LE SALON D’HECATE

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CARDWAY Carolyn

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Broché / 120 pages


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Résumé

Le cadavre d’une jeune femme dans une poubelle. Fouettée à mort. Un prénom mystérieux brûlé sur le ventre. Juste devant le  » Salon d’Hécate « , temple secret du saphisme cruel et distingué. Marie de Castelmaubran, la grande prêtresse de ce microcosme, est intouchable. Les femmes les plus puissantes du pays apprécient beaucoup les jeunes filles distinguées qu’elle met à leur disposition :  » cygnes  » évanescentes,  » pouliches  » sportives ou  » gorettes  » entraînes à subir les pires traitements… Seul Pierre, le chroniqueur mondain, a quelques chances de découvrir une vérité que personne ne cherche vraiment. Il connaît Julie, l’avocate aux dents longues, et Clorinde dont le père finance en partie son journal. Laetitia, sa jeune épouse actuellement enceinte, a été pensionnaire au Salon. Et il a eu lui-même des rapports intimes et violents avec la victime… Dans la guerre des passions, il est des no man’s lands pires que des champs de bataille !

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Deauville. Début mai, dix heures du matin. Les parasols repliés, piqués à intervalles réguliers dans le sable clair sont comme des taches d’aquarelle, vertes, rouges, jaunes ou bleues dans une luminosité laiteuse. Quelques nuages s’effilochent. Il a plu. Juste le nécessaire. Presque avec distinction. Chaque chose, chaque détail en est comme rincé, précisé, révélé dans une netteté nouvelle. Encore peu de monde aux terrasses en bordure des « planches ». À quelques encablures, un voilier à l’approche sous le vent, manœuvre, vire lof pour lof. De rares flâneurs déambulent, bavardent avec des voix claires, des gestes désinvoltes. On ne peut saisir leurs paroles. Il fait encore frisquet. Pourtant, plus loin, quelques cabines sont déjà ouvertes. Les petites barrières de séparation, peintes en blanc, de style Art déco, s’ornent des noms de gloires du cinéma. On y prépare sans hâte, en prévision des beaux jours qui s’annoncent, le confort des journées à la plage.

Deux femmes surgissent d’une voie perpendiculaire. Vêtues de blanc. Chandails moelleux, ballerines de toile, jupes longues dont l’apparente sagesse est démentie par une longue échancrure perdue dans les plis et qu’une risée suffit à entrouvrir pour dévoiler jusqu’à la hanche une longue cuisse pâle. Elles sont grandes, belles. On devine sous l’ampleur des vêtements la souplesse racée des corps. Leur chevelure est retenue sur la nuque par une écharpe de soie nouée en bandeau. Un naturel étudié jusqu’au moindre détail. Elles ont passé plus d’une heure avec la maquilleuse pour que leurs visages paraissent sans fard, ainsi qu’il convient pour une promenade matinale sur les planches ! Des lunettes de soleil dissimulent leurs regards. L’une est brune, bronzée, la trentaine épanouie. L’autre, blonde, du même âge, a pourtant des allures de jeune fille. Elles cheminent d’un pas ample et lent, bras dessus bras dessous. La rondeur élastique de leurs mamelles, nues sous le lainage, s’appuie à leurs membres croisés. Intimité naturelle de deux amies chères l’une à l’autre. Qui s’en offusquerait ? Qui remarque la pression sèche et ferme du coude de la brune ? La crispation douloureuse aussitôt maîtrisée du visage de la blonde ? À l’abri des verres fumés, les prunelles d’un bleu limpide vacillent soudain, parcourues de lueurs sales. Les lèvres roses, pulpeuses, s’entrouvrent, happent l’air dans une brève aspiration.

Trouble qui n’échappe pas à sa compagne. Un rire. Léger, moqueur.

— Vous souffrez, Clorinde ?

— Elles sont plus longues que les autres.

Un infime haussement d’épaules.

— Plus grosses aussi !… Ces babioles d’acuponcteur ne m’amusaient plus !

Avec un petit rire, la jeune femme s’alanguit contre sa compagne, sa tête s’incline. Leurs fronts blancs se frôlent. Pendant une seconde, les lèvres s’attardent en un face-à-face ambigu, suggestif d’un possible baiser. Les lèvres se frôlent tout de même dans un mutuel échappement.

— Il n’y a pas que mes seins ! Mon cul est dans un état lamentable. Vous l’avez saccagé. Je l’ai regardé longtemps dans la glace pendant que vous dormiez encore. Une vision superbe et bouleversante… Jusqu’où irez-vous, Julie ?

— Je ne sais pas, Clorinde. Est-ce important ?

— Oui et non. J’aimerais tant vous appartenir sans réserves, sans arrière-pensées. Mais je suis un Cygne !…

— Vous auriez pu être membre !

Un petit haussement d’épaules.

— J’ai préféré la condition de Cygne parce que les sentiments sont plus importants que leur objet. Ce sont des produits de l’âme dont on use à son gré. Je me rappelle qu’enfant, lorsque j’avais un coryza, je relisais les passages les plus bouleversants de Sans famille pour dégager mes narines.

Elle rit à ce souvenir lointain, reprend après quelques pas.

— De la même manière, les passions contractuelles me bouleversent. Avant vous, j’étais avec une Américaine…

Clorinde ne remarque pas l’expression de contrariété, aussitôt maîtrisée, sur le visage de sa compagne qui approuve d’une voix détachée, chantante, presque trop légère.

— Daisy, oui, je suis au courant. C’est moi qui lui ai fait connaître le Salon. Marie m’a un peu parlé de cette liaison avant de m’autoriser à vous approcher.

— Ah !… Vous a-t-elle dit que Daisy et moi, avant notre rencontre, nous étions convenues par lettres d’une folle passion pour une durée exacte de trois semaines, à la minute près ?

— Non. Continuez, c’est amusant.

— La fin a été sublime. C’était une après-midi. Nous avons fait l’amour les fenêtres ouvertes. Jamais nous n’avions léché nos cons avec autant de ferveur ! Je crois même que nous avons pissé tant nous avions perdu le contrôle de nous-mêmes ! Mais je ne suis sûre de rien. J’étais trop énervée. Puis nous nous sommes promenées dans le parc pour attendre les derniers instants. Main dans la main. Silencieuses quand nous n’étions pas volubiles. Nous étions très émues et surexcitées à l’idée que nous cesserions de nous aimer, que nous deviendrions indifférentes l’une à l’autre dès qu’un bip programmé retentirait à nos montres-bracelets.

— Et alors ?

— Nous avons failli rater le signal à cause d’un oiseau qui s’égosillait dans un arbre à proximité ! Mais à peine avait-il retenti que je me suis éloignée dans la légèreté, la grâce et l’insouciance.

— C’est un peu puéril, non ?

— À côté de vos jeux terribles, oui, peut-être !

Les planches encore mouillées de l’averse récente montrent leurs veines plus sombres. Les pas des deux promeneuses s’y impriment un instant puis s’effacent, volatils, fugaces, insaisissables comme elles. Clorinde change de sujet pour mieux y revenir.

— Il a plu. J’aime la pluie… Indifférente et têtue comme votre façon d’aimer.

— Que vous êtes niaise ! Ne soyez pas si amoureuse, c’est agaçant. On se croirait dans un film d’Agnès Varda, produit par Toscan du Plantier en hommage à Marguerite Duras ! Une bonne fois pour toute, sachez-le : il pleut sur Honfleur comme il pleut sur Deauville !

— Pardon ! J’y veillerai. Où m’emmenez-vous ?

— Vous le verrez bien.

— J’ai fait un rêve cocasse cette nuit, après votre départ. J’étais allongée devant une porte d’entrée minuscule. Même une personne de petite taille n’aurait pu la franchir sans se baisser. Vous vous êtes approchée. Vous étiez nue mais parée d’une façon tout à fait ridicule. Coiffée d’une capeline noyée d’organdi, vous portiez des bas de dentelle noire maintenus serrés au milieu de vos cuisses par des jarretières roses. Vos escarpins de verni noir à talons hauts étaient crottés de boue. Un énorme crapaud était collé à votre ventre comme s’il en faisait partie. Vous vous êtes retournée pour adresser un signe amical à quelqu’un que je ne voyais pas, puis vous m’avez dit : « Cette maison est bien trop petite… Bien trop petite… Bien trop petite… Il n’y a pas de rangements. Où vais-je vous mettre ?… » Je ne sais pourquoi, mais j’ai eu les larmes aux yeux et vous avez alors essuyé vos pieds sur mon visage. Vos semelles frottaient mes yeux, mes lèvres… Puis, du talon pointu de votre chaussure, vous m’avez frappée au bas du ventre. Une douleur atroce et délicieuse qui m’a traversée comme une épée de feu de la matrice à la gorge…

— Aïe ! La matrice ! Toujours la matrice !

— … et mon impression de bonheur fut si intense que je me suis éveillée…

— Zut, c’est contrariant ! Et alors ?

— J’étais molle, chaude et fondante entre les cuisses… Moelleuse et large. Je me suis touchée. Mon con avait perdu du foutre au point que ma chemise de nuit en était mouillée.

— Vous êtes-vous branlée ?

— Oui.

— Un doigt planté dans votre cul, je suppose ?

— Deux ! Et sur la fin, j’en ai ajouté un troisième en votre honneur. Après ce que vous m’aviez enfoncé, c’était bien le moins. Je me suis fait très mal.

— Je n’avais rien exigé de tel !

— J’ai été heureuse de le faire.

— Je ne perdrai pas tout mon temps avec vous. Il vaut mieux vous faire tout de suite à cette idée. Je viens au Hecate’s pour me délasser. Vous êtes un divertissement pour moi, Clorinde. Un Cygne…

— Je sais. Vos autres amies… sont-elles plus soumises, plus aimantes que moi ?

— Ma vie privée ne vous regarde pas. Je vous y convierai peut-être mais, jusque-là, ne vous en mêlez jamais.

— Je vous prie de m’excuser, Julie.

— N’en parlons plus.

Dans le ciel pâle, trois mouettes, portées par le vent, dérivent avec des cris rauques et joyeux. Le voilier a pris son allure, s’éloigne vent debout vers le large, dans les minces lignes d’écume qui frangent les vagues vertes. Elles rient. Complices. On les regarde. Avec l’intérêt que l’on accorde à deux jolies femmes. Un sourire de malice retenue tire les lèvres de Clorinde.

— Je n’aurais jamais cru qu’un jour, je jouirais sous le fouet, que j’aimerais cette douleur sourde qui énerve ma poitrine quand elle est fichée d’aiguilles comme en ce moment. Moi, un Cygne ! Je me sentais si supérieure aux Pouliches et aux Gorettes !

— Vous vous plaignez ?

— Non ! Oh, non, au contraire ! Mais j’ai peur.

— De quoi ?

Clorinde dit qu’elle se défie d’elle-même, avoue sa crainte de ne plus pouvoir se passer de ces plaisirs qu’elle découvre.

— Je n’ai pas d’autre but.

— Je vais devenir comme les Pouliches ou les Gorettes, alors ?… L’une d’elles, Allison, m’a montré son con, hier. Il est suturé sur toute la longueur. Jusqu’au périnée. Elle pisse par une sonde qui passe entre deux points. Elle doit rester deux jours ainsi. C’est atroce. J’ai failli vomir.

— Oui, j’ai vu ça, moi aussi. Superbe ! C’est une très bonne amie à moi qui lui a fait ça, lady Susan, l’épouse de votre ex-amant.

— Je n’ai pas été la maîtresse de John Worther très longtemps !

— À qui la faute ? Vous n’aviez qu’à vous laisser mettre en série, et l’autoriser à vous enculer.

— Je n’ai jamais permis à un homme d’enfoncer sa bite dans mon cul !

Julie a un petit rire amusé.

— Encore une chose qui va changer ! Je vous emmènerai au Havre. Je connais quelques dockers brutaux, avec des bites de charretier. Je leur demanderai de vous enculer à la chaîne. Lorsque nous reviendrons, leur foutre coulera de votre cul défoncé.

— Si c’est ce que vous désirez, Julie, alors je leur donnerai mes fesses. N’importe ! Je ne vaux pas mieux que cette Gorette cousue ou les autres. Mais si vous m’imposiez une telle torture, je l’accepterais avec joie. Aimeriez-vous que je change de catégorie ?

Julie éclate de rire avec un geste insouciant.

— Pire que ça ! Je pense vous négocier avec Marie.

— Me négocier ! Que voulez-vous dire ?

— Je songe à vous retirer du Salon pour vous séquestrer chez moi dès que vous serez tout à fait dépendante de ce genre de plaisirs.

La surprise hausse les sourcils de Clorinde.

— Seriez-vous amoureuse ?

— Pas du tout.

— C’est dommage.

— Ne croyez jamais ce que je dis. Je pressens chez vous des potentialités intéressantes.

— Où allons-nous ?

— Nous serons bientôt arrivées.

— J’ai hâte d’offrir mon corps à votre cruauté. Je suis impatiente de vos gifles, de vos crachats sur mon visage, de vos insultes. Vous avez éveillé un démon qui dormait en moi. Je perds du foutre à cette seule idée.

— Vous êtes une exaltée. Un peu de décence, vous devenez grotesque !

 

*

 

 

Julie Grandrebec et Clorinde Bordier-Langard font partie de l’Hecate’s Salon. Un cercle féminin très chic et très fermé, fréquenté par des femmes riches, actrices, écrivaines, sportives de haut niveau, etc., ou oisives, qui se réclament des théories féministes de sa présidente : Marie de Castelmaubran. Une poétesse qui publie des plaquettes confidentielles sous le nom d’Hécate, que ses adeptes dévorent avec ferveur. Elle y prône l’idée de voluptés propres aux femmes et puisés dans « les seules ressources de leur sensualité riche et diverse ». Théorie qui engage ses fidèles dans des recherches érotiques les plus extravagantes où les situations de soumission et de domination prédominent. Depuis longtemps, Marie ne quitte plus la grande propriété familiale où est installé le Salon.

Julie, avocate dans un cabinet spécialisé dans le droit des affaires, Andersen et Cample, est membre du Hecate’s Salon. Elle y séjourne de façon régulière pour assouvir en toute discrétion son penchant immodéré pour les cruautés raffinées. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir à l’extérieur des amies tout à sa dévotion et toujours prêtes à satisfaire les spéculations cérébrales de sa sensualité fantasque. Clorinde, elle, est pensionnaire. Cette dernière catégorie se subdivise en trois classes imaginées par la présidente : les « Cygnes », comme Clorinde, qui jouissent d’une totale liberté d’action, de partenaires et de tenues vestimentaires. Leur nombre est réduit. Jamais plus de trois ou quatre. Elles ont une sensualité raisonnable qui ne les porte à aucun excès. Elles conviennent aux membres qui apprécient les plaisirs distingués et conventionnels. Ensuite les « Pouliches » dont les déplacements sont restreints aux limites de la propriété et qui ont toutes une ou plusieurs spécialités propres à satisfaire les sensualités les plus dévoyées. Elles ont néanmoins le droit de refuser des prestations trop éloignées de leurs tendances. Saines, sportives, les cheveux retenus par un bandeau de tissu élastique, elles sont vêtues de joggings blancs sous lesquels elles sont nues, et de tennis. Quand elles ne sont pas occupées à satisfaire des fantaisies particulières, les Pouliches fréquentent le sauna ou la salle de gym du Salon ou parcourent en petites foulées les allées de l’immense parc qui entoure la propriété. Les membres peuvent en user à leur guise pour quelques minutes ou plusieurs jours. Et enfin, les « Gorettes », esclaves séquestrées, laissées en garde par leurs maîtresses, et qui sont volontaires pour se soumettre aux pratiques les plus dures et les plus dégradantes. Elles n’ont pas le droit de sortir de la demeure et, chaussées de mules, sont nues sous un peignoir d’éponge. Chaque fois que c’est nécessaire dans le courant de la journée, leur chevelure est figée d’un nuage de laque en une « tignasse » sophistiquée sensée évoquer un réveil récent. Au besoin, une touche de maquillage accentue les cernes que les excès de toutes sortes inscrivent sous leurs yeux.

Toutefois les frontières sont floues, souvent transgressées. Les migrations d’une catégorie à l’autre sont monnaie courante, au gré des liaisons, des ruptures, des amourettes ou des passions, réelles sinon feintes, qui peuvent naître entre les membres et les pensionnaires.

Jusqu’à sa liaison récente avec Julie dont la forte personnalité la subjugue au point qu’elle en perde toute réserve, Clorinde était fière de sa condition de Cygne. Fière de ne pas avoir de vice, de ne pas être tributaire des exigences d’une sensualité déviante. Ses amours élégantes se concrétisaient dans une sexualité distinguée, sans excès. Étreintes, baisers, mains qui s’insinuent entre les cuisses à peine disjointes. Prélude à se lécher le con tête-bêche. Des cons frais, soignés et parfumés, qui palpitent d’un orgasme discret avant que l’assemblage des corps se démantèle. S’il arrivait que l’égarement des sens l’emportât sur la réserve, elle demandait à sa partenaire, d’une voix entrecoupée, de lui enfoncer l’index dans le cul. Ultime débauche qu’elle jugeait indépassable. Jusqu’à ce qu’elle hurle d’un plaisir convulsif lorsque Julie, deux jours plus tôt, la force entre les fesses avec un flacon de parfum dont les arêtes vives l’ont blessée. Sans gravité. Mais la seule vue du cristal, souillé de son sang et de sa merde mêlés, a éveillé en elle une frénésie sensuelle qui confinait à la folie. Julie a dû lui hacher les fesses à coups de cravache pour qu’elle retrouve la maîtrise d’elle-même.

D’une façon paradoxale, elle n’a jamais considéré comme un vice l’intérêt qu’elle porte à son cul et à ses excréments. Lors de ses masturbations, elle se pénètre par-là, de toute la longueur d’un doigt, et sait tirer de son orifice des sensations rares. Ce n’est qu’ensuite qu’elle sollicite son clitoris du même doigt bruni. Ce n’est qu’un jeu, se dit-elle s’il lui arrive de ressentir une vague culpabilité lorsque, apaisée, elle lave son con souillé.

Chier est une autre de ses distractions privées. Clorinde prolonge le plaisir de l’expulsion autant qu’elle le peut. Souvent plus d’une demi-heure. À l’aide de contractions internes appropriées, dont elle a acquis une parfaite maîtrise, elle contrôle la progression de son étron. Le fait aller et venir à l’orée de son anus rose, écarquillé en une taupinière de chairs rouge vif et saillantes. Elle se procure ainsi des jouissance délicates, discrètes, subtiles, qu’elle ne les reconnaît pas pour telles. Elle n’y voit qu’une petite manie contractée très tôt et sans importance. Pourtant, lorsqu’elle s’en est ouverte à Julie, dans un élan amoureux d’abandon de toute intimité, de dessaisissement de soi-même, cette dernière s’est montrée très intéressée…

Elles longent à présent les cabines. Julie s’arrête devant l’une d’elles, tire une clé de son sac à main, et ouvre. Un banc, un coffre en bois, très ordinaire, une épuisette appuyée au mur, un chapeau de paille accroché à un clou et du matériel de pêche à la ligne. Des jouets : un ballon rouge, un seau, une pelle et un râteau où adhère encore du sable. Une grosse chambre à air rouge, des sièges de plage, en bois, repliés, voisinent avec une cuvette dont l’émail est écaillé. On se croirait dans un tableau de Poumeyrolle ! Une ampoule grillagée au plafond.

— Entrez !

 

*

 

 

Julie referme la porte, donne la lumière. Elle observe avec attention sa compagne qui semble déconcertée par le lieu. Elle finit par sourire, regarde autour d’elle.

— C’est un endroit insolite pour l’amour…

— J’y ai vécu des moments inoubliables ! Surtout l’hiver. Quand j’étais étudiante, j’invitais pour le week-end quelques camarades qui ne savaient rien me refuser. Je les amenais ici. Par lot de deux ou trois parfois. Je les vexais, je les tourmentais, je les torturais des après-midi entières. Elles étaient heureuses et moi aussi. Ensuite, pour nous réchauffer, nous allions en ville boire un chocolat brûlant. Nous évoquions à voix basse de ce que nous avions fait. Chacune donnait son avis, faisait des commentaires, émettait des suggestions pour la fois prochaine.

— Comme j’eusse aimé être des leurs ! À quel âge avez-vous découvert ce goût de faire souffrir ?

— Pour l’anniversaire de mes dix-huit ans, maman m’a offert une bonne. La fille de notre gouvernante qui était aussi la maîtresse de maman. Une campagnarde rousse, aux joues rouges et à la peau très blanche. Elle était à peine plus âgée que moi. Robuste et en bonne santé. Son con avait un goût très fort qui restait longtemps en bouche. Son endurance était exceptionnelle ! Je pouvais lui faire ce que je voulais. Elle acceptait mes sévices avec une passivité souriante et des regards d’adoration qui m’ébahissaient. J’étais jeune alors, et imprudente. Je ne m’imposais pas de limites. Je la battais, je lui imposais des corvées épuisantes, je la privais de nourriture. Je devenais dangereuse. Elle avait maigri de presque vingt kilos quand maman et la gouvernante me l’ont retirée après quelques mois pour l’envoyer en maison de repos.

Clorinde décroche le chapeau de paille, le pose sur sa tête qu’elle incline d’une façon charmante.

— Ne me dites pas que vous avez pu vous en passer ! Qu’avez-vous fait ensuite pour satisfaire votre férocité ?

— Vous êtes ravissante. Gardez-le ! Je me suis attachée à découvrir chez les jeunes filles de mon entourage ce penchant pour la soumission dans la souffrance et l’humiliation. Au contraire de ce que je croyais, je n’ai eu aucun mal à trouver des partenaires. Ensuite, en fac, les choses ont été encore plus faciles. J’ai eu très vite plusieurs amies à ma dévotion.

— Je n’en doute pas, vous êtes si troublante, Julie !

— N’est-ce pas ? Vous ne m’êtes pas indifférente non plus, Clorinde. Même s’il vous arrive d’être un peu sossotte, pour ne pas dire idiote. Déshabillez-vous. Nous allons commencer, si vous le voulez bien.

— Je ne demande que ça ! Comme c’est excitant ! Des gens passent peut-être tout près au-dehors…

— Oui. Vous allez beaucoup souffrir. Je vous conseille de ne pas crier. La situation serait très embarrassante si l’on venait à frapper à la porte pour demander ce qui se passe.

— Vous m’effrayez, Julie.

— Tant mieux ! La peur donne de la vivacité à votre regard un peu stupide. J’aimerais la lire plus souvent dans vos yeux, au lieu de cette excitation indécente qui vous emporte lorsque je vous maltraite. Vous avez l’air très con quand vous jouissez ! C’est un peu répugnant. Vous perdez trop de foutre aussi, essayez de vous retenir, c’est dégoûtant. Vous avez des glandes de vache !

Mortifiée, Clorinde baisse la tête, murmure d’une voix étranglée par l’émotion :

— Je ferai de mon mieux, mais, quoique Cygne, je sais que je vous appartiens déjà. Je n’implore de vous qu’une seule grâce, consentez que j’en jouisse sans retenue, jusque dans l’abjection. Je suis votre dévouée putain, Julie.

Du bout des doigts, la jeune femme tapote un bâillement feint.

— Vous vous exprimez parfois d’une façon tout à fait chiante, darling ! Un peu de simplicité, quoi, merde ! Nous sommes des jeunes femmes modernes, non ? Ne vous ai-je pas dit de vous déshabiller ?

La bouche de Clorinde s’entrouvre pour un remerciement qu’elle n’a pas le temps de prononcer. Une gifle empourpre sa joue, un crachat éclabousse ses yeux, coule jusqu’à sa narine qui palpite d’un trouble violent.

— Encore !… Encore !…

Un nouveau jet de salive englue ses paupières. Elle étale la bave du bout des doigts. Julie lui saisit le poignet.

— Ça suffit ! C’est obscène ! Vous êtes une salope ! L’insulte fouette les sens de la jeune femme dont les reins se creusent d’une ondulation incontrôlée. Elle fait passer son chandail par-dessus sa tête. Sur le torse mince, élancé, les seins sont petits, pointus, mais denses et lourds. Ils sont constellés des têtes multicolores d’aiguilles hypodermiques qui y sont fichées, disposées en une spirale régulière qui part du pli de l’aisselle pour se terminer au mamelon. Quarante-huit de part et d’autre. Quatre-vingt-seize fois, le Cygne a senti l’acier percer sa peau délicate avant de progresser à travers les glandes hypersensibles jusqu’au cœur de ses mamelles. Il a fallu plus d’une demi-heure à Julie pour réaliser cette décoration. Clorinde, les dents incrustées dans sa lèvre inférieure, les poings serrés, n’a pu retenir des larmes qui ont roulé en silence sur ses joues veloutées. Sa compagne riait de ses souffrances.

D’un geste précis, elle défait l’agrafe dé sa jupe qui s’écroule en corolle autour de ses pieds. Les jambes au galbe impeccable sont longues. Au bas du ventre à peine arrondi dont les palpitations trahissent une agitation intime, la toison blond cendré dessine un triangle parfait, aux côtés épilés avec soin. Les bras le long du corps, dans une attitude d’attente soumise, Clorinde frissonne, horripilée par la fraîcheur. Julie s’approche, se penche pour examiner les hanches, le haut des cuisses qu’elle pince et triture.

— Un début de cellulite ! C’est encore tolérable, mais la peau d’orange guette.

— Je ne m’en étais pas aperçue. Oh, je suis si désolée, Julie ! Ce doit être atroce pour vous ! Je peux me faire faire une liposuccion.

— Il n’en est pas question ! Au contraire, c’est intéressant… Sans cet imperceptible défaut, vous seriez parfaite et, par conséquent, ennuyeuse ! De toute façon, la cravache fera fondre ce surplus !

— Vous croyez ?

— J’en suis certaine. J’ai déjà traité des filles de cette manière.

Elle palpe encore les chairs incriminées, puis se redresse, enlace sa compagne avec tendresse.

— Vous avez froid, n’est-ce pas, ma chérie ?

— Oui, mais vous allez me réchauffer…

— Je vous aime à la folie, Clorinde.

— Je vous aime aussi à la folie, Julie !

Elles s’étreignent. Leurs bouches ouvertes se soudent pour un baiser interminable. Les mamelles truffées d’acier sont malaxées sans pitié, ainsi que les fesses zébrées de longs hématomes noirâtres. Une langue autoritaire étouffe les gémissements de Clorinde qui frotte son ventre creusé d’une houle frénétique à celui de la jeune femme. Le chapeau tombe.

Julie ouvre le couvercle de la caisse qui contient une collection d’objets hétéroclites, de jouets, d’ustensiles incongrus, parmi lesquels se distinguent une chambrière, deux cravaches et un martinet. Elle fouille dans ce bric-à-brac et en retire un équipement de nageuse : un bonnet de bain en caoutchouc vert fluo, des lunettes de protection et un maillot une-pièce de compétition.

— Les championnes de natation m’ont toujours excitée. Enfilez ça !

Clorinde ajuste le bonnet, vérifie que rien de sa chevelure ne dépasse. Puis elle met les lunettes, enfile la tenue de bain. Les embouts des aiguilles repoussent le tissu élastique. Elle a alors cet aspect d’androïde asexué, lisse et parfait, des nageuses de haut niveau lors d’une compétition. Un détail cependant. Elle se penche, regarde entre ses jambes.

— Il est trop grand !…

En effet, le tissu relâché pend entre les cuisses, laisse voir le double renflement rose bistré du con sous les poils dorés. Julie amène la chambre à air au milieu de la cabine.

— Il a déjà été beaucoup porté ! L’entrejambes s’est distendu à force d’être crocheté ! Mettez-vous là-dessus. Cuisses grandes ouvertes.

Tandis que Clorinde s’installe du mieux qu’elle peut sur le gros boudin de caoutchouc, des voix de promeneurs proviennent de l’extérieur, puis s’éloignent. Julie s’accroupit devant les jambes ouvertes. Elle les repousse. Les articulations résistent. Elle force. Les muscles droits internes du triceps fémoral saillent sous la peau blanche comme deux gros câbles qui convergent vers le con masqué par le tissu du maillot qui, à présent, pend vers les fesses.

— Aidez-moi ! Tirez sur vos genoux ! Vous êtes une gourde ! Allons, tirez ! Oui, comme ça, c’est déjà mieux ! Il faudra améliorer vos écarts par des exercices. Quand je demande à une amie de s’ouvrir, je la veux à l’équerre. Ne bougez plus.

Elle se penche, parcourt du bout de l’index la chair rosée aux abords du con invisible, l’intérieur satiné des cuisses tremblantes de l’effort auquel elles sont soumises. Puis elle repousse l’entrejambes sur le côté et dépose un baiser fervent au con ouvert sur des chairs délicates, déjà ourlées de perles incolores qu’elle recueille du bout de la langue. Un frisson, une plainte, quand la caresse mouillée effleure sans insister le clitoris dur et nacré.

— Votre con me bouleverse, Clorinde. Il faut que je le batte ! Ça fait très mal. Voulez-vous mordre un mouchoir pendant que je vous frapperai ?

— Je veux bien. Vous êtes prévenante avec moi. Je ne mérite pas tant d’égards.

— Je vous aime, Clorinde.

— Alors, ravagez mon con ! Je serai courageuse.

Julie prend un mouchoir de toile fine dans son sac à main, le replie encore et le place entre les dents de sa compagne. Elle trouve ensuite une épingle de sûreté dans le fouillis de la caisse, et assujettit l’entrejambes du maillot à l’épiderme fin de la face interne d’une cuisse. Un gémissement étouffé échappe à Clorinde quand l’acier perce sa peau une première fois, puis une seconde, de l’intérieur.

Julie hoche la tête avec satisfaction. Le con, dégagé, est prêt pour le supplice. Julie s’empare d’une cravache, la fait siffler deux ou trois fois autour d’elle. Derrière les petites lunettes de natation, la peur de la souffrance à venir écarquille les yeux de la jeune femme.

Le premier coup est si rapide qu’elle n’a pas le temps de s’y préparer. Le cuir s’abat sur les chairs mouillées et luisantes avec un bruit mat. Tout le corps se raidit sous la souffrance terrible. La tête s’agite de droite et de gauche dans un mouvement de dénégation inutile. Les mâchoires se crispent sur le mouchoir. Julie n’attend pas. Une douzaine de coups tombent, enchaînés avec régularité. Le con gonfle, devient écarlate. Clorinde serre si fort ses genoux que ses ongles s’y incrustent. Ses flancs son soulevés d’un halètement rauque. Des plaintes misérables lui échappent, assez atténuées par le mouchoir pour qu’elles ne soient pas audibles au-dehors. Les larmes s’accumulent dans les lunettes étanches qui s’embuent. Pourtant, le vagin palpite, s’arrondit pour expulser une sève épaisse avec des contractions orbiculaires. Puis un long jet de pisse s’échappe, que Julie évite d’une pirouette sur le côté.

Elle laisse retomber son bras. Le cuir de la cravache a écorché les fragiles muqueuses. Du sang perle. Julie tombe à genoux. En extase.

— Vous en avez pissé de joie ! Comme c’est émouvant ! Clorinde ! Clorinde ! Votre beau con saigne et vous perdez du foutre !

Épuisée d’avoir tendu toute sa volonté pour résister à la souffrance, pour ne pas demander grâce, c’est à peine si la jeune femme a la force de répondre.

— J’ai mal… Très mal. Comme c’est bon de vous offrir cet instant…

— Taisez-vous ! Vos niaiseries gâchent mon émotion !

— Pardon !

Elle hausse les épaules, lèche le con tuméfié. Le goût enivrant du sang mêlé de foutre envahit sa bouche.

Julie se redresse, regarde le long corps blanc parcouru des infimes frissons d’un orgasme qui s’estompe. Elle tire alors de son sac un étui allongé en pécari, en extrait un Cadre Noir, ces longs cigares qu’elle fume en privé, et l’allume. Après quelque bouffées brèves qui avivent la braise, elle pose l’extrémité incandescente sur la peau fine du bas-ventre. Les yeux de Clorinde s’agrandissent de façon démesurée, tandis qu’une plainte atroce lui échappe.

 

*

 

 

Appuyée au bras de sa compagne, Julie marche à petits pas précautionneux. Il y a un peu plus de monde sur les planches et aux terrasses. On regarde avec intérêt cette jeune femme pâle qui se déplace avec difficulté, les jambes un peu écartées. Peut-être une grande malade, une convalescente encore faible, une accidentée qui se remet de ses blessures encore récentes. Une saute de vent échancre la jupe fendue. Clorinde esquisse un geste pour la retenir, puis se ravise. Un couple assis aux premières tables surprend la blancheur du ventre nu dans la pénombre. L’homme se penche pour chuchoter à l’oreille de son épouse tandis que les deux jeunes femmes s’éloignent. Des mouettes se poursuivent avec des cris éraillés.

— J’ai l’impression que mon con a doublé de volume !

— Ce n’est pas qu’une impression ! Il va encore enfler. Ce sera superbe. Vos seins aussi d’ailleurs. C’est pour cela que je vous ai laissé les aiguilles. Dans quelques heures, ils seront le siège d’une inflammation locale. Ils vont devenir rouge sombre et augmenter de volume d’une façon impressionnante ! Je vous ôterai les aiguilles à ce moment. C’est très intéressant. Pendant au moins deux jours, on ne pourra effleurer votre poitrine sans vous faire hurler !…

Elle rit. Clorinde approuve d’un petit mouvement de tête. Une expression soudain malicieuse sur son visage.

— Aliénor est très excitée par cette amie, Babette, que vous avez amenée au Salon ! Quelle rencontre ! Elles sont très amoureuses…

— Je sais, oui.

— Elle était folle de joie quand elle a appris que Marie acceptait Babette en pensionnaire auHecate’s… Comme Gorette pour accompagner Aliénor qui veut passer dans cette catégorie. Elles vont se lacérer l’une l’autre à longueur de journée. J’espère que vous n’êtes pas jalouse.

Julie hausse les épaules avec insouciance.

— Pas du tout ! De toute façon, je pensais rompre avec Aliénor. Je commençais à être lasse de lui inciser le con et les seins ! Elle ne veut rien d’autre. Un peu de diversité, merde, quoi ! Elle est trop restrictive ! Ne me parlez plus d’elle, Clorinde, soyons à nous seules !…

— Vous avez raison. Comme je vous aime, Julie.

— Je vous aime aussi, Clorinde.

Les deux promeneuses se font lourdes l’une à l’autre. Leur pas s’alanguit.

— On a trouvé une fille assassinée, dans une poubelle du Hecate’s, ce matin ? Elle avait été fouettée à mort. Il paraît qu’on voyait ses côtes !…

Julie hausse les épaules.

— Bah, une partouze qui a mal tourné !…

— C’est probable, oui. Pauvre fille !… Rentrons vite, il faut que je me lave le con, que je soigne ma brûlure, et j’ai une faim de louve.

 

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