La Bague au doigt

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MERODACK Robert

Media 1000Simples murmures


BDSMSM


128 pages


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Résumé

Retrouvez chaque mois la réédition d’un volume de la collection Simples Murmures, dirigée à l’époque par le célèbre Robert Mérodack. Des textes licencieux, sadomasochistes, où tous les tabous sont mis aux oubliettes, ainsi que les victimes de maîtres aux mille perversions… Totalement introuvable ailleurs qu’en format numérique, aux éditions Média 1000 !

La Bague au doigt, un roman sadomasochiste signé Robert Mérodack !

Débuter la lecture

I

Antoine était un excellent mari. Denise l’avait épousé deux ans auparavant. On pourrait dire qu’elle y avait été contrainte par sa famille. En effet, Antoine était le directeur d’une entreprise dont l’importance ne faisait que grandir et dont les activités complétaient parfaitement celles de l’usine tenue par le père de Denise.

Ce mariage, ou plutôt les tractations financières qu’il impliquait, n’avait pu être réglé plus rapidement — Denise avait cru sincèrement qu’elle était née pour vivre avec Antoine.

Encore jeune, assez beau, intelligent, plein de charme et d’attentions pour sa fiancée, puis pour son épouse, qu’aurait-elle pu lui reprocher ? Il lui faisait même merveilleusement l’amour au moins deux fois par mois, les soirs où son travail lui laissait encore quelque force.

Pourtant ce jour-là, répandue sur son lit, se caressant distraitement l’entrejambe, Denise comprit que cette situation ne pouvait plus durer.

Non, elle ne pouvait absolument rien reprocher à son mari, et c’est peut-être cela, entre autres choses, qui faisait que Denise s’ennuyait tellement.

Juste après leur mariage, elle avait travaillé de diverses manières. En tant qu’épouse du directeur, on lui avait confié des postes élevés, des responsabilités, plusieurs secrétaires et quelques téléphones. Denise s’était très bien acquitté de ses diverses tâches, mais elle n’avait jamais réussi à trouver en aucune d’elles le moindre intérêt.

Chaque fois qu’elle l’avait avoué à Antoine, il lui avait fait donner un autre poste, toujours plus haut que le précédent, toujours plus ennuyeux.

Il lui proposa de lui acheter un magasin de mode, une parfumerie, un salon de coiffure, mais Denise n’en voulait pas. Il lui acheta des chevaux et une luxueuse voiture de sport : elle ne se servit de la voiture que par utilité ou pour quelques rares promenades dans les tout premiers temps.

Son ennui parut s’atténuer lorsqu’elle apprit à monter à cheval, mais elle fut très vite une écuyère hors-pair et ne retourna plus à l’écurie.

Antoine voulut lui acheter une maison de disques, ou une galerie de peinture, ou une discothèque. Elle refusa sans véhémence.

Bien entendu, dès le début de leur mariage — et ils en avaient même parlé plusieurs mois avant, — Antoine aurait voulu l’engrosser. Mais Denise lui avait fait promettre de ne pas insister sur ce point avant qu’elle ne l’aborde elle-même. Après tout, elle venait d’avoir vingt ans et elle se sentait encore plusieurs années devant elle pour donner naissance à l’indispensable héritier.

Antoine le comprenait très bien et il tenait sa promesse ; en deux ans de mariage, et malgré toutes les tentatives qu’il fit pour que son épouse cessât de s’ennuyer, il ne parla pas plus de trois ou quatre fois de cette possibilité.

Denise passait la main sous l’entrejambe de son slip. Ses doigts agiles fouillaient l’obscur buisson, faisant semblant d’ignorer l’emplacement du bouton. Ça ne peut plus durer !

Elle se sentait prisonnière d’une situation impossible.

En vérité, elle pouvait faire absolument tout ce dont elle avait envie. Elle était belle, jeune et riche et pas trop bête, qu’est-ce qui aurait bien pu lui résister ?

Elle pouvait même prendre un amant, ou deux, ou dix : à condition d’agir avec un minimum de discrétion. Antoine n’en saurait rien. Mais sincèrement, Denise n’en avait pas envie. Son fougueux mari la comblait.

Et puis, elle ne désirait pas divorcer pour s’enfuir. Où irait-elle donc ? Même en emmenant une grosse somme d’argent, elle ne pourrait compter sur aucune aide, et surtout pas de la part de ses propres parents ! Partir dans ces conditions revenait à s’enfermer au couvent ou tomber en panne d’essence au milieu du désert.

Non, il fallait obtenir le divorce au plus vite, et aux seuls tords de son mari !

L’adultère semblait donc la meilleure solution. Et comme elle n’était pas sûre qu’Antoine ne lui aurait pas pardonné une petite entorse à sa fidélité, elle songea à le faire accuser. Elle était intimement persuadée qu’il ne la trompait pas, donc il lui fallait inventer la situation de toutes pièces.

Denise se rendit donc dans un bar mal famé et aborda directement la plus belle prostituée qui s’y trouvait à ce moment. En la choisissant du regard parmi ses compagnes, elle se sentit triste de ne pas être jalouse. La fille était splendide ; Denise s’apprêtait à faire croire qu’elle couchait avec son mari et elle ne ressentait pas le moindre pincement au cœur.

Elle expliqua à la prostituée ce qu’elle attendait d’elle : tourner visiblement autour d’Antoine, aller le voir à son bureau sous n’importe quel prétexte, se rendre ostensiblement à son domicile, alors que Denise, tout aussi ostensiblement, en serait absente… et même, si cela était possible, le séduire et devenir sa maîtresse.

La fille, très étonnée, ne parut pas immédiatement enthousiasmée par cette tâche, mais lorsque Denise eut annoncé le prix qu’elle paierait pour chaque heure consacrée à cela, ses yeux s’écarquillèrent.

Et quand Denise, enfin, paya d’avance pour les jours suivants, la fille n’hésita plus.

Elles convinrent toutes deux des premières approches.

Le même jour, et bien qu’elle craignit que ce ne fût un peu prématuré, Denise se rendit chez un détective privé, Bertrand Robard, et lui expliqua qu’elle pensait que son mari la trompait. Bien sûr, celui-ci proposa aussitôt de commencer une enquête détaillée mais Denise refusa, prétendant qu’elle voulait être plus sûre de l’exactitude de ses soupçons et que, dès qu’ils se confirmeraient, elle ferait appel à ses services.

Les jours suivants, la prostituée essaya d’attirer l’attention d’Antoine sur sa capiteuse personne sans beaucoup de succès. Et lorsque Denise la rencontra de nouveau, elle lui annonça son intention de la laisser pénétrer de nuit chez elle, après qu’elle-même serait partie chez ses parents.

Une nouvelle fois, l’argent réussit à convaincre la prostituée d’accepter. Denise téléphona alors au détective et le pria de surveiller son domicile après son départ.

Le soir prévu, elle se rendit chez ses parents au grand étonnement d’Antoine, car ce fait ne s’était pas produit depuis leur mariage.

Le lendemain matin, elle se rendit chez Bertrand Robard.

– Ah ! s’écria-t-il lorsqu’elle pénétra dans son bureau, introduite par une secrétaire, Madame Rouvry, j’avais gardé un souvenir extasié de votre première apparition dans ces lieux, mais votre beauté me surprend de nouveau !… Comment allez-vous ?… Asseyez-vous, je vous prie…

Ce n’étaient que fadaises, mais Denise s’en sentit flattée. Pourtant le sourire du détective lui semblait un peu trop radieux.

– Eh bien, Madame, je peux déjà vous rassurer, au moins pour ce qui aurait pu survenir la nuit dernière. La personne qui a fait le guet devant chez vous, hier soir, vous a vue sortir ; et si vous avez laissé votre mari tout seul à votre domicile, il y est resté pendant toute la nuit. Car on n’a vu personne ni entrer, ni sortir… Évidemment, cela ne veut pas dire que votre conjoint n’ait pas une liaison, mais, en tout cas, il n’a pas profité de votre absence, cette nuit…

– Ah ! répondit Denise avec déception. Puis, comprenant qu’elle devait paraître un peu rassérénée devant le détective, elle demanda : Mais vous êtes bien sûr ?… La rue est très sombre, le soir, et bien que je ne doute pas des dons d’observation de vos employés, il suffirait de quelques secondes… Pour peu que la porte soit déjà ouverte, pour entrer…

– Non, ce n’est pas possible, rétorqua Robard d’un ton très assuré, tout en contemplant rêveusement le genou rond et dénudé de sa cliente. Nous avions disposé un dispositif discret devant votre porte : c’est un appareil de détection qui sonne dans la voiture où se tient le guetteur, aussitôt que quelqu’un en franchit le rayon…

Il détourna une seconde son regard des jambes galbées de sa cliente, afin d’ouvrir une chemise peu épaisse contenant plusieurs feuilles ; et il se mit à parcourir l’une d’elle rapidement.

– Voyons… vous êtes sortie de chez vous à 21 heures 18 et quelques secondes plus tard, êtes montée dans une Jaguar verte, êtes partie vers le carrefour des Lilas et avez pris la seconde rue à droite… Après cela, personne d’autre n’a franchi votre porte, sinon votre mari, seul, à 8 heures 24, ce matin. Un guetteur est resté jusqu’à 10 heures… Vous êtes rentrée chez vous, tout à l’heure, à 9 heures 37… Tout cela vous convient-il ?

Denise ne comprenait pas. Elle ne pouvait pas mettre en cause l’efficacité du détective. Mais pourquoi donc la prostituée n’était-elle pas venue ?

– On aura peut-être vu votre appareil ? Quelqu’un qui se méfie devient très observateur…

– Allons, Madame Rouvry, vous avez regardé de droite et de gauche tout à l’heure, n’est-ce pas ? L’avez-vous vu ?

– Non, bien sûr…

S’interrogeant, Denise croisa ses jambes dans l’autre sens, révélant à l’œil attentif de Bertrand Robard la douceur pâle de ses cuisses, juste au-dessus des bas. Si la prostituée avait préféré se contenter de l’argent déjà reçu, au lieu de recevoir le supplément que Denise lui avait promis, il allait falloir agir autrement… Maintenant que le détective était averti, il serait plus risqué de chercher une autre fille pour faire croire à l’infidélité de son mari. Et si l’adultère d’Antoine ne pouvait pas être prouvé, Denise elle-même devrait le tromper si elle voulait toujours, à tout prix, divorcer.

Après tout, Bertrand Robard était bien fait et agréable, un peu mielleux, peut-être… Mais si elle réussissait à le séduire par son seul charme, sans rien lui céder, il n’était pas impossible qu’il acceptât de témoigner au sujet de l’infidélité imaginaire d’Antoine… Sinon, c’est avec lui qu’elle-même serait infidèle… Décidément, elle risquait peu de choses…

– Je suppose que vous désirez que je poursuive mon enquête ? demanda doucement Robard, pour la tirer de sa rêverie.

– Oui, bien entendu ! Car je suis certaine qu’il me trompe. Je le connais bien, vous comprenez… Mais j’ignore totalement où il la voit…

– Avez-vous un soupçon précis ? Avez-vous trouvé des indices, une photo ?

Le détective semblait soudain curieux de savoir comment elle en était venue à supposer cet adultère. Denise, vaguement gênée, remonta le bord de sa jupe trop courte sur son genou. Le regard perçant de Robard la mettait mal à l’aise et l’excitait en même temps.

– C’est-à-dire, je… commença-t-elle, espérant que son interlocuteur prendrait l’hésitation de son mensonge pour l’expression d’un sentiment de gêne. Un jour, j’ai surpris mon mari en train de parler à cette femme d’une façon extrêmement… intime… Ils ne faisaient aucun geste… enfin… mais ils étaient très près l’un de l’autre, vous comprenez, et le ton de leur conversation a changé immédiatement… et puis… je ne vois pas d’autre hypothèse…

– Et connaissez-vous cette femme, son nom ? À quoi ressemble-t-elle ?

Bien qu’il essayât d’adopter une attitude dégagée, les yeux de Bertrand Robard avaient de plus en plus de mal à s’éloigner de la vision troublante des longues jambes de Denise.

Elle entreprit alors de décrire la prostituée qu’elle avait elle-même payée, niant, bien évidemment, qu’elle la connaissait par ailleurs.

Au fur et à mesure de sa description, le détective commença par hocher la tête pensivement, puis, cessant brusquement de regarder les cuisses pulpeuses qui l’avaient tellement fasciné jusque là, il feuilleta le mince dossier ouvert devant lui.

– C’est bizarre, conclut-il. Le rapport que j’ai sous les yeux indique qu’une femme très semblable à ce portrait est venue vers 22 heures devant chez vous, et qu’elle y a fait les cent pas pendant une dizaine de minutes… Mon employé a noté ce détail, croyant d’abord qu’il y avait un lien, puis il l’a rayé, en précisant tout de même qu’une voiture était venue prendre cette femme, qu’elle avait hésité à monter mais que, selon toute vraisemblance, c’était un hasard, des gens qui ont profité du fait que votre rue est courte et déserte pour s’y donner rendez-vous… On peut même penser qu’il s’agit là d’un autre cas d’adultère, ajouta-t-il en souriant.

Denise eut le sentiment qu’il ne la croyait pas. Pour qui donc la prenait-il lorsqu’il la dévorait ainsi des yeux ? Une bonne cliente prête à payer une longue enquête pour se prouver qu’elle est cocue ? Une petite bourgeoise qui s’ennuie et voudrait s’inventer des problèmes ?… C’était un peu la vérité…

En tout cas, il la prenait visiblement pour un beau petit lot.

Elle devait donc profiter de ce qu’il se moquait implicitement d’elle pour donner à cette rencontre un ton moins solennel

– Je suis peut-être folle, après tout… dit-elle en croisant de nouveau, et un peu plus haut, ses jambes. Mon mari ne me trompe peut-être pas… Je me serais monté la tête. En lui parlant directement de mes soupçons, j’en saurais sans doute plus : ou bien il se troublera, ou bien il se fâchera. S’il n’a rien à se reprocher, il risque de me donner une bonne fessée… Et il n’aura pas tort, probablement…

Bertrand Robard rosit légèrement à cette évocation, mais il se garda bien d’abonder dans le sens des remarques allusives de sa séduisante cliente. Il ne désirait pas qu’elle renonçât à l’enquête, au moins sans lui avoir donné d’abord quelques satisfactions personnelles. D’ailleurs, ce qu’elle disait constituait une véritable provocation…

– Écoutez-moi attentivement, Madame Rouvry, déclara-t-il d’une voix grave. Notre investigation ne fait que commencer. Si vos soupçons n’ont aucun fondement, nous pourrons le savoir assez vite. Et s’ils sont justifiés, nous le saurons encore plus tôt… Ne dites rien à votre époux pour le moment. Ne changez pas vos habitudes… Et, ma foi, si vous ressentiez quelques remords à le soupçonner de la sorte, alors qu’il est peut-être totalement innocent, et si vous pensiez qu’une bonne fessée pourrait vous libérer de ce remord, alors, n’hésitez pas… Je peux vous fournir des services extrêmement variés…

En entendant ces mots, Denise devint écarlate. Dans son trouble, elle décroisa même les jambes et serra les genoux, tirant sur sa jupe autant qu’elle le pouvait.

Bien qu’elle ait parlé de fessée avec l’idée délibérée d’aguicher Bertrand Robard, l’ironie un peu méprisante avec laquelle il avait repris l’allusion la troublait plus qu’elle n’avait su le prévoir. Elle ressentait une certaine honte, du fait de son audace, d’abord, de son impertinence, mais aussi à cause de la menace, proférée par cet homme qu’elle connaissait si peu, d’être traitée comme une sale gamine.

Elle réussit toutefois à se reprendre et devint agressive.

– Dois-je comprendre que vous y prendriez plaisir ? Elle cherchait à charger sa voix d’une sorte de défi indigné, voulant sous-entendre qu’il était un monstre pervers, ou bien qu’il n’était pas capable d’oser faire ce qu’il prétendait.

– Ce n’est nullement exclu. Vous êtes si désirable… à tous points de vue…

Cette réponse polie aurait très bien pu clore cette discussion ambiguë, mais Denise, encore sous le coup de sa gêne initiale, et sans trop réfléchir aux conséquences éventuelles, poursuivit sa provocation.

– Et puis-je supposer que nous fassions un marché ? demanda-t-elle en soutenant le regard du détective. Si l’on admet que mon mari est innocent et que je mérite une fessée pour l’avoir accusé, nous pourrions très bien retourner ce principe et dire que, si j’accepte de vous donner quelque plaisir en me laissant fesser par vous, vous vous engagez à prouver que mon mari me trompe…

– Hum, hum… Cela n’est pas exclu… Levez-vous et allez donc fermer la porte à clef…

Lorsqu’elle l’entendit prononcer ces mots, Denise crut sincèrement que Bertrand Robard s’adressait à une autre personne dont elle n’aurait pas remarqué l’entrée dans ce bureau. Elle tourna lentement la tête.

Elle se trompait, bien sûr. Il n’y avait que Monsieur Robard, détective, et elle-même dans cette pièce. Et c’était bien elle, Denise Rouvry, qui recevait cet ordre.

– Veuillez vous dépêcher ! J’ai d’autres choses à faire… Allez fermer cette porte !

Le ton du détective restait poli, bien qu’extrêmement ferme. Pendant une seconde, Denise réfléchit, afin de choisir la meilleure attitude qu’elle pouvait adopter. Évidemment, elle pouvait refuser, remettre l’homme à sa place, verbalement, et partir. Elle pouvait aussi essayer de s’en faire un allié, à quelque titre que ce fut, pour obtenir son divorce. Denise était une femme responsable. Même si la situation qu’elle venait de provoquer, présentait quelques désavantages certains, elle ne reculerait plus.

Baissant les yeux, elle fixa ses genoux du regard pendant un court instant, en tirant encore sur sa jupe pour tenter vainement de les recouvrir. Enfin, après avoir pris une profonde inspiration, elle se leva lentement et marcha vers la porte.

Sur l’ampleur oscillant de ses hanches pulpeuses, elle sentit se poser lourdement le regard de Bertrand Robard, aussi distinctement que s’il s’était agi d’un contact physique.

La clef était dans la serrure. Denise la tourna par deux fois, essayant de limiter le bruit, mais sans hésiter. Puis elle virevolta avec grâce pour faire face, de nouveau, au détective silencieux.

Assis derrière son bureau, confortablement enfoncé dans le fauteuil, les mains jointes sur l’estomac, Bertrand Robard soutint son regard angoissé en plissant les lèvres d’un sourire satisfait.

– Approche-toi, maintenant ; et viens t’asseoir sur mes genoux…

Ce tutoiement soudain surprit Denise, mais elle avait décidé d’en passer par où il le voulait, et même, si cela était possible, de devancer ses désirs et de les susciter. Avec la réserve charmante d’une pucelle innocente, elle vint se placer dans la position indiquée. Et, pour ne pas risquer de perdre l’équilibre, elle passa son bras autour des épaules de Robard.

Celui-ci avait déjà enfoui la main dessous la courte jupe, et, serrant la jeune femme par la taille, il tenta de s’infiltrer plus avant entre les longues cuisses voluptueusement gainées de fins bas noirs.

Ses doigts glissèrent dans l’étroit défilé formé par les jambes, car il n’avait pas attendu que son aguichante cliente fut confortablement assise. Mais aussitôt qu’elle le fut, elle serra les genoux, et des doigts de Bertrand Robard se trouvèrent immobilisés, irradiés, comme le reste de sa main, par la tiédeur enivrante de la chair.

Il essaya alors de progresser, en force, de contraindre Denise à écarter les cuisses.

Malgré la pression douloureuse de la main insinuante, la jeune femme résista un moment. Elle ne voulait pas laisser croire à cet homme qu’elle était trop facile ; et puis, surtout, elle désirait lui donner l’impression qu’il devait combattre avant de triompher.

S’agitant sur ses genoux, le repoussant un peu, tentant plusieurs fois de se relever, la jeune femme se débattit vaillamment durant plusieurs longues minutes. Puis, lorsque Bertrand Robard commença à jurer à mi-voix et à lui broyer impatiemment la taille, elle délia ses jambes et laissa la main affolée atteindre le haut de sa cuisse, là où la peau est si fine et si nue, pour effleurer enfin le renflement pulpeux recouvert présentement du voile impénétrable, mais si mince, d’une culotte de nylon.

Visiblement, le détective ressentit cette victoire d’une manière toute stratégique. Elle signifiait pour lui qu’il réussirait à parvenir à ses fins, en l’occurrence sauter cette belle fille dont les mobiles véritables, en lui rendant visite, étaient, pour le moins, imprécis.

Mais lorsque la grande main viril heurta son pubis potelé, Denise crut qu’elle allait fondre. Au travers de sa culotte, elle sentait le tranchant de la main lui écraser moelleusement la longueur de la fente, du graton à l’étoile, et son abandon, après qu’elle eut épuisé une partie de son énergie à se défendre hypocritement, ressemblait fort à l’abandon d’une première jouissance.

Sa respiration devint plus rapide. Elle renversa sa tête en arrière, et ses seins généreux, lourdement enserrés à l’intérieur de son corsage, s’animèrent avec majesté.

Naturellement, Bertrand Robard n’en demeura pas à ce point ; en un instant, il écarta le voile de nylon et ses doigts atteignirent les replis moites de sa conque. Cette fois, Denise perdit le souffle. Tout son corps se raidit.

– En position ! s’écria brusquement le détective. Descends ta culotte sous tes fesses et mets-toi en travers de mes genoux !

Et en même temps qu’il disait cela, il repoussait la jeune femme pour la forcer à se lever.

Encore troublée par la dernière caresse, si directe, qu’elle venait de subir, Denise ne comprit pas d’abord ce qu’il voulait, et elle resta les bras ballants, les yeux baissés, debout, un peu honteuse sous le regard impatient.

– Baisse ta culotte, je t’ai dit !

Maintenant, l’ordre était brutal, insultant. Jusque là, Denise avait joué au détective une petite comédie, même si elle aussi voulait se persuader qu’elle y croyait un peu.

Mais ses ébats pour résister, et surtout, la fierté de cette main entre ses cuisses, puis sur son sexe, puis au milieu de sa tirelire, tout cela était vrai, et son corps l’avait ressenti.

Elle ne pouvait plus raisonner, et comme elle avait décidé d’en passer par les volontés de cet homme, sa résolution même l’empêchait de s’en défendre. Était-ce vraiment encore sa volonté, ou bien n’avait-il pas assez d’autorité pour la faire obéir malgré elle ?

Toujours est-il que Denise passa ses mains dessous sa jupe, plutôt par derrière, car elle lui faisait face, et évitait ainsi de se retrousser dans sa direction.

Ondulant lentement, les yeux fixés vers le mur, derrière Robard, elle fit glisser le sous-vêtement au-dessous de ses fesses. Puis elle se mit à piétiner sur place, tout prés de lui, comme si elle ne savait pas comment faire pour s’allonger sur ses genoux.

– Alors, tu te décides ? demanda Bertrand Robard avec un rire méprisant.

Denise se pencha en s’appuyant sur le bureau et un bras du fauteuil. Elle recula les pieds, et son bassin, d’une largeur généreuse, vint se poser très exactement comme il lui avait été ordonné.

Toutefois, lorsqu’elle eut obéi, pour qu’elle se trouve mieux calée, et ainsi plus à sa merci, Robard écarta ses genoux l’un de l’autre, força Denise à relever ses pieds et à se tenir en l’air, en équilibre instable, sur son tortionnaire. Alors, cérémonieusement, avec une délectation intense, le détective releva la jupe trop courte et la rabattit sur les reins de sa consentante victime.

La vue de cette croupe magnifique lui arracha une exclamation stupéfaite.

Jamais il n’avait vu de fesses aussi rondes, aussi bien formées, aussi fermes. Jamais il n’avait vu encore un cul mieux fait pour la fessée. Il n’était pourtant absolument pas décidé à se laisser fléchir, ni pas la beauté harmonieuse, ni pas la soyeuse douceur de ce postérieur épanoui.

Il leva la main droite et l’abattit à pleine force au centre de la cible. L’épiderme pâle, délicatement rosé, se couvrit aussitôt de l’empreinte pourpre de sa main.

Bertrand Robard n’attendit pas que cette teinte parvienne à son apogée : il frappa de nouveau, et toujours aussi fort, légèrement en dessous de la première marque.

Denise qui s’était contractée pour subir avec dignité le commencement de son calvaire, ne put retenir un cri aigu lorsque tomba la seconde claquade, tandis que son corps sinueux frétillait dans l’espoir incertain que le détective jugerait inutile ou exagéré de poursuivre cet humiliant châtiment.

Mais Robard était grand et solide, et il maintenait fermement la taille mince de la jeune femme, lui laissant bien peu de chance de s’échapper.

Il pouvait donc frapper aussi durement qu’il voulait, et il ne s’en priva pas.

Les claques succédèrent aux claques, et les sanglots de la pauvre Denise succédèrent à ses premières protestations timides. En vérité, la malheureuse, bien qu’elle ne fut pas dans une situation propice à la réflexion, elle se sentait partagée entre deux attitudes. Devait-elle essayer de retenir ses cris, de pleurer en douceur dans l’espoir d’attendrir son bourreau, ou bien, au contraire, pourquoi ne hurlerait-elle pas autant qu’elle en avait envie, pour le supplier de cesser, et pour l’insulter, même ? Elle n’osait pas choisir cette seconde solution. Déjà la fessée résonnait dans la pièce, et il n’était pas exclu que la secrétaire de Robard puisse l’entendre, depuis le bureau d’à-côté. Si elle se mettait à crier, toute la maison apprendrait ce qu’elle était en train de subir ! Denise préférait éviter cela.

– Aie ! aie !… arrêtez !… souffla-t-elle en hoquetant au milieu de ses larmes. Je n’en peux plus… je suis en feu… c’est into… lérable… Je vous… en prie…

Bertrand Robard cessa immédiatement la punition, au grand étonnement de sa victime.

Il faut toutefois remarquer que le croupion potelé de Denise, à ce moment-là, avait la teinte appétissante d’une tomate bien mûre, qu’il palpitait de lui-même sous l’effet de son embrasement, et qu’il dégageait une capiteuse tiédeur à laquelle le détective était fort loin d’être insensible.

– Eh bien, puisque tu es en feu, je vais te refroidir tout de suite et sans plus tarder !… déclara-t-il en ricanant.

Empoignant la chevelure blonde de Denise, il la tira de telle sorte qu’elle soit obligée de s’aplatir sur le bureau. Et dans ce mouvement, Robard repoussa son fauteuil en arrière et se mit lui-même debout.

En un éclair, il se tenait derrière cette mappemonde si cruellement incendiée, brandissant d’une main la lance déjà incandescente de son braquemart durci.

Denise comprit tout de suite ce qui allait lui arriver, et cela l’inquiétait assez peu… Que cette insupportable fessée fut enfin terminée lui redonnait toute sa présence d’esprit ; et, sans modifier sa posture indécente, elle attrapa son sac à main posé sur le coin du bureau, et y prit un mouchoir pour essuyer ses joues humides.

Néanmoins, son indifférence relative à ce qui se passait dans son dos fut de courte durée. La tige longue et dure s’introduisit lentement, mais sans hésiter, au cœur de son fourreau intime, déjà poisseux et distendu à la suite des premiers attouchements de Robard, à moins, peut-être, que la fessée elle-même n’ait joué quelque rôle mystérieux dans ce relâchement.

Dès que la queue l’eut envahie, la jeune femme entreprit de la serrer, de la malaxer par ses seules crispations, car son fouteur, en lui plaquant le ventre sur le bord de la table, lui interdisait tout mouvement des hanches.

Il émit, d’ailleurs, un grognement satisfait devant la réaction habile de sa cliente, puis il commença à limer, à petits coups rapides.

Le plaisir ne tarda pas et, à défaut d’éteindre effectivement le feu qui embrasait les miches de Denise, Bertrand Robard lui inonda la chatte à grandes giclées épaisses.

La jeune femme blonde trouva une indéniable volupté dans cette joute inattendue, mais elle fit de son mieux pour ne pas le laisser paraître, moitié par modestie, moitié à cause de la honte qu’elle ressentait à jouir aussi intensément dans une situation aussi ambiguë.

Repu, le détective s’affala au fond de son fauteuil, tandis que Denise, avec une remarquable dignité au regard des circonstances, s’essuyait l’entre-deux avec une poignée de mouchoirs en papier. Puis elle remonta sa culotte et entreprit de se recoiffer, de retoucher légèrement son maquillage.

Bertrand Robard l’observa. Il avait l’air de réfléchir. En réalité, il cherchait à comprendre l’étrange comportement de sa cliente, mais il n’y parvenait pas.

– Et pour ces preuves de l’adultère de mon mari ? demanda Denise, toujours aussi radieuse, mais maintenant parfaitement correcte. Quand comptez-vous les obtenir ?… Il faut qu’elles soient indiscutables.

– Ah, oui ! répondit Robard avec peu d’intérêt.

Oui, elle voulait prouver que son mari la trompait, pour pouvoir divorcer, et sans doute obtenir une confortable pension alimentaire…

Le détective rapprocha son fauteuil du bureau et redevint, lui aussi, parfaitement digne. Il se racla la gorge, puis parla à sa cliente.

On eût pu croire, à ce moment, qu’il ne s’était rien passé en ces lieux, sinon une banale discussion. Denise était assise, très légèrement, sur sa chaise, et elle s’agitait un peu, mais si quelqu’un avait fait brusquement irruption dans le bureau du détective, il n’aurait rien pu deviner.

– Madame Rouvry, reprit l’homme d’un ton glacial. Vous exagérez sérieusement, ne trouvez-vous pas ?… Plutôt que de chercher à accuser votre époux d’adultère, vous feriez mieux d’avouer vos turpitudes : si ce pauvre homme pouvait seulement connaître votre conduite, je suis bien certain qu’il accepterait de divorcer aussitôt… Avec l’heure, si exquise, que je viens de vous consacrer, et la surveillance de cette nuit, vous me devez exactement…

Denise claqua si fort la porte, en sortant du bureau de Bertrand Robard, que la vitre faillit se briser. Poliment, la secrétaire du détective voulut se lever pour la reconduire, mais elle demeura pétrifiée par le regard que la jeune femme blonde lui lança.

Cet après-midi-là, Denise retourna au bar louche où elle avait déjà rencontré la prostituée. Celle-ci ne parut pas surprise de la voir. Il semblait même qu’elle s’attendait à sa visite, et elle se montra extrêmement nerveuse.

Lorsqu’elles se furent attablées dans un coin tranquille, la prostituée lui tendit immédiatement une enveloppe contenant l’argent qu’elle avait, pourtant, accepté la veille. La fille semblait avoir préparé son discours, car elle parla d’une seule lancée, sur le ton d’une leçon bien apprise.

– Je sais pas ce que vous voulez exactement, M’dame, mais, moi, je tiens pas du tout à baigner dans des trucs de ce genre… Et croyez-moi, j’ai été bien bonne de marcher jusque là dans vos salades… Déjà que je flairais le coup tordu… Mais, en plus, je vous déconseille de me chercher une remplaçante, parce que moi, je suis recta, je rends la monnaie, mais j’en connais pas mal qui vous feraient raquer et qui feraient raquer votre Jules par la même occasion… Moi, je peux pas accepter, vous comprenez. Le flan, c’est pas mon rayon ! Quand je reçois du fric pour être avec un type, je le monte…

Denise ne comprenait pas véritablement la raison de ce revirement, mais la prostituée ne voulut pas lui en dire plus.

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