Fesses écarlates

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MERODACK Robert

Media 1000Simples murmures


BDSM


128 pages


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Résumé

Retrouvez chaque mois la réédition d’un volume de la collection Simples Murmures, dirigée à l’époque par le célèbre Robert Mérodack. Des textes licencieux, sadomasochistes, où tous les tabous sont mis aux oubliettes, ainsi que les victimes de maîtres aux mille perversions… Totalement introuvable ailleurs qu’en format numérique, aux éditions Média 1000 !

Fesses écarlates, un roman sadomasochiste signé Robert Mérodack !

Débuter la lecture

I

– Non, Maître ! Je vous en supplie ! Pas le fouet ! Oh, non…

Il est déjà trop tard. Le premier coup s’abat avec un sifflement déchirant en travers de la splendide croupe potelée sur laquelle il trace, en glissant, une longue traînée écarlate. Suspendue à la voûte des bracelets de fer, la malheureuse victime hurle, vocifère et se tord de douleur. Le cri, intranscriptible, n’est pas articulé.

– Aaaaaaaaaaaaaaaaaah !

On dirait le vagissement d’une chatte en chaleur par une chaude nuit d’été sous les Tropiques. Il s’éternise, se module et se transforme peu à peu en une mélopée tragique. La victime entrouvre les yeux. Dans la lueur frissonnante des torches, elle aperçoit le rictus démoniaque qui déforme le visage aristocratique. Le bourreau la regarde attentivement en même temps qu’il lève son bras musclé pour abattre de nouveau le cruel nerf de bœuf. Malgré sa douleur, sa frayeur et ses tremblements, la victime esquisse un sourire langoureux en direction de l’homme qui a su la dompter…

– Qu’est-ce que tu lis ?

Sans même jeter un regard vers son mari, dans le lit auprès d’elle, Jocelyne comprit tout de suite qu’il n’avait pas réussi à trouver les erreurs du « dessin modifié », dans son journal. Sachant très bien qu’elle allait être obligée d’interrompre prochainement sa passionnante lecture, elle poursuivit avidement.

« Malgré… la victime esquisse… l’homme qui a su la dompter avec une si persuasive tendresse. »

– Qu’est-ce que tu lis ? répéta Maxime d’une voix hargneuse.

En réalité, il se moquait parfaitement de la réponse de sa femme. Il voulait surtout qu’elle cessât de lire lorsqu’elle se trouvait au lit avec lui.

Ce n’était d’ailleurs pas la première fois que Jocelyne commettait de telles insolences. Au lieu de demeurer pudiquement blottie sous les draps, les genoux légèrement disjoints dans l’attente un peu craintive de l’hommage de son époux, depuis quelque temps, Jocelyne s’asseyait à demi pour lire sans doute des revues de mode, en se frottant la chatte.

Définitivement interrompue dans sa lecture, elle semblait vouloir rattraper maintenant la revue qu’elle venait de lâcher. Cette manœuvre habile lui permit de glisser sous le lit ce qu’elle lisait en fait. Mais, satisfait de l’avoir dérangée, son époux ne remarqua rien.

– Puis-je te faire remarquer que nous sommes jeudi ?

– Oui. Et alors ?

Maxime se rengorgea.

– Eh bien, j’ai décidé que je t’honorerai ce jour-là également…

– Ah ! le jeudi aussi… s’écria, malgré elle, la jeune femme incrédule.

– Oui. D’ailleurs, la semaine dernière déjà, si tu te rappelles…

Jocelyne se le rappelait très bien : comme toutes les fois où son mari était saisi d’une envie imprévue de tirer sa crampe, cela ne durait jamais plus de trente-cinq secondes. Le mardi et le samedi soir, jours d’orgie officielle à la maison, la première manifestation érotique de Maxime, qu’il s’agisse d’un geste ou d’une parole, survenait de cinq à douze minutes après la fin du film à la télévision, selon que l’héroïne apparaissait plus ou moins fréquemment, ou plus ou moins déshabillée. Et vingt minutes, tout au plus, après ce premier mouvement, Maxime tournait le dos à sa femme et ronflait. Car, bien entendu, la rencontre avait toujours lieu dans le lit, les draps étant soigneusement repliés à la moitié du lit. C’était une rencontre au sens que les sportifs donnent à ce terme. D’abord parce que Maxime Ravat était professeur de gymnastique, et surtout parce que l’étreinte elle-même ne durait jamais plus de cinquante-cinq secondes, du moins le mardi et le samedi, jours de débauche, car les rencontres exceptionnelles étaient encore plus courtes.

Jocelyne avait commencé à chronométrer toutes ces performances environ une année après son mariage, lorsqu’elle s’était mise à supposer qu’elle n’était pas véritablement frigide. Puis elle s’était informée auprès de son médecin qui avait aussitôt expliqué, avec des termes latins, pour ne pas blesser sa délicate pudeur féminine, qu’elle baisait trop souvent, et qu’elle devrait plutôt se soucier de donner à son époux la descendance qu’il méritait et qu’en agissant de la sorte, elle serait très vite débarrassée de ce qui, en réalité, était un faux problème. Un tel diagnostic plongea Jocelyne dans une mélancolie profonde qui dura plusieurs semaines.

Maxime, lui, ne voulait pas discuter de sujets aussi inconvenants : d’ailleurs, à l’entendre, il connaissait parfaitement toutes « ces choses », et elle n’avait qu’à lui faire confiance et à accepter ses hommages avec plus d’enthousiasme, et surtout beaucoup de reconnaissance admirative.

Un jour, décidée à agir à tout prix, Jocelyne voulut exprimer son envie soudaine de faire l’amour. Hélas, c’était un vendredi : elle se retrouva retroussée, la culotte déchirée, les reins cisaillés par la table, perforée par la pine brutale de son mari.

Entre la petite phrase qui avait tout déclenché et le moment où Maxime, paradant comme un coq, s’éloigna d’elle, il ne s’était pas écoulé quarante-cinq secondes. Et le pire avait été cette phrase, pleine à la fois de triomphe et de mépris qu’il avait jetée en la quittant :

– Ah, ah ! petite vicieuse ! On en redemande ! On est prête à ramper pour se faire posséder par le sceptre viril… On oublie toute pudeur tellement on aime ça…

À partir de ce jour, Jocelyne s’était contentée de subir son mari. Elle en vint très bientôt à se réjouir de ce que ces étreintes fussent si courtes et elle se débrouilla par ailleurs, autrement.

Donc, les jeudis aussi allaient devenir orgiaques. Elle s’en moquait. Le plus grave pour elle, à ce moment précis, était l’excitation qu’avaient fait naître sa lecture et les attouchements discrets, mais sensuels, dont elle l’avait ponctuée. Elle n’osait rêver que l’étreinte de ce jour puisse enfin satisfaire ses envies. La seule perspective de cette brève séance de marteau-piqueur la refroidissait.

Si seulement elle réussissait à le tenir à distance quelques instants, elle pourrait peut-être prolonger sa propre excitation pour qu’elle aboutisse avant que son époux ne se soit satisfait. Peut-être même qu’en cherchant à lui échapper, elle l’inciterait à la frapper. Oh ! pas une fessée, bien sûr, mais une gifle, sait-on jamais…

Toutes ces folles pensées tournoyèrent en désordre dans sa tête, en même temps qu’elle ouvrait le lit, posait ses pieds sur le sol. Il lui fallait faire vite. Maxime s’apprêtait à bondir sur elle.

Une fois, déjà, elle avait essayé de se refuser à lui pour tenter de ralentir son ardeur et de se stimuler elle-même. Le résultat avait été parfaitement désastreux. Son époux était déjà en position de départ. Il s’était agité avec frénésie au-dessus de la fourche des cuisses resserrées. Ses reins se balançaient exactement comme s’il avait été en elle, et, au bout des habituelles quarante secondes, il avait éjaculé sur son ventre en criant. Puis, contemplant la petite flaque blême qui s’accrochait bizarrement aux poils frisés de la toison de son épouse, il lui avait dit d’aller se laver, en détournant la tête avec une grimace de dégoût.

Il semblait dormir lorsqu’elle était revenue se coucher, mais il s’était pourtant retourné vers elle, l’avait regardée d’un air exceptionnellement compatissant et lui avait déclaré avec emphase que « le rapport conjugal, comme le vote, était un droit mais aussi un devoir ».

– Où vas-tu ? Reviens ici, tout de suite ! Que signifie… ? Au comble de l’indignation, Maxime lui saisit le poignet et le serra, presque au point de le rompre. Puis il agrippa un sein, mis à nu on ne sait comment.

Jocelyne fit preuve d’une telle énergie qu’elle lui échappa, après être restée un instant debout près du lit. Maxime s’écroula alors, et lorsque sa tête atteignit le plancher, il aperçut la revue que sa femme avait cachée. Il ne comprit pas ce que représentait le dessin de la couverture — en vérité obscène, — n’ayant pas eu l’occasion de feuilleter de tels magazines depuis son service militaire. Son souci actuel était ailleurs : il se releva dans un mouvement souple et s’élança à la poursuite de sa femme. Celle-ci fuyait avec délice. À chaque foulée, des images la traversaient, fulgurantes : elle courait dans le désert aride pour échapper au sultan cruel qui voulait l’enfermer dans son harem, des eunuques hurlant et armés de longs fouets la poursuivaient sans relâche, ou bien elle errait dans le labyrinthe des couloirs d’un obscur château médiéval pour fuir le seigneur du lieu, un géant sale, barbu et puant, vêtu de peau de bêtes…

Enfin, haletante, blottie tout au fond d’un cul-de-sac, elle attendait avec crainte, mais submergée en fait de voluptueux frissons, le moment où l’homme poserait sa main calleuse sur son épaule, déchirerait sa pauvre chemise et la forcerait à s’agenouiller devant lui pour…

Plus prosaïquement, Maxime la rattrapa assez vite dans un coin de la chambre et lui tordit le bras en déclarant d’un ton supérieur :

– Pauvre inconsciente ! Tu oublies que j’ai enseigné le ju…

Il prit un coup de genou dans les couilles, mais le combat était trop inégal. D’ailleurs, Jocelyne aurait surtout désiré retarder la rencontre, elle ne tenait pas à lutter. Comme il aurait été délicieux de se chamailler !…

Mais Maxime, mis hors de lui par les réactions inattendues de son épouse, déployait toute la force dont il était capable. Et Jocelyne se retrouva les fesses collées à la commode dont le rebord lui sciait le dos, à demi assommée par le choc violent de sa tête contre le mur. Pour lui prouver qu’elle se trouvait maintenant à sa merci, Maxime lui tordit cruellement un sein. La jeune femme hurla si fort sous cette agression tellement peu excitante que le sportif époux lâcha prise immédiatement, gardant la bouche ouverte sans même s’en apercevoir. Il immobilisa alors d’une main les frêles poignets de son épouse, tandis que, de l’autre, il empoignait sa matraque pour la guider entre ses jambes desserrées.

Il ne remarqua pas l’inhabituelle moiteur qui régnait au cœur de la fente, et il commença aussitôt à limer. Était-ce parce qu’il était debout, nu et en pleine lumière, ou que la commode, légèrement trop haute, gênait ses mouvements en permettant à sa femme d’échapper à ses coups de piston furieux, étaient-ce les circonstances inattendues de cette soirée ? Toujours est-il que son éjaculation fut très longue à venir, deux fois plus longue au moins que lors de ses étreintes les plus lentes…

Quand elle fut habituée à la douleur coupante du bois contre ses reins, Jocelyne parvint peu à peu à suivre les mouvements de son mari. Mieux, elle les devançait et elle sentait monter en elle des vapeurs sourdes de plaisir. Elle se mit à haleter, à râler.

– Je te fais mal ?… Eh bien, tant pis, attends un peu, tu n’avais qu’à ne pas chercher à m’échapper…

Submergée de jouissance, la jeune femme n’entendit pas cette phrase qui l’aurait d’ailleurs pétrifiée aussitôt. La volupté la fit crier. Elle étreignit d’une main l’épaule de son époux, et ses ongles s’apprêtèrent à déchirer la peau.

– Ça ne va pas ? Tu es malade ?… s’enquit Maxime soudain au comble de l’angoisse.

En effet, il ne comprenait déjà rien aux réactions de sa femme depuis l’instant où il avait interrompu sa lecture, mais voilà en plus que les manifestations les plus extrêmes de ce comportement bizarre survenaient au moment précis où il allait éjaculer.

– Tu… es… malade…

Il avait répété ces trois mots dans un souffle, tandis qu’il lançait au fond du fourreau palpitant une copieuse rasade de semence.

Maxime débanda très vite et resta debout, ahuri, la queue basse, devant son épouse haletante. Face au spectacle ridicule qu’il lui offrait ainsi, Jocelyne fut prompte à exploiter la situation.

– Oui ! Parfaitement ! Tu m’as fait mal, espèce de brute, lança-t-elle d’une voix d’autant plus furieuse qu’elle se sentait en réalité, et pour la première fois, entièrement comblée par l’hommage de son époux. Je te prierai à l’avenir de réserver tes cours de judo pour tes élèves. Je suis courbatue de partout, et j’ai la tête qui tourne… Tiens ! Prends tes affaires et va dormir sur le canapé du salon !

Complètement abasourdi, Maxime ouvrit les bras pour rattraper la couverture et l’oreiller que sa femme lui jetait dans un mouvement rageur. Ne sachant quelle attitude prendre, il quitta la chambre sans prononcer un mot.

Jocelyne se retrouva seule, et enchantée de l’être. Elle se laissa tomber voluptueusement sur le lit conjugal en soupirant avec langueur. Elle s’étira impudiquement, écartelée, déchirée par des liens invisibles qu’elle s’inventait. Les événements de ce soir lui ouvraient brusquement de nouvelles perspectives. Si elle savait s’y prendre avec suffisamment de tact, l’occasion lui était donnée de modifier enfin les stupides rapports sexuels qu’elle entretenait avec son mari. Des idées l’assaillaient par vagues, plus ou moins farfelues et désordonnées.

Un moment, elle faillit même éclater de rire, mais elle se retint : son mari ne dormait peut-être pas encore, et il aurait pu se poser des questions, encore que ce n’était pas dans ses habitudes…

Elle ramassa le petit fascicule pornographique qu’elle avait caché sous le lit, commença à le feuilleter, rechercha le passage qu’elle lisait lorsqu’elle avait été interrompue, glissa une main timide entre ses cuisses ouvertes. Mais ses yeux parcoururent plusieurs lignes sans réussir à s’accrocher. Ses doigts atteignirent la fissure moite sans que cet attouchement ne la fasse frissonner. Son excitation n’avait même plus rien de physique : ses pensées galopaient sur un rythme fou, échafaudaient des hypothèses, analysaient des situations encore imaginaires, mais rendues désormais possibles. Elle se releva soudain, alla cacher le magazine obscène puis revint se coucher, décidée maintenant à dormir.

Le sommeil tarda, pourtant, toujours repoussé par la considération enfiévrée d’un nouveau projet. Elle se réveilla aux premières lueurs du jour sans avoir l’impression d’avoir dormi plus d’une ou deux heures. Elle se sentait plus calme, cependant, mais incapable de penser à autre chose qu’à la décision qu’elle avait prise cette nuit. Très rapidement habillée, elle alla se servir une grande tasse de café noir qu’elle savoura avec une lenteur gourmande, bercée par les bruits matinaux de la ville qui pénétraient jusque dans la cuisine. Que la maison était tranquille !

Puis elle enfila un manteau et se rendit dans le salon pour y chercher son sac à main. Maxime dormait lorsqu’elle entra. La lumière ainsi que le claquement des talons sur le sol le réveillèrent brutalement.

– Où vas-tu ?

– Dors ! Tu as encore quarante minutes, pour respecter tes horaires…

Maxime regarda sa montre et acquiesça de la tête ; il ne se levait jamais avant sept heures moins dix.

– Mais… et mon petit déjeuner ?

– Je t’ai laissé du café. Pour une fois, tu te feras tes tartines ! Tu verras, c’est très simple : tu prends un couteau, tu…

– Ça ne va pas, hein, c’est ça ?

Il semblait en proie à une panique incontrôlable.

– Tu es malade, tu vas voir le docteur !…

– En quelque sorte, répondit Jocelyne, en refermant la porte.

– Par la même occasion, tu lui demanderas pour mes…

Mais voyant que sa femme était déjà partie, Maxime Ravat haussa les épaules, s’enroula frileusement dans sa couverture et se rendormit.

Dans la fraîcheur de la rue à demi réveillée, Jocelyne se sentit renaître, rajeunir. Elle regretta que sa destination fût si proche. Mais, en même temps, pour rien au monde, elle n’aurait pris, ce matin-là, le chemin des écolières. Elle était trop impatiente de provoquer la fureur de Paméla en surgissant chez elle de si bonne heure, et sans avoir prévenu de sa visite.

La grille émit une mélodie grinçante. Le jardinet était encore frais et la rosée semblait s’infiltrer sous sa jupe. Et ces parfums alanguissants…

Soudainement, Jocelyne crut que ses jambes se dérobaient à chacun de ses pas. Ses genoux flageolaient. Son cœur cognait dans sa poitrine. Sa respiration devenait oppressante. C’était comme…

Quatre ans auparavant, Cécile lui donnait des cours d’anglais. Mais les deux jeunes filles avaient l’habitude de bavarder de leurs chiffons ou de leurs amourettes plus que de travailler, et les premières leçons ne s’étaient déroulées qu’en papotages et en fous rires.

C’est alors que Cécile, qui savait parfois être sérieuse et réussissait d’ailleurs mieux ses études que Jocelyne, avait eu l’idée merveilleuse d’enseigner l’anglais à son élève selon des méthodes d’éducation réputées pour être typiquement britanniques. Les résultats s’étaient avérés étonnants, et Jocelyne avait comblé une grande partie de ses lacunes dans la langue de Shakespeare. Par la suite, les leçons avaient continué, chez Cécile le plus souvent, parce que ses parents n’étaient jamais chez eux dans la journée. Mais d’anglais, maintenant, ne subsistait plus qu’une rigoureuse discipline dans laquelle les deux charmantes dévergondées trouvaient l’occasion de bien tendres perversités.

Elles n’avaient jamais instauré entre elles de véritables cérémonies, à ceci près que Cécile jouait toujours le rôle de maîtresse. Il y avait quand même une certaine coutume, imaginée une fois par hasard, que Jocelyne avait pris un trouble plaisir à respecter après, aussi sérieusement que si ce geste lui avait été expressément ordonné. Avant de pénétrer dans la pièce où Cécile devait être en train de l’attendre, l’élève devait retrousser le derrière de sa robe ou de sa jupe, et l’engager dans sa ceinture pour éviter qu’il ne retombe. Puis il lui fallait retirer complètement sa culotte.

De toutes les petites cochonneries qu’elles firent ensemble, cette année-là, Jocelyne se souviendrait toujours de ce déshabillage.

Quand ses genoux flageolent, après qu’elle a poussé la grille, en arrivant chez Paméla, c’est cette excitation à la fois diffuse et précise qu’elle ressent encore, comme si le vertige de sa soumission devait être plus intense alors qu’elle était toujours libre, mais déjà sur le point d’abdiquer, plutôt qu’à l’instant où elle était contrainte par le fouet.

Oui, derrière la porte, avant d’avoir aperçu Cécile, alors que Cécile ne savait peut-être même pas qu’elle se tenait debout, dans l’entrée, vacillante. C’était bien derrière cette porte qu’elle exprimait sa soumission de la manière la plus irréversible. Car, devant son amie, même lorsque celle-ci prenait des airs hautains et méprisants, Jocelyne n’avait plus à choisir, puisqu’elle en avait admis ouvertement la domination.

Relever sa jupe ou sa robe n’était jamais trop difficile : elle arrivait à l’heure prévue, entrait, refermait la porte de la rue, posait son sac et son manteau, éventuellement, puis rassemblait le tissu sur ses reins, aussi naturellement qu’elle se serait recoiffée. Parfois, surtout lorsqu’elle ne portait pas de ceinture, les pans de sa robe tenaient mal et elle devait employer une pince métallique qui glissait sans cesse, et alors ce petit problème mesquin l’énervait suffisamment pour qu’elle ne pense pas encore à ce qu’elle allait faire…

Mais il y avait toujours ce moment fatidique où elle posait ses pouces sur les hanches, les insinuait dans l’élastique de sa culotte. Puis, presque sans y penser, elle se penchait, prête à baisser cet intime sous-vêtement.

Alors, tout se mettait à tourner. Les craintes les plus folles l’assaillaient. En particulier, elle redoutait que Cécile ne fût pas seule et elle supposait que son père, par exemple, allait venir surprendre ce curieux déshabillage… Encore plus improbable, mais combien plus excitante, était la perspective d’un homme inconnu qui l’aurait suivie jusque-là. Et, devinant, depuis la rue, ce qu’elle faisait — par quel miracle l’aurait-il appris, cela n’avait pas d’importance — il surgissait derrière elle, laissant la porte grande ouverte pour que chaque passant puisse admirer sa croupe et son humiliation. Enfin, il se serait approché sans bruit et l’aurait contrainte… Jocelyne ne savait pas à quoi : l’essentiel était qu’elle soit forcée d’exécuter le caprice de cet inconnu.

Alors, frissonnante, les jambes tremblantes, pliée en deux, elle baissait lentement sa culotte. Bien sûr, personne ne la voyait, personne n’apparaissait, mais les suppositions qu’elle se plaisait à entretenir, ainsi que cette maison qu’elle connaissait mais n’habitait pas, tout cela lui coupait le souffle, la rendait moite au creux du ventre.

Et quand la surface des fesses avait été offerte à ces murs étrangers, quand la culotte n’était plus qu’un bourrelet de tissu, il fallait encore la descendre, lever une jambe puis l’autre, position balbutiante, courant d’air toujours inattendu entre les intimes replis décollés par ce mouvement. Dès qu’elle avait enfin retiré sa culotte, la brandissant d’une main, elle se tenait, haletante, debout, derrière la porte, puis elle entrait, très vite, essoufflée.

Et si ce n’était pas Cécile qui l’attendait de l’autre côté ? Dernier petit pincement au cœur… Mais Cécile attendait toujours, le plus souvent retroussée haut, cuisses ouvertes, et sans nul autre voile pour la couvrir au-dessus de ses bas. Jocelyne ne l’apprit que plus tard, mais, alors qu’elle entretenait elle-même de si voluptueuses angoisses en se déculottant dans l’entrée, pendant qu’elle pénétrait ainsi dans la pièce, les yeux baissés, déjà soumise et le cul nu, Cécile, qui l’attendait depuis longtemps dans une position obscène, se plaisait à imaginer qu’au lieu de son amie, c’était son père qui surgissait. Et, scandalisé en même temps qu’excité par l’attitude de sa fille, il lui infligeait des traitements variés dont Jocelyne ne connut jamais la nature. Elle eut pourtant fréquemment l’occasion d’évaluer les sirupeuses conséquences des rêveries de Cécile.

– Qui vous a permis d’entrer ? demandait, en anglais, la maîtresse de convenance.

Il y avait d’autres questions, mais quelles qu’aient pu être les réponses, Jocelyne devait venir enfoncer son visage entre les cuisses de Cécile et laper ces chaudes régions aussi longtemps que celle-ci l’avait décidé. En même temps, le postérieur dénudé, sans défense, de l’élève recevait une grêle de coups de règle plate. Vers la fin de ces cours un peu particuliers, Cécile utilisa un martinet qu’elle avait découvert au grenier. Mais Jocelyne garda toujours un sentiment attendri pour la règle plate, sèche et dure, et qui, dans son esprit, convenait mieux au châtiment improvisé qu’elle méritait, et bien que cet engin fut souvent plus douloureux.

Le martinet, en effet, servait à la mère pour châtier son enfant, dans la tranquillité de la maison, alors que la règle graduée résonnait devant une classe imaginaire qui commentait à voix haute et en riant le spectacle cocasse offert par l’élève humiliée et punie…

Tandis que Cécile frappait de toutes ses forces le majestueux postérieur qui s’ouvrait devant elle, s’appliquant à le colorer uniformément d’un splendide rouge pourpre, Jocelyne étouffait ses cris sous la jupe, entre les cuisses habituellement desserrées, mais qui se refermaient parfois brutalement contre ses joues, dans l’espoir vain de contenir une nouvelle vague de plaisir.

Cécile se montrait aussi ardente dans la jouissance que dans l’application des punitions. Et il arrivait inévitablement un moment où Jocelyne, en dépit de sa complaisante docilité, s’écroulait peu à peu sur le sol, râlante et asphyxiée, les lèvres et même le nez, parfois, recouverts de sueurs odorantes et salées. Elle était alors envoyée « au coin », c’est-à-dire qu’elle devait aller s’agenouiller, les mains derrière le dos, sa robe encore relevée au-dessus de sa mappemonde incandescente. Souvent il lui fallait poser les genoux sur une grosse règle de bois dont les arêtes la meurtrissaient douloureusement.

Le lieu de cette exhibition particulièrement humiliante variait presque à chaque fois. En fait, il s’agissait rarement d’un coin à proprement parler : elle devait s’agenouiller sur la table, ou sur le sol au milieu de la pièce. Cécile jouait fréquemment avec un miroir qu’elle décrochait du mur pour le placer de telle sorte que son élève soit obligée de contempler son propre reflet, ou se trouve, du moins, dans l’impossibilité d’ignorer la présence honteuse de l’image de son humiliation.

Parfois, la consentante victime servait de portemanteau, Cécile préférant se déshabiller pour la suite de la leçon. Une fois, même, elle avait brandi brusquement devant Jocelyne une culotte douteuse qu’elle lui avait aussitôt enfilée, comme un masque, sur la tête, plaçant soigneusement le poisseux entre-jambes contre la bouche de son élève.

– Elle sent bon, n’est-ce pas ? Je la gardais pour toi depuis trois jours… Tiens, je l’ai mise juste après que tu sois partie, l’autre fois… Et j’ai veillé à ne pas m’essuyer avec autre chose… Respire-la respectueusement. Tout à l’heure, je t’en bâillonnerai pour t’empêcher de crier…

Jocelyne n’avait rien répondu. Agenouillée ce jour-là sur une chaise, tout près de son bourreau, elle avait pu regarder à loisir les fougueuses et obscènes caresses auxquelles se livrait son amie, répandue, cuisses écartées, sur son siège et retroussée jusqu’au nombril.

Cécile effleurait d’un doigt léger la double crête rosâtre de sa fissure qui palpitait un peu ; elle agaçait en même temps de l’autre main les fraises gonflées de sa poitrine, les faisant lentement tourner, les pinçant à petits coups ou bien les contournant, au contraire, sans n’y plus toucher.

L’index, puis le majeur abordaient l’entonnoir délicat du coquillage épanoui, s’y engageaient avec prudence et s’y ruaient soudain, tendus, durcis. La tête renversée sur le dossier de la chaise, Cécile marmonnait des mots sans signification. Gourmande, elle se léchait les doigts, autant pour recueillir leur odeur et leur goût que pour les rendre chaque fois plus pénétrants et plus agiles.

S’empoignant fermement une fesse, elle brisait son postérieur charnu pour atteindre plus facilement la rosette ainsi débusquée. Une, puis deux phalanges s’insinuaient au travers de l’anneau palpitant. Généralement, le doigt ne bougeait plus lorsqu’il se trouvait presque complètement enfoncé de la sorte, au cœur du cratère brûlant.

En effet, l’une des caresses préférées de Cécile consistait à ne remuer que l’extrémité de son doigt à l’intérieur de son fondement, et elle consacrait toujours à cet attouchement particulier des minutes qui paraissaient interminables à la silencieuse Jocelyne. Mais, si le doigt lui-même semblait ne pas bouger, la base de la main, entre la paume et le poignet, frictionnait sans relâche l’ensemble du pubis, écrasant les chairs, froissant les plus minces tissus. Par moments, les poils frisés de la toison crissaient, impitoyablement broyés les uns contre les autres, et quelque abondante qu’ait pu être l’humidité qui régnait déjà en ces lieux. Jocelyne était toujours surprise d’entendre ce chuintement bizarre, et elle se demandait si elle faisait elle-même autant de bruit lorsqu’elle se caressait, dans le silence de sa chambre. Puis les murmures de Cécile envahissaient la pièce. C’était l’instant où l’élève, jusque-là aussi immobile que possible, commençait à frétiller inexplicablement. Elle-même ne jouissait pas véritablement, et pourtant le plaisir de sa camarade résonnait en elle comme s’il avait été le sien.

Durant ces leçons d’anglais, puisque tel en était le prétexte, Jocelyne ne parvenait jamais à atteindre les sommets de la volupté. Il y avait plusieurs raisons à cela, en particulier l’égoïsme habituel de Cécile qui ne portait la main sur son amie que pour la palper, la malmener avec violence, comme si cet adorable petit corps potelé n’avait été que de la viande de boucherie. Mais, justement, Jocelyne appréciait beaucoup ces traitements humiliants, même si elle cherchait parfois à échapper à ces méprisantes caresses… D’autre part, bien sûr, elle aurait pu se satisfaire toute seule, avec ses doigts ou quelque autre objet, et la simple présence de Cécile aurait rendu plus excitante sa frénétique masturbation. Jocelyne voulait être forcée : elle se complaisait tant à cette manœuvre trouble que, dans la solitude de son lit, elle devait toujours s’imaginer qu’elle se trouvait contrainte de se branler pour la jubilation d’un tyran imaginaire…

Les circonstances initiales des rêveries de ce genre variaient fréquemment, mais elles s’achevaient immanquablement par l’ordre avilissant de se satisfaire elle-même, tout de suite et devant des témoins plus ou moins définis qui se moquaient d’elle, à voix haute, en employant des mots obscènes. Parfois aussi, il y avait d’autres formes de contrainte : elle était violée, ou bien devait sucer et lécher les autoritaires personnages qu’elle s’inventait. D’autres fois encore, elle était obligée d’accomplir sa toilette intime, ou ses besoins… Dans toutes ces pratiques insolites, l’essentiel, pour Jocelyne, résidait dans le fait qu’elle n’agissait jamais de sa propre volonté : il y avait toujours quelqu’un qui lui aurait ordonné de faire les petites cochonneries qu’elle accomplissait en cachette. C’était un procédé commode pour ne pas se sentir coupable, et les rares fois où elle était soudain prise du remords de se jouer une pareille comédie, elle s’inventait encore quelque bourreau impitoyable qui la châtiait comme elle le méritait en lui infligeant justement les humiliations qui avaient constitué précédemment sa faute…

Ces envahissantes rêveries apparurent dès l’aube de son adolescence. Et elle en vint rapidement à imaginer que l’acte le plus anodin était le résultat d’un ordre indiscutable et humiliant, et le présage d’une situation encore plus avilissante. Il lui suffisait d’adapter convenablement sa rêverie… Quand elle était au lycée, il lui arriva même quelques cocasses mésaventures alors qu’elle cherchait à se faire punir concrètement. Par la suite, ces délires s’espacèrent, mais ils ne cessèrent jamais complètement.

Quelle aurait été la réaction de Maxime, son mari, s’il avait su que la ravissante mariée qui traversait l’église près de lui s’imaginait enchaînée, obligée d’acquiescer à la question fatidique sous peine de s’exposer à d’invraisemblables représailles dans lesquelles les cierges et les fonts baptismaux jouaient un rôle pour le moins imprévu ?

Mais comment s’en serait-il douté ? Jocelyne, à cette époque, n’aurait même pas pu lui expliquer clairement la manière si étrange dont elle déformait la réalité. Il avait fallu que son mariage, et surtout les rapports sexuels qu’elle avait avec son mari, s’avèrent tout à fait décevants pour qu’elle réussisse à formuler précisément toutes ces questions sur ce qui l’excitait le plus, sur le plaisir qu’elle avait pris aux « leçons » de Cécile, alors qu’apparemment elle n’y jouissait jamais, sur ce qu’elle devait faire enfin, à l’insu de son mari, pour satisfaire les intenses désirs qui l’habitaient…

Les démarches qu’elle avait dû faire pour être mise en contact avec Paméla avaient comblé au-delà de toute espérance le plaisir que Jocelyne prenait à s’humilier. Et même maintenant qu’elle venait la voir régulièrement, il y avait toujours cet instant fatidique, cette obligation d’accepter déjà le sort auquel elle allait s’exposer, alors qu’elle était encore seule, qu’elle pouvait encore faire demi-tour…

C’était à la fois moins obscène et plus compromettant, plus irrémédiable que lorsqu’elle se mettait cul nu avant de se présenter devant Cécile. Mais c’était le même vertige, toujours aussi voluptueux…

À chacune de ses visites chez Paméla, les quelques mètres à parcourir dans le jardinet répétaient sans cesse la troublante frontière au travers de laquelle Mme Maxime Ravat devenait la « pisseuse numéro 6 ».

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