La Vertu des entraves

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RIFFAUD François

Media 1000Simples murmures


BDSM


128 pages


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Résumé

Retrouvez chaque mois la réédition d’un volume de la collection Simples Murmures, dirigée à l’époque par le célèbre Robert Mérodack. Des textes licencieux, sadomasochistes, où tous les tabous sont mis aux oubliettes, ainsi que les victimes de maîtres aux mille perversions… Totalement introuvable ailleurs qu’en format numérique, aux éditions Média 1000 !

La Vertu des entraves, un classique de la pornographie SM signé François Riffaud !

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1

— Mais non, les hommes ne me font pas peur! Vous voulez rire! J’ai gagné plusieurs rallyes automobiles, j’ai escaladé les sommets les plus dangereux, et vous voudriez que j’aie peur de vous… Cela n’a aucun sens!

— Je rends hommage à votre courage: n’en doutez pas. Mais alors, puisque vous êtes si robuste et si bien entraînée, accepteriez-vous un défi sans risques?

— Je suis prête à relever n’importe quel défi humain qui ne consiste pas à s’allonger passivement dans un lit pour attendre qu’un homme me manipule comme une poupée gonflable! Mais je doute que vous sachiez me considérer autrement.

— Eh bien, je vous propose un pari: que vous et votre chère coéquipière acceptiez de passer trois jours complets chez moi… Le week-end prochain, par exemple…

— Pour que vous nous droguiez! Je connais l’histoire… C’est exclu! La seule chose que vous attendez de nous, Gaëtan, c’est la jouissance de notre corps. Il nous appartient, savez-vous? Et nous n’avons aucune intention de le souiller pour votre égoïste satisfaction sexuelle…

— Vous voyez, vous êtes remplie de préjugés et de crainte. Vous ne me laissez même pas parler… Non, il ne s’agit pas de cela. Je vous propose de passer trois jours chez moi, étant entendu que je m’engage à ne pas vous toucher, ni à utiliser la force brutale contre vous. Je compte simplement vous imposer certaines épreuves physiques qu’une sportive aussi émérite que vous accomplira sans la moindre gêne, j’en suis sûr! Et je suggère que nous discutions dès maintenant des garanties précises qui nous permettraient de respecter notre part du contrat. Qu’en pensez-vous?

— Si nous refusons, vous allez encore dire que nous avons peur des hommes…

— Ce serait, effectivement, une nouvelle preuve…

— Mais à supposer que nous acceptions, qu’est-ce qui nous assurera que vous n’utiliserez pas quelque vicieux subterfuge pour abuser de nous?

— Je vous en donne ma parole, mais je crains que vous ne vous en souciiez guère. Alors, je suggère que vous preniez des mesures précises pour qu’une personne en qui vous avez confiance sache où vous êtes, etc.

— Vous avez parlé d’un pari: qu’aurions-nous à y gagner?

— Je prends note que vous n’envisagez pas de perdre, ce qui montre bien que vous êtes une gagneuse. C’est tout à votre honneur, et j’aime ça! Voici ce que vous y gagneriez: il y a quelques jours, j’ai appris, tout à fait par hasard, que vous n’aviez pas encore trouvé de sponsor pour votre prochaine course transatlantique. Si vous gagnez le pari, je finance votre bateau… Qu’en dites-vous?

— Vous vous croyez vraiment indispensable, n’est-ce pas? Dites-vous bien que, d’ici le départ de la course, nous aurons rencontré au moins une dizaine de sponsors trop heureux de financer notre bateau pour leur seul prestige…

— Eh bien, dans ce cas, n’en parlons plus… Mais j’ignorais que le FLF dispensait si généreusement ses maigres subsides…

— Je ne répondrai pas à vos sarcasmes…

Gaëtan eut du mal à masquer son plaisir. Il était très bien informé de la situation financière de Marie-France et d’Yvette, et il se réjouissait déjà du distrayant week-end qui s’annonçait. Il ne doutait pas qu’elles allaient accepter toutes ses conditions… Les jeunes femmes échangeaient des regards tout en faisant semblant d’observer les gens qui passaient le long de la terrasse.

Gaëtan avait connu Marie-France et Yvette à l’université. Il terminait ses études comme elles entraient en première année, et il se souvenait très bien d’elles, d’abord parce qu’elles étaient assurément les deux plus jolies filles de la fac, mais aussi parce que, dès qu’il avait aimablement cherché à avoir des rapports plus étroits avec Yvette, Marie-France était immédiatement intervenue et l’avait éconduit vertement. Aux yeux de Marie-France, toute relation qui ne concernait pas strictement le travail ou la compétition sportive ne pouvait être qu’un abus sexuel! Et, par ailleurs, elle se faisait un devoir de protéger la délicate Yvette contre l’insupportable harcèlement machiste, lequel commençait, selon elle, dès qu’un homme demandait l’heure ou son chemin…

Après avoir milité pour le FLF, le Front de libération des femmes, et s’être rendues vaguement célèbres par quelques manifestations tapageuses, Marie-France et Yvette avaient fait les manchettes des journaux en remportant une course transatlantique sur le Callisto, un catamaran sponsorisé par la célèbre marque de pâtisseries phalliques.

Elles apparurent aussitôt sur les écrans de télévision dans un film publicitaire. Marie-France était grande, blonde, les cheveux en brosse, bien droite, vêtue d’un costume flou avec une chemise et un nœud papillon. Montant à grandes enjambées sur le pont du bateau vainqueur, elle tendait la gourmandise à Yvette, d’un geste évocateur, en lui criant:

— Tiens bon la barre!

Malgré ses allures viriles et impertinentes, Marie-France arborait un visage féminin, avec des yeux gris-vert largement écartés, un nez à la retroussette et une bouche pleine et passionnée, faite pour le baiser, du moins dans l’esprit de Gaëtan.

Yvette était également très féminine, avec des cheveux d’un roux cuivré, de longueur moyenne, mais coiffés de façon vaguement masculine, avec un visage en forme de cœur, des yeux noisette, un nez grec, une bouche pétulante avec une pulpeuse lèvre supérieure. Autant la silhouette de Marie-France était élancée, autant celle d’Yvette était voluptueuse et délicieusement arrondie à tous les endroits adéquats, en particulier la poitrine et l’arrière-train. Sa voix rauque suggérait le jazz et la nuit chaude…

Gaëtan était maintenant un homme d’affaires comblé, célibataire et sachant profiter de sa situation. Depuis quelques semaines, il fréquentait Danièle, une ravissante divorcée, de deux ans sa cadette, qu’il avait rencontrée lors d’un concert. Danièle ne s’intéressait que très anecdotiquement aux thèses du FLF et de ses séides qui revendiquaient l’égalité avec les hommes et prétendaient en finir à jamais avec la domination du mâle au lit, au travail, dans les lieux publics. En fait, Danièle éprouvait de la nostalgie pour l’époque bénie où la femme pouvait vraiment être l’esclave de l’homme, c’est-à-dire adorée, entretenue, protégée…

— Il n’y aura aucun recours à la violence, reprit Gaëtan d’un ton calme, mais vous devez accepter toutes les deux de vous soumettre à trois jours et trois nuits d’épreuves variées, du genre de celles qu’on appelle bondage. Et mon pari est qu’au bout de ces trois jours, vous me supplierez toutes les deux de vous faire l’amour et de vous laisser faire tout ce que je désire…

— C’est quoi, bondage, Marie-France chérie? murmura Yvette d’une voix enfantine en se rapprochant de son aînée.

S’il en était besoin, ce geste acheva de convaincre Gaëtan de la nature homosexuelle de leur amitié.

— Le bondage, c’est attacher quelqu’un et lui faire prendre des poses ridicules inconfortables; c’est tout, expliqua sèchement Marie-France. Vous prétendez donc, Gaëtan, que vous allez nous attacher toutes les deux dans un tas de positions idiotes et pénibles et vous promettez de ne pas employer la force. Et vous dites qu’après trois jours de ça, nous serons prêtes à aller dans votre lit de notre plein gré?

— C’est à peu près cela, admit Gaëtan en souriant.

— Encore une dernière chose, Monsieur Gaëtan…

Les yeux de Marie-France se plissèrent pour paraître menaçants, mais le jeune homme ne se départit pas de sa sérénité. En fait, il avait plutôt du mal à cacher sa jubilation. Cette petite excitée venait d’accepter son offre d’emblée. Il se demanda si elle était capable de refuser n’importe quel défi, aussi insensé fût-il, qui menacerait de la faire passer pour une «faible femme»…

Si jamais vous essayiez seulement de violer l’une de nous, nous vous attaquerons en justice et nous vous ferons mettre pour longtemps derrière des barreaux! J’y veillerai, croyez-moi. Je donnerai également votre adresse à notre agent afin qu’elle sache où nous serons. Et si jamais nous ne sommes pas revenues chez nous lundi matin, elle filera droit à la police pour vous faire arrêter.

— C’est tout à fait normal. Alors, à jeudi soir.

Gaëtan les regarda toutes deux d’une façon qui les fit rougir d’indignation, puis il se leva, leur fit un signe de tête en guise de salut, et il partit non sans avoir posé sur la table quelques monnaies représentant le prix de sa seule consommation: elles auraient été vexées qu’il payât leurs verres…

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