Fantasmes

12345
Loading...

ESPARBEC

La MusardineLectures amoureuses


BDSMfétichismetabou


304 pages


Papier 9€95 Ebook 8€99

Acheter

Disponible sous 48 heures
9€95 Acheter

Télécharger Format Epub

Téléchargement immédiat
8€99 Télécharger

Résumé

« Les femmes, voilà près d’’un quart de siècle que je collectionne leurs fantasmes comme d’’autres les papillons, les timbres, les affiches de cinéma, les bouchons de radiateur, les grilles d’’égout ou les bagues de cigare. En vingt ans, j’’en ai recueilli plusieurs centaines. Je les ai classés par rubriques. J’’ai ouvert des fichiers. Pipi des dames, fessées et martinets, exhibitionnisme, lingerie coquine, fétichisme, zoophilie, infantilisme, jeux médicaux, domination, soumission, déformations corporelles, que sais-je…
Pour composer ce livre, je n’’ai eu qu’’à puiser dans mes stocks, selon mes goûts personnels. Je me suis peut-être étendu trop complaisamment sur les exhibitions du sexe féminin et les plaisirs de Sodome; on a ses faiblesses –, et j’’ai peut-être involontairement mis la pédale douce sur certains fantasmes que je goûte peu : zoophilie, coprophagie, nécrophilie… personne n’’est parfait.
En tout cas, voici mon menu, j’’espère qu’’il vous plaira autant qu’’à moi. »
Esparbec

À en croire Wolinski, fin connaisseur, personne n’’avait écrit avec un tel talent ce genre de livres qu’’on rangeait autrefois dans l’’enfer de la bibliothèque. « Je suis stupéfait par son audace ! »s’exclame-t-il. L’’iconoclaste Delfeil de Ton n’’est pas moins élogieux : « Esparbec sait ce que les hommes attendent des femmes et ce que les femmes attendent des hommes. Il le leur raconte avec tous les détails. » Ce nouvel opus vous le prouvera une fois de plus….

« Esparbec est au roman pornographique ce que Le Poulpe est à SAS : un anti-Harlequin. Ici, on est dans le roman à testostérone. Ce n’’est pas pour rien que Virginie Despentes ou Wolinski l’’ont salué. », Hubert Artus, Rolling Stone
« … Les romans d’’Esparbec ont une double fonction. Ils ont à la fois le pouvoir d’’enchanter, de réjouir et de faire jouir, agissant sur les corps et les esprits comme de puissants aphrodisiaques. », Nadia Agsous, lelitteraire.com

Débuter la lecture

Montrer son cul

Un début est toujours arbitraire. Mais comme il faut bien commencer, je choisis donc de le faire par le cul. Le cul des femmes, oui. Pas le cul en général (les activités sexuelles), non : l’objet concret, la chose en soi, le fessier, la croupe, le postérieur, le derrière, l’arrière-train, le pétard, le popotin…

Et ce n’est pas si arbitraire, au fond, vu qu’il les obsède au moins autant que nous. Du fait même qu’il nous obsède ! Qu’elles savent que la première chose qu’on regarde, quand on se retourne après les avoir croisées, ce n’est pas leurs cheveux. Mais ce qui est toujours derrière elles, qu’elles ne peuvent jamais voir (que dans un miroir, en risquant le torticolis), mais qui est offert en permanence à nos yeux à nous, les voyeurs des trottoirs.

Et là, le paradoxe commence : cette profusion de chair inutile qu’elles traînent comme une malédiction, comment ne seraient-elles pas exaspérées par les bas appétits qu’elle éveille chez nous ? Songez à tous ces yeux qui se jettent dessus comme des mouches. Ne devraient-elles pas faire tout ce qui est en leur pouvoir pour « le » soustraire à notre vue ? Le cacher ? L’envelopper d’étoffes lourdes comme des robes de bure ?

 Eh bien non ! Tout au contraire, voyez avec quelle sadique coquetterie elles s’ingénient à « le » mettre en valeur, à le signaler à notre attention, à le faire «ressortir » par tous les artifices de la mode.

 Elles s’indignent, certes : « Je ne suis pas qu’un cul quand même ! » Enragées par notre stupide cupidité pour leur double ballot de chair, elles se disent humiliées de voir les hommes les plus intelligents (comme vous et moi) s’intéresser à ces bas morceaux au détriment de leur âme…

Mais elles portent des pantalons collants !!!

 Si collants, si moulants qu’on croirait qu’elles ont simplement passé une couche de peinture sur leurs fesses !

Et à la plage ?

Un fil à couper la motte, ces machins diaboliques qui se prétendent « maillot brésilien » ou « string ».

Et comme elles le chouchoutent, comme elles en soignent la forme et la substance ! Musculation, liposuccion, drainages lymphatiques, massages, lissages, ponçage, que sais-je. À croire que la possession d’un beau cul les flatte autant sinon plus que celle d’une belle voiture. Que c’est un signe extérieur de richesse !

J’exagère ?

 

*

*   *

 

Cul nu à vélo

Prenons celui de Jeanne. Elle n’arrêtait pas d’y penser chaque fois qu’elle faisait du vélo. Ce qui la titillait était l’importance outrecuidante que prend le fessier en s’épatant sur la selle. Elle trouvait le sien trop joufflu et comme son opulence l’embarrassait, quand elle pédalait dans les rues de Paris, et qu’un cycliste restait dans son sillage, touchant presque sa roue de la sienne, elle entrait en transe.

« Je sens ses yeux sur mon cul ! Ils le touchent ! Alors, exprès, j’exagère mes contorsions. Pour que ce connard voie bien les fesses s’aplatir sur le cuir, et le sillon qui les sépare s’entrouvrir à chaque coup de pédale. Tout le temps qu’il reste collé à moi, je pense à ce qu’il regarde, à ce qu’il éprouve… J’imagine que j’ai le cul nu sur la selle, et ça me travaille au point que j’en mouille ma culotte ! »

Mis en appétit, le cycliste tente-t-il quelques timides approches, faut entendre comme elle le rabroue.

J’ai un vélo d’appartement (il est surtout là pour la décoration, je trouve ça débile de pédaler sur place), chaque fois qu’elle me rendait visite, Jeanne ne manquait pas de s’y jucher dans le plus simple appareil et, pendant qu’elle pédalait, moi, debout derrière elle, collé à son cul comme un chien à celui d’une chienne, nous faisions ce qu’elle n’aurait jamais pu faire dans la rue. Et ce faisant, nous dissertions sur les étranges pouvoirs des fesses féminines.

Nous étions d’accord pour distinguer deux facteurs essentiels dans l’attrait ambigu qu’elles exercent sur les hommes : leur volume exagéré, cette fade profusion de chair inutile (la redondance de leurs amas graisseux), et la proximité secrète de l’anus, orifice voué aux basses fonctions et aux amours contre-nature.

Est-ce qu’en affichant leur importance, les rondeurs fessières de Jeanne cherchaient à détourner de ce dernier la sale curiosité des regards masculins… ou au contraire étaient-elles une invite, un piège pour les y attirer, leur pente naturelle les incitant à descendre vers le cratère caché ?

Les caleçons collants de Jeanne, à travers lesquels on pouvait voir jouer les moindres déformations de ses muscles lombaires, et le pantalon moulant des cavalières qu’elle croisait dans les allées du bois de Vincennes, qui dissimulent pour mieux révéler (pour ne rien dire de la posture ouverte qu’elles adoptent pour monter) se nourrissaient du même dilemme, cultivaient la même ambiguïté : montrer son cul ou le cacher ? Le cacher pour le montrer ?

Pendant qu’elle se dandinait sur la bécane et que, la tenant par les hanches, mon gland dans son anus, j’en suivais tant bien que mal le mouvement, nous en débattions longuement. Elle, Jeanne, intellectuelle de gauche si jalouse de sa dignité et de ses prérogatives de (jolie) femme émancipée, devait-elle partir en guerre contre la sordide convoitise des hommes (ces pourceaux !) pour ses bas morceaux, ou laisser la truie qui sommeille en toute femelle s’en réjouir ?

Consentir à n’être qu’une paire de fesses pour mieux régner sur ceux qui les désiraient ou se révolter de ne plus être considérée comme une personne à part entière ? Autrement dit : cacher son cul ou se cacher derrière lui ?

Jeanne faisait partie de celles qui aiment le montrer. Sans cesse, elle cherchait un moyen licite de le faire sans compromettre sa dignité. Mine de rien, dirions-nous. En prenant un air très naturel. Pour cela, rien ne vaut la plage ; avec ou sans string, elle ne se privait pas d’y étaler ses rondeurs.

Mais les montrer ainsi ne la satisfaisait qu’à demi. Autour d’elle, il y en avait trop d’autres, aussi nues que les siennes. La concurrence de tous ces culs faisait pâlir les prestiges du sien. Elle aurait voulu être seule à l’exhiber, son joufflu, afin de monopoliser l’attention des regards masculins. À supposer que toutes les autres baigneuses portassent un maillot, quel plaisir n’aurait-elle pas eu à retirer le sien pour se balader en toute sérénité, ses royaux appas offerts à la vue de tous.

Jouant les distraites, vous voyez le genre ?

« Sotte que je suis, j’ai oublié de mettre mon maillot et je ne m’en rendais pas compte ! Voilà donc pourquoi tous ces imbéciles me reluquent ! »

Pour elle, l’idéal aurait été de le montrer dans un endroit où elle aurait été seule à le faire, en se livrant à une occupation où la nudité ne va pas de soi, aurait été inconvenante. Nous énumérions de telles situations : danser le cul nu, vaquer aux soins du ménage le cul nu, faire de la gymnastique le cul nu, monter à cheval le cul nu…

C’était son rêve !

« Imagine, me disait-elle, cul nu à cheval ! Ce serait pire que sur un vélo : on est beaucoup plus ouverte, on enfourche la bête, on la sent bouger sous la vulve… »

Ce fantasme, elle le nourrissait depuis l’adolescence, après avoir vu sur des photos d’Helmut Newton, chevaucher en compagnie de cavaliers du Cadre noir de Saumur, des mannequins de mode nues. À l’époque, elle faisait de l’équitation dans un manège, à la sortie d’Agen. Elle y retrouvait son amant, un homme marié, ami de ses parents, qui l’emmenait en forêt pour de longues promenades romantiques à cheval. Jeanne aurait aimé qu’il lui demande de retirer sa jupe. Mais elle n’avait jamais osé lui en parler, de crainte de passer pour une perverse.

 

*

*   *

 

Je comprenais d’autant mieux son fantasme que je le partageais. Nous sommes certainement nombreux dans ce cas. Qui n’a pas rêvé, en voyant une femme à cheval, qu’elle montait le cul nu ? Les pantalons moulants des écuyères adhèrent si étroitement à leur fessier qu’il est impossible de ne pas y penser. La façon lascive qu’a leur fesse de s’aplatir sur la selle attire invinciblement le regard. On rêve au contact de la peau nue et du cuir, à la fente du sexe qui s’ouvre dessus, qui frotte d’avant en arrière. L’écume qui mousse à la bouche des chevaux, on l’imagine au bas du ventre des cavalières, entre les lèvres de leur vulve, sur le pourtour du vagin, à l’orée de la toison.

Cul nu à cheval

Un été, dans le Var, sur une plage naturiste, Jeanne monta enfin cul nu. Nous étions une demi-douzaine. La promenade avait lieu le long du rivage, puis on traversait une pinède, et on revenait par la colline. Les deux autres cavalières avaient gardé leur string. Jeanne seule avait retiré le sien pour monter à cru.

L’équipée dura une demi-heure.

Nous étions silencieux. D’un commun accord, sans s’être concertés, les hommes avaient galamment laissé les dames passer en tête. Le spectacle valait le coup d’œil. Sous la cambrure du dos, les fesses des cavalières, bien ouvertes, s’écrasaient sur la selle, leur chair et celle des seins sautillant au rythme allègre du petit trot. Dans la croupe de Jeanne, la plus opulente des trois, le heurt des sabots du cheval sur les pierres du chemin produisait par répercussion des mouvements marins très émouvants. Des vaguelettes qu’on voyait se déplacer en remontant vers les reins sous la peau.

Nous mîmes pied à terre sur la plage ; Jeanne et moi nous éloignâmes dans l’eau jusqu’à ce qu’elle nous arrive à la taille. Les autres couples en firent autant, pour apaiser l’échauffement de la chevauchée. Après avoir vérifié qu’ils ne pouvaient nous voir, Jeanne prit ma main et se la fourra entre les cuisses. Sa fente était béante, pâteuse. Je vois encore, pendant que je la branlais, tourbillonner autour de ma main les alevins qu’attiraient les effluves de son sexe. Je me souviens de ses ongles plantés dans mon bras, de son expression hagarde.

J’étais persuadé que pour elle la cavalcade avait eu des effets très physiques. Que son fantasme s’était incarné. Elle me détrompa. Pas un instant, tandis qu’elle nous donnait son cul en pâture, elle n’avait cessé, en s’aidant du mouvement de sa monture, de se masturber sur des fantasmes qui n’avaient rien à voir avec la situation.

Une branleuse est toujours ailleurs.

 

*

*   *

 

S’il n’est pas dominé, le fantasme tourne à l’idée fixe ; dévorée par lui, la libido ne peut plus s’assouvir sans son secours. Qu’il vienne à disparaître, il ne reste que le désert.

La boîte de Pandore

Un des amants de Jeanne était passionné de photos cochonnes. Elle posait volontiers pour lui. Les fenêtres de l’appartement donnaient sur un petit parc d’attractions. Ils firent croire au patron qu’ils devaient prendre des photos pour un magazine de charme. Newlook, ou Playboy. Quand il comprit qu’il s’agissait de photos déshabillées, le forain ne fit aucune difficulté pour leur prêter son manège.

À la surprise de son amant, qui avait dû longuement argumenter pour la convaincre de se prêter à l’expérience, Jeanne demanda à l’homme d’assister à l’opération. Il surveillerait les parages, la préviendrait si quelqu’un venait. Alors, elle s’emmitouflerait pudiquement. Elle venait de réaliser que c’était l’occasion ou jamais de réaliser son fantasme. Dans un endroit qui n’était pas prévu pour ça, un manège pour enfants, montrer son cul à un inconnu serait certainement plus excitant que dans un camp de naturistes.

Ils arrivèrent avant l’aurore. Le parc était désert. Les façades des immeubles qui le surplombaient avaient encore leurs volets clos. Le forain leur offrit du café, alluma les néons. Jeanne retira la cape sous laquelle elle était nue, et déambula parmi les chevaux du manège. C’était en avril, il faisait un petit froid très piquant. L’homme suivait des yeux ses déplacements. Elle enfourcha successivement diverses montures. Et notamment un cochon, sur lequel elle s’excita sauvagement : son ami photographiait son cul par-derrière ; il lui demanda de se coucher sur sa monture et de « tout montrer » ; le forain s’était approché pour ne rien rater.

Cela dura une éternité, l’ami prenait cliché sur cliché, en gros plan, et l’homme restait derrière, les yeux enfoncés en elle. Jeanne était dans un état second. Les dernières photos furent encore plus indécentes. Comme cela se pratique dans les revues de charme bas de gamme et dans les sites érotiques sur Internet, Jeanne exposait son sexe ouvert. Les temps de pose étaient de plus en plus longs, les indications du photographe de plus en plus explicites.

« Il faut que ça ressemble à une fleur velue, qu’on voie bien le calice ! »

Le forain ne cherchait même plus à jouer la discrétion.

« Je coulais comme une fontaine, me dit Jeanne. Ce fut un des rares moments où le fantasme et la réalité s’épousent presque. (Presque : parce qu’il s’agissait de chevaux de bois, pas de vrais chevaux.) J’ai vu le moment où ils allaient me baiser dans la baraque du type. Je n’aurais pas pu les en empêcher. J’étais littéralement en rut. Le camion des éboueurs m’a sauvé la mise. J’ai remis ma houppelande et on a arrêté la séance. Nous avons promis au forain de lui donner des photos. Bien sûr, il les attend toujours. Mais j’ai joui. Cette fois, j’ai vraiment joui. »

Même si elle ne s’était pas branlée mentalement comme pendant notre balade à cheval dans le Var, elle reconnut que la ressemblance de la séance de photos avec son fantasme d’adolescence (la cavalière au cul nu) avait certainement contribué à son plaisir. Ce qui l’avait affolée, ce n’était pas tant d’offrir aux regards du forain sa vulve ouverte que de lui exhiber son anus, qu’elle veillait à bien arrondir.

« Et tu n’as pas eu l’idée d’essayer avec de vrais chevaux ? »

Évidemment qu’elle y avait pensé ! En usant du même subterfuge (reportage bidon pour une revue de charme), son copain photographe et elle firent une séance dans la forêt de Fontainebleau. Le moniteur d’équitation les accompagna. Elle put enfin se faire photographier nue à cheval, comme elle en avait rêvé adolescente. Tous les ingrédients de son fantasme étaient enfin réunis : seule à être nue, en pleine forêt, elle avait exhibé à un inconnu (le moniteur) son cul posé directement sur le cuir de la selle, comme les modèles d’Helmut Newton.

« Et tu as joui ?

— Je ne suis même pas arrivée à m’exciter. »

Elle eut beau adopter les postures les plus impudiques pour offrir aux yeux du moniteur tous ses orifices, elle ne parvenait qu’à se sentir ridicule.

« J’y avais trop pensé. »

Le plus triste de l’affaire, c’est que même l’idée, maintenant, n’agissait plus. Montrer son cul ne lui disait plus rien. Le fantasme sur lequel elle s’était branlée pendant plus de vingt ans avait perdu ses pouvoirs.

En ouvrant la boîte de Pandore, elle avait tué la poule aux œufs d’or. Et maintenant, la boîte était vide.

 

Vous avez aimé ce texte, vous aimerez sûrement ...

Donnez nous votre avis !

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *