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Résumé

Le bordel, cet obscur objet du désir féminin. La plupart des femmes se contentent d’en rêver, Gwendoline a osé pousser la porte. À vingt ans, cette fille de bonne famille choisit de devenir une des poupées de Mme Olympe. En prêtant son corps à toutes les fantaisies des « amateurs », elle va découvrir que la féminité bien cultivée peut mener plus loin que les meilleurs diplômes. Mais la vraie perversité n’est pas toujours là où on l’attend…

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Chapitre premier

— Tu tiens tant que ça à rester ? murmure Lina avec un regard dégoûté à l’empilement poudreux de meubles, tapis et tableaux qui ceinturent en les assombrissant les murs de l’hôtel des ventes de La Rochelle. Se taper sept cents bornes pour débouler dans une succursale d’Emmaüs ! Je ne te cache pas que j’attendais mieux des greniers provinciaux.

Elle exagère. Il n’y a pas beaucoup plus de quatre cents kilomètres entre Paris et le port de Charente-Maritime aux environs duquel, il y a dix ans, j’étrennais un poste d’éducatrice pour enfants sourds-muets dans un établissement géré par la Ddass.

— De quoi te plains-tu ? Tu adores faire de la route et la gamelle du petit resto d’initiés ne t’a pas laissée de bois.

— Ce que je vais payer par une semaine de régime. O.K ! Cela dit, je ne vois pas ce que nous fichons ici. Cette affreuse statue, Cupidon, non ? tu l’imagines en compagnie des danseuses de Degas si chères à Philippe ?

— Chères et chères ! Rassure-toi, je ne viens pas en collectionneuse.

— Alors quoi ? Qu’est-ce que tu cherches ?

Un souvenir.

L’espoir de mettre la main sur un fragment de passé m’avait conduite – chignon lâche, jean et veste Chanel vintage – dans cette salle où une rumeur composite de conversations et de raclements de pieds et de chaises, évoquait la salle de spectacle autant que l’église avant la grand-messe.

La virée en voiture – découverte en dépit du printemps frisquet – le repas suivi d’une ballade sur le port n’avaient été que des prétextes afin de décider Lina à m’accompagner.

Une femme seule attire l’attention. Si elle est blonde et plutôt jolie, c’est pire encore !

Certes le temps avait coulé. La trentenaire façonnée par un époux exigeant n’offrait qu’une vague ressemblance avec la jeune fille d’autrefois, mais je ne voulais prendre aucun risque.

Après un passage en revue de la demi-douzaine de copines avec qui je partage tout sauf l’essentiel, mon choix s’était fixé sur Lina.

Une gouaille sexy, des seins qui ne craignent ni la neige ni la pluie (« Si vous en avez, montrez-les ! ») faisaient d’elle le paratonnerre idéal.

Cyniquement, j’en attendais une figuration intelligente – mais pas trop. Une plus fine mouche, Gloria par exemple, aurait été capable de braquer un coup de projecteur indiscret sur une partie de ma vie qui doit rester dans l’ombre.

L’ambition a développé chez elle un flair de chien surdoué.

Surnommée « Royal Canin » par quelques rieurs, ma collègue en relations publiques a le goût des fiches et l’oreille du patron. En dépit de l’amitié qu’elle me témoigne depuis qu’elle a découvert que je partage la vie d’une personnalité, j’ai préféré ne pas tenter le diable.

A l’inverse Lina, dont l’unique ambition est de mettre un maximum de beaux mecs dans son lit, est une partenaire de tout repos. Ma jeune amie ne jalouse ni mon physique ni mon époux ni mon appartement – pas même le coupé Mercedes que je lui laisse conduire à l’occasion.

Pauvre Gloria, tourmentée par l’aigreur des laissés pour compte ! A trente-cinq ans, sa crainte la plus vive est de finir abandonnée comme une vieille chienne dans un refuge de la SPA.

— Tu n’as jamais envisagé de faire opérer ton nez ? ai-je questionné quelques semaines après mon engagement dans l’agence où elle occupe un poste supérieur au mien.

Que n’avais-je pas dit là ! Le cou gonflé d’une colère contenue, elle a armé un doigt dans ma direction.

— Désolée, mais je ne porte pas ma cervelle dans mon soutien-gorge. Je refuse de croire que les hommes ne s’intéressent qu’aux poupées Barbie. L’intelligence, l’élégance, la culture, c’est que dalle selon toi ?

Elle me fait rire avec son élégance ! Ce sont les femmes – à la rigueur les gays – qui bavent devant les fringues. Les hommes (je sais de quoi je parle) s’intéressent plus à la chair qu’à la robe. Quant à la culture…

Dans les lointains du souvenir, une voix qui n’était plus jeune mais conservait tout son sel a prononcé : « Mon petit, n’oubliez jamais ceci. La plupart des hommes – même s’ils prétendent le contraire – n’apprécient pas les femmes savantes. Vous avez des Lettres, je vous en félicite, mais révisez votre Molière et mettez votre culture sous le boisseau. L’intelligence consiste souvent à faire la sotte, donner la bonne réplique au bon moment, se taire et écouter ; intelligemment, cela va de soi. »

Naturellement, j’ai gardé pour moi ces réminiscences. A quoi bon argumenter avec une femme qui s’entête à souffrir ? Le visage de Gloria n’est pas absolument hideux. Un chirurgien compétent pourrait le rendre agréable. Encore faudrait-il que sa propriétaire accepte d’infliger au tarin qui le défigure la correction qu’il mérite. D’une voix aigre, elle a craché :

— Figure-toi que tout le monde n’a pas ta façon de voir… ni de faire !

— Sois plus claire.

— Tu as très bien compris. Tu te sers de tes charmes pour arriver.

Ce jour-là, je lui avais soufflé un gros client, ses nerfs lui faisaient faux-bond. L’intervention en gros sabots de notre PDG n’avait pas contribué à la détendre.

— Pas mal pour une nana qui n’est dans le business que depuis trois mois. Ça vaut un déjeuner. En route, ma beauté !

A mon retour, oscillant entre rancœur et considération, elle avait marmonné qu’elle ne pigeait pas comment je m’y prenais pour mettre les mecs dans ma poche.

Vaste sujet ! Sur lequel Olympe aurait pu lui fournir des renseignements précieux.

Mais mon éducatrice en féminité n’est plus. Même si elle exerçait encore son activité, je doute que l’idée vienne à Gloria de pousser la porte d’une de ces maisons qu’on croit fermées et qui ne sont que closes.

 

Bousculée par une dondon en nage sous un vison, je me raccroche au bras de Lina.

— Bienvenue à Merdouille City !

Ses yeux écarquillés quémandent une explication, mais je ne dirai rien de ma rêverie. Rien non plus de la nostalgie qui m’étreint à la vue des bibelots exposés sur les tréteaux drapés de toile bise.

Cupidon, que les brocanteurs renversent à la recherche d’une improbable signature, a la tristesse d’une personne déplacée. Les gravures « galantes » suscitent de gros rires. Et que dire des cendriers ornés de scènes graveleuses, des carafes pelliculées de sombre, des cache-pot fêlés, pathétiques dans le jour qui les dénude !

— Mesdames, messieurs, veuillez rejoindre vos places, nous allons procéder à la vente du mobilier, bibelots et objets divers provenant de la succession de madame Olympe Penautier. Conformément aux vœux de la défunte, cette vente à lieu au profit de la SPA. Je vous rappelle que l’adjudication se fait au…

La suite se perd dans le grondement d’un train, l’épaisse clarté cuivrée contenue sous la verrière d’une gare de moyenne importance : La Rochelle !

Etonnée par la précision des images, je regarde une jeune fille courir au long d’un quai où stationne un train de marchandises toutes portes béantes.

Les valises remorquées à bout de bras battent ses jambes indistinctes sous un jean aussi informe que le T-shirt à trois balles qui descend sous ses fesses.

A la vue du train qui doit la conduire à F., la petite ville de bord de mer où l’attend son premier emploi, elle lâche un soupir.

Un jeune homme l’aide à hisser ses valises. Il était temps ! Sous leur glacis de crasse, six wagons trépident, impatients de s’élancer dans un paysage aux lignes douces baignées dans le bleu d’une fin d’après-midi d’été.

 

Quarante-cinq minutes plus tard, je foulais le quai de la minuscule gare de F. avec l’impression de sortir d’une essoreuse.

Un homme à casquette de marin pêcheur a insisté pour porter mes bagages jusqu’à l’esplanade qui servait de parking. Dans l’ombre d’un platane, une fille d’une trentaine d’années fumait, appuyée à la portière d’une Fiat Uno.

— Salut ! Je suppose que tu es Gwendoline ?

«  Bon voyage ? a-t-elle ajouté en s’emparant d’une des valises. Moi, c’est Cristelle. »

Madame Courson, la directrice sous les ordres de qui j’allais travailler, lui avait demandé de m’accueillir.

— Par quoi tu veux commencer ? La visite du château où la Ddass est installée ? Ton appart’ ?

Je préférais, et de beaucoup, commencer par l’endroit où j’allais vivre. Loué sur la foi de photos pas très nettes, mon futur logis était un sujet d’inquiétudes. Pour la première fois, j’allais devoir me débrouiller sans l’aide de maman. L’idée d’emménager dans des peintures décrépites, des sanitaires douteux, me donnait des frissons.

Boulevard de l’Océan, en fait une simple rue qui longeait la grève, la place ne manquait pas pour se garer.

Au fond d’un jardin étroit, la façade grise d’une maison à un étage s’égayait de volets verts, de rosiers grimpants que le vent achevait de défleurir.

Une serrure d’un modèle ancien, deux verrous pas plus compliqués, et nous étions dans la place, accueillies par les relents d’humidité, de sable et de sel, caractéristiques des maisons de bord mer. Il s’y mêlait une odeur d’encaustique que j’ai respirée avec satisfaction.

— C’est pas mal, a lâché Cristelle une fois les volets repoussés. Chez moi, c’est moderne, mais je n’ai que quarante mètres carrés.

Sa fine silhouette se découpait en noir sur le flamboiement de cinq heures. D’un hochement de tête, elle a salué le mobilier vieillot, les doubles rideaux brûlés de soleil, les bibelots touchants à force de ridicule.

Il n’y avait rien de neuf dans cette maison, mais tout y était propre, astiqué, pimpant. Ouf !

 

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