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Résumé

Orphelin, Angel est recueilli par sa tante, femme assez bohème, qui ne vit que pour sa peinture et n’a pas le temps de s’occuper de sa grande fille ! Laquelle s’en trouve fort aise, et voit donc débarquer l’intrus d’un mauvais œil. Mais le hasard s’en mêlant (Angel, parti précipitamment du pensionnat, a oublié ses malles), la cousine découvre qu’avoir un grand cousin qui n’a plus rien à se mettre, une fois qu’on a mis au lavage les vêtements qu’il portait, peut s’avérer fort distrayant. Pour le dépanner, elle lui prête une robe. Et le prenant sous son aile, car il est d’un naturel assez docile, elle en fait en quelque sorte une poupée grand format qu’elle habille, déshabille, maquille, démaquille… sans parler de tout le reste, car elle a les doigts plutôt indiscrets ! Si encore ces jeux restaient des duos ! Mais voilà-t-il pas qu’elle décide de faire passer son cousin pour sa « cousine ». Et de « la » présenter aux copines ! Je vous laisse deviner à quels jeux de poupée vont jouer toutes ces garces !

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CHAPITRE PREMIER – Cousine Macha

Les parents d’Angel, des comédiens qui tiraient le diable par la queue, achevaient une tournée théâtrale de plusieurs mois en Russie. Le jeune garçon recevait des cartes postales de loin en loin. Le Kremlin, la Volga, le Caucase… Il espérait le retour de sa mère et de son père avec la plus vive impatience. Placé depuis le début de l’année scolaire à Notre-Dame d’Arcueil, un internat de dernière catégorie, le garçon endurait le martyre. Ses camarades, des banlieusards brutaux, avaient pris l’habitude de le traiter de « tapette » en lui adressant des gestes obscènes.

Les cheveux blonds qui bouclaient autour de ses traits fins, la ligne gracile de sa silhouette et son manque d’intérêt pour les sports violents avaient induit ses tortionnaires en erreur. Angel n’éprouvait aucune espèce d’attirance envers les petites frappes qui le persécutaient.

En classe, comme ses camarades, il essayait de déterminer la couleur de la culotte de la prof d’anglais, une pin-up de vingt-deux ans, qui faisait cours en minijupe, assise sur son bureau. Et au dortoir, comme les autres, il s’excitait sur les magazines porno qui circulaient. De plus, à la surprise générale, au concours de longueur de pénis, c’est lui, l’efféminé, qui avait remporté la palme.

A la veille des vacances de Pâques, qu’il devrait passer à l’internat, comme ceux de Noël, le principal du collège convoqua Angel. Le chef d’établissement arborait sa mine des mauvais jours, mais d’emblée, il se montra étrangement attentionné avec l’élève. Il tenait à la main un télégramme bordé de noir, en provenance du consulat de France à Bakou.

La veille, en pleine nuit, le Tupolev qui transportait la troupe de comédiens français s’était abîmé dans la mer Caspienne. Il n’y avait aucun survivant. Angel demeura longtemps effondré sur sa chaise. Puis il fut secoué par une crise de nerfs, et l’infirmière du collège lui administra une piqûre de calmant.

Le garçon passa la nuit à l’infirmerie, couché tout habillé, veillé par un pion d’internat qui s’était toujours montré aimable avec lui. Le lendemain, en fin d’après-midi, sa tante Sonia, une cousine de sa mère qu’il avait aperçue quelquefois dans les cafés de Montparnasse, se présenta au collège.

C’était une grosse blonde de quarante ans, à l’allure bohème, aux joues couperosées et au regard avenant. Elle était venue de Vanves, tout proche, en taxi. Il se trouva que le dortoir du collège était fermé à clef, et le surveillant responsable absent. Le compteur du taxi tournait ; on dut se résigner à abandonner la valise qui contenait les vêtements d’Angel. Sonia se chargerait de récupérer les affaires de son neveu dans les meilleurs délais.

Tout le long du chemin, il pleura sur l’épaule de sa tante. Elle faisait son possible pour le consoler et mêlait ses larmes aux siennes. La voiture stoppa devant un pavillon de banlieue qui ne payait pas de mine. Sonia y avait installé son atelier de peintre et y élevait seule sa fille Macha, de deux ans plus âgée qu’Angel.

Le bâtiment en meulière avait un aspect étriqué sous le toit à deux pentes orné d’une verrière orientée au nord. Des herbes folles dépassaient du grillage crevé du jardinet. Le rez-de-chaussée de l’habitation se composait d’une cuisine-salle à manger et d’un petit salon de télévision encombré d’un poste énorme et de chaises de jardin repliées contre les murs.

Devant l’évier, une adolescente montée en graine, à la chevelure noire en forme de casque, aux joues poupines sous de hautes pommettes, lavait la vaisselle. Arborant un air maussade, elle affectait d’ignorer le nouveau venu. Angel eut l’impression que son arrivée la dérangeait, et sa tristesse s’accrut d’autant. Les deux cousins ne s’étant encore jamais rencontrés, Sonia fit de brèves présentations.

– Voilà, j’espère que vous allez bien vous entendre.

Elle regardait sa fille. Macha n’adressa pas un sourire au garçon qu’elle dépassait d’une demi-tête. Elle prit un air pincé pour dire :

– Oh, il n’y a pas de raison qu’on ne s’entende pas.

Son cousin, gêné, l’avait embrassée sur les deux joues ; elle ne lui avait pas rendu ses baisers. Angel ressentait vivement l’hostilité de sa cousine qui, boudeuse, s’était remise à sa vaisselle. Prêt à éclater en sanglots, il se détourna. Il avait besoin d’être seul. Sa tante le mena au salon de télévision, l’installa sur une chaise, le couvrit d’un plaid de carrés de laine et le laissa dans la pénombre.

Assommé, ravalant un sanglot de temps à autre, il se contentait de fixer le patchwork violemment coloré de la couverture assemblée par sa tante. Au dîner, il ne prit qu’un peu de bouillon. Penchée sur son assiette, sa cousine l’ignorait ostensiblement. D’une voix douce, Sonia l’encourageait à manger. En vain. Rien ne passait.

Après le dîner, on s’installa au salon-télé devant un film. Assise à la meilleure place, Macha fixait l’écran d’un air buté. La tante, un verre et un cendrier à portée de main, observait Angel du coin de l’œil. Il se tenait tassé sur sa chaise dans l’obscurité. Il se sentait de trop ; il dérangeait.

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