La Foire aux cochons

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ESPARBEC

La MusardineLectures amoureuses


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Broché / 704 pages


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Résumé

Fleshtown, grosse bourgade du Kansas. Deux dangereux pervers se sont échappés du bagne. Darling est seule : tous les habitants sont partis faire la fête à la foire des éleveurs de porcs. Pendant toute une longue nuit, elle va devenir la proie des deux forcenés. Dehors, la vie continue : le shérif Prentiss enquête sur un café-billard tenu par Sam, mari complaisant qui essaie de détourner la loi… en se servant de sa femme. Sigmund-de-Pigalle, musicien bossu, visite les femmes pour leur vendre de la lingerie fine… Ainsi débute la saga de Darling, pastiche baroque de la littérature porno américaine des années soixante et galerie balzacienne de personnages plus vicieux les uns que les autres.
Esparbec est l’’auteur de La Pharmacienne, dans la collection Lectures amoureuses, et des Mains baladeuses, tous deux à La Musardine. « L’’aboutissement d’une maîtrise suprême dans l’’art de l’expression licencieuse. », Jean-Jacques Pauvert « Esparbec a le style. Esparbec a la santé. (…) Esparbec vous emmène au pays des fantasmes qui ne s’’épuisent jamais. », Delfeil de Ton, Le Nouvel Observateur

Débuter la lecture

I – LES VISITEURS DU SOIR

Cette nuit-là, Darling était toute seule dans sa chambre. La maison était silencieuse, tous ses habitants étaient à la foire. À l’occasion de cette foire – la foire des éleveurs de porcs – qui se tenait chaque année, de nombreux visiteurs envahissaient la ville, principalement des fermiers des environs, et l’on festoyait jusqu’au matin. En vain Darling avait-elle supplié son grand-père, Cornélius s’était montré intraitable.

« Les rues seront pleines de viande soûle… ce n’est pas la place d’une jeune fille… et puis, vous devez vous lever tôt, demain, pour aller au collège. »

Voilà pourquoi, alors que tout le monde s’amusait en ville, elle se passait du vernis à ongles dans sa chambre, en écoutant la radio.

Avant de partir, Mme Lydia lui avait bien recommandé de n’ouvrir à personne.

« Tu sais ce que c’est… une jeune fille seule… avec tous ces voyous de la campagne qui traînent dans les rues… Il ne faudrait pas qu’il t’arrive ce qui est arrivé à Miss Laggerty. »

Deux ans auparavant, Miss Laggerty avait été violée par d’honorables commerçants qui avaient bu un coup de trop, à l’occasion de la foire, justement. L’affaire avait été étouffée… Mais Miss Laggerty ne s’en était jamais remise. Elle avait très mal tourné.

Avec un soupir, Darling reboucha son flacon de vernis et agita ses doigts pour les faire sécher. Elle pensait à Miss Laggerty. Elle y pensait si bien que les paroles du speaker ne parvinrent pas tout de suite à son esprit :

« … les deux hommes sont armés… », haletait le speaker. « nous répétons : ils sont armés. Il s’agit de deux dangereux psychopathes… Jack Beans et Jack Pimms ont à leur actif plus de trente agressions à main armée suivies de viols… »

Le mot « viol » fit tressaillir Darling. Elle tourna le bouton de la radio pour la mettre plus fort.

« Condamnés à la réclusion perpétuelle », poursuivit le speaker, « les deux Jack purgeaient leur peine au pénitencier de Carson City. Ils se sont évadés la nuit dernière après avoir désarmé deux gardiens. Ils auraient été signalés à bord d’une voiture volée, dans la vallée de la Meriwether, à quelques miles de notre ville… »

La voix pompeuse prit une intonation dramatique.

« À l’occasion de la foire des éleveurs de porcs, de nombreux visiteurs affluent dans les rues de notre ville. Il serait très facile pour les deux évadés de se dissimuler dans la foule… »

Pendant qu’il recommandait aux femmes seules de ne pas ouvrir à des inconnus, la jeune fille, prise d’une soudaine inquiétude, souleva prudemment le rideau de sa fenêtre. La voiture était toujours devant le portail du jardin, presque cachée par le feuillage retombant de la glycine. Une vieille Pontiac des années cinquante, toute cabossée. Elle était là depuis le crépuscule.

« Sans doute un fermier des environs, en train de faire une partie de billard chez Sam », se rassura Darling.

Elle contempla un moment l’enseigne rouge du bar d’en face qui clignotait dans la rue déserte, puis revint vers son lit en dénouant son peignoir. Sur la table de nuit, le transistor continuait ses jérémiades :

« … deux dangereux repris de justice… s’attaquant aux femmes seules dans des maisons isolées… raffinements de violence d’un sadisme abject… le plus redoutable des deux, Ptit Jack, a gagné le sobriquet de “L’orphelin” au pénitencier d’État, à cause de sa voix geignarde et de ses plaintes perpétuelles. Il se pose volontiers en victime de l’injustice sociale… »

*
*    *

Agacée, la jeune fille changea de poste. Un programme de musique folk remplaça le monologue du speaker. Mais les deux évadés refusaient de sortir de son esprit. Plus de trente viols ! Avec un frisson, elle retourna l’édredon et entra dans son lit. Tout de suite, elle tira le drap par-dessus sa tête et se recroquevilla, ainsi qu’elle faisait quand elle était toute petite… pour se masturber. Elle n’entendait presque plus le murmure de la radio, mais l’épaisseur de l’édredon ne pouvait pas la protéger contre ses propres pensées. Sans cesse, elles revenaient sur cette voiture inconnue garée devant la maison. Et sur les deux évadés…

Darling avait toujours aimé se faire peur, avant de s’endormir. Cela l’excitait. Quand elle s’était bien effrayée en imaginant que des hommes entraient dans sa chambre et glissaient leurs mains sous le drap, elle se masturbait longuement, délicieusement, en se disant des gros mots.

Ce soir, pas besoin de recourir à ce fantasme. Elle avait vraiment peur. La maison était en travaux, sa toiture ouverte à tous les vents, rien de plus facile que de s’y introduire. Comme il pleuvait dans les chambres, Cornélius, malgré son avarice, s’était résigné à faire refaire la toiture. Des échafaudages entouraient le bâtiment. Et comme les couvreurs n’avaient pas encore remplacé les tuiles fêlées qu’ils avaient retirées, une partie du toit était à ciel ouvert, provisoirement protégée de la pluie par des bâches. Il suffisait de redresser une des échelles qui traînaient dans le jardin, le tour était joué.

Secouée de frissons, Darling, sous le drap, retroussa sa chemise de nuit et écarta les cuisses. Pour chasser ces pensées lugubres, elle ne connaissait qu’un remède. Après avoir sucé le bout de son index pour le mouiller, elle fouilla dans les poils de son sexe. Son clitoris était déjà sorti. D’un petit tapotement régulier elle commença à se masturber. Quand elle aurait joui, elle le savait, elle aurait tout juste la force d’éteindre la radio, et le sommeil l’emporterait au pays des cauchemars…

*
*    *

Dans la Pontiac, Ptit Jack rêvait déjà, lui ! Tout en rêvant, il caressait d’une main alanguie sa longue bite à demi érigée, qui pendait hors de sa braguette comme un serpent à tête rouge. Une odeur pisseuse se dégageait du gland que tripotaient les petits doigts velus. Écœuré, un cigarillo entre les dents, Grand Jack le regardait faire. Ce salaud se branlait en dormant ! Il fallait le faire ! Un véritable obsédé, toujours la queue à la main, à se la tripoter, à se la cajoler, à lui parler…

« Alors, ma belle, qu’il lui disait, tu es en forme ce matin ? Fais voir, tire la langue. »

Il rétractait le prépuce, dégageait la calotte rosâtre du gland.

« Un peu pâlotte, on dirait. Attends, je vais te donner de l’exercice. Une petite friction, il n’y a rien de tel pour vous ravigoter ! »

Et c’était parti ! En moyenne, Ptit Jack se masturbait une bonne douzaine de fois par jour. Bien sûr, il n’allait pas jusqu’à l’éjaculation, il faisait durer le plaisir, ce salaud ! Il n’y a que dans cet état qu’il se sentait bien, toujours sur le point de jouir, avec cette envie qui le démangeait…

« Un authentique obsédé », marmonna Grand Jack.

Il se pencha pour jeter un coup d’œil par la portière. À travers le feuillage de la glycine, il constata que la fenêtre là-bas était toujours allumée. Avec un soupir, il s’adossa au siège et ferma les yeux pour ne plus voir s’agiter la main de son voisin. Qu’est-ce qu’il pouvait être agaçant, à se branler comme ça, sans arrêt. Grand Jack se demanda à quoi il pouvait bien rêver. Il fouilla dans ses propres souvenirs. Sans doute à l’institutrice de Poulson City. Ptit Jack lui avait avoué une fois qu’il rêvait à elle presque toutes les nuits, depuis qu’ils étaient au pénitencier. N’était-ce pas à cause de cette tarée qu’ils avaient été arrêtés ?

Paresseusement, Grand Jack se remémora la scène. Tout s’était déroulé dans une salle de classe mal éclairée où flottait encore l’odeur rance des élèves qui avaient quitté l’école un quart d’heure plus tôt.

C’était en hiver et la nuit tombait dès quatre heures. Une vieille école à l’ancienne, dans un bled perdu de montagne. L’institutrice était frileuse, elle chauffait la salle avec un énorme poêle à mazout. On se serait cru dans un hammam. Elle était assise à son bureau, en train de corriger ses cahiers, l’air revêche, quand les deux Jack étaient entrés. Grand Jack avait refermé la porte derrière lui. Tout d’abord, elle les avait pris pour des parents d’élèves. Mais quand Ptit Jack lui avait montré le revolver, elle avait tout de suite compris.

La quarantaine épanouie, un visage banal, les cheveux châtain clair tirés en bandeaux, vraiment l’air de rien. Elle n’avait fait aucune difficulté pour se déshabiller. Elle avait simplement fait remarquer qu’on pouvait tout voir, par les fenêtres, et Grand Jack était allé baisser les stores. Pour une institutrice de campagne, plus très jeune, elle portait des dessous plutôt folichons, en soie naturelle noire, qui faisaient ressortir sa chair blanche. On ne se serait pas attendu à voir un corps aussi excitant quand on la voyait habillée. Un peu lourde, les seins qui commençaient à tomber, et des « culottes de cheval », mais bandante… surtout quand elle était restée comme ça, les yeux baissés derrière ses fines lunettes, le visage tout rouge, soulevant sa combinaison au-dessus de son nombril, après avoir retiré sa culotte, pour montrer son sexe poilu aux deux hommes…

Sadiquement, ils l’avaient obligée à garder cette pose humiliante pendant plusieurs minutes. Quand ils lui avaient demandé d’écarter davantage les cuisses pour leur montrer la fente, elle avait murmuré, d’une voix étranglée :

« Je ferai tout ce que vous voudrez, mais ne me faites pas de mal. »

Elle avait posé un pied sur le dossier d’un banc d’élève que Grand Jack avait tiré contre l’estrade et, dans cette position, sa grande cramouille s’était ouverte dans la forêt de poils noirs. Ils avaient pu voir alors à quel point la salope était excitée : l’intérieur du con était tapissé d’une épaisse bave translucide qui ressemblait à du blanc d’œuf. Les nymphes, hypertrophiées, pendaient comme deux petites tranches de jambon, toutes gluantes de mouille. Elles étaient si importantes qu’elles dissimulaient le clitoris même quand la vulve était ouverte. C’était un sexe plutôt laid, terriblement bestial, mais pour cette raison même, les deux hommes avaient été terriblement excités. Ce qui les excitait le plus, c’était le contraste que formaient ces dessous de pute et cette cramouille obscène avec le visage sérieux de l’institutrice. Ils lui avaient demandé d’écarter les nymphes pour leur montrer son clito, et elle l’avait fait, tenant les deux lamelles de chair rosâtre entre le pouce et l’index, d’une façon un peu dégoûtée, comme si cette chose baveuse et velue ne lui appartenait pas vraiment. Mais ils voyaient bien qu’elle respirait très vite, et les pointes des nichons avaient durci.

« Puisque tu coopères, on va te laisser choisir. Qu’est-ce que tu préfères ? Qu’on te baise debout contre le tableau ? Qu’on t’encule sur ton bureau ? Nous sucer la bite ? Qu’on te branle ? Sois pas timide… dis ce que tu as envie qu’on te fasse… on n’est pas pressés, on a tout notre temps. »

Elle avait réfléchi un long moment, sans regarder les deux hommes, ouvrant toujours son sexe du bout des doigts. Puis elle avait marmonné :

« Il est cinq heures et demie… mon mari et mon fils vont passer me prendre à six heures… Est-ce que vous aurez fini, à six heures ?

— Certainement pas, avait protesté Ptit Jack, véritablement outré. Une demi-heure ? Tu nous prends pour des lapins ? »

Elle avait eu un bizarre gémissement et, pour la première fois depuis qu’ils l’avaient fait se déshabiller, elle les avait regardés en face.

« Je vous en supplie… ne dites pas à mon mari que je me suis laissée faire… il ne me le pardonnerait jamais… autorisez-moi à vous griffer le visage… rien qu’un peu… pour qu’il voie que je me suis défendue. »

Les deux hommes s’étaient dévisagés, ébahis. Puis Grand Jack était venu contre la femme. Il lui avait appuyé le canon du revolver sur le ventre. Elle avait sursauté, à cause de la froideur du métal.

« Juste une égratignure, hein ? Sinon je te fais un troisième trou… »

Elle avait fait oui de la tête et, après un long frisson, elle avait marqué la joue de Grand Jack d’une grande estafilade. Il avait juré et avait bien failli lui lâcher un pruneau. L’institutrice, apeurée, le regardait derrière ses lunettes à fine monture métallique. Elle avait mis une main devant sa bouche, comme une petite fille qui a dit un gros mot.

« Excusez-moi… je voulais pas vous faire si mal… je vais vous mettre un pansement rapide… et après… et après… vous pourrez faire tout ce que vous voulez… »

Ils l’avaient fait mettre nue et, pendant qu’elle collait un sparadrap à la joue de Grand Jack, l’avaient tripotée sans vergogne. Elle aimait visiblement ça. Elle s’était prêtée à tout. Pendant qu’ils exploraient son corps, elle tremblait doucement, mais ce n’était pas de peur. Comme Grand Jack s’apprêtait à la renverser sur son bureau pour l’enfiler, elle avait bredouillé :

« D’abord… d’abord… je préférerais vous… vous… »

Le mot refusait de franchir ses lèvres. Alors, elle avait montré sa bouche, puis le pénis érigé de Grand Jack qui se dressait comme un énorme doigt pointé hors du pantalon.

« Pourquoi ? Tu aimes ça, sucer ?

— Je l’ai jamais fait ! C’est parce que je l’ai jamais fait…

— Et qu’est-ce que t’as pas fait, encore ? »

Elle était devenue si rouge qu’ils avaient cru qu’elle allait suffoquer.

« Par-derrière… par-derrière non plus… il paraît… une amie m’a dit qu’à la ville, les hommes… le font souvent, par-derrière… »

La salope était bien décidée à profiter de l’occasion pour combler ses lacunes. Elle avait donc sucé Grand Jack pendant de longues minutes, jouant avec ses couilles, manipulant son énorme bite avec un étonnement qu’elle ne parvenait pas à dissimuler (sans doute son mari était-il nettement moins bien loti), puis engloutissant le gland, le pourléchant maladroitement, avec une sorte d’avidité maladive. Pendant qu’elle faisait ça, Ptit Jack s’amusait avec son anus et son con. Il lui avait enfilé deux doigts derrière et deux doigts devant, et il la branlait ainsi, simultanément par les deux trous. Le con bavait comme une fontaine, inondant les cuisses d’une épaisse bave qui sentait le poisson de rivière ; et l’intérieur du cul était brûlant comme l’enfer, une vraie fournaise…

Mais, alors qu’il s’avançait en la soulevant par les hanches pour l’enculer, elle s’était retournée et avait murmuré :

« Il va bientôt être six heures… n’oubliez pas… »

Ils avaient failli oublier le mari ! Sur les indications de la femme, Grand Jack alla le guetter sous le préau. Après la chaleur étouffante qui régnait dans la salle, la bise glaciale l’avait fait frissonner. Il avait allumé un cigarillo et peu après, une voiture s’était garée dans la cour.

« Va chercher ta mère, avait dit un homme au visage étroit, au nez tordu. On n’a pas le temps… »

Un ado était descendu de la voiture. Il s’était arrêté pile en voyant le revolver que braquait Grand Jack. C’était un grand dadais boutonneux, qui avait le même nez que son père, et le même regard faux et méchant.

« Changement de programme. On va tous jouer avec maman : mon pote et moi, on organise une petite sauterie. »

Les deux hommes n’avaient pas moufté. Le père pétait de trouille derrière son air teigneux. En voyant sa mère toute nue, l’adolescent avait écarquillé les yeux. Deux taches rouges étaient montées à ses joues.

« Ne regarde pas ça, John, avait dit le père. Baisse les yeux. »

Mais visiblement, John avait du mal à les détacher du corps de sa mère. C’était sans doute la première fois qu’il voyait une femme nue.

« Faut qu’il regarde, au contraire, avait nasillé Ptit Jack. N’écoute pas ce vieux con. Mets t’en plein les mirettes… admire un peu… »

Après avoir attaché le père sur un banc d’écolier, tourné vers l’estrade pour qu’il puisse tout voir, ils avaient fait venir le fils au premier rang et avaient obligé l’institutrice à s’exhiber devant lui.

« Ils m’ont menacée de mort, James… Je me suis défendue, regarde… j’ai même griffé le grand… »

Le mari jeta un regard méfiant sur le sparadrap qui ornait la joue de Grand Jack.

« Ils ont dit qu’ils te tueraient si je me laissais pas faire… »

En parlant ainsi, elle s’était accroupie sur l’estrade dans la position d’une femme qui urine et, sur les ordres de Ptit Jack, elle ouvrait son sexe pour en montrer tous les détails à John. L’adolescent avait les yeux qui sortaient de la tête.

« C’est de ce trou plein de poils que t’es sorti, John, ça te dirait d’y rentrer ? » avait ricané Ptit Jack.

John avait secoué négativement la tête.

« Pas tout entier… rien que la bite… tu veux ? Faut pas te gêner, c’est la maison qui régale ! »

Comme il refusait à nouveau, les deux Jack lui ordonnèrent de rester sagement assis, et de ne pas bouger. Ils avaient baisé et enculé l’institutrice sous ses yeux et sous ceux du mari. La femme s’était fourré un paquet de kleenex dans la bouche, elle le mordait en râlant d’une voix étouffée, s’efforçant, sans y parvenir, de dissimuler ses orgasmes. Ils l’avaient baisée toute la nuit, et entre-temps, ils jouaient aux cartes tous les quatre : l’institutrice nue, John, et les deux Jack. Ils avaient fait boire le fils et le mari, et l’atmosphère devenait délirante. Ils étaient presque certains que le mari était au moins aussi excité que sa femme en la voyant subir tout ce qu’ils lui imposaient. Au cours de ces parties, ils exigeaient des perdants des gages particulièrement lubriques. C’était toujours le corps de l’institutrice qui était mis à contribution. Finalement, avant l’aurore, alors que son père, ivre mort, ronflait sur son banc d’écolier, John avait accepté de toucher le corps de sa mère.

« Fais-le, avait-elle chuchoté. Ton père dort : il ne faut pas les contrarier. Ce sont des hommes très méchants… »

Il avait donc touché les seins et le cul de l’institutrice, puis son sexe. Et finalement, le petit salaud, en feignant d’agir à contrecœur, avait bel et bien enculé sa mère. Il avait joui comme une bête pendant que l’institutrice, le visage baigné de larmes, suçait Grand Jack. Elle pleurait, cette salope, mais elle aimait ça… se faire bourrer par son propre fils ! Chaque fois qu’il revoyait la scène, dans sa tête, au pénitencier, Ptit Jack avait une trique du tonnerre, il fallait qu’il se branle illico. Une fois, ça l’avait pris au réfectoire, il avait envoyé sa giclée de sperme dans son assiette de purée, sous les yeux médusés des détenus, presque tous des Noirs illettrés…

ça ne leur avait pas porté bonheur ! Quelques jours plus tard, alors qu’ils s’apprêtaient à violer une caissière de supermarché dans un sous-sol, ils avaient été surpris par des vigiles et emmenés chez les flics. Cette salope d’institutrice avait donné leur signalement. La balafre qu’elle avait faite à Grand Jack avait servi à quelque chose. Souvent, Ptit Jack s’était demandé comment ça s’était passé, ensuite, entre la mère et le fils. S’ils avaient recommencé, en cachette du père…

*
*    *

D’un coup de coude, Grand Jack réveilla son voisin.

« Range ta bite, connard, et mets ton masque. Il est temps de passer aux choses sérieuses.

— Merde, geignit Ptit Jack, en battant des paupières, tu pourrais me réveiller plus doucement. Je t’ai déjà dit que j’ai le cœur fragile…

— Elle vient d’éteindre.

— Quoi ? Qu’est-ce que tu racontes ?

— La blonde aux gros nichons… ta copine… elle vient de se coucher… »

Ptit Jack se pencha pour regarder la façade obscure ; un vent aigre, chargé d’une petite pluie très fine, soulevait la longue chevelure de la glycine et faisait claquer, comme la voile d’une grosse barque, la bâche de camouflage qui recouvrait une partie de la toiture.

« D’abord, c’est pas ma copine. C’est juste une sale petite pute que j’ai repérée, il y a deux ans, quand je venais jouer au billard chez Sam, avec mon cousin Luke… Luke-la-main-chaude, tu sais ? Je t’ai parlé de lui : un vicelard de première… »

Du coin de l’œil, Ptit Jack constata que Grand Jack posait sournoisement sa grande main osseuse sur ses couilles. Il sourit dans sa moustache et poursuivit, d’une voix encore plus plaintive :

« Tu aurais vu cette petite salope. Qu’est-ce qu’elle pouvait avoir, à l’époque, quatorze ou quinze ans. Comment qu’elle tortillait son cul pour allumer les mecs… et l’air hypocrite qu’elle prenait, comme si elle ne remarquait rien. Mon cousin Luke, il en était malade ! »

Ptit Jack se cambra d’une façon grotesque et se dandina sur le siège de la Pontiac, les deux mains en coquilles devant lui pour soutenir des seins imaginaires.

« Cette paire de nichons, mon vieux ! J’ai jamais vu ça… élastiques… ça tremblait quand elle marchait… la petite garce ne portait pas de soutien-gorge. Elle n’avait rien, en fait, sous sa robe, pas même de culotte. Des fois, quand elle s’asseyait sur un tabouret, devant le comptoir, elle écartait les cuisses, on lui voyait tout le saint-frusquin. T’aurais vu mon cousin Luke… Luke-la-main-chaude… les yeux lui sortaient de la tête…

— Mais qu’est-ce que vous aviez dans les couilles ? Du yaourt ? Moi, une pute pareille, je la colle au mur et crac… »

Ptit Jack eut un rire apitoyé.

« Crac, mon cul ! Sam se l’était réservée. “Personne n’y touche, qu’il nous avait dit. On regarde, mais on touche pas. Sinon, on remet plus les pieds chez moi”. Son bar, c’est le seul troquet décent dans ce bled pourri. Et en plus, mon cousin Luke-la-main-chaude et moi, il nous avait à la bonne, Sam, même qu’il nous laissait baiser sa femme à l’œil quand on était trop fauchés pour payer une pute. On préférait pas se fâcher avec lui. La petite, il nous avait promis qu’il nous la ferait baiser, elle aussi, une fois qu’il l’aurait dépucelée. Il a la manière, avec les filles jeunes… Luke et moi, on n’était pas pressés. On se disait qu’un jour ou l’autre, on se la taperait… »

Une moue pleurarde abaissa les coins de sa bouche.

« En fait, ce que je me suis tapé, c’est deux ans de taule. Et pendant ces deux ans, c’est moi qui me suis fait enculer tous les jours dans les douches par ces salauds de nègres… Il n’y pas de justice, Jack, je le dis toujours !

— Mais on est dehors, maintenant, c’est fini tout ça… Et c’est notre tour d’enculer ces salopes !

— T’as raison, Jack, assez pleuré ! Allons lui faire sa fête ! »

Comme ils sortaient de la Pontiac, une bourrasque souleva le feuillage des arbres, dans le jardin, et la pluie tambourina sur le capot. Le grand Jack enfila comme une cagoule son hideux masque de plastique vert, qui représentait un martien, et poussa sans bruit le portail du jardin. Ptit Jack s’apprêtait à enfiler son propre masque, quand son long nez de fouine eut un frémissement. Il se retourna et flaira longuement l’air de la nuit.

« Tu ne trouves que ça sent une drôle d’odeur ? Parole, Jack… ça pue la merde… la voiture pue la merde, Jack… Et nous deux aussi (il se flaira les bras), on schlingue.

— Moi, j’ai pas d’odorat, déclara flegmatiquement Grand Jack. Les odeurs de merde, ça me gêne pas… Tout ce que je sens, et ça vient de là-bas (il montra la maison, au fond du jardin), c’est une délicieuse odeur de cul. Où qu’il a dit qu’elle était, cette échelle, ton cousin ?

— Derrière la maison », répondit le petit, en enfilant son masque à son tour.

Il courut sur ses petites jambes torses pour rattraper l’autre qui s’éloignait à grands pas.

« Attends-moi, quoi », geignit-il de sa voix nasillarde.

Les deux hommes contournèrent la maison et se mirent à chercher l’échelle dans l’herbe haute. Elle était bien où Luke avait dit. Le bois était tout mouillé par la pluie.

« Faudrait pas qu’on glisse, plaisanta Grand Jack en relevant l’échelle.

Il l’appuya contre l’échafaudage.

— C’est pas le moment de se casser une jambe. »

Superstitieux, Ptit Jack, fit le signe de croix. C’était un catholique irlandais. Après chaque viol, il allait se confesser. Grand Jack prétendait que c’était à cause de ça qu’ils avaient été pris… Un prêtre avait dû les dénoncer.

« Tu crois qu’elle dort ? s’inquiéta Ptit Jack. C’est pas parce qu’elle a éteint qu’elle dort. Elle est peut-être en train de se branler. À cet âge, les filles n’arrêtent pas de se branler…

— Si elle se branle, on lui donnera un coup de main. Allons-y. J’ai pas envie de m’enrhumer. »

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