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Résumé

Arlette est ce qu’on nomme une «femme facile», autrement dit, elle a la cuisse légère; comme elle est plutôt agréable à regarder, elle en profite et n’hésite pas à se servir de ses charmes pour obtenir ce dont elle a envie. Et comme elle prend facilement son pied, pour elle, c’est tout bénéfice. Vous la trouvez cynique? Elle ne vous dira pas le contraire; mais quoi, on ne vit qu’une fois, hein? Alors, tendre proie ou rusée prédatrice, à vous de le dire…

 

Carlo Vivari, auteur porno, rewriter professionnel, correcteur dans la presse magazine, a eu l’opportunité de recueillir les confidences détaillées d’Arlette, laquelle a préféré garder l’anonymat.

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Chapitre premier

Je suis ce qu’on appelle une « femme facile ». N’allez pas croire que c’est donné à tout le monde. D’abord, il faut plaire aux hommes. Pour moi, pas de problème de ce côté-là : je suis grande, mince, bien roulée, le moindre bout de tissu m’habille, je sais faire bouger mon corps. Et le caractère doit être en rapport : une femme facile doit présenter un visage avenant, et d’une façon générale, être aussi agréable à vivre qu’agréable à regarder. Dois-je préciser qu’il est préférable d’aimer le sexe ? A me lire, on aura compris que tel est mon cas.

Tout allait bien pour moi jusqu’à il y a encore quelques mois. J’étais employée dans une grande entreprise du quartier de la Défense. Je n’y faisais rien d’extraordinaire : mon travail, du secrétariat de base, consistait à rentrer des données dans un ordinateur. Mais on reconnaissait mon efficacité, ma belle humeur, ma gentillesse…

Et j’avais les avantages des femmes faciles. De ci de là, vers la fin du mois, l’un ou l’autre des cadres de la maison m’invitait dans une discrète auberge de la banlieue ouest. Nous nous y rendions séparément : pas question de se faire repérer, les hommes en question étaient tous mariés. Dans un des cabinets particuliers, le monsieur et moi, nous nous tapions un déjeuner bien arrosé, avant de monter dans l’une des chambres du premier étage, aux rideaux toujours jalousement tirés.

Là, dans un grand lit moelleux, nous baisions – à la papa, mais alors… ça durait des heures ! A les voir faire, je comprenais que les cadres de l’entreprise qui avaient recours à mes services étaient pourvus d’épouses pas du tout portées sur le sexe. Le contraire de femmes faciles, celles-là !

J’aimais bien ces séances loin de Paris, le cadre bucolique, le luxe de bon aloi, le sexe au long cours. Et ces messieurs m’appréciaient – au point, au moment de la séparation, de me glisser une enveloppe garnie de billets, « pour mon taxi ». C’était fait avec tact, je n’avais pas l’impression d’être une pute. Juste une invitée un peu particulière.

Ce n’était pas la grande vie, mais, pour moi qui n’avais pas poussé loin mes études, la belle vie tout de même. Or, les meilleures choses ont une fin : brutalement, la boîte s’est délocalisée en Roumanie, l’ensemble du personnel a été licencié.

Panique à bord ! Comparée à d’autres, j’ai eu de la chance. L’ANPE m’a recasée tout de suite, mais sur un temps partiel – vingt-cinq heures hebdomadaires en moyenne – que j’ai été obligée d’accepter. Dans les bureaux du service Achats d’un hypermarché de la Porte de Bagnolet, je me suis retrouvée à rentrer, là encore, des données dans un ordinateur. Je remplaçais les facturières du service en question, qui, à tour de rôle, prenaient leurs journées de récupération ou leurs semaines de congés payés.

A la Défense, grâce à mon travail à plein temps et aux « petits cadeaux » de mes amis cadres, j’étais habituée à vivre sur un certain pied. C’était fini. Désormais, avec mes gains mensuels réduits de moitié, une fois mon loyer payé, il ne me restait presque plus rien… Sauf, pour quelque temps encore, des reliquats de mon ancienne splendeur : robes, chaussures, produits de beauté…

Chose curieuse, les collègues du service Achats se montraient distantes envers moi, sauf une : Lucette, une grande blonde bien foutue, qui n’avait pas l’air de s’en faire dans la vie. Elle effectuait, comme moi, un travail de bureau à mi-temps, son mari était peintre en bâtiment, et pourtant, elle portait des vêtements encore plus luxueux que les miens, des chaussures de grande marque… Et elle utilisait des parfums hors de prix, fréquentait l’esthéticienne, le coiffeur. De plus, je ne la voyais jamais prendre le bus ou le métro comme ses collègues et moi. D’ailleurs, elle ne frayait jamais avec les autres filles, qui, en retour, ne se faisaient pas faute de la battre froid.

Un jour, Lucette m’a invitée à déjeuner dans un restaurant de luxe du centre de Bagnolet. Elle avait à me parler. Elle m’a confirmé que les filles du service nous jalousaient, elle et moi.

Elle a eu un rire de gorge :

— Elles nous mettent dans le même sac. Tu comprends, nous sommes des canons, et elles des boudins ! C’est la vie ! J’y peux rien, moi, si elles sont imbaisables !

Elle m’a appris que son mari était un affreux macho espagnol qu’elle avait épousé suite à un coup de foudre. Satisfait des avantages matériels qu’elle lui procurait, Antonio, jusqu’à présent, du moins, la laissait libre de vivre sa vie. Elle ne prenait jamais les transports en commun parce que des amis attentionnés venaient la chercher avec leur grosse voiture, dans un coin discret, au bout du parking de l’hypermarché.

Me sentant en confiance, je lui ai parlé de mes difficultés. En particulier du mal que, depuis mon brutal changement de statut, j’avais à payer, chaque mois, mon loyer. Son mari et elle vivaient au large dans un coquet pavillon dont ils n’étaient pas propriétaires. Je lui ai demandé si son loyer n’était pas trop lourd à supporter.

Elle m’a regardée dans les yeux, a pouffé :

— Loyer ? Quel loyer ?

D’après elle, une belle femme détient des arguments qui permettent toujours de s’arranger avec un propriétaire. Et Lucette avait mis le sien, un vieux monsieur toujours tiré à quatre épingles, dans sa poche depuis belle lurette. D’ailleurs, son proprio faisait partie de ceux qui, chacun leur tour, venaient l’attendre à la sortie du boulot. J’étais assommée par les révélations de ma collègue.

L’heure tournait. En réglant l’addition, elle a promis de m’en dire davantage à une prochaine rencontre. Comparée à elle, je faisais figure d’oie blanche, moi, avec mes rencontres furtives de cadres frustrés dans les auberges de la banlieue ouest. Je n’avais même pas osé lui en parler : j’avais peur qu’elle se moque de moi.

Nous sommes vite retournées dans les bureaux. Tout l’après-midi, j’ai eu la tête ailleurs. Ce qui m’a valu une engueulade de la chef, une vieille fille de cinquante ans dévorée de jalousie.

 

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