L’EPIEE NUE

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FANDOR Jérôme

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polar



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Résumé

De la main gauche, il la tenait par les cheveux. Sa main droite était crispée sur le manche d’un rasoir, un impressionnant coupe-chou qu’il avait dû tirer de sa fouille et qu’il lui brandissait sous le nez.

— Si tu brailles trop fort ou si tu essaies encore de carapater, la prévint-il, je transforme en deux coups de cuillère à pot ta choucarde petite frimousse en steak tartare avec ce joujou-ci. Tu peux me croire sur parole : il est mieux aiguisé qu’un bistouri et je le manie comme un champion. Tu penses ! j’en ai hérité de mon arrière-grand-père. C’est donc un souvenir de famille, une relique en quelque sorte, et je ne m’en sépare jamais.

Il la lâcha, assuré qu’elle était trop terrorisée pour faire de nouveau la mariole.

— C’est avec ça que j’ai déjà zigouillé cinq foutues salopes de ton espèce ! ajouta-t-il en rigolant.

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Annie, méfiante, regarda par l’œilleton avant d’ouvrir. Sur le palier, se tenait un homme qu’elle ne connaissait pas. Un drôle de bonhomme, d’apparence chétive. Il était vêtu d’un imperméable couleur mastic et d’un galurin informe qui, démodés et élimés, lui donnaient l’allure un peu grotesque d’un commis voyageur sorti tout droit d’un film franchouillard des années 50. Il mâchonnait le mégot noirâtre d’une clope roulée main et, pognes profondément enfouies dans les poches, se dandinait doucement d’un pied sur l’autre.

Il avait une brave et bonne tronche d’abruti. Une tronche rassurante, aussi rassurante que sa bedaine de quinquagénaire.

Annie hésita néanmoins. Qui était ce mec ? Sûrement pas un représentant, nonobstant sa mine, ni même un quelconque enquêteur de l’IFOP, vu qu’il ne trimbalait avec lui aucun porte-document. Il esquissa un bâillement. Son mégot resta collé à sa lèvre inférieure.

Il remarqua soudain l’œilleton et lorgna de son côté en fronçant soupçonneusement les sourcils. Il toussota, ôta enfin le mégot de sa bouche, le jeta et l’écrasa soigneusement bien qu’il fût éteint depuis perpète. Annie s’aperçut que ce curieux pingouin portait des gants. Ça collait parfaitement avec l’imper et le chapeau, dans le genre craignos !

Elle eut un sourire. Ce type était si ridicule qu’il en devenait marrant.

L’hurluberlu lança un nouveau regard en direction de l’œilleton puis, lentement, leva sa main gantée jusqu’à la hauteur de celui-ci, tendit l’index vers le ciel et, pour finir, le pointa vers la sonnette.

Peut-être était-il moins cornichon qu’il n’y semblait, après tout. Il avait deviné qu’on le zyeutait et prévenait gentiment, non sans un brin d’humour, qu’il était bien décidé à sonner pendant des plombes si c’était nécessaire.

Il fallait se résigner à ouvrir à ce raseur qui, d’ailleurs, commençait à passablement intriguer Annie.

Au bruit du verrou, l’homme eut une ombre de sourire satisfait. Il enleva son doigt de la sonnette où il l’avait déjà posé, recula de trois pas, porta civilement la dextre au rebord cabossé de son borsalino et, d’une voix traînante, un peu lasse, s’adressa à Annie dès que celle-ci eut passé la tête par l’entrebâillement de la porte :

– Je suis navré de vous déranger, mademoiselle. Vous vous nommez Petit, c’est bien ça ? Annie Petit ?

– Oui, fit-elle en pigeant de moins en moins ce qu’il pouvait lui vouloir.

– Mademoiselle Petit, reprit l’inconnu, j’aimerais avoir un entretien avec vous. Puis-je entrer ? Rassurez-vous, ça ne prendra pas très longtemps.

Elle parut étonnée par sa requête.

– Excusez-moi, s’empressa-t-il d’ajouter, mais j’ai oublié de me présenter. Inspecteur Renard, de la police judiciaire. Voici ma carte.

Il lui tendit sous le nez un carton barré de tricolore, glissé dans un porte-cartes crasseux. Il aurait tout aussi bien pu, d’ailleurs, lui montrer un permis de pêche ou le portrait en couleur de Mickey Mouse. Elle n’aurait pas vu la différence, tellement elle était baba.

Un flic chez elle ? Bon sang ! qu’est-ce que ça voulait dire ?

– Heu… je peux entrer un moment ?

Il avait rangé sa carte et regardait Annie de façon remarquablement inexpressive.

Elle s’effaça pour le laisser passer.

– Je vous en prie. Ne faites pas trop attention au fouillis…

Il eut un petit geste signifiant qu’il se moquait totalement du désordre. Il se planta, en replongeant ses mains dans ses profondes, au beau milieu de la pièce et regarda vers la fenêtre. Il ne jeta pas le moindre coup d’œil au lit resté défait, ni aux bouquins et aux fringues qui tramaient un peu partout, ni à la pile de vaisselle sale près du lavabo. Vachement discret, l’inspecteur. Il fixa son attention sur un point précis, à l’extérieur, et ne le quitta pas des yeux pour demander :

– Vous avez quel âge, mademoiselle Petit ?

– Vingt ans.

– Vous êtes étudiante ?

– Oui.

– Je suppose que vous vivez seule, ici ?

– Oui. Mes parents sont à Lille.

Le policier hocha la tête et, détournant enfin son regard de la fenêtre, la dévisagea.

– Mademoiselle Petit, nous savons que vous avez, ces temps derniers, reçu un certain nombre de coups de fil anonymes. Est-ce exact ?

– C’est exact, confirma-t-elle. C’est pour ça que vous venez me voir ?

– C’est pour ça.

– Je ne m’attendais pas à votre visite ! avoua-t-elle en rigolant.

Elle paraissait rassurée. Quand un poulagat sonne chez vous, c’est généralement pour vous annoncer une tuile. Elle préférait ça. Ce flic ne venait pas l’emmerder mais l’aider.

– Comment êtes-vous au courant ? demanda-t-elle. Je n’ai pas prévenu la police… J’avais l’intention de le faire, mais… j’ai supposé que ça venait d’un quelconque copain qui me faisait une blague stupide, quand j’ai constaté que le farceur connaissait parfaitement mon nom et mon adresse. Alors… prévenir la police… dans ces conditions, ça me semblait bête. Vous comprenez ?

– Assez mal, dut-il admettre, mais c’est sans importance. Il y a un maniaque qui téléphone aux femmes seules, dans ce quartier-ci, depuis plusieurs mois. Nous sommes inondés de plaintes à son sujet. Nous l’avons repéré et placé sur table d’écoute. Quand il a commencé à vous appeler régulièrement, nous avons identifié votre numéro. Votre farceur, comme vous dites, c’est lui.

L’inspecteur, de nouveau, regarda par la fenêtre.

– Voyez-vous, expliqua-t-il avec une pointe d’orgueil professionnel dans la voix, nous avons d’abord cru que l’individu cherchait ses correspondantes dans l’annuaire, ou qu’il formait des numéros au petit bonheur. Mais, assez vite, nous avons remarqué qu’il ne téléphonait qu’à des personnes habitant certains points précis du XIVe arrondissement. Des femmes jeunes et vivant seules. Apparemment, il n’a jamais appelé quelqu’un en se fiant au hasard. Ça nous a turlupinés. Nous avons cherché… Et nous avons fini par trouver.

Il émit une sorte de gloussement qui pouvait passer pour un petit rire.

– C’est là-bas qu’il se tient ! affirma-t-il en montrant une direction par la fenêtre. Au douzième et dernier étage d’un immeuble de la rue Jacquier, juste après le square qui fait l’angle de la rue Bardinet…

Il alla à la fenêtre et fit signe à Annie de l’y rejoindre.

– Voyez… C’est le grand immeuble qu’on voit à droite, là, par-dessus les toits…

– Je vois, fit-elle.

– Le gars se tient des nuits entières derrière sa fenêtre, sans même prendre la précaution d’éteindre la lumière chez lui. Ça nous a aidés à le localiser, d’ailleurs. Il a une lunette d’approche, un truc assez puissant, et il passe ses soirées à repérer des filles vivant seules. Ça ne manque pas, dans les chambres de bonnes sur lesquelles il a une magnifique vue plongeante. D’autant que les poulettes ne se doutent pas qu’un cinglé les reluque à la longue-vue : elles n’ont pas de voisins juste en face de chez elles et croient pouvoir se balader à poil sans être aperçues par personne. Les pauvres naïves ! Beaucoup ne prennent même pas la peine de placer un rideau à leur fenêtre, alors pensez comme notre voyeur se rince agréablement l’œil et s’échauffe la tête !

Annie crut déceler, dans la voix du policier, un paternel et bienveillant accent de reproche.

– Vous auriez dû poser un rideau, mademoiselle Petit. Je vous assure, vous auriez dû !

Vaguement gênée, elle hocha la tête pour laisser entendre qu’il l’avait convaincue.

– Vous auriez également dû ne pas hésiter à nous appeler, reprit-il. Vous avez sans doute eu beaucoup de chance.

– Vous pensez que l’homme est dangereux ? interrogea-t-elle, décontenancée.

– Nous estimons qu’il peut le devenir.

C’est un fou. Un déséquilibré. On ne sait jamais, avec ces gens-là. Remarquez que notre gaillard, s’il est forcément fou, n’est pourtant pas un imbécile. Loin s’en faut. Quand il a repéré une fille, il relève soigneusement l’emplacement de son logis, puis il part à la recherche de celui-ci. Ensuite, quand il a l’adresse de la fille, il se débrouille pour avoir son nom. Apprendre son numéro de téléphone n’est dès lors plus qu’un jeu d’enfant. Notre homme doit être très fort, pour ne jamais éveiller la moindre attention sur ses fouineries. Oui, vraiment très fort… Songez que pas un seul concierge ne l’a remarqué depuis qu’il sévit ! Dans sa spécialité à lui, c’est un as. Il faut lui rendre cet hommage. Pour vous repérer, vous, il a eu la tâche facile. Votre perchoir de la rue Decrès est, pour ainsi dire, à deux pas de chez lui. Il est parvenu à localiser des filles habitant bien plus loin… Pour ça aussi, il est très fort. Incontestablement très fort. Mais c’est tout de même un cinglé. Je n’en démords pas. Quand il possède le numéro d’une fille, il la harcèle. La nuit, uniquement la nuit. Après minuit, le plus souvent.

Annie hocha la tête. Oui, elle savait. Elle était bien placée pour ça.

– Durant la journée, poursuivit l’inspecteur, il n’est pas à son poste d’observation de la rue Jacquier. Il part très tôt le matin et ne revient que le soir, parfois assez tard.

– Ah ! C’est pour ça que vous ne craignez pas qu’il vous voie chez moi…

– Parfaitement. Il ne faudrait pas éveiller son attention. Il ne doit se douter de rien…

– Vous n’allez pas l’arrêter ? demanda-t-elle, surprise.

Le policier fit une grimace emmerdée.

– Si, bien sûr ! Mais… nous préférons attendre un peu. Nous voudrions vérifier quelque chose… le prendre la main dans le sac, si nos suppositions sont justes…

– Je ne comprends pas ! avoua Annie.

– La façon de procéder de ce type nous a rappelé quelque chose… Il y a huit ans, dans le XXe arrondissement, cinq femmes ont été assassinées en quelques semaines, de façon particulièrement sauvage. L’enquête avait établi que toutes les victimes, je dis bien toutes, avaient préalablement reçu des coups de fil anonymes, rigoureusement semblables à ceux que vous avez vous-même récemment reçus, mademoiselle Petit.

Annie, abasourdie, se laissa tomber sur un hideux fauteuil d’osier et fit signe au policier de s’asseoir aussi.

– Je préfère rester debout, assura-t-il. Où en étais-je ? Ah ! oui… nous avons rouvert ce vieux dossier… et nous avons vérifié que toutes les victimes habitaient des appartements visibles, avec une lunette d’approche, depuis certaines tours… À l’époque, les enquêteurs n’avaient pas pris garde à ce détail.

– Vous pensez sérieusement que c’est le meurtrier d’il y a huit ans qui m’a téléphoné ? demanda Annie, troublée.

– Nous avons la ferme conviction qu’il s’agit de lui. Nous voulons en avoir formellement la preuve. Ce type est un fou, comprenez bien ça ! Ce que nous désirons, c’est l’envoyer crever en réclusion criminelle, faute de pouvoir le faire raccourcir. L’arrêter sur de simples présomptions ne suffirait pas. Nous serions obligés de le relâcher et ce fumier recommencerait aussitôt, rien que pour nous narguer ! C’est un fou… vous comprenez ?… un fou, vous dis-je, un fou !… mais fort, très fort !… une sorte de génie, si j’ose m’exprimer ainsi à propos d’un détraqué… d’un malade… Oui, il est fou… Mais nous devons jouer drôlement serré, avec lui ! C’est un rude malin ! Rien que pour avoir son identité, ça nous a coûté un mal fou. Il a fallu le suivre pendant plusieurs jours. L’appartement de la rue Jacquier lui est sous-loué au noir par le locataire officiel, qui réside en province. La ligne téléphonique est également au nom de ce locataire.

L’inspecteur s’interrompit. Il sortit de sa poche un packsif de brun et une pochette de papelard Zig-Zag, et il se mit à rouler posément une cibiche, sans ôter ses gants râpés ni laisser tomber le plus minuscule brin de tabac. L’était bigrement adroit, l’inspecteur Renard, pour rouler les clopes. Lui, c’était dans cette spécialité-là qu’il était un as.

Annie se demanda s’il n’était pas, mine de rien, en train de faire joujou avec ses p’tits nerfs à elle. Il faisait durer le suspense, merde ! et il en rajoutait un chouïa en imitant quasiment Louis Jouvet dans quelque vieux nanar policier !

N’empêche que le numéro de l’inspecteur marchait à fond. Annie était impressionnée par son cabotinage de flic plus vrai que nature, et elle n’osa souffler mot tandis qu’il achevait, en prenant tout son temps, de rouler sa cigarette. Il léchouilla le papier, tassa la clope irréprochablement droite, la porta à ses lèvres, sortit un Zippo de sa poche, l’alluma, tira deux ou trois tafs et demanda :

– Je peux fumer ?

Annie se demanda s’il avait décidément un solide sens de l’humour ou s’il n’était simplement qu’un butor.

De toute façon, il n’attendit pas la réponse. Tout en tétant la cibiche dont le papier roussissait à vue d’œil sans se décider à se consumer pour de bon, il mata de nouveau par la fenêtre et reprit son speech.

– Ça va être coton, pour coincer notre loustic ! Alors vous comprenez… les filles auxquelles il téléphone font un peu office d’appâts. C’est du moins ce que nous espérons. Oh ! vous n’avez rien à craindre. Nous le surveillons de près et nous sommes à l’écoute de tous ses coups de fil. Nous le cueillerons à la porte de la première fille chez qui il voudra se rendre, sans doute après l’avoir menacée. Il ne vous a jamais menacée, n’est-ce pas ?

– Non, jamais.

– Alors vous n’avez pas de souci à vous faire. Si c’est bien le même homme que voici huit ans, il menace toujours ses victimes de mort avant de les tuer effectivement. Pour lui, c’est sans doute un raffinement sadique : il prévient sa proie que son tour est venu.

Il forçait un tantinet sur la touche morbide, là, l’inspecteur Renard. Annie comprit qu’il n’aurait pas été mécontent de lui flanquer réellement les chocottes, ce sale flic pouilleux, ce minable qui n’avait même pas été foutu de se faire nommer commissaire en trente années de laborieuse carrière !

Elle l’aurait volontiers giflé. Elle se sentait des bouffées de haine envers lui. Mais il avait le beau rôle, et il le savait. Tout fumier qu’il était, il représentait quand même sa seule protection contre le branque. Il fallait, de bon ou de mauvais gré, coopérer avec lui comme il l’entendait.

« Mort aux vaches ! » songea-t-elle, la rage au cœur, avant de demander d’une voix blanche :

– Qu’est-ce que je dois faire ?

– Oh ! rien ! rien du tout ! s’écria le bourre en laissant négligemment tomber cinq centimètres de cendre sur le colbac de son imper. Vous n’avez rien à faire. Tout ce que je vous demande, c’est de continuer à répondre aux coups de fil du cinglé sans lui raccrocher au nez. Essayez, au contraire, de le retenir… Écoutez ce qu’il vous dit, parlez-lui, faites semblant de vouloir entrer dans son jeu.

– Mais… hasarda Annie.

– Je sais ! je sais ! Il vous raconte parfois des trucs un peu… raides à vos oreilles de jeune fille !

Le policier eut un couinement amusé.

– Ne vous laissez pas effaroucher, conseilla-t-il. N’hésitez pas à forcer la dose en ce qui concerne… heu… disons l’érotisme. Ça doit l’exciter, de prononcer des mots obscènes et de vouloir vous les faire répéter… Il fait ça avec toutes les filles auxquelles il téléphone, pas seulement avec vous. Drôle de zèbre, hein ?

Annie se sentit rougir. Elle n’était pas spécialement bégueule, mais ça la foutait en rogne que ce loquedu de condé ait écouté toutes les cochonneries que l’autre givré lui avait susurrées au bigophone. Sûr qu’il avait godé comme un grand garçon en entendant ça, le brave inspecteur Renard. S’était rincé l’oreille à bon compte, quoi.

– Chaque nuit à partir de ce soir, poursuivit l’enviandé, je serai personnellement à l’écoute de tous les coups de fil que passera le maniaque. Si vous l’incitez à parler longtemps, il peut dire des tas de choses qui feront éventuellement avancer l’enquête et aideront à son arrestation… En tout cas, quoi qu’il vous dise, n’ayez pas peur. Vous êtes sous mon entière protection. Des hommes à moi se relayeront pour surveiller étroitement l’entrée de votre immeuble. Moi-même, je me précipiterais directement ici, dans le cas où notre cinglé ferait mine de vouloir se pointer en chair et en os.

– Vous pensez donc que c’est moi qu’il va choisir, s’il lui prend fantaisie de recommencer à tuer ? s’affola Annie que la trouille gagnait.

– Pas du tout. Ça sera vous… ou une autre ! Qui sait ? Mais, je vous le répète, je crois plutôt qu’il s’attaquera à l’une des filles qu’il a déjà menacées… Le système de protection est le même pour toutes les… heu… les correspondantes involontaires de mon… heu… client. Quelle que soit celle qu’il choisira, nous le pincerons.

– Vous connaissez votre boulot ! soupira Annie résignée. Je répondrai à ses coups de fil et je m’efforcerai de le faire bavarder, puisque vous me garantissez que je ne cours aucun risque. Mais je n’aime pas beaucoup ça…

– Moi non plus, mademoiselle, moi non plus ! gémit le poulet avec un geste mélodramatiquement fataliste. Ce sont les circonstances qui m’obligent à user de pareil procédé. Naturellement, tout ceci doit demeurer strictement confidentiel. Ne parlez à personne de ma visite et de notre petit arrangement. D’ailleurs, sortez le moins possible et évitez de bavarder avec quiconque.

De nouveau, un bout de cendre se détacha de sa cigarette et tomba sur son imper. Il le chassa d’une pichenette et jeta un coup d’œil à son bracelet-montre.

– Va falloir que j’y aille, déclara-t-il. Notre ami ne va pas tarder à prendre faction pour la soirée… N’oubliez pas, s’il vous téléphone cette nuit : pas d’affolement, quoi qu’il vous dise. Je serai à l’écoute. De toute manière, je reviendrai vous voir demain matin. Servez-vous de votre œilleton : n’ouvrez qu’à moi.

Il gagna la porte et salua Annie en portant un doigt à son bada.

– Ne vous dérangez pas pour me raccompagner ! fit-il d’un ton imperceptiblement goguenard. Mademoiselle Petit, je vous souhaite une excellente nuit.

 

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