Ice Crime

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LOTKA Francis

BrigandineMedia 1000


polar



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Résumé

Agnès Robineau s’est levée en souplesse, avec une grâce féline. Elle se tourne vers la fenêtre, s’étire, seins bombés, hanches lascives, bouche mouillée et entrouverte. Elle fait deux pas vers les rideaux, s’arrête, fixe la fenêtre du sixième. La détente cède sous la pression lente du doigt. L’épaule encaisse le recul, les bras ne fléchissent pas. La détonation produit un claquement sec, étouffé. Figée sur place, Agnès Robineau porte ses deux mains à ses seins, comme en un geste de tardive pudeur. Elle ouvre grand la bouche, sur un cri qui déchire l’air. Dans le viseur, son image bascule. Le tueur déjà se détourne, abaisse l’arme. Il n’a pas eu besoin de doubler.

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Le soleil filtre à travers les stores vénitiens, et découpe de larges bandes dans la chambre à coucher, jusqu’au grand lit bas.

Madame dort sur le côté, tournant le dos à la fenêtre. Madame est nue, à demi-couverte par un drap de soie grège tout froissé. Madame respire régulièrement mais bruyamment, avec parfois un vrombissement plus aigu qui ferait dire, si l’on ne craignait ses foudres, qu’elle ronfle.

Georgette n’en pense pas moins, si elle n’en dit rien. Elle pense aussi qu’il est dix heures du matin, que la journée s’annonce chaude, sera peut-être même caniculaire, que Madame roupille encore comme un sonneur, et que l’engueulade sera pour elle, Georgette, quand Madame s’avisera, dans une heure, qu’elle est en retard à son rendez-vous.

Georgette lâche un gros soupir, et pousse vers le lit la table roulante du petit déjeuner. Deux fois déjà, elle a rappelé l’heure à sa patronne, pour des nèfles. Madame ne veut rien savoir, Madame dort encore un petit moment, « cinq petites minutes, Georgette, vous êtes terrible »…

Georgette doit s’occuper des courses, une liste impressionnante, et n’a pas que cela à faire, elle. Sur le seuil de la chambre, elle se retourne, et fait simplement, à voix haute et distincte :

– Il est dix heures, le petit déjeuner de Madame est servi, et je rappelle à Madame qu’elle a un rendez-vous à onze heures…

La conscience tranquille, Georgette ferme la porte derrière elle. Madame se retourne dans son lit, ouvre un œil, et fait d’une voix mourante :

– Meeerde !…

Sur quoi elle s’offre quelques minutes supplémentaires, un rabiot voluptueux et parfaitement superflu, puisqu’elle a bien assez dormi, et qu’à présent le soleil atteint sa couche, et la taquine obstinément, où qu’elle se tourne. Huguette ouvre les yeux, s’étire, repousse le drap et soupire :

– Mon Dieu, quelle chaleur !…

Ce n’est pourtant pas qu’une journée chargée l’attende. Au contraire, elle n’a strictement rien à faire, à part ce maudit rendez-vous. À onze heures, quelle idée saugrenue ! Alors qu’elle s’est couchée si tard, et que le bitume va fondre sous ses talons aiguilles, si elle fait un pas dans la rue…

Le monde est vraiment mal fait. Et cette municipalité qui ne fait rien pour rendre l’été plus supportable aux malheureux habitants du seizième arrondissement, qui ne sont pas tous aux bains de mer, loin de là. Les ingrats ! Ils pourraient faire arroser les trottoirs, tout de même !

Huguette se verse une tasse de thé, et songe à la première idée positive du jour : décommander son rendez-vous. Elle la juge d’emblée géniale, son idée. Sous quelque aspect qu’elle la considère, elle n’y trouve réellement rien à redire. Ce cher William attendra, pour la pédicurer, que la vague de chaleur décline. Quant à la pédiquer…

Huguette, qui a des lettres, évoque le mot avec une moue. Elle n’irait certes pas dire à une de ces amies : « Je viens de me faire pédiquer par mon pédicure… Vous savez, William, vous devriez l’essayer, il est merveilleux… »

Non, Huguette use plus volontiers, en les faisant rouler doucement entre ses lèvres pulpeuses, de termes plus évocateurs.

« Vous ne connaissez pas William, mon pédicure ? Il est charmant, et il m’enfile si divinement… »

En a-t-elle assez envie, ce matin, pour affronter l’épouvantable touffeur parisienne ? Elle décide que non. Elle ne peut deviner à quel point elle a tort.

Complaisamment aiguillé dans une direction qui adoucit les contrariétés du réveil, son raisonnement, car Huguette se pique de raisonner, est qu’elle peut très bien pourvoir, elle-même, dans la quiétude moite de son appartement, à ce genre de satisfactions. On n’est jamais si bien servi que par soi-même, en effet, quand du moins on n’a personne sous la main. Où est Georgette, au fait ?

Huguette sonne et ne voit rien venir. N’était-il pas question de courses ? Allons, sa première idée est la bonne, et que la bonne vaque à son office. Huguette a envie de plaisir, et s’en chargera elle-même. Tant pis pour les menues joies du personnel de maison.

L’excellent petit déjeuner, et ces bonnes résolutions, lui font envisager l’avenir avec entrain. Madame se lève et mûrit dans sa jolie tête le programme d’une matinée en tout point délicieuse. À condition toutefois que la grande glace de la salle de bain, où elle se mire longuement, ne vienne pas lui procurer des sujets d’inquiétude.

Le sourcil froncé, l’œil critique, Huguette traque sans faux-fuyant l’indice de quelque catastrophe. Le point de cellulite, la ride inconnue jusqu’alors, le cheveu cassant, l’affaissement, si minime soit-il, des seins, le moindre ternissement de sa peau… Huguette apporte à l’examen rigoureux de sa personne un soin aussi attentif qu’à l’ordinaire. Il suffirait de bien peu de chose pour que sa journée soit gâchée, mais elle préfère en assumer le risque. Chaque réveil est une aventure dangereuse, sous cet angle. Huguette est bien forcée de se rappeler, parfois, qu’elle a dépassé la quarantaine fatidique. Alors, bravement, elle assume, ce qui n’est pas, croit-elle savoir, si fréquent…

La glace a joué son rôle dans ce jeu de la vérité, et Huguette, en conclusion, ne se ment pas : elle est parfaite. Avec un grand sourire, elle se détaille, d’une autre manière.

Elle est grande, très brune, mince dans l’ensemble, mais féminine dans le détail. Élancée, encore jeune d’allure, et dotée en même temps de formes généreuses, épanouies.

Des seins ronds et fermes, attachés haut sur son buste, et qui n’ont pas besoin d’artifice pour se soutenir. Elle les soupèse, les flatte de ses paumes, presse doucement les mamelons larges et sombres. Leurs fraises durcissent et s’allongent entre ses doigts.

Cambrée face à la glace, elle se caresse sans hâte, fait saillir ses tétons, les étire, les pince. Elle se flatte d’être capable d’arriver à l’orgasme rien qu’en se caressant les seins. L’un ou l’autre de ses amants, plus patients que la moyenne, pourrait en témoigner.

Languissamment, elle suit de ses mains ouvertes la ligne de ses flancs, glisse sur la peau brune des hanches, épouse leur arrondi. La taille fine encore, et les hanches rondes, Huguette peut supporter sans broncher les regards masculins.

Le ventre tendu, elle fait jouer dans les boucles de sa toison un index folâtre. Sur sa peau bronzée, le triangle presque noir de son pubis trace des lignes nettes. Un triangle touffu dont la pointe disparaît dans la fourche de ses cuisses. Huguette les écarte, fait apparaître la ligne plus pâle de sa vulve. Un trait de chair rose dont le renflement partage l’éminence de sa motte. Son index se faufile, s’insinue dans l’ourlet charnu, s’attarde aux replis des petites lèvres.

Le regard d’Huguette s’allume d’un éclat coquin. À peine sous son doigt sent-elle pointer son clitoris qu’elle suspend son geste. Rien ne la presse.

Elle se tourne de profil, apprécie encore la fermeté de son buste. Elle se cambre, se penche un peu en avant. Les reins creusés, son cul saille, un peu potelé, certes, mais sans excès. Un cul rebondi, lisse, souple ou dur, selon le traitement qu’on lui prodigue.

Elle y plaque ses mains, l’écarte, le comprime, dévoile la fente brune où quelques boucles frisottent.

La tête rejetée en arrière, Huguette prend des poses, s’adresse des mimiques obscènes. Fidèle, indécente, la glace réfléchit, attise, renvoie au regard alourdi de désir l’image du corps qui s’offre, s’alanguit, s’exhibe, se vautre…

La tête et le corps en feu, Huguette suit l’impulsion qui la pousse à désirer plus de chaleur encore. Cette canicule qu’elle maudissait tantôt, elle veut l’allier au désir qui la taraude. Aviver aux rayons brûlants du soleil l’aiguillon qui l’enflamme.

Elle revient dans la chambre, ouvre grands les stores, la porte-fenêtre, et sort face à l’astre, sur la terrasse inondée de soleil.

La sensation torride la saisit d’un coup, tandis qu’elle cligne des yeux, et s’offre à la morsure des rayons. Les seins, le ventre, les cuisses, elle se sent léchée par une langue dure et ardente. La caresse brutale et implacable n’épargne pas un centimètre de sa peau, et l’enveloppe tout entière, mieux qu’aucun amant ne le ferait. Huguette s’avance vers elle, tournoie, se livre impudiquement à cette main-mise.

Le sol est déjà surchauffé sous ses pieds. Paupières mi-closes, elle voit flotter autour d’elle, et aussi loin que porte le regard, les chaudes vapeurs qui montent de Paris, jusqu’au ciel bleu-gris vibrant de fièvre qui brouille le paysage, et donne à la Tour Eiffel les contours flous d’un mirage.

Huguette souffle. Une fine rosée perle entre ses seins. Ses mains moites courent sur sa peau, se rejoignent sur sa fourche. Sur sa gauche, à hauteur du living, là où la terrasse s’élargit, sont installés une table et des transats. La haie de petits arbres d’ornement qui bordent la terrasse protège Huguette des regards, sinon du soleil.

Elle s’allonge sur un transat, le sexe face au soleil. Son regard se perd dans le scintillement du ciel. Elle ferme les yeux, ouvre largement ses cuisses, et déplie lentement les chairs délicates de son sexe. Elle est trempée. Sa vulve ruisselle sous ses doigts attentionnés.

Elle imagine un instant un quelconque voyeur, caresse l’idée, puis l’écarte. L’appartement est au dernier étage, et les immeubles plus élevés que le sien sont trop loin. Dommage, après tout. Huguette peut toujours, au prix d’un petit effort mental, se dédoubler, se voir allongée nue sur cette terrasse, livrée à la fournaise, patinant d’un index dur sa fente écarlate.

Ses doigts accélèrent le va-et-vient lancinant qui les fait glisser de son clitoris à l’orifice de son con. Brûlante déjà, Huguette en est encore à s’échauffer. Pourtant, ses seins sont durs, comme son ventre, et elle sent battre son sexe ouvert. Elle retient sa respiration, ses doigts. Son bouton darde impudiquement. Elle se force à le délaisser, agace de ses ongles les replis de sa vulve, glisse une phalange dans son vagin, la retire, se fait languir jusqu’à ressentir douloureusement l’exaspération de ses sens. « Patience », se répète-t-elle, mais à une cadence de plus en plus vive, modulée par le halètement de sa respiration.

Quelques secondes, elle reste en suspens, les mains au-dessus de son ventre, les doigts raidis, le corps noué. Jouirait-elle sans plus se toucher ? Elle diffère, le temps encore de sentir sur sa langue l’âcre goût de sa sueur, d’imaginer la fraîcheur de la salle de bain, le jet froid de la douche. Ce sera pour plus tard, juste après…

Pour l’heure, elle n’y tient plus. Elle gémit et se mord les lèvres. Ses doigts pressent et tiraillent son clitoris, un spasme monte de ses reins, qui la fait s’arquer et trembler. Profond, impatient, vorace, son con engloutit ses doigts, palpite et se resserre sur sa main fébrile.

Elle pousse un long râle et s’active, rythmant les mouvements de ses deux mains d’ondulations souples et élastiques. Elle se contracte, vibre à l’unisson de l’air saturé. Ses mains s’agitent frénétiquement.

Elle se pénètre au plus profond, se laboure le con et le cul, crie sourdement quand la vague enfle et déferle, la fait rebondir par saccades, la liquéfie.

Elle jouit longuement, inondant le tissu qui colle à sa peau, l’esprit chaviré. Elle retombe, pantelante, hors d’haleine.

La chaleur est suffocante. Elle a la gorge sèche, et c’est bien tout ce qui en elle n’est pas liquide en fusion.

Dans le silence pétrifié de l’étuve, au vingt-troisième étage, Huguette entend sauter un bouchon de champagne, pas très loin. Ses papilles desséchées ont identifié le floc. Son corps repu et apaisé exulte à cette évocation. Elle pense « champagne » et « fête ».

Tout s’arrête là, pour son esprit et pour ses sens comblés.

Le floc précède d’une infinitésimale fraction de temps le jaillissement chaud qui fait écarquiller les yeux d’Huguette. Ce champagne-là mousse, et bouillonne même. Il a vite fait de tacher de rouge le corps bronzé et alangui, et même la terrasse. Il gicle et ruisselle en flots épais, du trou à la gorge où Huguette porte ses mains en un geste-réflexe dérisoire.

La balle vient à peine de l’épouser, que déjà elle lui a tout pris. Huguette tombe sur le ciment bouillant, et ne songe plus à se plaindre de quoi que ce soit. Son dernier souffle ne rompt pas le silence qui pèse sur la ville chauffée à blanc.

Il faudra attendre une heure encore, et le retour éreinté de Georgette, pour que des cris stridents vrillent l’air immobile.

 

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