L’EDUCATION D’AMANDINE

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STOECKLIN Nicolas

InterditsMedia 1000


première foistabouvieux et jeune


128 pages


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Résumé

C’est par un après-midi d’automne qu’Amandine a découvert la folie du sexe, au grenier, en fouillant dans une malle poussiéreuse. Sous ses doigts s’est ouvert un livre orné de photos scandaleuses. En un instant, toute sa vie a basculé. En elle, quelque chose avait changé, et on aurait cru que tous s’en apercevaient. Désormais, les yeux des hommes la suivaient avec une petite lueur égrillarde. Etait-ce leur instinct de mâle qui leur soufflait : « Cette fille est bonne pour passer à la casserole » ? Ou quelque chose de plus sournois qui sortait d’elle ? Comme un appel de toute sa chair ? Vous vous doutez bien qu’oncle Fernand et tante Mylène ne vont pas tarder à le remarquer, eux aussi ! Ce livre est le récit d’une double initiation aux plaisirs de la chair.

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CHAPITRE PREMIER

Je m’appelle Amandine B. et j’ai seize ans. Orpheline, je vis avec mon oncle Fernand et sa nouvelle maîtresse, Mylène, dans une ferme de taille moyenne, aux nombreuses dépendances pour la plupart laissées à l’abandon et aux hauts murs d’enceinte, vestiges du Moyen Age.

Tout n’a pas toujours été comme ça. En fait, tout a même commencé très différemment et je n’aurais sans doute jamais dû atterrir dans cette ferme isolée de la banlieue de Falbourg, cette horrible ville de l’ère industrielle où je suis née sans un coup du sort. Assez curieusement, j’aime à penser que je ne suis que le jouet du roi Destin…

Deux faits majeurs ont influencé ma situation actuelle. Deux faits excluant tout à fait ma nature veule et sensuelle. Le premier a été la mort de mes parents dans un accident de voiture. J’avais douze ans. La pire période pour perdre ses parents, d’après le psychologue qui m’a suivie les quelques mois suivant l’enterrement. La période de la pré-adolescence. A l’époque, je n’y ai pas compris grand-chose. D’ailleurs, j’ai peu de souvenirs précis de ce qui s’est passé avant et juste après cet accident. Lorsque j’y repense, je ressens surtout l’immense tristesse de la perte de deux êtres très chers… un intense sentiment d’abandon et même de trahison. J’ai mis longtemps à faire leur deuil.

Je ne sais plus trop comment je me suis retrouvée dans cette ferme. Je crois que c’est ma tante Agathe qui est venue me chercher chez grand-mère Justine. J’ai souvenir d’un trajet en voiture durant lequel elle m’a expliqué que j’allais désormais vivre avec elle et son mari Fernand, dans leur ferme. Ils n’avaient pas d’enfants mais elle m’avait assuré que je serais bien chez eux.

Agathe, la sœur de mon père, était vraiment quelqu’un de bien. Elle a tout fait pour que, pendant les trois années qui ont suivi l’accident, je retrouve une vie à peu près normale. J’ai changé de collège, j’ai reçu une petite chambre à l’étage de la ferme, je n’avais pas grand-chose à faire en dehors des cours, sinon de donner quelques coups de main à ma tante. Pour autant que je me souvienne, Fernand n’avait pas encore d’attitude ambiguë à mon égard. Ou alors, c’est que je n’en avais pas conscience. Il était toujours occupé, dans les champs, dans l’atelier, à l’étable ou alors parti pour négocier ses bêtes, son lait, ses pommes ou son blé. Je le trouvais alors mystérieux et inquiétant, comme une sorte de père fouettard trop tranquille pour qu’on ne s’en méfie pas. Oh, je ne le voyais pas très souvent… Surtout au dîner et il me semble qu’il ne s’intéressait pas vraiment à ma présence.

Pourtant, je ne peux pas dire que la puberté ne me travaillait pas. L’oisiveté (toute relative) aidant, mes seins poussant, mon pubis se garnissant de poils sombres et ma vulve soumise à des langueurs de plus en plus fréquentes, j’ai vite succombé aux charmes traîtres de la masturbation. Traîtres parce que j’ai vite compris que cela ne pourrait suffire éternellement à apaiser ma chair capricieuse.

De l’avis de tous, j’étais une très jolie gosse, ressemblant beaucoup à ma tante. Il est difficile de porter un jugement honnête sur son propre physique mais je ne me trouvais pas trop mal, avec mes longs cheveux sombres et mes yeux presque noirs sur ma peau blanche. J’ai toujours été grande et fine.

C’est vers quatorze ans, un après-midi d’automne pluvieux, que j’ai découvert que mon oncle était lui aussi travaillé par le sexe et ses complications. Ça, je m’en souviens comme si c’était hier parce que ça a également largement contribué à la situation actuelle. Je ne l’ai pas surpris en train de baiser ma tante. Je ne l’ai pas surpris en train de trousser une autre femme. Je ne l’ai même pas surpris en train de se masturber. Mais j’ai découvert dans une malle du grenier, sous une pile de vieux vêtements désuets, un magazine pornographique. Le choc !

Ce jour-là, il y avait une ambiance particulière, avec cette pluie fine et monotone qui tombait d’un ciel de plomb. Comme des rouleaux de mélancolie qui se seraient abattus sur la ferme. J’étais montée au grenier, au-dessus de l’atelier, sans raison particulière. Par désœuvrement. Je ne sais même pas pourquoi j’ai fouillé dans cette malle entreposée dans un coin, toute poussiéreuse. Peut-être à cause des traces de doigts dans cette poussière, justement, qui m’avaient intriguée. Ou alors était-ce encore un de ces coups de pouce du roi Destin ?

Je crois que j’ai dû passer deux bonnes heures dans ce grenier, jusqu’à ce que la lumière soit trop faible pour continuer à lire. Aujourd’hui, je réalise que ce magazine n’avait rien de particulier. Il était vieux, chiffonné, avec des traces jaunâtres séchées sur certaines pages. On y voyait surtout des femmes, nues, s’exhibant devant un appareil photo et donc forcément devant un photographe. J’étais à la fois scandalisée et toute retournée devant ces images de fesses écartées, de vulves béantes, de poitrines offertes et de bouches amoureuses. Comment des femmes pouvaient-elles ainsi montrer leur intimité ? Une chose aussi sale ? Aussi dégoûtante ? Et, en même temps, comment ne pas s’imaginer à leur place, en train de prendre les mêmes poses obscènes, en train de m’ouvrir et de sentir des yeux d’hommes plonger dans mon sexe, sur mon petit trou ? J’en avais de longs frissons de volupté.

Très rapidement, d’autres images se sont imposées à mon esprit. Je me voyais attachée sur une chaise, les cuisses écartées, toute nue, à la merci de ce photographe invisible qui serait venu me toucher comme il en aurait eu envie. J’étais dans un état indescriptible. J’avais envie de jouir et, en même temps, de faire durer éternellement la terrible excitation sexuelle qui s’était emparée de moi.

J’ai regretté qu’il n’y ait pas de photos d’hommes nus. J’aurais bien aimé en voir. Par contre, il y avait des confessions et là, j’ai eu un deuxième choc. Parmi le lot de récits insipides, il y avait deux histoires qui ont longtemps nourri mes fantasmes d’adolescente et mes rêveries nocturnes, lorsque je m’amusais toute seule.

J’ai tellement lu et relu ces deux histoires que je les connais par cœur. La première était le fantasme d’un lecteur qui rêvait d’assister dans l’ombre au viol de sa femme par trois gitans. Il décrivait son épouse, une grande blonde mignonne et timide, très pudique, originaire de Hollande, avec deux adorables seins tout ronds et une belle paire de fesses. Il décrivait ensuite les trois gitans, la trentaine, sales et mal rasés, très typés. Le lieu lui importait peu, la scène se passait dans les vestiaires d’un terrain de sport isolé, un soir où il n’y avait aucun entraînement. Dans son délire, il avait payé cher les trois hommes pour qu’ils fassent subir toute une série de sévices et de tourments à sa femme avant de la violer. Bien entendu, sa chérie n’était au courant de rien et lui-même serait caché dans les toilettes pour assister au spectacle sans être vu.

Dans cette histoire malsaine, la blonde se faisait enlever par les trois gitans alors qu’elle rentrait à pied de son travail, puis emmener dans les vestiaires de force. Le lecteur décrivait alors tout ce qui se passait. Comment les trois hommes arrachaient les vêtements et les sous-vêtements de sa femme, avec des gestes violents, les insultes qu’ils lui lançaient, les pleurs de la blonde, ses suppliques, ses cris et ses attitudes. Il racontait que les hommes sortaient des lames à cran d’arrêt pour la faire taire, qu’ils l’entouraient et la pelotaient vicieusement, insinuaient leurs doigts brutaux entre ses cuisses, tiraient ses tétines et écrasaient leurs cigarettes sur ses seins adorables, la traitaient de tous les noms. Pute. Salope. Chienne. Pouffiasse. Traînée. Connasse. Blondasse. Merde.

Ils la forçaient ensuite à se mettre à genoux et sortaient leurs « longues et épaisses bites de gitans ». Des mots qui m’ont complètement retourné l’estomac, j’étais proche de la nausée. Ils continuaient à l’insulter, la giflaient, lui crachaient au visage et frottaient leurs sexes malpropres sur ses lèvres et ses joues, jouaient avec dans ses cheveux. La femme pleurait et suppliait mais rien n’y faisait.

Ils l’obligeaient alors à les sucer à tour de rôle tout en les branlant. Une queue dans la bouche, une dans chaque main. Une fois l’épreuve des fellations forcées passées, ils la contraignaient à s’exhiber devant eux, à ouvrir ses « sales trous de pute » et à les laisser la toucher, la branler comme ils en avaient envie. Le « lecteur fantasmeur » pensait que sa femme mouillerait rapidement, étant d’une nature plutôt sensuelle sous ses dehors de sainte-nitouche. Ce qui ne manquait pas de déchaîner les pires pulsions chez ses ravisseurs.

Les trois gitans la couchaient à même le carrelage du vestiaire et la prenaient à tour de rôle, la baisant vite et fort en tenant chaque fois les cuisses bien écartées et les bras immobilisés. Le viol durait un moment mais ils finissaient par éjaculer en elle avec de gros rires méchants.

Ensuite, ils la laissaient nue par terre après lui avoir encore craché dessus, l’avoir bourrée de coups de pied et couverte d’insultes.

Le fantasme de ce mari, obsédé par le viol collectif de sa femme, me poursuit encore aujourd’hui et a changé mon regard sur les hommes. Du jour au lendemain, je me suis mise à les épier, à les voir différemment. Comme si chacun d’eux était un pervers potentiel (ce que je pense qu’ils sont tous !).

La deuxième histoire était, soi-disant, une histoire vécue et authentique. Je dis « soi-disant » parce qu’elle me paraît tellement incroyable, improbable, qu’il s’agissait sûrement d’une arnaque. Mais elle m’avait tout de même sacrément remuée à l’époque.

Il s’agissait d’une femme d’une trentaine d’années, d’un milieu plutôt aisé. Elle racontait qu’un soir d’été, elle roulait à vive allure sur une route en rase campagne lorsqu’elle est tombée sur un contrôle de gendarmerie.

Deux hommes et deux femmes en uniforme l’ont fait mettre de côté, couper le moteur et présenter les papiers. Ils l’ont informée qu’elle venait d’être flashée à 140 km/h sur une route limitée à 90. Jusque-là, rien d’anormal. Mais, alors que l’un des gendarmes allait dresser le procès-verbal, une seconde estafette bleu marine s’est arrêtée et la narratrice a dit avoir entendu parler d’un meurtre dans un village proche, d’une ouverture d’enquête. En deux minutes, une décision avait été prise. Les deux hommes allaient intégrer le second équipage et les deux femmes finiraient de dresser le procès-verbal à la contrevenante. Elles n’auraient ensuite qu’à poursuivre les contrôles et retourner à la caserne.

C’est là que la mésaventure d’Eve, la narratrice, commençait. Les deux « gendarmettes » étaient plutôt jeunes mais du style agressives et hautaines, deux blondes d’assez forte corpulence.

Elles ont demandé à Eve de sortir de son véhicule et de les suivre dans la fourgonnette pour un contrôle d’identité. Une fois à l’intérieur, le ton jusqu’alors glacial mais toujours courtois a changé. Un tutoiement de rigueur s’est imposé et la jeune femme a eu l’impression d’être une criminelle qu’on allait interroger sans ménagement. Elle a dû sortir tous ses papiers. La plus petite posait les questions, sa collègue écrivait. Il faisait une chaleur moite à l’intérieur du véhicule et les odeurs de transpiration avaient pris Eve à la gorge. Les questions, au début banales (nom, profession, adresse et compagnie), ont viré à la grossièreté et la provocation. Elles ont notamment voulu savoir si « ça la faisait mouiller de conduire aussi vite ».

Eve racontait qu’elle avait voulu se révolter et, très digne, avait indiqué qu’elle allait porter plainte si les femmes gendarmes continuaient dans ce sens. Une gifle la cueillit aussi sec et elle se retrouva les deux poignets menottés, bras levés et largement écartés, à une barre médiane du véhicule de service. Nouvelle gifle alors qu’elle tentait de se dégager et de se redresser. Les deux femmes en bleu lui ordonnèrent de rester assise et de se tenir tranquille car, si elle continuait ses menaces, elle allait avoir de très gros ennuis.

Les blondes se demandèrent à voix haute si Eve mouillait vraiment et voulurent vérifier par elles-mêmes. La jeune femme portait un ensemble tailleur et jupe gris perle, des bas et des sous-vêtements noirs. Les « gendar­mettes » lui retirèrent ses chaussures à talons aiguilles avant de s’attaquer à son slip. Entravée comme elle l’était, elle ne put que subir et les blondes la forcèrent à écarter grand les cuisses avant de s’agenouiller devant elle. Leurs doigts se mirent à la fouiller et, à sa plus grande honte, elle avouait qu’elle mouillait.

Il fut insinué qu’Eve était certainement une lesbienne, une dépravée en quête de sensations fortes et qu’elle allait être servie. A ce moment-là, elle aurait compris avoir affaire à deux homosexuelles qui allaient la « violer ». La narratrice se défendait haut et fort d’être attirée par les femmes, que cette expérience l’avait traumatisée mais elle ne pouvait nier avoir pris une certaine forme de plaisir qu’elle ne parvenait toujours pas à s’expliquer.

Suivait une longue description de ce que lui auraient fait subir les deux femmes gendarmes, un calvaire qui selon ses dires a duré deux bonnes heures. Elle aurait subi des attouchements poussés sur ses seins, son sexe et son anus, aurait été contrainte d’embrasser ses tortionnaires avec la langue avant de devoir leur faire minette et feuille de rose à toutes les deux. Ces termes ont longtemps bourdonné dans mon esprit, parce que je ne savais pas les interpréter. Finalement, après les jeux de langue, la pauvre automobiliste aurait tout simplement été violée par les deux lesbiennes qui se seraient servies de leurs matraques de service pour ça. Là encore, à l’époque, je n’étais pas certaine de savoir à quoi ressemblaient vraiment ces matraques.

L’automobiliste aurait ensuite été libérée et, dans son témoignage, se demandait si elle devait porter plainte pour les sévices qu’elle avait subis.

Après avoir vu les photos et lu ces deux histoires, je n’ai plus jamais été la même. Les langueurs qui me travaillaient, le soir venu, avaient trouvé une nouvelle dimension et j’ai souvent fantasmé que j’étais à la place de l’épouse violée ou de l’automobiliste. Mais ces rêves maudits qui m’empêchaient de m’endormir, à la tombée de la nuit, seule dans mon lit, m’ont toujours laissé un arrière-goût de honte et de frustration. Je trouvais anormal d’avoir de telles pensées, d’être excitée à l’idée d’un viol sauvage ou d’actes contre nature. C’était comme s’il y avait deux Amandine en moi. L’une folle et obsédée par des choses sales et l’autre sensée, éprise de justice et d’honnêteté.

A la même époque, j’ai subi une poussée de croissance et mes seins ont commencé à prendre du volume, sans atteindre toutefois leur taille actuelle. J’ai aussi laissé poussé mes cheveux et j’ai remarqué que le regard des hommes à mon égard changeait.

Du jour au lendemain, ils ne m’ont plus vue comme une gamine mais bien comme une jeune fille. Leurs yeux me suivaient dans la rue, à la sortie du collège et je trouvais ça très flatteur même si je ne savais pas trop à quoi ça tenait. Mes formes de femme ? Une lueur dans mon propre regard qui aurait changé ? Ou cela venait-il tout simplement de leurs instincts à eux, les mâles, qui leur soufflaient : « Cette fille est bonne pour passer à la casserole ! » C’était une expression qu’employait souvent oncle Fernand avant, quand il n’avait encore rien osé faire avec moi. Je l’avais en horreur. J’avais l’impression qu’elle salissait la dignité de toutes les femmes sur terre.

Les saisonniers qui passaient à la ferme me regardaient aussi avec insistance. J’ai même eu quelques sifflets. C’était l’époque de mes premiers flirts au bahut. J’étais jolie. Et j’étais courtisée, il faut bien le reconnaître. Les garçons me parlaient souvent de mes longs cheveux sombres, de mon regard noir intense, de mon petit nez mignon mais ce n’étaient que des paroles car leurs yeux s’égaraient volontiers sur ma poitrine, mes fesses ou ma bouche.

J’avais mes règles depuis un bon moment déjà. Mon principal complexe venait de ma toison que je trouvais trop fournie et de mes seins qui ne cessaient d’enfler, de prendre du volume.

Le soir, pourtant, j’aimais me regarder dans la psyché que m’avait offerte tante Agathe. Je fermais la porte de ma petite chambre à clé, je me déshabillais avec fébrilité et je passais de longs moments à m’étudier sous toutes les coutures, de face, de dos, de profil. Je soupesais ma poitrine pâle, avec mes gros tétons d’un rose très délicat, qui semblaient former comme deux petits promontoires sur mes lourds seins déjà bien ronds. Je caressais doucement mes fesses, me cambrais puis m’exhibais devant la glace, écartais les cuisses, me touchais le sexe avec de curieux sentiments, mélange de honte et de jubilation, en m’imaginant qu’un homme ou une femme me forçait à me montrer. Ça me faisait tellement mouiller que je pensais être anormale. Cet homme ou cette femme n’avaient pas de visages précis. C’étaient juste des pantins qui œuvraient dans l’ombre pour satisfaire mes fantasmes. Parfois, je donnais à l’un ou l’autre les traits d’un saisonnier, d’un petit copain ou d’une prof, mais ça ne durait qu’un soir ou deux.

Deux semaines après avoir fêté mon quatorzième anniversaire, tout a de nouveau basculé dans ma vie. Ma tante Agathe a trouvé la mort en tombant dans le lac de Brève, un après-midi où elle se rendait chez une amie. Elle a glissé sur le pont destiné aux piétons et, ne sachant pas nager, s’est noyée avant l’arrivée des secours.

Ce fut un grand choc, autant pour oncle Fernand que pour moi. Je pense que mon oncle aimait sa femme, sincèrement. Ils se disputaient rarement et elle avait le don de calmer les esprits et d’apaiser les tensions. Il y eut une période de deuil assez longue. Je m’étais tournée de plus en plus vers un monde intérieur plein de sexe et de violence, comme pour conjurer le mauvais sort qui semblait s’abattre sur ceux que j’aimais le plus au monde.

Je n’ai pas vraiment fait attention aux réactions de mon oncle. La vie s’écoulait lentement, à la ferme. J’étais devenue morose. Je pense que les hommes parviennent à surmonter plus rapidement l’épreuve de la mort et je n’ai pas vu qu’au bout de six mois, il avait une liaison avec une autre femme, jusqu’à ce que celle-ci débarque un jour à la ferme. Il s’agissait de Mylène.

C’est le deuxième fait majeur qui a fait basculer mon destin. Encore que… Je pense que mon oncle se serait de toute manière intéressé à moi. Sans Mylène, les choses se seraient sans doute déroulées autrement. Elles auraient été différentes, moins terribles pour moi. Mais comment en être sûre ?

Mylène était fraîchement divorcée d’un notable de Falbourg qui continue encore aujourd’hui à lui verser une grosse pension alimentaire dont profite aussi mon oncle. Il y a tout de suite eu une incroyable inimitié entre nous deux. Dès le premier regard, j’ai su que cette mégère allait me créer toutes sortes de problèmes. C’était une grande blonde vulgaire entre trente et quarante ans, aux longs cheveux permanentés, aux yeux bleu foncé, à la bouche sensuelle mais affublée d’une moue d’arrogance. Mais ce qui m’a le plus frappée lors de notre première rencontre, c’était sa poitrine. Elle possédait une paire de seins monumentaux, comme je ne pensais pas qu’il pouvait en exister. Ils tendaient le tissu de sa robe à en faire écarter les mailles. Ça m’a fait penser à deux ballons qu’on aurait glissé sous le vêtement. Elle était par ailleurs très fine, hormis la paire de fesses qui s’accordaient avec sa poitrine. Et plutôt jolie, je dois bien le reconnaître.

Lorsque oncle Fernand nous a présentées, elle m’a tendu une main ferme et énergique, plantant son regard d’azur dans mes yeux, me les faisant baisser sans que je le veuille. A son sourire mesquin, j’aurais dû comprendre qu’elle avait déjà des arrière-pensées.

Deux mois plus tard, Mylène a débarqué dans sa petite voiture de sport avec ses bagages, suivie d’une camionnette qui amenait quelques meubles et des affaires personnelles. La blonde s’installait. Je n’avais rien vu venir et n’ai véritablement réalisé qu’à ce moment-là qu’elle et Fernand couchaient ensemble.

A partir de ce jour, tout s’est dégradé. Pas d’un coup, mais d’une manière insidieuse. Mon oncle ne s’occupait pas vraiment de ce qui se passait dans la ferme. Il était le plus souvent avec les animaux, dans les champs ou en déplacement. Mylène s’est rapidement montrée très autoritaire avec moi. Sa manière de me regarder me déplaisait et me troublait en même temps. Sans trop savoir pourquoi, je l’imaginais souvent en tenue de gendarme.

Moi, qui n’avais jamais eu de grandes besognes à accomplir à la ferme du temps d’Agathe, je me retrouvais surchargée de corvées qui allaient du nettoyage de la ferme et des dépendances au repassage, à la vaisselle, aux soins des animaux, à l’entretien de la niche à fumier. Enfin tout ce que la miss blondasse ne voulait pas faire. Et pour être certaine de se faire obéir, elle insinuait souvent des choses qui me faisaient très mal. Que j’étais orpheline, d’accord, mais que Fernand n’avait aucun lien de parenté sanguin avec moi et qu’il n’était absolument pas obligé de me garder, que je leur coûtais de l’argent et que je pouvais bien rendre tous ces services en dédommagement, que je ne devrais pas retourner en classe l’an prochain, que j’allais avoir quinze ans et que mon oncle et elle avaient besoin de moi à la ferme.

Je suis plutôt passive. C’est dans ma nature profonde, je crois. Alors j’ai obéi, pour ne plus entendre ces mots terribles.

De fait, mes résultats scolaires sont devenus catastrophiques. Je n’avais plus le temps de faire mes devoirs, j’étais constamment fatiguée et pour couronner le tout, avant les vacances scolaires j’ai remarqué que mon oncle me reluquait du coin de l’œil. Il est vrai que j’avais eu une ultime poussée de croissance. Ma poitrine avait pris beaucoup de volume, mes hanches s’étaient affermies et j’avais commencé à me maquiller.

En moins d’un mois, j’étais passée, aux yeux d’oncle Fernand, de petite fille à jeune femme. A l’approche des vacances d’été, il a commencé à se montrer plus entreprenant, entrant dans la salle de bains alors que j’étais en train de faire ma toilette, toute nue. Il s’excusait en sortant lentement, le regard pénétrant alors que j’essayais de cacher ce que je pouvais. Il émettait des commentaires graveleux lorsque nous étions seuls : « Alors, ça pousse, dis donc », « T’es une vraie petite femme ! », « Tu vas bientôt les avoir aussi gros que Mylène », « Ça te démange pas trop, le soir dans ton lit ? », « C’est une vraie forêt noire que j’ai vue ce matin ! ». Ça, c’était une allusion à ma toison pubienne, qui devenait particulièrement fournie et qui me complexait de plus en plus. Il me frôlait dans la grange, dans le grenier, dans l’atelier, me parlait de plus en plus bas.

Je pense que Mylène n’était pas dupe. Dès le début, elle a décelé l’attirance que mon oncle avait pour moi et en a nourri une haine et une jalousie qui l’ont conduite aux excès que je subis ces derniers temps. Je pense aussi qu’elle a trouvé là un excellent prétexte pour « m’en faire baver », selon sa propre expression. J’ai bien senti que les corvées devenaient de plus en plus pénibles, son regard de plus en plus inquisiteur et cruel. Et je n’osais rien dire, par peur. Peur d’être mise à la porte de la ferme. Peur de devoir me débrouiller toute seule. Peur de tomber dans un endroit pire que celui-ci. Et aussi à cause d’un sentiment très complexe de dépendance, de curiosité, d’excitation, de punition envers moi-même, un peu comme si je pensais me laver de la culpabilité pour la mort de mes parents et de ma tante Agathe en obéissant, simplement.

Le second jour des vacances, mon oncle est passé à l’acte. Je m’en souviens parfaitement et de la lucidité que j’avais eue alors. Ce n’était pourtant parti de rien. Il faisait très chaud, ce jour-là. Je portais une robe légère aux motifs fleuris, qui m’arrivait aux genoux. Dessous, juste un slip. Par les grandes chaleurs, je ne supporte pas les soutiens-gorge. Nous étions seuls dans la grange encore pratiquement vide. Juste un peu de fourrage pour les animaux. D’ici à l’automne, elle allait être pleine de bottes de paille et tout ça sentirait très fort, une odeur agréable mais étouffante. J’étais venue pour y bouquiner tranquillement, à l’étage qui était rattaché au grenier. Lui vérifiait le bon état des outils qui allaient servir pendant et après la moisson.

Je m’étais assise sur une serviette étalée par terre, adossée contre une des grosses poutres verticales qui soutenaient l’édifice de bois. Je lisais « Le Rouge et le Noir » de Stendhal et mon esprit romanesque suivait avec intérêt les mésaventures du jeune précepteur Julien Sorel. Je transpirais beaucoup mais, prise par ma lecture, je n’en éprouvais pas d’inconfort.

J’ai entendu le bois de l’échelle craquer, gémir sous le poids de quelqu’un qui montait. Immédiatement, mes sens se sont mis en éveil et, au moment où le visage barbu de mon oncle est apparu, je me suis rendu compte que j’avais les genoux relevés, cuisses écartées et qu’il se trouvait à la bonne hauteur pour reluquer sous ma robe. J’ai serré les cuisses, rabattu le tissu fleuri et posé mon livre. Mon cœur s’était mis à battre plus fort. Ce n’était pas la première fois que je me retrouvais seule avec lui, mais je sentais confusément qu’il allait se passer quelque chose.

Il s’est hissé sur la mezzanine et les planches ont encore couiné. Il avait l’air goguenard, son visage hâlé par la vie au grand air, le front déjà ridé. Je lui trouvais cependant un charme étrange, une noblesse paysanne.

— Tu caches tes trésors ?

La voix était basse et l’allusion des plus claires. Je me suis sentie rougir et j’ai haussé les épaules sans répondre.

Il s’est approché, lentement, les mains dans les poches de sa salopette bleue tachée de cambouis.

— Tu es devenue une vraie petite femme, a-t-il poursuivi toujours à voix basse. Et une très jolie femme, si tu veux mon avis ! Tu vas rendre les hommes fous ! Je me demande si je vais pouvoir embaucher des gars cette saison ! J’voudrais pas qu’ils te sautent dessus et qu’ils te fassent des saloperies !

Il est parti d’un rire à la fois amusé et sinistre. Un long frisson m’a parcourue tandis qu’il approchait. Lui aussi transpirait. Il respirait fort, comme s’il avait couru.

— Enfin, j’dis ça, c’est pour te prévenir… je sais bien comment sont les hommes, va ! Pas capables de réfléchir quand y’a une jolie fleur dans les parages ! Même moi, tiens, si j’me retenais pas…

Il s’est accroupi tout près de moi et je n’ai rien dit, rien fait. J’ai effleuré mon livre du bout des doigts, sans plus oser regarder oncle Fernand. L’odeur de sa sueur me picotait les narines. A la campagne, le déodorant n’est pas une chose primordiale !

Il m’a caressé les cheveux. J’avais comme une faiblesse dans tout le corps. Je me sentais incapable de le repousser ou de dire quoi que ce soit pour l’empêcher de continuer. Je n’entendais plus que sa respiration oppressée.

— Tu sais, j’suis pas vraiment ton oncle… enfin, j’veux dire, on n’est pas du même sang, quoi ! Y’aurait pas d’mal à c’qu’on fasse des choses, tous les deux !

Il parlait dans un chuchotement rauque qui me faisait vibrer tout entière. J’étais hypnotisée par cette voix et mon bas-ventre s’est durci, mes seins également. Sentant que mes tétons enflaient, j’ai mis mes bras dessus pour qu’il ne s’en aperçoive pas, posant la première question qui m’est passée par la tête. La seule que je n’aurais pas dû poser :

— Quel genre de choses ?

Il a ri, encore, de ce même rire inquiétant.

— Tu sais bien… ce que font les hommes et les femmes quand ils sont seuls…

Il parlait lentement, doucement, en continuant à me caresser les cheveux. Puis, sa main s’est posée sur mon épaule. J’ai frémi mais je ne l’ai pas repoussé. Je crois que je voulais savoir jusqu’où il allait aller. Mes bouts sont devenus encore plus durs et je me suis rendu compte que je poissais ma culotte. S’il avait su alors que j’avais lu sa vieille revue trouvée dans la malle du grenier, il m’aurait sans doute arraché la robe et le slip pour me violer. C’est du moins ce que je me suis dit et j’ai même eu l’envie folle mais éphémère de lui avouer mes fantasmes.

— Si, ai-je répondu en fermant les yeux.

Il s’est penché, a humé ma chevelure.

— Tu sens bon… Tu me rends fou, tu le sais ?

J’ai gardé le silence, n’osant plus parler ni bouger. Sa main rugueuse a descendu une bretelle de ma robe. Mon cœur cognait de plus en plus fort. J’avais le souffle court. Ses doigts se sont aventurés sous le tissu, caressant mon sein gauche, se dirigeant vers mon téton bandé.

— Oncle Fernand !… Non !

Mais ce n’était qu’un murmure dont il n’a pas tenu compte. Lorsqu’il s’est emparé de mon mamelon, j’ai cru que mon cœur s’arrêtait. Il s’est mis à le tripoter doucement, avec une douceur que je ne lui connaissais pas. Des ondes d’un plaisir violent sont parties de mes reins et de mon sein, beaucoup plus puissantes que celles que j’obtenais en me masturbant.

— T’as les bouts des nichons qui bandent ! T’aimes qu’on te les touche, pas vrai ? T’es déjà une vraie petite femelle ! Y’aurait pas d’mal à…

Et il m’a relâchée subitement comme si une vipère venait de le mordre au poignet. J’ai rouvert les yeux, l’ai regardé s’éloigner puis redescendre l’échelle sans un mot, sans un regard pour moi. L’espace d’un instant, je me suis dit que j’avais fait quelque chose qu’il ne fallait pas mais, me relevant à mon tour, la moitié d’un sein dehors, encore toute retournée par ce qui venait de se passer, j’ai vu une ombre disparaître derrière la porte entrouverte qui donnait sur le grenier.

Une coulée de glace m’a traversé la nuque. Le duvet de ma peau s’est hérissé. Mylène ! Elle avait certainement assisté à la scène et mon oncle s’en était aperçu.

Le roi Destin venait de me jouer un nouveau tour et ma déchéance a commencé.

 

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