L’Agence O

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DE LA FORCE Sarah

ContraintesMedia 1000


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Broché / 160 pages


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Résumé

Mauve croyait diriger sa vie. La voici séquestrée à la merci d’un savant fou. Quand a-t-elle perdu pied ? Une amie d’enfance, retrouvée juste au bon moment, l’avait engagée dans son agence de soumises professionnelles. Il fallait bien souffrir un peu, endurer des humiliations, mais tous les hommes sont des salauds, n’est-ce pas, et tant qu’ils ont les moyens et qu’ils payent, pourquoi se plaindre ? Quand l’un de ses clients lui a proposé de devenir sa soumise personnelle, Mauve a accepté, sans imaginer qu’il lui demanderait toujours plus. Était-ce cela l’erreur ? Avoir cru qu’elle pourrait satisfaire son maître ? À moins que le danger ne soit venu des bonnes amies, rivales sans pitié dans le désert affectif des femmes coquettes ? Il est trop tard pour s’interroger. Il ne s’agit plus pour Mauve de diriger sa vie, mais de survivre au piège qui se referme sur elle.

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I

Depuis que j’ai la conviction qu’ils vont me tuer, j’éprouve le besoin de me retourner, de repasser par le chemin qui m’a conduite dans ce cauchemar. Hier, j’ai demandé du papier et des stylos à mes bourreaux, et sans doute parce qu’ils souhaitent que je leur fasse le plus long usage possible, je les ai obtenus.

Ma chambre n’est pas laide, papier peint blanc tapissé de roses pompons un peu délavées, un lit Directoire en acajou, drapé d’une cotonnade assortie au papier, une table en acajou sur laquelle je prends mes repas et qui me sert de bureau, un tapis genre kilim où des taches mal lavées forment des bouquets sombres. Une bergère défoncée, recouverte de soie grise, une petite table de nuit en bois sombre sans style particulier, une lampe de chevet à abat-jour rose, complètent le décor. Sans oublier, bien sûr, l’ampoule nue qui pend au plafond et donne une lumière sinistre, ni les épais barreaux de la fenêtre qui transforment ce qui a dû être une chambre de jeune fille — la fille du professeur Monde ? — en cellule.

Combien de temps s’est écoulé depuis la première expérience ? Je perds un peu la notion des heures. Quand ils m’ont ramenée dans la chambre, j’ai tout de suite sombré dans un sommeil noir et profond comme un puits, et je suis incapable de dire si j’ai dormi, une, deux ou trois nuits. Peu importe d’ailleurs. Depuis qu’ils m’ont jetée dans cette pièce comme un paquet de linge sale, je vis dans une autre dimension, le monde réel est loin derrière ces barreaux.

Il fait beau. Il doit être aux environs de quatre heures. Une belle après-midi de printemps dans le Midi.

Au-delà des barreaux, des feuillages vert foncé s’agitent sur un fond de ciel outremer. Ça sent le pin, le romarin, et la note bourdonnante des cigales finit de donner une impression de plage et de vacances. Saint-Tropez n’est pas loin, je crois. Dire qu’à une centaine de kilomètres, il y a des gens qui se prélassent au soleil, qui se baignent, qui jouent aux boules place des Lys ! Je ne suis jamais allée à Saint-Tropez, mais j’ai souvent vu des reportages à la télé. Eddy Barclay et sa bande, jouant aux boules place des Lys justement, sous les yeux du populaire admiratif. J’ai toujours détesté le populaire. Et la pauvreté. C’est peut-être aussi pour ça que j’en suis là…

***

Je revois comme si c’était hier cette après-midi de novembre. Il me suffit de fermer les yeux pour que le bleu disparaisse et soit remplacé par un ciel gris, opaque et bas, comme il y en a si souvent à Paris en novembre. Même l’odeur tenace des pins s’estompe au profit de celle de la poussière et des gaz d’échappement.

Il faisait doux pour un dix novembre, et j’avais ôté mon imper. Ça faisait bien deux heures que j’étais partie de chez moi et perdue dans mes pensées, mes angoisses, j’étais arrivée sans y penser dans l’île Saint-Louis, sur le quai d’Orléans.

Je suis descendue par un escalier de pierres humides couvertes de moisissures et je me suis assise au bord de la Seine. Je n’étais pas toute seule. Des amoureux, des retraités en promenade, des dragueurs. Naturellement, il y en a un qui est venu m’ennuyer et je suis remontée sur le quai, furieuse, en me disant que je ne pouvais même pas cuver mon chagrin tranquille. C’est là que j’ai entendu mon prénom, appelé d’une voix un peu incertaine d’abord, puis plus forte, enfin, impérative.

— Mauve, Mauve… Mauve !

Je me suis retournée et j’ai plissé les yeux pour voir qui m’appelait. Une grande femme, trop fortement charpentée, à la poitrine lourde sous une tunique noire en jersey de soie. Elle avait un large visage au teint pâle, une petite bouche rouge saignant, et soudain, à cause de la magnifique chevelure rousse qui ondulait sur ses épaules, s’envolait et lui faisait un nuage électrique autour de la tête, je l’ai reconnue.

C’était Roberte Terranove, une fille de vingt-huit ans, comme moi, mais ayant toujours paru plus. Je l’avais connue à l’école Berçot où j’ai fait mes études de styliste.

Elle avait quitté le petit guéridon du café auquel elle était attablée et marchait vers moi. Elle m’a saisie aux épaules, m’a embrassée sur les deux joues, comme si elle était folle de joie de me revoir. Peut-être l’était-elle vraiment, après tout ? Au temps de nos études communes, elle avait été une des rares filles à me témoigner de l’amitié, mais je m’étais toujours sentie un peu mal à l’aise avec elle. Comme si quelque chose d’équivoque se glissait dans ses attentions et ses baisers. Je ne suis pas lesbienne, pas même bisexuelle, et de plus, le physique de Roberte n’avait rien d’attirant.

Elle était grande, mais trop grosse, pas d’une belle rondeur comme les modèles de Renoir, mais d’une chair molle et blafarde. Son visage aurait pu passer pour agréable, elle avait de jolis yeux verts, assez fascinateurs, mais une tache de vin dévorait sa joue droite et la défigurait en partie.

Nous en avions parlé un jour, elle m’avait dit que son enfance et son adolescence avaient été un enfer à cause de cette tache dont aucun traitement n’avait pu venir à bout. Elle s’était longtemps sentie comme une paria avant d’accepter son sort et de tout miser sur une réussite professionnelle éblouissante.

Elle s’était reculée, et nous nous observions comme le font les gens qui ne se sont pas vus depuis plusieurs années. Je notais l’ensemble tunique-pantalon dont je n’avais pas besoin de voir l’étiquette pour savoir qu’il était signé d’Alaia, les bottines en chevreau chaussant des pieds étonnamment fins, le sac assorti, la barrette coûteuse dans les beaux cheveux, la seule beauté de Roberte. À l’évidence, elle avait, comme c’était son intention, réussi sa vie professionnelle et n’avait pas, comme moi, l’air d’une femme en manque d’argent.

En la suivant vers le café, j’ai enfilé mon imper, histoire de dissimuler mon tailleur qui restait de bonne coupe, mais commençait au grand jour à montrer une étoffe lustrée. Pour les chaussures, des escarpins neufs mais bon marché et mal faits, je ne pouvais pas grand-chose, sinon mettre mes pieds en retrait sous ma chaise. C’est une habitude que j’avais prise assez rapidement au moment de ma dégringolade. J’ai de belles jambes, des chevilles et des pieds fins, et j’ai toujours eu une passion pour les belles chaussures. Marcher avec des souliers ordinaires est une des choses qui m’ont été le plus pénible.

— Eh bien, disait Roberte en me regardant, ça, c’est plutôt inattendu. Ça fait combien de temps ? Cinq ans, six ans ?

— Ça fera six ans en juin prochain.

J’avais du mal à prendre un air enjoué et à partager la gaîté de Roberte. Elle m’observait et j’ai su tout de suite que ce n’était pas la peine de lui mentir. Aussi, à sa question : « Alors, qu’est-ce que tu deviens ? », j’ai répondu que j’avais perdu mon job deux ans auparavant, que je ne touchais plus grand-chose des Assédic et que mon mec venait de me planter avec un arriéré de loyer de six mois et quelques factures impayées.

Tandis qu’elle m’écoutait, elle avait remis ses lunettes noires et j’étais un peu désemparée de ne plus voir ses yeux.

— En tout cas, tu es toujours aussi belle.

Elle semblait sincère, et je me suis un peu rassérénée. À l’époque de l’école Berçot, comparée à Roberte qui, en plus de n’être pas très douée, ni aimée des professeurs, possédait un physique ingrat, je faisais figure de star. Était-ce pour ça que je n’avais pas d’amies dans la classe ? Depuis, évidemment, les choses avaient évoluées. Si j’avais tout de suite trouvé un boulot très bien payé, si les mecs m’avaient fait la vie belle, je n’en étais pas moins aujourd’hui une chômeuse, une femme larguée, qui doutait de sa séduction et de ses qualités professionnelles.

Le pire, c’était qu’il avait fallu que j’atteigne dix-huit ans, que je me fasse refaire le nez, pour devenir plus sûre de moi, et je n’avais guère profité du bon temps.

— Ces sales mecs, a murmuré Roberte d’un air rêveur. Tu es très malheureuse ?

J’ai dû avouer que, oui, j’étais très malheureuse. J’étais encore amoureuse de Thomas, et je ne pouvais m’empêcher de lui donner raison d’avoir quitté une femme qui devenait sinistre à force d’angoisse et ne savait plus parler d’autres choses que de ses ennuis.

— Evidemment, c’est une façon de voir les choses, a dit Roberte en pinçant les lèvres. Tu peux aussi te dire qu’au lieu de te laisser choir, il aurait pu te venir en aide.

— Non, de toute façon, je n’y ai jamais cru.

— À quoi ? Au grand amour ?

— Au grand amour, à la réussite, tout ça. Au fond, je me suis toujours dit que ce n’était pas pour moi, que je ne voyais pas pourquoi j’aurais eu un sort meilleur que ma mère qui a passé sa vie à trimer, et qui aurait voulu un garçon.

Roberte a fait glisser ses lunettes sur son nez et m’a regardée par-dessus.

— Je crois que je peux faire quelque chose pour toi, a-t-elle dit lentement.

J’avais remarqué que, lorsqu’elle était émue, sa voix, grave et chaleureuse devenait presque rauque. C’était le cas et je l’ai regardée avec étonnement.

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