elle s’est fait très mal. Elle en jouit. Son exaspération sensuelle lui dicte de nouvelles exigences. Elle ferme le poing. L’effraction est dure, impitoyable. Elle hurle à nouveau, plaisir et douleur confondus. Ressort, recommence, et encore, jusqu’à ce que son poing navigue à l’aise.

Elle se fouille ainsi pendant presque une heure. Une expression stupide avachit ses traits. Un geignement continu passe sa bouche ouverte d’où s’écoule un filet de salive. Par instant, de l’urine fuit de son urètre sans qu’elle s’en rende compte. Les orgasmes se succèdent.

Elle ne cesse qu’abrutie de plaisir, épuisée, incapable de continuer. Une torpeur la gagne. Sa main glisse hors de son anus relâché.

La sonnerie du téléphone, au rez-de-chaussée, la tire de son hébétude. Les sonneries se succèdent. Exaspérantes. Émilie se précipite hors de la chambre, dévale l’escalier, décroche.

– Allô ?

– C’est moi. Ta mère est là ?

La voix de son amie. C’est assez pour que son cœur batte plus vite.

– Non, elle vient de partir.

– On dirait que je te dérange, connasse. Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu as l’air affolée. Tu as perdu la recette de l’eau sucrée ?

– Non, je viens juste de me mettre. Ça a duré plus d’une heure, cette fois. Je suis encore dans les vapes.

– Oui… C’est vrai qu’en plus d’être une connasse, tu es aussi une enculée. Tu t’es mise avec quoi ?

– Avec le poing. Je suis toute molle et avachie entre les fesses. Large comme un hangar ! Tu pourrais t’y enfoncer jusqu’au coude sans toucher les bords ! Tu pourras me donner encore plus gros ce soir.

– Ça tombe bien. J’avais l’intention de te mettre la bouteille. Un litre. Jusqu’à la moitié.

– Le litre !.. Comme l’autre fois… Je suis bonne pour ça aujourd’hui ! Je vais finir par rester ouverte. Tu me mutiles, à force.

Un rire de mépris.

– Et alors ? C’est ton cul, pas le mien, pauvre conne !

– Je ne me plains pas, ma belle Dame. Au contraire ! J’ai hâte que nous vivions ensemble. Je ne sortirai plus. Tu me feras vivre avec un mât dans le cul en permanence.

– Tarée ! Débile ! Demeurée !

Émilie frémit de plaisir sous les insultes. Elle raconte la scène avec sa mère, la gifle. S’énerve.

– Je suis sûre qu’elle sait plus de trucs sur nous que ce qu’on croit. Elle a peut-être découvert, ou deviné ce que nous faisons…

– Qu’est-ce que tu veux que ça me foute ? C’est toi qui aurais des emmerdes. Pas moi.

– Je suis angoissée à l’idée que nous pourrions être séparées. Je serais paumée sans toi.

Cécile ricane.

– Crétine !

Toutefois, elle comprend l’affolement de son amie, la calme avec des paroles apaisantes, la rassure. Émilie retrouve en partie son sang-froid.

– Tu as raison. Je m’inquiète peut-être pour rien.

– Comme toujours. Tu es un peu cucul, tout de même.

Émilie a un petit rire.

– Oui, une vraie connasse. Ta connasse. J’ai envie de te lécher. De te boire. De te manger.

– Je m’en doute !

– Je t’aime.

Un rire de mépris.

– Tu l’as déjà dit, serpillière !

– Je serai garnie.

– J’y compte, pétasse.

Cécile raccroche. Une coulée brûlante inonde la vulve d’Émilie.

 

Sur la commode, dans un cadre, se trouve la photo de Cécile. Émilie installe de chaque côté une bougie allumée. Ce cliché a été pris quand son amie avait quinze ans.

Émilie s’agenouille, les mains jointes. Une enfant qui fait sa prière du soir. Récite d’une voix fervente une courte poésie qu’elle a composée.

 

Je suis moins que ta merde,
Moins que ta pisse,
Moins que tes crachats.
Je suis pourrie.
Je suis connasse, pouffiasse, pétasse,
Andouille, à jamais empotée.
Tu es la joie, la lumière, la grâce,
La Belle Dame à la Licorne.
Accepte ma souffrance,
Ma peine,
Mon abjection
À ton seul plaisir,
Amen !

 

Cécile a réglé cette messe qui doit précéder toute séance de sévices solitaires prévue sur le carnet. Tout est prêt : dix punaises, une règle métallique, un verre. Le tout disposé sur un linge blanc.

Son pubis, bombé, lisse, fendu haut par la vulve, est encore rouge du rasage. Émilie y plante les punaises. En plein milieu, espacées d’un centimètre environ, selon une ligne médiane qui part du sommet de la fente. Transfigurée par la volupté de souffrir pour son amie, elle les enfonce avec lenteur, appuie jusqu’à ce que la pointe bute contre le cartilage de la symphyse.

Ensuite, jambes fléchies, cuisses écartées, elle place le verre à l’aplomb de sa vulve. Urine. Interrompt la miction juste avant que le récipient ne déborde. Émilie fixe avec intensité le portrait de Cécile, boit, se rince la bouche avec chaque gorgée avant d’avaler.

Son bas-ventre gonfle, durcit, pèse. Ses reins s’animent d’ondulations énervées. Elle saisit la règle, frappe ses seins. Le plaisir plaque une expression bestiale sur ses traits. Je vais jouir pour toi… La connasse va jouir… Cécile ! Cécile !

Une quête enragée du plaisir emporte Émilie. Elle ne s’appartient plus. S’acharne. Sa violence redouble. Élastiques, les mamelles s’écrasent sous les coups, sautent, retombent avec des tremblements. De longs hématomes noirs commencent à se former. Les jambes d’Émilie tremblent, faiblissent, se dérobent. Elle s’écroule, secouée de spasmes violents.

Brisée, elle demeure un long moment prostrée.

 

Elle arrache les punaises de son pubis. Des gouttes de sang se forment, qu’elle étanche avec un mouchoir en papier. À présent, elle doit se garnir. La jeune fille se souvient par cœur de ce qu’elle doit faire. Néanmoins, elle consulte le carnet : Cécile est si précise, exacte, méthodique. Technique.

Émilie a noté de son écriture haute, désinvolte, arrogante, qui dément ses allures d’adolescente tardive :

Exécuter dans l’ordre le programme suivant :

A — Sous les bras

Planter tout entière dans chaque aisselle une épingle de bureau, courte, à tête noire.

B — La poitrine

Six épingles de bureau, longues, dans chaque sein. Autour des aréoles, à 2 cm.

Les planter perpendiculaires à la surface. Enfoncer jusqu’à la tête. Têtes jaunes pour le gauche, rouges pour le droit.

C — Le sexe

Mettre une pince à dessin, modèle moyen, à chaque grande lèvre, et cinq pinces à torchon métalliques aux petites lèvres. Une, en plastique, à l’avorton, par-dessus le capuchon. Mettre le jean le plus étroit possible, serrer la ceinture à fond.

Un programme détaillé qui lui plaît : aucune part à l’improvisation.

Des épingles de bureau, des pinces à dessin, à torchon : des objets innocents dans le fouillis de sa chambre. Tout au plus pourrait-on lui demander ce qu’elle fait avec ceci ou cela. Des réponses lui viendraient sans effort. Mais que vaudraient-elles, si sa mère a des soupçons précis ? Elle s’efforce de ne plus y penser.

Elle fléchit les jambes, ouvre les cuisses, s’explore à deux doigts. Une glaire épaisse, limpide, filante s’accumule dans sa fente. Elle y goutte, puis enduit ses aréoles. Par jeu. Je suis à point !

Elle a réuni tout son matériel au bord de la table. Elle doit commencer par les aisselles. Elle prend une épingle, lève le bras droit, présente le dard de métal au centre de la zone plus sombre laissée par la touffe épilée. La peau s’enfonce avant de céder avec un petit craquement silencieux. Elle a mal, se raidit, serre les dents. Elle force sur la minuscule tête noire. La pointe d’acier traverse l’épiderme avec de petits à-coups, puis glisse soudain sans résistance jusqu’à la tête. Elle ressent un mal écœurant, étrange. Une sorte de crampe se répand dans son épaule, jusqu’à son omoplate, rampe jusqu’à sa main.

Le souffle court, Émilie laisse retomber son bras avec précaution. Elle attend un instant avant de garnir la seconde aisselle. Plus pénible que la première. Tout mouvement de son bras droit est douloureux.

Elle reste sans bouger. Il lui faut lutter contre l’impression de paralysie. Affronter la douleur. Se forcer à bouger : elle doit s’occuper de sa poitrine, se mettre des pinces au sexe. Émilie est heureuse de s’infliger ces supplices, ce mal. Heureuse de « prendre » un peu plus à chaque fois. Elle souscrit avec ferveur au point de vue de Cécile qui veut que la souffrance soit un art, la souillure une ascèse, l’avilissement une mystique.

Ses seins. Elle a mis au point une technique pour avoir les mains libres. Émilie se munit d’une vieille corde à sauter qui date de son enfance, approche une chaise, s’assoit à califourchon. Ses mamelles par-dessus le dossier. Masses obscènes. Pendantes, lourdes, molles comme des outres à moitié pleines. Elle coince une poignée de la corde sous un pied, fait une boucle très serrée autour de son sein droit, juste derrière la grappe de glandes, prend l’autre bout entre ses dents, tête baissée pour le tenir au plus court, et tire. La mamelle se soulève, étranglée, devient sombre, dure, gonflée comme un ballon rouge. Les aréoles s’agrandissent, défripées, épanouies, étalées..

Comme pour ses aisselles, Émilie procède avec lenteur. Les yeux fermés, elle pousse l’épingle, écoute les couches successives de l’épiderme craquer sous la pointe. Elle est excitée. Sent un suc épais, chaud, abondant, déborder de son vagin évasé de désir. Il faudra que je pense à essuyer la chaise…

Une ultime résistance. Le long dard d’acier disparaît dans globe congestionné. Un gémissement étrange, faible, qui exprime à la fois la surprise, la peur, et la souffrance, échappe à Émilie quand le métal pénètre les glandes. Encore une sorte de douleur sournoise qui confine à la nausée, qui semble suinter.

Elle baisse les yeux, regarde avec satisfaction la minuscule boule rouge qui semble collée sur la peau. Il reste encore cinq épingles. Émilie les place avec la même détermination que la première, avant de passer au sein gauche.

Cuisses grandes ouvertes, courbée pour apercevoir son sexe, elle place les pinces. La douleur est minime. Ce sera dur après, quand elles seront emprisonnées dans le jean.

C’est fini. Elle est prête. Le visage crispé, elle signe au bas de la liste dans le carnet. Elle attend. Laisse sa chair s’accoutumer jusqu’à ce que la douleur se mue en cette sœur obscure et tendre dont elle ne peut plus se passer. Elle part.

 

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