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Résumé

« Harnachez la jument ! Et n’oubliez pas la cravache ! »

 Dans les haras Delaunay, on ne dresse pas que les chevaux(ou les juments). Emilienne, la patronne, soumise par la Commandante, est plus souvent qu’à son tour harnachée… et montée. Jument en rut ou femme du monde ? Les deux, mon capitaine ! Elle n’est pas la seule que tourmentent les démons de la chair. Dans l’odeur du cuir et du crottin, nous assistons à d’insolites sarabandes. Julien, le jeune apprenti jockey, dominé par l’une, dominant l’autre, ne sait plus où donner de la tête. De la tête ? Façon de parler. Et n’oublions pas Boulard, le punisseur, qui n’hésite pas à marquer ses bêtes au fer rouge. La Commandante aurait-elle trouvé son maître ? Ce qu’il y’a de sûr, c’est que les juments de ce haras ne manquent pas d’étalons. Si vous avez aimé La Commandante, vous ne serez pas déçu ! Un des plus sulfureux roman de Carlo Vivari.

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CHAPITRE PREMIER – Le départ de la Commandante

Comme chaque matin, Julien, apprenti jockey aux haras Delaunay, se leva à six heures. La tête embrumée, il rejoignit les autres lads déjà attablés aux cuisines. Ils se racontaient des histoires de cul, des histoires de chevaux et des histoires de cul entre chevaux, en étalant de la confiture aux fruits entiers sur des tartines de pain de seigle larges comme la main.

Betty, la cuisinière, pour démarrer sa journée, avait mis un petit verre de calva à tiédir contre son bol de café bouillant. Comme d’habitude depuis qu’ils ne couchaient plus ensemble, elle n’adressa pas un regard à Julien, et reprit ses cancans.

 

La nouvelle du jour était le départ de Diane, la Commandante, amie intime d’Emilienne, la propriétaire des haras. Le chauffeur avait sorti la Mercedes pour conduire la Commandante à Caen, où elle devait prendre le train de huit heures pour Paris, avant d’attraper un avion pour Nice.

D’après la cuisinière, le commandant de Kermadec, le mari de Diane, était sur le point de passer l’arme à gauche. Et sa veuve devait hériter d’un beau paquet d’actions et de propriétés.

Interrompant Betty, Jeannot, le puceau de la bande des lads, s’écria, la bouche pleine :

— Mais alors, la Patronne va se retrouver seule ? J’ai peut-être ma chance, les gars !

Betty, qui sirotait son calva debout en faisant griller des tartines devant ses fourneaux, tourna la tête vers Julien. Se sentant guetté, le lad, d’un air dégagé, piqua du nez dans son bol de café. Autour de lui, les autres se déchaînaient :

— Ah, le gros cul d’Emilienne, sous le baldaquin de son lit de princesse ! J’en rêve toutes les nuits, bordel !

— Moi, c’est de la monter, la Patronne, avec une selle, des étriers, un mors, une cravache. Je lui ferais bouffer mon poireau à l’arrivée !

Dédé, le nouveau gigolo de la cuisinière, intervint de façon venimeuse :

— Arrêtez, les mecs, vous faites chier. Vous ne voyez pas que ça énerve Julien ?

Celui-ci, pressé de partir, vida son bol debout, puis quitta la table en haussant les épaules.

— Je n’en ai rien à cirer, des histoires de la Patronne. J’ai une copine, moi.

Johnny, le chef des lads, qui avait fini d’avaler son petit déjeuner, referma son couteau à cran d’arrêt et vola au secours de Julien, qui l’attendait sur le seuil.

— C’est vrai, il est avec Anny. J’étais là quand ça s’est passé entre eux. C’était il y a un mois, chez Fernande.

Dédé alluma une cigarette, souffla une bouffée en s’adossant au mur, et ricana :

— Oui, mais, comme disait mon grand-père, il y a encore mieux qu’une femme. Et c’est deux femmes !

Pendant que les autres se tordaient de rire en engloutissant leurs dernières gorgées de café, la cuisinière fusilla son gigolo du regard. Dédé sortit sans demander son reste, bientôt rejoint par les retardataires.

 

Aux écuries, la matinée se passa à attendre Emilienne, la Patronne. Les lads s’impatientaient, jetant sans cesse des coups d’œil vers le terre-plein devant les bâtiments.

Boulard, l’entraîneur, étant absorbé par l’organisation d’une saillie délicate, les garçons d’écurie se demandaient lequel serait désigné pour accompagner Emilienne dans sa promenade ? Agacé, fébrile, Julien avait l’impression que les lads se tenaient prêts à dégainer leur queue à l’apparition d’Emilienne.

Midi sonna sans qu’elle se soit montrée. Les garçons se retrouvèrent au réfectoire pour le déjeuner.

 

En plein repas, le facteur, un échalas qu’on surnommait  « la Claque », apporta un télégramme pour la Patronne. Betty se leva de sa chaise en s’essuyant la bouche d’un revers de main. Elle signa d’un gribouillis le carnet crasseux que lui tendait le postier. Elle lui servit la goutte.

Le facteur, l’air pénétré, se lissa les moustaches, huma le calva en haussant les sourcils, puis fit cul sec en arquant les reins en arrière.

Ensuite tout alla très vite : il claqua la langue, salua la compagnie en claquant les talons, et prit la porte qu’il claqua derrière lui.

Betty retournait entre ses doigts le papier bleu scellé. Elle lança un regard de menace aux lads et aux filles.

— Vos gueules, hein, vous autres ! Vous n’avez rien vu.

Elle présenta le télégramme à la vapeur d’une cocotte-minute. Au bout d’un moment, elle put décacheter le pli sans effort. Elle lut à voix haute :

— Kermadec décédé cette nuit. Pris rendez-vous notaire pour maisons. Démarches et travaux-réfection deux semaines au moins. Sois sage sinon… Bientôt foutre et fric. Plein. Baisers où tu sais.

Des murmures et des rires coururent autour des tables. Betty referma le télégramme avec un point de colle, fit signe à Dédé.

— Va lui porter ça, toi. Et n’en profite pas pour lui faire du gringue !

Le lad rougit en cessant de mastiquer, prit le papier, et partit comme une flèche. On entendait ses bottes résonner dans le grand escalier qui menait aux appartements de la Patronne.

Deux minutes plus tard, il était de retour. Emilienne, dans son bain, lui avait crié de glisser le message sous la porte. D’après le lad, elle avait sa voix de femme soûle. Pendant toute la durée de la scène, Julien n’avait pas bronché.

Il ressentait du mépris pour la Patronne. Elle n’était qu’une malade des nerfs, une alcoolique, une exhibitionniste, une nymphomane, une maso ! Elle avait peur de tout et de tous. Des chevaux, de Diane, de ses propres désirs, et de lui, Julien !

Il finirait par l’oublier, comme il en avait oublié d’autres. De toute façon, le mur d’argent qui les séparait n’aurait jamais pu être abattu.

Se sentant au clair avec lui-même, il releva la tête. Il rencontra le regard d’Anny, la comptable rousse, son amie du moment, assise au bout de la table des filles. Il comprit qu’elle ne l’avait pas quitté des yeux pendant la durée de l’incident.

Les paupières baissées, elle lui adressa un pâle sourire. La fente de sa bouche un peu trop grande s’étira. Le sillon entre ses seins moulés par un T-shirt extensible et très décolleté attira l’attention de Julien.

Troublé, il pensa à la fissure de son sexe et à la raie de son cul. Une femme aimante, c’était ça : une série de fentes accueillantes où se vider les couilles chaque fois qu’on en avait envie.

Anny, au moins, n’était ni faible, ni folle, ni alcoolique, ni grande dame ! Nympho juste ce qu’il fallait, et seulement avec lui. Son seul défaut était qu’elle se trouvait laide. Mais il parviendrait à la convaincre qu’elle avait tort. L’idée l’effleura d’un mariage douillet, dans quelques années, avec beaucoup d’enfants pour elle et de chevaux pour lui…

Autour des tables, les conversations allaient bon train, sur Diane et sur Emilienne, leurs mystères, leurs secrets et leurs fortunes. Boulard fit son entrée, tête baissée, dans le réfectoire. Il frappa très fort dans ses mains.

— Messieurs, c’est l’heure. Le travail n’attend pas !

 

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