La Pharmacienne

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ESPARBEC

La MusardineLectures amoureuses


MILFtabouvieux et jeune


Broché / 288 pages


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Résumé

La Pharmacienne est un roman pornographique « pur et dur », où les métaphores sont bannies, les adjectifs concrets, et les descriptions méticuleuses sans être délayées. En outre, un humour noir assez décapant ne gâte rien à l’affaire. Les tribulations de Bébé, Laura Desjardins, Beau P’ et son cousin Ernest constituent un vaudeville d’un genre nouveau, lubrique et facétieux. Gageons que sa lecture en surprendra plus d’un qui avait, sur ce type de littérature, des préjugés que l’actuelle liberté d’écriture a rendu désuets. Le roman est suivi d’une postface d’Esparbec sur la pornographie. Romancier prolifique, Esparbec refuse avec horreur d’être considéré comme un auteur érotique; il se définit comme « pornographe à part entière ». Après avoir écrit près d’une centaine « de bouquins de cul », il a publié en 1998 à la Musardine son premier « vrai roman », un récit autobiographique : Le Pornographe et ses modèles. La Pharmacienne appartient à sa première veine.

 
« Le dernier des pornographes »
Jean-Jacques Pauvert (Anthologie historique des lectures érotiques) à propos du Pornographe et ses modèles
« Esparbec a le plus grand respect de son public qu’il crédite, à juste titre à mon humble avis, du plus haut degré de culture. Pas de partouze qui ne comporte une allusion à Hegel, et s’il est question d’un président des États-Unis, c’est au moins Abraham Lincoln. Mais voici que le polygraphe salace et caustique signe un vrai livre…»
François Georges (Le Nouvel Observateur)
« Pendant près de vingt ans, cet écrivain prolifique a puisé son inspiration dans sa vie sexuelle. Il clôt cette période avec une fascinante autobiographie, et prend la défense d’un genre littéraire mal vu et surtout mal connu, la pornographie. »
Julie Brown (Elle)

Débuter la lecture

CHAPITRE PREMIER – Bébé suce son cousin

Par la suite, Bébé allait souvent se repasser toute la scène, comme un film. Elle, Bébé, à genoux dans la cuisine, avec la grosse pine toute raide de son cousin Jérôme enfoncée dans la bouche, en train de sentir ce tremblement profond du garçon qui annonçait l’imminence de l’éjaculation. Lui, Jérôme, qu’elle regardait d’en bas, avec cet air stupide que prennent les garçons quand ils sont sur le point de jouir : les yeux hors de la tête, la bouche ouverte. Et voilà que juste à l’instant où le sperme giclait, lui fouettant le palais, elle entend grincer la porte. Cela ne pouvait pas être son frère, car elle savait qu’il faisait le guet dans le jardin. Ses poils se hérissèrent sur ses avant-bras. Mais il était trop tard pour qu’elle se recule.

Son idiot de cousin n’avait rien vu, rien entendu. Tel un pantin ridicule, il était agité par les spasmes du plaisir, à chaque giclée de son sperme. Mais elle, Bertrande, elle pouvait voir… et elle voyait ! Derrière Jérôme, Beau-P’, son beau-père, le second mari de sa conne de mère, planté sur le seuil de la cuisine, immobile, ahuri, qui la regardait fixement ! « Bon Dieu, eut-elle le temps de penser en avalant une dernière giclée, j’ai eu une riche idée de sucer cet imbécile ! Ah, j’peux dire que j’ai décroché le pompon ! »

C’était comme si le temps s’était arrêté ! Et voilà qu’au lieu de pousser les hauts cris, comme elle s’y serait attendue, et d’ameuter sa mère qui ne devait pas être loin, Beau-P’ se mit à sourire. Froidement. Méchamment. Et qu’elle sentit son sang se glacer dans ses veines.

Une heure plus tôt, elle était dans sa chambre, devant son bouquin de maths. Dès qu’elle avait entendu arriver Jérôme, elle s’était doutée de ce qui l’amenait. Est-ce que ce n’était pas toujours la même chose quand ses cousins, ou les copains de son frère, la savaient seule à la maison, et que ni sa mère ni son beau-père ne pourraient les déranger ?

Cela n’avait pas raté. Il n’y avait pas dix minutes que Jérôme était dans la chambre de Bertrand que les garçons venaient frapper à sa porte. Ils étaient entrés sans attendre qu’elle le leur permette. Et comme chaque fois, avant que « ça » commence, ils s’étaient mis à ricaner bêtement en se poussant du coude.

— Qu’est-ce que vous voulez, encore ? Bertrand, fichez le camp. Il faut que je révise ma compo de maths ! Allez-vous en. Emmène cet imbécile de Jérôme dans ta chambre, et laissez-moi travailler !

— Oh, quoi, avait répliqué son frère, t’as bien deux minutes. C’est Jérôme qui…

— Non, c’est pas vrai ! avait protesté Jérôme. C’est ton frère qui m’a proposé…

— L’écoute pas !

Toujours les mêmes conneries ! Ils avaient pouffé comme des bossus, les joues rouges, les yeux luisants. Comme si c’était difficile de deviner ce qu’ils voulaient !

— Il voudrait que tu le suces un peu, quoi, avait réussi à articuler son frère, sois chic, Bébé. Et moi j’vous regarderai. J’aime bien te regarder quand tu suces mes copains !

— Ah non, fichez-moi la paix ! s’était écriée Bébé. Vous ne pensez qu’à ça ! Et d’ailleurs, on n’a pas l’temps. Maman va revenir d’un instant à l’autre avec Beau-P’. Allez-vous en tous les deux !

— Allez, quoi, rien qu’un peu, avait insisté Bertrand.

— Juste que le bout ! avait pouffé leur cousin.

Et les voilà repartis à se tordre stupidement ; ils en avaient les larmes aux yeux. Qu’est-ce qu’ils peuvent être cons, les garçons, à cet âge ! Ensemble, ils avaient déboutonné leurs pantalons et s’étaient cambrés pour bien lui montrer leurs pines raides. Bébé avait frappé du pied, sous son bureau, en faisant la moue.

— Non, je ne veux pas, rentrez ça ! Vous m’ennuyez, à la fin, j’suis pas à vot’disposition !

— Regarde ces grosses couilles poilues qu’il a, Jérôme, t’as pas envie de les faire sauter dans ta main en le suçant ?

Jérôme les avait sorties pour bien les montrer à sa cousine. Ils sentaient bien qu’elle commençait à fléchir. Quand elle prenait sa voix plaintive, un peu pleurarde, c’est qu’elle allait finir par accepter. Ils la connaissaient bien, ces salauds, depuis le temps qu’ils se faisaient sucer par elle !

— Fais sortir ton gland, Jérôme, tu sais bien que c’est c’qu’elle préfère !

Le premier, Bertrand avait tiré sur la peau de son prépuce pour découvrir la muqueuse rose de son petit gland en forme d’olive ; Jérôme avait fait comme lui, dénudant un gros pruneau aplati, de couleur mauve.

— Vous êtes dégoûtants ! avait geint Bébé. Je vous déteste ! Vous n’êtes que deux sales types ! Et d’ailleurs, j’ai pas envie ! Je veux le faire que quand j’en ai envie ! Alors, fichez-moi la paix et allez-vous en !

— Ecoute, avait transigé Bertrand, si t’as peur de maman, je veux bien faire le guet dans le jardin. Comme ça tu pourras le sucer tranquillement, et quand tu auras fini avec lui, c’est lui qui ira faire le guet, et tu me suceras à mon tour.

— Et si maman arrive pendant que… comment qu’on saura si…

Toute rouge, elle n’avait pas poursuivi. La sentant mûre, Jérôme était venu contre la table et lui avait mis sous le nez, au-dessus du livre de maths, sa grosse pine raide au prépuce retroussé. Elle avait senti l’odeur fade du gland. Il était tellement excité qu’il avait déjà une goutte brillante au bord du petit trou rouge, à la pointe.

— Eh bien. Y’a qu’à descendre dans la cuisine, avait suggéré Bertrand, jamais à court d’idées quand il s’agissait de cul. Si j’entends arriver la voiture, je viens vous prévenir, et Jérôme pourra rentrer chez lui en passant par la haie.

Elle savait que c’était faisable. La 2 CV de sa mère faisait assez de boucan, on l’entendait de loin. Du temps qu’elle se gare, Jérôme, qui habitait dans la maison voisine, pourrait filer chez lui sans être vu en passant par la fenêtre de la cuisine qui donnait sur l’arrière de la maison.

Comprenant qu’ils ne la laisseraient pas en paix, et bien qu’elle eût comme un mauvais pressentiment, Bébé avait fini par se laisser convaincre.

Les garçons étaient descendus les premiers ; quand elle était arrivée à la cuisine, Bertrand était déjà dans le jardin, en train de guetter l’arrivée de la 2 CV. Jérôme, installé devant la table, faisait semblant de lire un vieux Paris Match que Beau-P’ avait oublié là. Il était toujours beaucoup plus timide, Jérôme, quand il était seul avec elle que quand il y avait un autre garçon pour fanfaronner avec lui.

Elle lui avait mis la main sur l’épaule, et elle avait fait mine de regarder le journal. Son cœur battait très fort et elle se sentait toute molle, comme toujours avant de commencer. Lui, elle pouvait voir à sa rougeur qu’il n’était pas plus à l’aise qu’elle.

— C’est intéressant, ce que tu lis ?

— Bof… un article sur Madonna, t’as vu… y’a sa photo…

— Ah ouais… c’est marrant… Beau-P’ l’aime beaucoup Madonna, moi, j’la trouve vulgaire avec ses cheveux décolorés… j’trouve qu’elle fait pute. Et toi, Jérôme ? Tu trouves pas qu’elle fait pute, Madonna ?

Elle avait senti la main de Jérôme se poser sur son mollet. Alors elle s’était penchée par-dessus l’épaule du garçon, comme pour lire l’article en question. La main remontait doucement. Elle faisait semblant de ne pas le remarquer. Voici qu’elle arrivait sur sa cuisse. Encouragé par sa passivité, Jérôme, malgré sa timidité, l’avait caressée plus haut, se rapprochant insidieusement de la chaleur moite de l’entrecuisse. Il avait la gorge serrée. Et tout à coup les poils lui avaient chatouillé le dos de la main. Ses doigts étaient tout en haut maintenant, à l’endroit où la peau est si douce, si chaude, si moite, là où la chair se fend, dans la toison, sur cette bouche humide et chaude que les filles cachent au plus secret de leurs corps. Sa cousine tremblait. Il avait laissé remonter sa main et son cœur s’était emballé quand il avait constaté qu’elle n’avait pas de culotte.

— Oh bon Dieu, tu l’as retirée ! avait-il chuchoté.

Il avait pris une fesse dans sa main, l’avait caressée, palpée. Bébé se laissait toucher sans réagir. Elle se sentait toute frémissante, comme chaque fois qu’on lui touchait le cul. Elle respirait à peine.

— Oh bon Dieu, avait répété Jérôme.

— Quoi ? avait répondu Bébé. Tu disais ?

Il avait glissé ses doigts repliés entre les fesses moites pour toucher la petite rondelle ridée de l’anus, les avait insinués en dessous, et s’était voluptueusement enfoncé dans le chaud et le gluant de la fente. Bon dieu, comme elle s’écartait bien, les autres filles faisaient toujours des histoires, quand on leur fourrait le doigt là, pas Bébé ; elle s’ouvrait, au contraire, et toute sa chair sortait, humide et brûlante.

— Tu sens ? hoquetait Jérôme, les yeux fixés sur la photo de Madonna. Je te touche le… le bouton… et le… le…

— Ta gueule.

Elle lui avait mis la main sur la bouche. Ses doigts allaient et venaient dans le sillon gluant et elle s’était mise à trembler de tout son corps ; ce n’était pas qu’il la branlait bien, mais dès qu’on lui mettait le doigt dans la fente ou qu’on la tripotait entre les fesses, ça venait ! Elle ne pouvait pas se retenir. Elle respira un grand coup. Et brusquement, elle s’était reprise, elle avait réussi à se reculer.

— Ah non, c’est pas ce qu’on avait dit !

Elle savait que s’il l’excitait trop, elle ne pourrait pas l’empêcher de faire tout ce qu’il voudrait, et elle ne voulait pas qu’il l’encule comme la veille. Elle se dégoûtait trop après, parce que les garçons se moquaient toujours d’elle ; ça la faisait tellement jouir, quand ils lui enfonçaient leur pine dans le derrière, qu’elle criait comme une idiote. Et ça les faisait rire, ces sales cons. Il n’y avait qu’avec son frère que ça ne la dégoûtait pas. Ils étaient jumeaux, Bertrand et elle ; quand il l’enculait, c’était comme si elle se le faisait elle-même, ce n’était pas pareil.

Soulagée d’avoir pu se soustraire aux doigts de son cousin, elle avait eu envie de rire en voyant son air déconfit.

— Bon. Fini de déconner, faut que je remonte réviser mes maths.

— Oh, non, j’t’en prie. Regarde…

Pour la tenter, il lui avait montré son gros sexe tout raide, avec le gland sorti qui luisait.

— D’accord, mais juste que sucer, hein ? Rien d’autre !

En soupirant, agenouillée devant lui, elle avait donné un coup de langue au pruneau rouge. Aussitôt, la sale gourmandise s’éveilla dans ses entrailles. Bon Dieu, ce qu’elle aimait ça. Elle devait être anormale pour aimer autant sucer les garçons. Les autres filles n’étaient pas comme elle. Elle était déjà toute mouillée entre les cuisses, elle avait chaud partout. Un deuxième coup de langue. Ils entendaient Bertrand qui sifflotait dans le jardin.

— Tu pourrais te laver, dégoûtant, elle pue le fromage, ta pine ! Viens ici…

Elle l’avait pris par la queue pour le conduire devant l’évier. Elle aimait bien faire durer les choses, avoir des prétextes pour la leur toucher plus longtemps. Elle avait laissé couler de l’eau froide sur le gland, puis avait pris un morceau de savon de Marseille et fait de la mousse entre ses doigts. Avec cette mousse, elle avait savonné le gland de son cousin. Elle le sentait frémir sous ses attouchements.

Il ne perdait pas le nord pour autant. Alors qu’elle était en train de le bichonner, il lui soulevait sa robe et se penchait en arrière pour lui lorgner le cul. Elle fit semblant de ne rien remarquer. Du coup, il lui mit un doigt entre les fesses.

— Mais qu’est-ce que tu fais, reste tranquille, comment veux-tu que j’te lave, si tu bouges sans arrêt. Jérôme, enlève ton doigt de là, dégoûtant…

— Rien que le doigt, laisse-moi te mettre le doigt…

— Qu’est-ce que tu peux être chiant !

Il sait bien ce que ça veut dire, quand elle prend ce ton geignard. Vite, avant qu’elle ne change à nouveau d’idée, comme tout à l’heure, il s’accroupit derrière elle. Elle pose les mains sur le bord de l’évier. Il lui écarte les fesses. Elle sent ses doigts qui la touchent. Ils écartent les poils, puis l’un d’eux commence à entrer dans son derrière. Elle retient son souffle. Oh, comme elle aime ça, cette impression de salissure, quand le doigt entre tout entier. Elle entendit le garçon soupirer.

— Jérôme, chuchota-t-elle, ça te plaît de faire ce qu’on fait, hein ? Ça te plaît de mettre ton doigt dans mon derrière, pas vrai ?

— Oui… j’aime beaucoup ça… et toi ?

— Moi aussi. On est dégoûtants, hein ? Si maman savait qu’on fait des cochonneries pareilles, elle qui me prend pour une sainte !

Il faisait tourner son doigt pour le lui enfoncer, et, de l’autre main, lui taquinait le clito. Elle était gluante, brûlante. Et subitement, elle eut une secousse profonde qui la fit crier à voix basse. Elle avait joui ! Mais pas complètement. Elle avait joui, mais elle était encore excitée. Elle se sentait toute fébrile, comme si elle couvait une grippe.

— J’vais te sucer, maintenant, avait-elle proposé d’une voix encore tout enrouée par le plaisir, et après j’irai réviser mes maths.

— Laisse-moi plutôt te la mettre derrière, l’avait suppliée Jérôme. J’te ferai pas mal, j’promets. J’t’en prie, Bébé ! Je te rentrerai rien que le bout…

— Non, tu m’as déjà dit ça hier, et tu me l’as toute mise, et après j’ai eu mal au cul toute la journée. Ton truc est plus gros que celui de mon frère.

Elle avait beau être excitée, elle n’avait pas cédé. Vite, elle s’était accroupie devant lui. Le gland sentait le savon. Elle le prit en bouche et le suça goulûment.

— Oh, Bébé, Bébé ! gémit Jérôme. Laisse-moi t’la mettre derrière. J’ferai doucement, j’te promets. Rien que le bout…

Mais elle avait tenu bon et l’avait sucé jusqu’à ce qu’il ne puisse plus résister.

— Bébé ! Oh, Bébé, sanglotait Jérôme.

Et voilà que juste quand le sperme commence à gicler, apparaît son beau-père ! Jérôme n’a rien vu. La porte est derrière lui. Long silence. Puis sourire mielleux de Beau-P’.

— Bravo, fait-il. J’vois qu’on s’ennuie pas. C’est ta mère qui va être contente, Bébé, quand elle saura comment tu révises tes maths !

— Oh, lui dis pas, j’t’en supplie, Beau-P’ ! C’est lui qui m’a forcée ! Beau-P’, le dis pas à maman !

Elle court cracher le sperme dans l’évier. Elle ouvre ensuite le robinet, sous les yeux narquois et méchants du mari de sa mère. Comme il a l’air content, le salaud ! Pourvu qu’il dise rien à maman ! Et pourquoi Bertrand ne les a-t-il pas prévenus ? Comment se fait-il qu’ils n’ont pas entendu la 2 CV ?

— Grouille-toi de sortir par-derrière, petit connard, dit Beau-P’ à Jérôme, livide de trouille.

Ni une ni deux, le cousin se jette dans le couloir.

Beau-P’ et Bébé sont face à face. Bébé, toute rouge, baisse la tête. Beau-P’ fait son drôle de sourire ; ça dure comme ça une éternité. Enfin, voilà qu’on entend le teuf-teuf de la 2 CV. Puis les voix de la pharmacienne et celle de Bertrand, dans le jardin. Pourquoi Beau-P’ se tait-il toujours ?

Et tout à coup Bébé voit un homme sur le seuil. Il est arrivé sans faire de bruit. On dirait qu’il vient de sortir du plancher. Il est mince, efflanqué même, et très pâle, d’une pâleur malsaine, comme quelqu’un qui n’a pas vu la lumière du jour depuis longtemps. Lui aussi, comme Beau-P’, observe silencieusement la jeune fille. Il y a une sorte de convoitise ardente dans ses yeux jaunes.

Qui est-ce ? Est-il là depuis longtemps ? L’a-t-il vue sucer Jérôme ? Bébé voudrait rentrer sous terre.

— Ernest, dit Beau-P’, j’te présente Bébé, la fille de ma femme. Bébé, c’est Ernest, mon cousin. Il vient de sortir de prison. Il va dormir chez nous pour cette nuit ; demain, ta mère l’accompagnera chez ta cousine d’Agen, celle dont le mari est avocat. Il s’occupe de réinsertion sociale. Il a promis de trouver un boulot à Ernest dans la région.

— Enchanté, Mademoiselle, dit poliment Ernest. Excusez pour le dérangement.

Il effleure son front du bout des doigts pour la saluer. Un pâle sourire déforme ses lèvres.

— C’est pas facile de trouver du travail, quand on a un casier ! explique-t-il. C’est sympa de la part de Madame vot’maman de s’en occuper.

— C’est normal, dit Beau-P’. T’es mon cousin. Entre parents, faut s’entraider !

Rassurée, Bébé comprend que le nouveau venu n’a rien vu. Beau-P’ et lui ont dû arriver les premiers, dans un taxi, ou une autre voiture. C’est pour ça que Bertrand n’a pu la prévenir. Sa mère devait les suivre à distance, dans la 2 CV. Elle se traîne comme une limace, cette vieille guimbarde.

— Beau-P’, supplie Bébé, à voix basse, pour ne pas être entendue du nouveau venu, et elle tire le mari de sa mère par la manche. Tu diras rien, hein ? C’est promis ?

— J’vais y réfléchir, dit Beau-P’. Nous reparlerons de tout ça plus tard… Pour le moment, faut qu’on s’occupe d’Ernest.

Il lui caresse la joue et elle frémit de tout son corps. Cette réaction de refus n’a pas échappé à son beau-père.

— Tu ne perds rien pour attendre, lui susurre-t-il, juste avant que son épouse n’entre dans la cuisine, poussant devant elle un caddie chargé à ras bord de surgelés.

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