LE MASSACRE DU PRINTEMPS

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GUEZ Eric

BrigandineMedia 1000


polar



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Résumé

— Vous savez, Jacky, d’habitude, je suis vénale, avec les messieurs… mais avec vous, je ne sais pas si je pourrai, vous êtes tellement mignon… Vous faites quoi, dans la vie ?

Jacky contempla rêveusement son verre ; il répondit doucement :

— J’assassine…

Le sourire de Lola resta accroché à son visage, comme un tableau pendu de travers à une cimaise.

— Pardon ? articula-t-elle.

— J’assassine, répéta Jacky, en plongeant son regard noisette dans les yeux du travelo.

Lola, un peu désarçonnée, émit un petit rire fêlé, en disant bêtement :

— Ben vous, alors !

Jacky joignit son rire à celui de Lola, et sorti son automatique.

— Amusant, n’est-ce pas ? fit-il en se levant.

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Liz Masoyer bâilla sans retenue, émettant un petit nuage de buée qui se fondit dans le brouillard environnant. Un frisson la secoua, et elle bâilla à nouveau. Un sourire triste erra sur ses lèvres que le froid gerçait; quelle soirée idiote et pénible ! Sa soeur – cette gourde – qui se mariait avec Raymond – ce connard – et qui semblait trouver ça normal et merveilleux… et tellement important q u ’il fallait absolument que Liz assiste à l’événement du siècle, à la mairie, à l’église; et puis au dîner – gigot aux flageolets – et puis encore le gâteau à étages, et le mousseux pas frais… Heureusement, Liz avait pu invoquer l’heure du dernier train pour Paris, qui lui avait permis d ’échapper àl’inévitable soirée dansante qui s’annonçait… – Bande de cons ! proféra Liz, à voix haute. Un renvoi lui tordit l’oesophage; elle digérait toujours très mal les haricots. Et sa famille. Elle songea à sa gosse, qui l’attendait chez elle, à Paris, gardée par une copine, et une vague de tendresse la submergea, balayant les mauvais et récents souvenirs de cette fichue soirée. Le brouillard était de plus en plus épais, et la lumière des lampadaires de la rue Aristide-Briand s’y perdait en nappes jaunâtres et cotonneuses. Avec difficultés, elle lut l’heure à sa montre; minuit moins le quart. Son train s’arrêterait brièvement dans la petite station déserte de Franconville d ’ici dix-huit minutes; elle avait juste le temps et pressa le pas. Elle n ’eut même pas l’occasion de crier; une main gantée de cuir lui écrasa la bouche, un bras ceintura sa taille mince, et elle sentit, tout contre son oreille, une haleine chaude, haletante. Une silhouette surgit devant elle, qui lui arracha son sac à main en grondant à voix basse :

– Un cri, un geste, et je t ’ouvre le bide. L ’éclair glacé d ’une lame jaillit devant les yeux exorbités de la jeune femme; ses genoux fléchirent, mais le second agresseur la soutint fermement. Sans quelle s’en rendit compte, son ventre se relâcha, et l’urine coula le long de ses jambes. Rapidement, l’homme inventoria le contenu du sac; il brandit un billet froissé sous le nez de sa victime. – Cinq raides ! Tu te fous de ma gueule? Je demande pas l’aumône ! Liz gémit sous la paume qui l’étouffait; l’autre ricana. – Tu vas venir avec nous, bien gentiment. Si tu essaies quoi que ce soit, tu sais ce qui t’attend? J’ai qu’une parole. Liz eut l’impression qu’elle allait s’évanouir; encadrée par les deux voyous, le souffle court, elle se laissa entraîner au coeur du brouillard. Ils quittèrent la rue, et l’obscurité se fit plus dense; elle trébucha à plusieurs reprises sur la terre durcie par le gel d ’un terrain vague; ils franchirent une barrière de planches badigeonnées en jaune citron, luisantes d ’une grasse humidité, et elle comprit qu’ils se trouvaient sur le chantier d ’un immeuble en construction. Elle entendit, dans le lointain, le grondement sourd d ’un train; celui de Zéro heure trois, à n ’en pas douter… celui qui devait la ramener à Paris, tout près de son studio de la rue de Rome où sa fille devait dormir; où Claudine allait bientôt s’inquiéter de ne la voir point arriver… Liz reprenait peu à peu ses esprits, passé le choc de la surprise; qui étaient ces deux types? Qu’avaient-ils l’intention de lui faire? Sûrement rien de bon. Sans plus réfléchir, elle se dégagea d ’une brusque bourrade, et partit en courant; une exclamation de colère fusa derrière elle, et les deux hommes se lancèrent à sa poursuite. Elle ne voyait rien, comme environnée de suie; son coeur battait à grands coups, et ses poumons la brûlaient. De tout son élan, elle heurta violemment quelque chose de métallique; un jappement de douleur lui échappa, et elle tomba à platventre, s’écorchant les genoux et les paumes. Des larmes jaillirent de ses yeux. Elle était perdue, et elle le savait. Elle regretta la soirée dansante, les plaisanteries gaillardes de Raymond, les rires mouillés de sa soeur. Une poigne dure se referma sur sa cheville; l’homme grinça : – Je t ’avais prévenue, salope, faudra pas te plaindre !

 

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