Les Mutants de Panurge

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GUEZ Eric

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Résumé

Paul sentit sa raison vaciller ; ses jambes étaient de plomb. L’homme avait à présent courbé Françoise sur l’évier ; d’une main, il retroussait sa robe légère, et de l’autre défaisait sa ceinture. La jeune femme l’aida en ôtant elle-même sa petite culotte blanche ; la virilité impatiente de l’homme disparut entre les cuisses de Françoise. Paul ferma les yeux. Son premier et légitime réflexe était d’entrer et de massacrer son rival ; il sut qu’il ne le pourrait cependant pas : l’homme qui baisait sa femme, c’était lui ! et il se souvenait parfaitement avoir vécu cette situation, JUSTE AVANT DE SORTIR FAIRE SA PROMENADE APÉRITIVE !

Paul comprit que le professeur l’avait ramené trop tôt… Éperdu d’horreur, il se retourna vers le fond du jardin mais dut abandonner tout espoir : l’astro-jet avait disparu.

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Herman Goldberg quitta la bande d’élastomère vert olive du trottoir roulant et s’enfonça résolument dans le quartier 7. Les rues y étaient plus étroites et plus sombres, les immeubles plus bas – jamais plus de cinq ou six étages – et la propreté des rues plus que douteuse. Les semelles de Goldberg soulevaient de petits nuages de fine poussière ocrée, de cette maudite poussière impalpable qui recouvrait les choses et les gens dans les secteurs déshérités de la ville, où les services de voirie ne passaient qu’une fois par mois. Goldberg éternua violemment. Il bifurqua dans la quatrième rue, où clignotaient les cristaux liquides d’une enseigne : Comptoir des Cinq Lunes. Il pénétra dans la vaste salle au plafond bas et luminescent ; trois tables seulement étaient occupées et Goldberg s’installa à l’écart. Un gros Uranien vint prendre la commande, obséquieux, un sourire fendant sa face blême et molle.

– Un aphro, lança Goldberg.

Il grimaça ; le breuvage douceâtre lui soulevait le cœur, mais il n’avait jamais pu fréquenter le quartier 7 sans absorber au moins deux aphros. Non pas que les prostituées uraniennes fussent repoussantes, il en était même de fort jolies ; seulement, comme tous les Terriens, Goldberg était raciste, et ce qui n’était pas authentiquement humain le dégoûtait. Il aurait donné cher, Herman Goldberg, pour passer la nuit avec une vraie femme, une femme de la Terre…

Il but une seconde chope d’aphro et commença de se sentir en forme ; dans le pantalon de synthétique bleu marine, son sexe faisait une bosse indécente.

Goldberg jeta trois galets sur la table et sortit du bar. Il traversa la rue et entra dans le hall de l’immeuble d’en face. Des images en trois-D s’alignaient sur l’un des murs, avec le nom de chaque vestale et l’étage correspondant. Le Terrien les examina avec attention.

Orha. L’hollogramme la représentait dans une pose lascive, mollement étendue sur des coussins ; elle était grasse et sa taille faisait des plis. Goldberg passa à la suivante. Klou. Une expression pleine de promesses, mais des seins flasques aux larges aréoles bleuâtres qui lui déplurent. Saka l’intéressa davantage, pour deux raisons : elle n’était pas Uranienne, mais vraisemblablement Neptunienne ; c’était évident à sa peau d’un brun foncé et à sa totale absence de système pileux ; en outre, Goldberg, qui n’oubliait jamais les traits d’un visage, était certain de l’avoir rencontrée pas plus tard que la veille, alors qu’elle servait dans un restaurant du quartier 5. Goldberg sourit et monta dans l’antique ascenseur sur coussin d’air qui le déposa à la porte de la belle. Il effleura l’avertisseur digital et, un bref instant plus tard, la porte glissa dans ses rainures mal lubrifiées.

– Thalla ! lança la prostituée.

– Thalla, répondit Goldberg en entrant dans la pièce.

Il la considéra sans vergogne durant une bonne minute ; elle n’était pas laide, malgré son crâne chauve et poli ; ses yeux verts étaient immenses, sa bouche fardée s’entrouvrait sur des dents qui, pour être un peu pointues, n’en n’étaient pas moins impeccablement blanches. La fille portait une longue tunique chatoyante, fendue de chaque côté jusqu’à la taille et qui découvrait au moindre mouvement deux longues jambes nerveuses et galbées ; le regard de Goldberg s’attarda sur la cuisse gauche où était tatoué un cercle traversé d’un trait : le signe dont on marquait toutes les putains répertoriées.

Saka se laissait ainsi détailler avec passivité ; elle fit de même avec son client. Il était grand ; ses cheveux aile de corbeau étaient coupés courts. Il pouvait avoir une quarantaine d’années terrestres et possédait un visage glabre aux traits virils et marqués ; il était vêtu très ordinairement d’une veste souple, serrée à la taille par une large ceinture de plastique, et le bas de son pantalon disparaissait dans de hautes bottes à gravitation réglable qui, elles, avaient dû coûter fort cher. Saka rompit le silence, s’adressant à Goldberg dans la langue du système :

– Veux-tu boire quelque chose ?…

L’homme eut un geste agacé.

– Allons dans ta chambre. Et ôte tes loques.

– Ce sera dix cristaux, prévint Saka en conduisant Goldberg à son lieu de travail.

– Ne t’inquiète pas pour ça. Mets-toi nue.

Une mélodie synthétique flottait dans la chambre aux murs fluorescents ; le lit bas était recouvert d’une fourrure de polyviscose et le Terrien déplora une fois encore que les bas quartiers d’Uranus ne bénéficient pas de l’énergie anti-G qui fournissait aux gens honnêtes des couches impalpables, d’un incomparable confort.

Saka s’était déshabillée et attendait les instructions de son client, parée d’un sourire professionnel. Goldberg passa une main brutale sur les seins coniques, sur le ventre plat et lisse, le long des hanches rondes ; d’une bourrade, il fit choir la Neptunienne sur le lit et lui ordonna d’écarter très grand ses jambes. Il dégrafa sa ceinture et s’avança dans le compas des cuisses ouvertes, le pantalon sur les genoux ; sans précautions exagérées, il pénétra le sexe nu de Saka qui gémit. L’homme se mit à besogner avec une sorte de hargne ; ses doigts d’acier s’imprimaient dans la chair, son ventre claquait en cadence l’autre ventre qu’il fouillait de son membre noueux, avec l’intention délibérée de meurtrir le corps offert. Des larmes aux reflets bleus perlèrent aux yeux de Saka, qui n’émit pourtant aucune protestation ; les Terriens étaient les maîtres, sur Uranus, et mieux valait ne pas leur déplaire. Goldberg jouit très vite ; il se retira aussitôt et se rajusta. Un léger sourire erra sur ses lèvres minces ; du doigt, il effleura la marque des prostituées sur la cuisse tiède ; il dit :

– Ce n’est pas un vrai tatouage que tu portes… il est même très grossièrement imité.

La Neptunienne avait blêmi ; elle se releva prestement et enfila sa tunique. Goldberg poursuivit :

– Tu travailles en tant que serveuse au Kombre Fuj, dans le quartier 5…

– Ça ne te regarde pas ! se rebiffa la fille ; paye et va-t’en !

Goldberg lui allongea une gifle magistrale qui la fit vaciller et saigner du nez.

– Sois polie ! gronda-t-il. Tu sais que la loi interdit formellement les putains occasionnelles ? Et aux putains répertoriées d’exercer une autre activité ? Dans les deux cas, tu es en contravention grave !

Goldberg sortit de la chambre et se dirigea vers le visophone ; Saka, poussant un cri déchirant s’accrocha à son bras.

– Ne fais pas ça ! sois gentil ! Je ne gagne que trente galets par jour, auKombre Fuj, je ne peux pas vivre avec ça !

– Tu n’as qu’à retourner sur ta planète de merde ! coupa Goldberg en enfonçant une touche rouge.

Il porta le combiné à son oreille ; dans la petite sphère opalescente qui terminait celui-ci, le visage sévère d’un homme apparut.

– Ici police, poste 257, dit l’homme.

– Herman Goldberg, investigateur privé, 540-7-01, quartier 5. Je viens de démasquer une fraudeuse. Elle sera une excellente recrue pour les bordels militaires de Phobos !

– Nous arrivons. Passez demain pour la prime de délation, fit le flic, rien moins qu’aimable, avant d’interrompre la communication.

Saka considérait Goldberg avec haine et mépris ; elle dit sourdement :

– Vous êtes fier de vous ?…

– Faut bien vivre, rétorqua le Terrien en haussant ses robustes épaules.

 

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